‹ Histoire de la littérature grecque chrétienneChapitre 150 sur 200 · RAR · texte numérisé non relu

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qu on, qu Ho étaient d'une done par- - faite. Mais il apparaît clairement que, de son propre mouvement, il était peu porté à la controverse subtile. RES LS Nous avons déjà dit sur sa méthode d’exégèse tout ce qu’il \ x importait de dire. Il n’y a pas lieu d’insister très longue- | HAE ment sur sa doctrine. Quand il expose le dogmetrinitaire, c’est la croyance de Nicée qu’il défend, en termes assez |

généraux et sans embarrasser ses auditeurs de précisions

périlleuses. Il a vécu au moment où la question de l'union des deux natures en la personne du Christ devenait grave.

On peut bien relever peut-être quelques nuances antiochiennes dans la manière dont il la traite à l’occasion. Mais il ne l’a jamais examinée de près en ses aspects les plus délicats. Il n’emploie pas l’expression de mère de Dieu (@soréxoc) en parlant de la Vierge Marie, mais 1

. n’enrisque pas de trop compromettantes dans l’autre Sens, "4 A quoique, à côté des hommages qu’il lui a rendus, il ait +200 parfois parlé d’elle en des termes qui n’eussent pas été tolérés plus tard. Bref, il n’a pas pris véritablement part

à la solution du problème, et quand Cyrille d'Alexandrie Le a voulu le mettre au nombre de ses autorités, dans sa lutte F4 " contre Nestorius, il n’a pu avancer que deux textes assez % insignifiants, pris d’ailleurs à une homélie dont l’authen- qe ticité n’est pas sûre (1). Deux points seulement méritent M quelque attention. Il a toujours été considéré par les gé fs nérations qui l'ont suivi comme un des Pères quiontle s

mieux exprimé la doctrine catholique de l’Eucharistie. Ce

n’est point qu’il faille chercher chez lui de la transsubstantiation une explication tout à fait précise; maisilen peut ne fournir les éléments essentiels. Ses opinions sur le libre ar- f ie bitre ont été invoquées de part et d’autre dans la querelle du pélagianisme. Julien d’Éclane s’est réclamé de lui (2), aussi bien que saint Augustin (3). Il était inévitable qu'un

{1 fé Voir à ce sujet les bonnes remarques de BARDENHEWER, : … (2) Dans ses livres ad Turbantium. TS | (3) Dans le traité Contra Julianum.

moraliste comme Chrysostome, qu’un prédicateur obligé de faire appel à chaque instant à l'effort de la volonté, mît surtout en lumière, des deux faces du problème, celle que seule voulut voir Pélage. Mais ce serait l'avoir lu

superficiellement que de faire de lui un pélagien avant

la lettre. La vérité est ici encore que le débat n’a eu lieu qu'après lui. S'il y avait pris part, et s’il avait vécu quelques années encore (1), peut-être son influence eûtelle en quelque mesure contre-balancé celle d’Augustin et contribué à émousser les pointes trop dures de la doctrine augustinienne. Mais on ne saurait oublier que Chrysostome était l’admirateur ardent et le disciple fidèle de saint Paul.

L'originalité de Chrysostome est dans la morale, et non pas dans la théologie. Ce n’est pas assez dire que de le mettre au premier rang des moralistes : il voulut être et il fut un réformateur. Il a paru en un temps où le christianisme — l’ennemi du siècle — par l’effet de son extension, risquait de devenir le siècle. Dans l’Église agrandie, de nouveaux fidèles étaient entrés à flots, que l'intérêt avait poussés, autant et plus qu’une foi sincère. Dans l'Église déjà vieille, des abus s'étaient introduits. La dignité épiscopale pouvait offrir trop de satisfaction à un ambitieux ou à un avare, s’il réussissait à l’obtenir, pour que bien des brebis galeuses n’eussent pas pénétré dans les rangs du clergé lui-même. Le spectacle de ces faiblesses et de ces désordres, malgré les grands exemples, malgré les hautes vertus qui ne manquaient point, devait émouvoir le cœur des vrais chrétiens. Cette émotion a eu pour effet direct le mouvement qui a entraîné les plus ardents vers l’ascétisme et la vie monastique, ou tout au moins l’a favorisé. Jean a commencé, lui aussi, par fuir le siècle. Mais la charité l’y a ramené ; l’amour du prochain lui a dicté son vrai devoir, et 1l est revenu à Antioche, armé de sa seule parole et de sa foi, pour

