‹ Histoire de la littérature grecque chrétienneChapitre 144 sur 200 · richesse, éducation des enfants (1), condamnation du · texte numérisé non relu

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(mimes et pantomimes) qui, au rv® siècle, étaient à peu

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divorce, respect du veuvage, et surtout égalité entière

ces sages préceptes sont d'accord eux aussi avec la plus pure tradition de saint Paul.

Les homélies sur les Statues nous ont déjà permis d’entrevoir que Jean n’a pas négligé de combattre les excès d’une des passions dont les Antiochiens, comme les Alexandrins, étaient le plus possédés : le goût des jeux, des courses, et de ces divertissements bas et licencieux

près seuls à représenter encore l’art dramatique. Il a décrit souvent, en termes qu’on n'oublie pas, cet empressement d’une foule qui, trop nombreuse pour être contenue sur les gradins du cirque, cependant vaste, va se jucher jusque sur les toits des maisons qui le. dominent ; la patience des spectateurs qui pendant toute une journée ne se laissent décourager ni par le soleil ni par la pluie ; les désordres causés par les factions, où se recrutent, aux jours de troubles, les pires émeutiers ; le personnel même du théâtre, avec ses actrices, ses danseurs, ses claqueurs (2). L’homélie la plus véhémente et la plus curieuse que Jean ait prêchée contre cet engouement est de 399, c’est-à-dire de sa période de Constantinople. Mais, en mainte occasion, à Antioche, il avait déjà traité … le même thème. Il est peu probable qu’il ait obtenu un ! grand succès, malgré son insistance, et qu’il ait réussi à convaincre un grand nombre de ses auditeurs, quand il leur insinuait qu’ils trouveraient plus d’agrément que sur les bancs du cirque dans l’église ruisselante d’or, | toujours fraîche en été et chaude en hiver.

L’instruction morale n’absorbait pas uniquement Jean,

(1) On a vu que j'ai des doutes sur l’authenticité du traité sur l'éducation des enfants ; mais il est aisé de tirer de diverses homélies une doctrine équivalente à celle qu’on trouve dans le traité, et même encore plus précise,

(2) Voir les textes dans mon saint Jean, p. 60-61.

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quoiqu'’elle eût ses préférences. Il savait que pour un

chrétien la doctrine morale se fonde sur la foi, et il savait aussi que beaucoup de fidèles, dans l’Église sans cesse

accrue, ignoraient les premiers éléments de cette foi et

de cette doctrine. L’enseignement religieux et l’exégèse

— puisqu'ils se tirent de l’Écriture — occupent donc une

grande place dans ses homélies, qui ont toujours la forme d’un commentaire de certaines parties de l’Ancien ou

du Nouveau Testament. Au témoignage de Photios, 1l les

aurait expliqués tout entier l’un et l’autre ; et s’il a pu y avoir de l’apocryphe dans ce que le patriarche connais-

sait sous son nom, des séries de sermons comme celles qui

se rapportent à la Genèse, à saint Mathieu, à saint Jean, aux Épîtres de saint Paul, sont d’une authenticité audessus de tout soupçon et forment un ensemble beaucoup plus considérable que ce qui nous est parvenu d’analogue dans l’œuvre d’aucun autre Père du 1v® siècle. La méthode d’exégèse employée par J gan est celle qu'il avait apprise à l’école de Diodore de Tarse. C’est cette méthode antiochienne, qui contraste si profondément avec la méthode alexandrine, et, sans exclure l’allégorie, fait la plus grande place au sens littéral. L'interprétation que donne Jean, par exemple, des principales scènes évangéliques, des grands discours ou des maximes de Jésus, est pleine de vie, d'intelligence pénétrante et délicate ; elle contribue pour une grande part à l'intérêt que conservent ses homélies pour les lecteurs modernes, alors que tant d’autres, surchargées de théologie ou de symbolisme, les rebutent et ne peuvent plus guère être lues avec profit que par les érudits.

Exégète supérieur, moraliste incomparable, Jean était moins porté par son génie naturel vers la théologie dogmatique que Basile ou Grégoire de Nazianze (1).

