CYRILLE DE JÉRUSALEM
Junon et Minerve ; un temple de Vénus s’élevait sur l'emplacement même où les chrétiens croyaient que Jésus avait été crucifié et enseveli. Sous Constantin, les choses changèrent. Ælia Capitolina — e’était le nom qu’Hadrien avait donné à sa fondation — devint une ville chrétienne et reprit son nom de Jérusalem. Le temple de Vénus fut démoli ; on dégagea le terrain sur lequel il avait été bâti et l’on découvrit dans le roc un tombeau. L’évêque Macaire, qui avait été au nombre des Pères du concile de Nicée et qui avait obtenu de Constantin la permission d'entreprendre ces travaux, y reconnut le saint Sépulcre ; il retrouva même la croix. Constantin fit alors construire sur le Golgotha reconquis une superbe basilique, et 1l fit enclore le saint Sépulcre dans une rotonde, l’église de la Résurrection (Anastasie). Une autre basilique fut édifiée sur le mont des Oliviers, par les soins de l’impératrice Hélène. |
Macaire mort, le siège épiscopal fut occupé par Maxime. C'était un vieux lutteur, que Maximin Daïa avait jadis condamné aux mines, et qui en était revenu borgne et boiteux. A la fin de sa vie, tout au moins, Maxime était tout dévoué à Athanase (1), et par suite médiocrement d’accord avec son métropolitain, l’évêque de Césarée, Acace. Parmi les membres de son clergé, on remarquait un prêtre Cyrille, qui, aux environs de 350 (2), devint son successeur.
Cyrille de Jérusalem. — Sa biographie. — Selon Socrate (H. E., IT, 38), Acace, avec le concours de Patrophile de Seythopolis, c’est-à-dire un semi-arien aidé d’un arien de la première heure, avaient expulsé Maxime et mis Cyrille à sa place, et Sozomène ne fait que reproduire ce dire, presque dans les mêmes termes (H. E, 10, 20). Théodoret
(1) Selon Socrate (H. E., II, VIII), il avait autrefois souscrit à la condamnation d’Athanase ; mais en 346 (1bid., XXIV), il reçut à Jérusalem l’évêque d'Alexandrie avec beaucoup d’enthousiasme,
(2) Cf. Sarnr JÉRÔME, Chronique, ad annum 349.
peus
au contraire (H. E., II, 26)fait succéder Cyrille à Maxime régulièrement, à la mort de celui-ci, et dans une lettre synodique du Concile de Constantinople en 382 (1), qu'il
cite ailleurs (V, 9), se trouve cette phrase : « De l’Église mère de toutes les Églises, de l’Église de Jérusalem, nous reconnaissons depuis longtemps comme évêque (2) le très
vénérable et très pieux Cyrille, aimé de Dieu, qui a été
élu jadis canoniquement par ceux de la province, et qui, en divers temps, a beaucoup lutté contre les Ariens ». Ceux de la province peuvent bien être Acace et Patrophile, mais il semble résulter de ce certificat donné à Cyrille par un concile qu’on ne peut guère soupçonner d’avoir été mal informé, que Cyrille ne fut point élu après une expulsion violente de Maxime, et qu’en 382, il était considéré comme un défenseur éprouvé de l’orthodoxie (3). En tous cas, nous trouvons bientôt Cyrille en conflit avec Acace, pour des raisons diverses. Selon Sozomène (IV, 25), il n’était pas un suffrageant commode, et, fier du caractère apostolique de l’évêché de Jérusalem, refusait d’obéir à l’évêque de Césarée. Selon le même historien, et selon Théodoret (II, 27), Acace arguait contre lui d’une vente de certains objets sacrés qu’il aurait faite, en temps de famine, pour subvenir aux besoins des fidèles (4). Il serait bien surprenant qu’en une époque comme le milieu
du rvesiècle, les deux adversaires ne se fussent pas opposé
(1) Le concile auquel Grégoire de Nazianze remit sa démission, et qui le remplaça par Nectaire.
(2) réha, ce qui s’accorde avec la date de 350, que nous avons donnée comme probable pour son entrée en fonctions. É
(3) Cependant Rurin (M. E., I, 23) parle, à propos de Cyrille, de « confusa ordinatio », et ajoute : « aliquando in fide, sæpius in communione variabat. » Il y a donc quelque chose d’obscur dans ces débuts de Cyrille. TourTÉE a réuni, en tête de l’édition bénédictine, tous les textes qui le concernent. Saint Jérôme (loc. cit.) lui est défavorable, comme Rurin.
(4) On lui reprochait, notamment, d’avoir vendu un vêtement magnifique, qui avait été donné par Constantin à Macaire ; ce vêtement, disait-on, était tombé aux mains d’une actrice, qui s’en revétait au théâtre (THéonorer, Il, 27).
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