(1) Il eût suffi de cinq à six ans,

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entreprendre la conquête des âmes. Il ne se demandait même pas s’il pouvait échouer. Il était sûr de réussir, d’être cet homme qui, « à lui seul », comme il l’avait dit, « peut suffire à convertir tout un peuple ». Nous n’avons aucun moyen positif d'apprécier quels furent les résultats de son apostolat. Mais nous pouvons avoir la certitude morale qu’il fit beaucoup de bien. Les amitiés qui l’entourèrent, les dévouements qui s’attachèrent à lui, les résistances même qu’il suscita nous en sont de sûrs garants. Il connut à Antioche douze années de labeur fécond, et, semble-t-il, aisé. Il soutint à Constantinople quatre ans de luttes acharnées, au bout desquelles il fut vaincu. Mais si la cour le brisa, le peuple lui resta fidèle, d’une

fidélité si obstinée que sa réhabilitation ne tarda pas. La postérité ne ferme pas les yeux à certains défauts de.

son caractère qui furent l’excès de ses vertus. Paul luimême avouait ses faiblesses ; mais 1l était le plus grand des Apôtres. Le temps des apôtres semblait passé ; Jean fit renaître, en plein 1v° siècle, l'esprit apostolique. L’orateur a été très applaudi par ses contemporains, et n’a jamais cessé d’être admiré. Il avait les plus beaux dons, et il les a cultivés par tout l’art que l’école pouvait mettre à sa disposition. Mais cet art est moins sensible chez lui que chez Basile et chez Grégoire de Nazianze ; quoiqu'il soit aussi savant, il est plus dissimulé, parce qu’il n’y a presque jamais chez lui rien d’affecté n1 de tendu. Villemain a dit (1) : « C’est la réunion de tous les attributs oratoires, le naturel, le pathétique et la grandeur qui ont fait de saint Jean Chrysostome le plus grand orateur de l’Église primitive ». En effet, les qualités dont i] était si richement pourvu ont toutes été portées par lui à leur degré supérieur et s’équilibrent harmonieusement. Nous répéterons qu’il serait désirable que nous eussions, pour Chrysostome comme pour Basile et Grégoire, une

(1) Au début de son étude, qui, malgré quelques erreurs de détail, reste une des meilleures parties de son Tableau.

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édition Ne ; que, par l'étude Pr dornplète, et plus “rh méthodique de la tradition manuserite, nous fussions, mis en état de nous prononcer plus sûrement sur les ‘questions d'authenticité, et par une revision du texte, de posséder aussi plus exactement les garanties nécessaires à une étude exacte et complète de la langue et du style. Cette étude est à peine commencée. Il serait utile aussi qu’on essayât de suivre, au cours d’une carrière qui fut longue, à travers des discours et des traités dont le plus grand nombre se laisse assez bien dater, les traces d’une évolution, qui nous apparaîtrait sans doute comme n'ayant jamais modifié très profondément sa manière, sauf dans les deux ou trois années tragiques de son épiscopat, mais nous permettrait de noter des nuances intéressantes. Il faudrait aussi tenir compte des genres, et examiner de près comment Jean adapte aux thèmes'qu’il traite le ton qu’il prend (1). Sous le bénéfice de ces réserves, essayons d'indiquer ce qui ne paraît guère sujet à contestation.

Isidore de Péluse a déjà loué l’atticisme de la langue (2).

C’est sur ce point que l’absence de relevés complets,

ou tout au moins assez étendus, est le plus regrettable. Mais un helléniste un peu exercé éprouve, en lisant n’importe quel traité ou n’importe quelle homélie de Jean, une impression assez nette pour qu’elle ne risque guère d’être trompeuse. La langue, aussi bien par le choix des mots que par la morphologie ou par la syntaxe, est d’une pureté et d’une correction exceptionnelles (3) pour l’époque, et d’autant plus remarquables que cette

(1) J’ai indiqué dans la bibliographie les travaux, encore insuflisants, qui ont été tentés sur les Panégyriques ou sur les Lettres.

: (2) Ép. V, 2.

(3) En l’absence de relevés exacts, je n’ose rien affirmer. Mais il m'a semblé qu’il y avait dans la fin de la II Homélie sur Eutrope et dans quelques autres discours ou parties de discours d’origine douteuse, des incorrections qui ne se trouvent pas dans les textes sûrement authentiques, Voici deux exemples : ëmtfuueiy et moeueïv, suivis de l’'accusatif, e

Quoique Jean n’ait gardé aucune reconnaissance à

Libanios, il est probable que l’exemple et les leçons d’un

tel maître ont contribué grandement à ce mérite. Car Libanios est de tous les sophistes du rv° siècle celui qui a le mieux connu les orateurs attiques, marqué la préférence la plus raisonnée pour leur manière, et le mieux réussi à s’en approprier au moins les apparences. Pour le style, pour la construction de la période, l'emploi des figures et des images, Jean a appris de lui tout ce qu’il pouvait apprendre, et la force naturelle de son talent lui a permis de dominer l’art qu’il avait appris au lieu d’en être l’esclave. Pour le rythme, toujours en suivant la trace de

Libanios, Chrysostome reste dans la tradition, et ses

clausules sont encore quantitatives, sans recherche particulière de l’accent.