(4) J’ai dit autrefois que, dans une histoire des dogmes, on pouvait

| presque passer son nom sous silence. En me reprochant une formule

qu’il trouve excessive, Dom Baur m’accuse de la copier, sans le dire,

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C’est un orateur pratique, un pasteur des âmes, qui lui a fait une place dans sa prédication, sous la forme d’une polémique contre les païens, les Juifs ou les sectes dont le voisinage immédiat lui paraissait le plus périlleux pour ses ouailles. Beaucoup de chrétiens conservaient encore soit des coutumes païennes dans l’accomplissement de rites comme ceux du mariage ou des funérailles, soit diverses pratiques superstitieuses ; ils croyaient à la magie ou à l’astrologie. Les catéchumènes surtout avaient peine à se détacher de toutes ces vieilles choses , et c’est dans ses catéchèses que Jean s’eflorce de les y amener. Les Juifs étaient nombreux à Antioche, et leur fréquentation exposait aussi les fidèles à des périls analogues, que, dans une série d’homélies dirigées contre eux, il a dénoncés avec une passion qui l’entraîne à des duretés et à des violences assez rares chez lui, tout au moins pendant sa période d’Antioche. Parmi les sectes hérétiques, il a fait aussi une campagne en règle contre les Anoméens, et, quand il en trouvait l’occasion, il en a souvent visé plusieurs autres, notamment les Marcionites, les Manichéens, et les Novatiens, ces derniers qu’il rencontra plus tard à Constantinople, plus nombreux et plus redoutables qu’il ne les avait connus à Antioche. Enfin l’accomplissement intelligent et régulier des pratiques religieuses, souvent négligées ou observées seulement par routine, est presque toujours rappelé de quelque façon dans un sermon de Jean. Nous avons vu ce qu’il pensait du jeûne ; il abonde en sages conseils sur la prière, soit privée, soit publique, et sur l’assistance aux offices, trop rare à son gré en temps normal, distraite ou peu respectueuse aux grands jours de fête où l’on se bousculait pour entendre l’homélie, ou même pour se présenter à la distribution de l’Eucharistie.

dans un article de Preuschen. Comme le lecteur pourra le constater dans l’ouvrage de Dom Baur lui-même, mon livre est de 1891 et Varticle de Preuschen de 1898.

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Sous ces différents aspects, la prédication de Jean se distingue par un sens pratique d’une admirable sûreté, dû à sa pénétration naturelle et à l’expérience acquise dans l'exercice de ses fonctions pastorales. Peu préoccupé de théorie, observateur exact des réalités, désireux d'obtenir le maximum de résultats en chacune de ses tentatives, il sait s’adapter toujours à l’état d’esprit de ses auditeurs et aux circonstances qui peuvent le faire varier. [Il n’y a pas un point important de la conduite morale ou de la vie religieuse sur lequel il n’ait donné le bon avis. Il n’y a pas une des faiblesses, une des tentations auxquelles étaient exposés ses fidèles, dent il ne connût la nature, les origines et les risques, et qu’il ne fût capable d'analyser devant eux avec une précision de diagnostic qui leur inspirait la confiance, lui assurait l’autorité et les disposait à accepter le remède. Il leur parlait en frère, et il excellait à trouver le point de contact avec leur âme, par la simplicité et la cordialité de son langage, sans jamais risquer de compromettre par aucune familiarité imprudente la dignité dont l’Église l’avait revêtu.

Il était né avec un génie oratoire dont l’histoire de toutes les littératures compte peu d’exemples, et qu’on ne peut guère comparer qu’à celui de Démosthène, de Cicéron ou de Bossuet. Il a du premier la vigueur pressante de l’argumentation, du second l’abondance fleurie, et comme le troisième il ajoute à tout l’art appris dans les écoles profanes la majesté et la couleur bibliques, jointes à la douceur évangélique. Quand la sédition d’Antioche à fait de lui l'interprète de la foule, la voix de tout un peuple, il a su trouver des accents d’une véhémence et d’un pathétique que depuis la grande éloquence politique d'Athènes le monde n’avait jamais plus entendus. Il a su parler au nom de Dieu avec la gravité d’un prophète, et au nom du Christ avec la simplicité d’un apôtre. Dans ses discours d’apparat, dans ses panégyriques, 1l se montre expert en toutes les ressources de la rhétorique, mais il en fait usage avec une maîtrise exceptionnelle. Il a porté

re Derfobtion ce genre de l’homélie fais dont vons vu en mainte occasion déjà la souplesse et la variété:

Jean à Constantinople. La disgrâce d’'Eutrope. Le conflit avec Eudoxie. — Mgr Duchesne a dit, à propos de l’élection de Jean à l'évêché de la capitale : « Constantinople avait pour évêque un homme d’une grande éloquence. C’est pour cela qu’on l'avait choisi ; mais c'était aussi un saint, et un de ces saints intransigeants aux yeux de qui les principes sont faits pour être appliqués (1) » — et un ba plus bas : « Pour un homme de son caractère, la lutte, c’est l’état normal, le rapport nécessaire entre le bien et le mal ». On peut ajouter que, dans une telle lutte, le résultat est aisé à prévoir ; si le bien triomphe, ce n’est pas sans que ceux qui l’ont le mieux défendu aient payé de leur propre défaite sa victoire.

