‹ Histoire de la littérature grecque chrétienneChapitre 142 sur 200 · t, III · texte numérisé non relu

t, III

A TE L’ roehe grave et pure dont J ean avait anne célébré la naissance s’évanouissait. Le cirque, l'amphithéâtre, le théâtre, les bains fermés, c’était plus d’ennui

qu'on n’en pouvait supporter. Privée des thermes, la

foule courait à l’Oronte, se baignait dans les eaux du fleuve, et s’y livrait à mille folies, sans grand FÉRDORS de la pudeur. Jean était obligé de reprendre le ton de l’admonestation sévère (1).

Enfin, voici l’empereur fléchi; la re l'emporte chez lui sur la colère légitime. Élaxren revient, et, pour le jour de Pâques, Chrysostome prononce son XXIe Let dernier sermon. Il répète, comme il l'avait dit déjà au temps du danger : « Dieu soit loué! ». Flavien est revenu plus vite qu’on ne l’espérait et avec des nouvelles que nul ne pouvait souhaiter meilleures. Dieu lui a donné sa récompense. Quand il était parti, il avait laissé à l’agonie une sœur qu’il a retrouvée guérie ; et l’empereur lui a accordé ce qu'il n'eût accordé à aucun autre. Jean raconte alors l’entrevüue de Flavien et de Théodose, comment Théodose a reçu l’évêque en lui parlant de sa vieille affection pour Antioche ; comment l’évêque l’a interrompu — sans doute par crainte de ce qui allait suivre — en invoquant l’indulgence que Dieu a montrée pour Adam ; en attribuant aux démons la responsabilité d’avoir soufflé l'esprit de révolte, en évoquant la gratitude qui accueillera le pardon, et grâce à laquelle l’empereur recouvrera mieux que les statues détruites ; 1l fera que son image sera pieusement conservée dans l'âme de chaque citoyen reconnaissant. Il sera plus honoré par eux que ne le fut jamais le fondateur de leur ville. Et ce n’est pas seulement Antioche qui a député Flavien auprès du Souverain. Toute l’armée des anges l’assiste et s’unit à sa prière. Si du reste l’empereur se montre impitoyable, Flavien n’osera pas rentrer dans la cité condamnée ; ilira chercher ailleurs un exil désespéré.

(1) Fin de l’hom. XVIII,

Cu JEAN danyeos tome, HOMÉLIES

TA oN rentre au contraire comme en triomphe.

L' homélie par laquelle Jean lui témoigna la joie desontrou- - peauest la dernière que lui ait inspirée la sédition. Cette crise redoutable avait mis en plein jour toute sa grande âme. Elle avait révélé jusqu'où son dévouement pouvait aller, et quelle hauteur son éloquence pouvait atteindre.

Caractères généraux de la prédication de Jean à Antioche. — Au sortir de cette période héroïque, où il avait conquis l'autorité et l’affection, Jean se consacra pendant onze années à sa mission de pasteur des âmes. Il savait tout ce qu’il y a de faiblesse cachée dans le cœur de l’homme; il savait ce qu'il y avait de vices et de tares dans la société contemporaine ; il savait que l’Église elle-même, depuis qu’elle comprenait cette société presque tout entière, risquait chaque jour davantage de se laisser conta- | miner par elle. Mais son ambition était d'autant plus Ho grande et son espérance d'autant plus ardente que la

tâche lui apparaissait plus nécessaire -et plus difficile. HR N’avait-il pas tracé d’un mot son programme, à la fin “HA de la première homélie sur les statues, quand il s’était be écrié : « Un seul homme suffit, s’il est enflammé de zèle, EL :

pour réformer tout un peuple » ?

Il fut d’abord l’apôtre de la charité, non point comme on l’a parfois représenté, une sorte de tribun discutant dans la chaire la question sociale, mais un ami des humbles dont il savait les souffrances, et un adversaire impitoyable … ‘ moins de la richesse elle-même, encore moins de la pro priété, que du luxe abusif et de l’avarice insatiable. Non pas qu’on ne trouve chez lui des déclarations hardies ou sévères, et qu’il n’ait non seulement proclamé l’égalité * naturelle de tous les hommes, principe trop chrétien

pour qu’il le méconnût, mais même avancé que c’est

« la communauté qui est naturelle, plutôt que la pro-

priété (1)». Il a dit aussi qu’à l’origine des grandes for-

(1) J’ai réuni les textes les plus caractéristiques p. 62 de mon volume de la Collection les Saints,

tunes se trouvait toujours l’injustice, sous la forme de la fraude ou de la violence. Il a, comme Basile, condamné, avec l'usure, le prêt à intérêt en lui-même. Mais, dans un esprit de soumission à Dieu, il accepte — ou subit — la société telle qu’elle est constituée, sans attribuer au prédicateur d’autre tâche que d'en corriger les maux par l'amélioration morale de lindividu. Il prêche donc la charité, non pas tant sous la forme de l’aumône matérielle, que sous celle du don de soi. Dans cette prédication ardente est une des sources les plus admirables de son éloquence. Il a trouvé quelques-uns de ses plus beaux accents quand il proclame, avant Bossuet, l’éminente dignité des pauvres. Incarnant déjà le Christ dans chaque pauvre, il lui fait tenir ce langage : « Certes je pourrais me nourrir moi-même ; mais je préfère errer en mendiant, tendre la main devant ta porte, pour être nourri par toi ; c'est par amour pour toi que j’agis ainsi ; j'aime donc ta table, comme l’aiment tes amis; je me glorifie d’y être admis et à la face du monde je proclame tes louanges ; je te montre à tous comme mon nourricier (1) ». Ou bien encore : « Ce que je vais dire est douloureux, est horrible ; cependant il faut que je le dise. Mettez Dieu au même rang que vos esclaves. Vous donnez par testament la liberté à vos esclaves : libérez le Christ de la faim, de la nécessité, des prisons, de la nudité. Ah ! vous frémissez à mes paroles (2) !» — « La charité est la plus grande des grâces : pratiquons-la, et nous ne serons pas inférieurs à Pierre ou à Paul, malgr leurs miracles (3) ». — Il répond aux objections que le fond de sa prédication sur la richesse, c’est, avec le devoir de charité, le détachement des biens de ce monde, soit que, s'inspirant du tableau qu’a tracé l’auteur des Actes de la première communauté chrétienne de Jérusalem, il y

(1) Hom. XVI in Ep. ad. Rom.

(2) Hom. XVIII, ibid.

(3) Hom. III, in Ep. ad Hebr,

Page 1