Cette perfection classique de sa manière se montre

. particulièrement dans certains traités de l’époque de son

diaconat, dans les panégyriques, et dans quelques autres

discours d’apparat. Il faut mettre à part, dans son œuvre, cette catégorie. Tout à l’opposé, il faut faire aussi une classe spéciale pour les homélies prononcées au temps des grandes crises des années 399-404. L’asianisme, qui dans la plupart des discours de Jean, n’apparaît qu’en la mesure où tout orateur du 1v® siècle, quel qu’il fût, était obligé, par l’enseignement de l’école et le goût du public, d’en subir l’influence, s’y fait une part prépondérante. Quoique, par le pathétique et l’éclat, l’éloquence de Jean se soit alors parfois dépassée elle-même, il arrive aussi que nous regrettions le changement. Mais il faut se souvenir que la plupart des homélies en question ont été improvisées, et qu'il se peut qu’elles nous aient été transmises dans des rédactions qui ne méritent pas une confiance absolue.

De même que l'originalité de Jean, homme d'église, n’est pas dans sa théologie, ni tout à fait encore dans son exégèse, mais dans ses qualités de moraliste et sa

3 dre est toujours aisée et ne sent jamais Taffectation. F

hardiesse de réformateur, sa supériorité oratoire n'est pas dans la possession, si parfaite qu ’elle soit, de toutes les ressources que lui fournissait la tradition de l’éloquence classique ; elle est dans certaines qualités qu’il tient de son propre fond.

Les plus originales, je crois, sont celles qui lui ont permis de porter à sa perfection le genre de l’homélie familière, tel que nous l’avons vu se dessiner dès l’origine et se développer au 1m® siècle. La simplicité d’un ton fraternel, le naturel, l’accent insinuant, la précision

des exemples concrets, la finesse de l’observation morale, tout cela, qui assure l'efficacité, donne aussi son charme à cette parole qui fait pénétrer doucement dans l’esprit et dans le cœur le bon conseil. Avoir réalisé ainsi l'idéal du prédicateur, c’est-à-dire d’un directeur de consciences qui a charge de diriger non une âme, mais toutes les âmes, et en cherchant à les atteindre non pas dans la solitude du confessionnal ou dans l’intimité d’une lettre, mais dans l'immensité d’une église et parfois dans le tumulte d’une assemblée, pourrait suflire à la gloire de Chrysostome. Mais la nature, qui lui avait si largement accordé les dons les plus nécessaires à l’orateur chrétien, l'avait doué aussi de cette éloquence pathétique qui avait fait jadis la force des grands hommes d'État athéniens. Dans les heures tragiques qu’il traversa, d’abord à Antioche, lors de lPémeute, ensuite à Constantinople, lors de la chute d’Eutrope et du conflit avec Eudoxie, il fit entendre des accents que le monde antique n’avait plus jamais entendus depuis Démosthène et Cicéron.

A l'efficacité qui naît du zèle par lequel on se donne tout entier — c’est la marque du chrétien — à cette vivacité d'émotion qui rend un homme capable, dans les jours de crise, de traduire en toute la force qu’ils recèlent les sentiments confus qui s’agitent en l’âme des foules — et c’est le signe même du génie oratoire — Jean joignait une qualité, qu’il doit peut-être, au moins pour une part, à son origine orientale. C’est cette imagination qui lui

Toner, NA AUPANET:

permet de tout animer et de tout colorer. Jamais une !

idée ne se présente à lui en sa sécheresse abstraite. Il voit les hommes et les choses. La nature, la vie sociale, la lecture de l’Écriture aussi ou celle de Platon et de Démosthène, lui fournissent, avec une richesse inépuisable, les images qui succèdent aux images, ou les comparaisons qui se développent avec une élégance et un éclat homériques, avec plus de souci de la réalité exacte qu’il n’arrive parfois chez Homère. Par la souplesse et l’aisance du style, par je ne sais quel charme brillant, il y a chez Chrysostome un renouveau de l'esprit ionien. Homère, Platon, Démosthène (1), les Prophètes, Jésus et saint Paul, ont tous apporté leur part à la formation de son éloquence, et tous ces apports divers, il a su les fondre à la flamme de son génie. Notre analyse parvient à les discerner. Quand on le lit, on s’abandonne à lui comme ses auditeurs autrefois ; on se laisse tour à tour enchanter par sa grâce et dominer par sa force.

{1} Qu’on note bien que je ne parle ici que de Chrysostome orateur. J’ai dit bien des fois et je répète, malgré les objections que ma faites Nægele, qui ne m’a pas très bien compris, que l’influence hellénique est restée purement formelle chez Chrysostome, et que, malgré certains emprunts qu’il a faits aussi à la morale antique, il est peutêtre, de tous les Pères du 1v° siècle, le plus détaché de l’hellénisme, si l’on regarde au fond des choses.

Le

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