= Nous avons résumé les événements ; il ne nous reste plus qu’à étudier l’éloquence de Jean dans un nouveau milieu. Comme Démosthène, il n'avait eu pendant longtemps pour arme que sa parole. Le jour vint pour lui, comme pour Démosthène, où il put gouverner, et il s’engagea aussitôt dans ses multiples tâches de réformateur, sans aucune hésitation ni aucun ménagement. Mais il ne renonça pas pour cela à la prédication, quoiqu'il ne lui ait pas été possible de la conserver aussi régulière et aussi fréquente. Il fut le plus souvent obligé d’improviser. Sa méthode d’exégèse et le caractère de ses instructions morales restèrent d’ailleurs les mêmes. L'étude des diverses séries d’homélies qu ’il a prononcées alors, quand elles n’ont pas été provoquées par une circonstance particulière, serait aussi intéressante que celle de ses

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homélies d’Antioche ; mais elle ne nous apprendrait rien de nouveau, ou bien ce qu'elle nous apprendrait se. rapporterait plutôt au public nouveau en présence duquel il se trouvait qu’à lui-même. Nous nous bornerons donc

à l'examen de celles qui ont pour occasion les deux grandes crises de sa vie épiscopale, la chute d’Eutrope et le conflit HE

avec Eudoxie.

Nous remarquerons d’abord que Socrate (1), parlant ; f

des discours de cette période, distingue entre « ceux qui

furent publiés par lui, et ceux qui, tandis qu’il parlait, ont été recueillis par les tachygraphes ». Sozomène, de

son côté, à propos de celui qu’il prononça après son retour d’exil, dit qu’il produisit sur le peuple une impression

qui se traduisit avec tant de véhémence, que Jean ne put

pas le terminer. Il est donc manifeste que la critique doit prendre ici des précautions particulières et procéder FU

l'examen le plus attentif. Il lui est relativement facile d'être prudente ; il lui est très difficile de remplir tout son devoir, c’est-à-dire d’être assez sagace pour oser proposer des solutions férmes. Même quand une homélie n’éveille pas brutalement le soupçon que nous nous trouvons en présence d’une œuvre apocryphe, il se peut au moins qu’elle ne nous ait été transmise que dans la rédaction d’un auditeur, où l’auteur se serait assez mal reconnu.

D'autre part, il semble incontestable que la manière oratoire de Jean s’est modifiée, pendant cette période. Les événements auxquels il a été alors mêlé n’ont pas été plus tragiques, à les considérer du dehors, que la sédition de 387 ; mais ils touchaient Jean plus directement. D'autre part Jean était revêtu d’une autorité qu’il

(4) (VI, 4, 9). On pourra voir dans l’article de Lietzmann indiqué supra, et dans certains travaux d’Haidacher cités par Lietzmann, que le texte de nos manuscrits, par certaines gloses ou suscriptions, confirme que nous nous trouvons en présence de comptes-rendus, non pas de discours revus et publiés par leur auteur, pour d’autres homélies que pour celles qui sont en question ici.

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n'avait pas encore à Antioche, et, engagé dans l’action, encourait des responsabilités qui ne lui avaient pas encore incombé (1). Ces diverses raisons. expliquent que, dans sa nature jusqu'alors harmonieuse, la passion ait peu à peu pris le dessus sur la raison impersonnelle et lucide ; que la véhémence et la hardiesse de sa parole soient allées sans cesse s’accroissant. Peut-être n'est-il pas impossible non plus d'imaginer que l'influence prépondérante de Libanios avait su maintenir à Antioche une préférence pour une manière oratoire plus sobre et plus attique que celle qui était en vogue à Athènes ou à Constantinople. Quoiqu'il en soit, il y a plus d’asianisme dans les homélies prononcées par Jean dans la capitale que dans la plupart de celles que l’on peut dater d’Antioche.

La chute d’Eutrope. — L’affaire d’Eutrope a fourni la matière de deux homélies. La première est la plus célèbre que Jean ait jamais prononcée (2) ; celle dont les plus ignorants savent au moins qu'il y prit pour thème le mot de l’Ecclésiaste : Vanité des Vanités, et tout est vanité. Souvent déjà, il l'avait répété ; souvent il l’avait commenté avec force. Ce jour-là, au milieu de l'émotion unanime, il le retrouva sur ses lèvres, suggéré inévitablement par l'événement du jour, et tout son discours n’en fut qu’une émouvante paraphrase. La scène revit pour nous, à travers ses paroles éloquentes. Eutrope lui-même était là ; pâle et tremblant, il s’était réfugié au pied d’une colonne qu’il embrassait. Devant le ministre déchu, à qui il avait dû son élection, avec lequel il s’était brouillé bientôt, et, qui, après avoir refusé d’écouter ses remontrances, venait maintenant implorer son appui, Jean se lève, et :l commence : « C’est toujours le moment, mais c’est aujourd’hui le moment plus que jamais de s’écrier : Vanité des vanités, et tout est vanité. Où est maintenant la

A) VIN, XVIII (2) Elle a été souvent éditée à part, soit en France, soit à l'étranger, |

dignité éclatante du consul ? Où est la lumière des lambeaux ? Où est le bruit de la foule, le vivat du Cirque, la flatteuse acclamation du théâtre ? où sont les applaudissements, les chœurs, les banquets, les fêtes ? où sont les couronnes et les draperies ? Tout cela est passé; un orage soudain a fait choir les feuilles et a dévasté l’arbre ; le voilà maintenant, pareil à un tronc dépouillé, dont la racine même est ébranlée, et qui vacille. L’assaut du vent a été si violent, qu’il a menacé de l’arracher du sol d’un coup avec ses racines, et qu’il a brisé complètement ses forces vives. Où sont maintenant les faux amis ? Où sont les dîners et les festins ? Où est l’essaim des parasites, et le vin pur versé à flots pendant le jour entier, et les chefs-d’œuvre toujours renouvelés des cuisiniers, et les adulateurs de la puissance, ceux qui pour lui plaire sont prêts à tout faire et à tout dire ? C’était un songe d’une nuit, et tout s’est évanoui avec le jour ! C’étaient des fleurs printanières ; le printemps est passé, et toutes se sont fanées ! C’était une ombre, et elle a fui ; c’était un fruit, et il s’est gâté ; c’étaient des bulles, et elles se sont : crevées ; c'était une toile d’araignée et elle s’est déchirée ! C’est pourquoi nous répétons cette parole de l'Esprit, et nous ne cessons pas de dire : Vanité des vanités, et tout est vanité ! Cette parole devrait être gravée sur les murs et sur les vêtements et sur le forum et dans les maisons et sur les routes et sur les portes et dans les vestibules,

et surtout dans la conscience de chacun, perpétuellement,

et il faudrait la méditer constamment. Puisque le mensonge des choses, puisque les masques, puisque l’hypocrisie sont pris pour la réalité par la foule, chaque jour, au repas du matin, au repas du soir, dans les assemblées, chacun devrait redire à son voisin, et son voisin devrait lui redire : Vanité des vanités, et tout est vanité (1) ». Puis, se tournant vers Eutrope lui-même, et s'adressant à lui : « Ne te disais-je pas sans cesse que la richesse est

(1) Texte de Migne, P. G., 52, 392,

fs VAR te eue -je pas qu’elle est un serviteur ingrat ? Mais tu ne voulais pas le croire. Voici que l’expérience t af prouvé qu’elle n’est pas seulement fugitive et ingrate, mais qu’elle est meurtrière : c’est elle qui te fait trembler et craindre ! Ne te disais-je pas, quand tu t'irritais sans cesse contre moi parce que je te disais la vérité : Je t’aime mieux que tes flatteurs ; moi qui te blâme, je te fais plus de bien que ceux qui Éboclont à te plaire 7... Et l’Église, que tu as combattue, t’a ouvert son sein et t’ ÿ a reçu, tandis que le théâtre (1), auquel tu réservais tes faveurs, pour la défense duquel tu t’es souvent indigné contre moi (2), t’a trahi et t’a perdu. Cependant nous ne cessions jamais de te dire : Pourquoi fais-tu cela ? Tu poursuis ‘avec fureur l’Église, et tu cours toi-même au précipice. Tu négligeais tout cela. Et l’hippodrome, pour lequel tu as dépensé ta richesse, a aiguisé le glaive contre toi, tandis que, l’Église qui n’a eu pour partage que ton hostilité, multiplie ses démarches, pour t’arracher du filet où tu es pris ». | Comme en 387, Jean fut la voix de tout un peuple, la voix des humbles tout au moins, qui l’avaient tout de suite aimé, et que ces grands revirements consolent. L’aristocratie de Constantinople trouva qu'il soulignait un peu trop les leçons de la Providence, du moins s’il faut en croire Socrate, selon lequel « il choqua certaines personnes, qui jugèrent que non seulement il n’avait pas de pitié pour un malheureux, tout au contraire qu’il l’accablait ». Mais l'admiration pour l’orateur capable de Han de tels coups dut être unanime. La citation que j'ai faite de l’exorde de pour montrer l’élévation des idées, le pathétique, ’éclat et l’abondance des images. [1 faut lire cependant le texte même pour appré-

(1) J’ai déjà dit que Jean avait prêché en 399 son homélie la plus virulente contre le théâtre.

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x justement le caractère littéraire de ce discours fameux. Le style est bien ici — manié et transformé par un beau 4 génie — celui que la seconde sophistique avait mis à la mode, pour cet ordre de sujets. Il n’y a pas à s’étonner du contraste, si grand qu'il soit, entre cette véhémence et la simplicité des sages et prudentes instructions qui formaient la trame ordinaire de la prédication de Chrysostome. Mais le ton est celui des thrènes ou des monodies, dont la monodie d’Aristide sur Smyrne avait autrefois F donné le modèle, et que représentent au 1v® siècle des morceaux comme celle de Libanios sur Daphné ou celle du même orateur sur Julien. Cette manière se caractérise par le rythme emporté et haletant, par l’emploi des petites phrases courtes, avec assonances et anaphores, - par celui de l'interrogation et de l’exclamation, par la hardiesse et l’éclat des images, par je ne sais quoi de poétique en un mot ; le nom même de monodie est ‘emprunté à la poésie dramatique. Mais Himérios ou Libanios, quand ils l’emploient, laissent trop voir partout l’artifice; le premier, avec son exaltation voulue, n’aboutit qu’à une exagération ridicule, tandis que le second, malgré toute son habileté technique, n’arrive pas à triompher de la froideur de son tempérament. L’émotion de Jean est sincère ; une grande foi religieuse l’échauffe, et l’ins- … piration biblique nourrit son éloquence de hautes et Se que graves idées, d'images brillantes et fortes. 1218 Quelques jours après, Eutrope avait abandonné son RES asile, sans que nous sachions comment ni pourquoi, et | iæ il avait été arrêté (1). Jean a prononcé, sur le verset 4 du Psaume XL, une seconde homélie qui a toujours , À - beaucoup embarrassé, depuis Montfaucon et Tillemont, le le jugement des critiques. On peut lire l'appréciation x des deux premiers, et ensuite celle de Lietzmann, le dernier savant qui ait émis un avis personnel sur la question ; on retrouvera également chez tous trois, et l’on

(1) D’abord simplement exilé, il fut mis à mort peu de temps après.

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retrouverait dans les opinions exprimées dans l'intervalle, la même appréciation sévère, sur la seconde partie tout au moins, et une certaine hésitation à conclure. Essayons d’y voir clair nous-mêmes. Le début contient un retour sur les événements récents, qui ne peut être que d’un témoin oculaire, et où l’on croit bien entendre l’accent de Chrysostome. La première homélie se terminait par une exhortation au peuple d’aller supplier l'empereur, avec l’évêque à sa tête, pour qu’il fit preuve de clémence, «et qu’il accordât à la Sainte Table la vie d’un homme ». La seconde, après un exorde sur la beauté et l’utilité de l’'Écriture, commence par une protestation contre ceux qui pourraient penser que l’évêque, après avoir d’abord accueilli un suppliant, l’a ensuite trahi. Jean rejette sur Eutrope lui-même la responsabilité de son arrestation, à laquelle il s’est exposé par une fuite volontaire, et 1l peint en traits de feu le trouble qui régnait aux alentours de l’Église : « Vous étiez présents ce jour-là, et vous avez vu toute l’armée en mouvement, la fureur des soldats, plus ardente qu’une flamme, tandis que nous nous hâtions vers le palais (1)». Tout cela ne peut être que de Jean. La seconde moitié de l’homélie, à propos du verset choisi pour texte : « La Reine s’est tenue à sa droite», contient un panégyrique de l’Église, qui prend toutes les formes, reçoit tous les noms, et demeure toujours l’Église, la Reine, la fiancée du Christ. Les critiques anciens ou récents ont surtout relevé l’incohérence de la composition, et les caractères du style, qu’ils trouvent notablement différents de ceux qui distinguent habituellement celui de Jean. Le premier défaut peut s'expliquer par l'improvisation et par cette espèce de fièvre qui semble s’être emparée de Jean — dont l’état de santé était d’ailleurs médiocre (2)

(2) On se souvient qu'il l’avait altéré pas les austérités de sa jeunesse ; à Constantinople, il souffrait gravement de l’estomac, et c’était une des raisons pour lesquelles il mangeait seul « et menait cette vie de Cyclope » qu’on lui reprocha au concile du Chêne,

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