‹ Histoire de la littérature grecque chrétienneChapitre 153 sur 200 · JÉRUSALEM · texte numérisé non relu

JÉRUSALEM

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des griefs théologiques et (ib.) ils ne manquèrent pas de le faire, selon Sozomène (ibid.) qui déclare qu’ils avaient été suspects tous deux, Acace, d’être arien, Cyrille,d’être homéousien. En 357, donc, Acace, qui était bien vu de Constance, fit déposer et chasser de son église Cyrille, qui se réfugia à Tarse, et qui en appela de la sentence (1).

Le concile de Séleucie, en 359, lui donna raison, mais sa cause succomba, la même année, devant celui de Constan-

tinople. Il profita des mesures prises par Julien pour rentrer

à Jérusalem en 362 (2) ; fut expulsé par Valens, ce qui prouve que dès lors il était tenu pour un adversaire

déclaré de l’arianisme, et il ne put reparaître qu’en 378. Quelques années après, il fut solennellement reconnu,

comme nous l’avons vu, par le concile de Constantinople

et dès lors, sous Théodose, non seulement il a gouverné son église en paix, mais il asans doute primé, tout au moins par son influence, l’évêque de Césarée ; il avait fait installer sur ce siège un de ses neveux, nommé Gélase. Il mourut le 18 mars 386 (35). |

Les Catéchèses. — Sa réputation d'écrivain est due à ses catéchèses, c’est-à-dire à vingt-quatre homélies adressées aux candidats au baptême, selon les uns, alors qu’il était encore prêtre, au carême de 347 , selon les autres, seulement au carême de 350 (4). Le plus vif intérêt qu’elles

présentent est de nous faire assister, presque jour par

jour, à la préparation que les catéchumènes recevaient avant la cérémonie, et de nous faire connaître ainsi la vie religieuse de Jérusalem, ou du moins un élément essentiel

(1) « Le premier et le seul, contre la législation ecclésiastique », prétend SocraTe (H. E., II, 40), mais cf. DeLacroix, p. 39.

(2) Rurin, I, 37. if,

(3) L’année résulte d’une donnée fournie par JÉRÔME (De Viris,

412 ; Cyrille, évêque huit ans, en paix, sous Théodose) ; le jour est donné par les Ménées ; sur Gélase, cf. JÉRÔME, De Vüris, 440.

(&) La première date est adoptée par Mapæn, loc. cit. ; la seconde, par Heisenserc, Grabeskirche und Apostelkirche, I, p. 47 (Leipzig, 1909). Il est assez difficile de se prononcer. JÉRÔME (loc. cit.) les attribue, en tout cas, à la jeunesse de Cyrille.

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de cette vie, pendant la période la plus solennelle de l’année ecclésiastique (1). « Une fois formé, le groupe des candidats au baptême suivait pendant les huit semaines du carême une série d'exercices auxquels les fidèles pouvaient assister, mais non les audientes, c’est-àdire ceux qui demeuraient simples catéchumènes. Tous les matins, après les hymnes de l’aurore, on soumettait les competentes à l’exorcisme, et l’évêque, assis sur sa chaise dans l’église majeure, donnait ses instructions, appelées catéchèses. Le prélat se faisait remplacer parfois par un prêtre habile et disert. Au bout de cinq semaines d'enseignement, on livrait aux candidats le Symbole des Apôtres, qui devenait dès lors le thème des instructions épiscopales. La « reddition du Symbole » avait lieu au début de la Semaine Sainte. Un à un les competentes, assistés de leur répondant, parrain ou marraine, venaient réciter leur profession de foi, devant l’évêque, au fond de l’abside de l’église majeure, derrière l'autel (2) ». Les allusions que Cyrille aime à faire aux circonstances et aux lieux permettent de se rendre compte que le plus grand nombre de ses catéchèses ont été prononcées dans la Grande Basilique fondée par Constantin (le Martyrion) qui servait d'église paroissiale à la ville. Mais quelquesunes ont été prononcées dans la rotonde de la Résurrection (Anastasis), par exemple la xrve, et les n°8 x1x-xxmn ; il en est aussi qui l’ont été au Golgotha (x-cxrrr). Le sentiment qu'avait Cyrille de la dignité exceptionnelle que méritait son église par le grand souvenir de la prédication et de la mort du Christ, l’a mis en conflit avec son métropolitain Acace ; il s'exprime heureusement dans ses catéchèses et contribue à l’efficacité de sa parole. Quel autre prédicateur pouvait dire à ses ouailles : « Les autres

(1) Ce que nous apprend Cyrille trouve sa ébnfrmation ou ses compléments dans la Peregrinatio d'Érnéria, et parfois aussi dans la Vie de Porphyre, évêque de Gaza, par le diacre Marc,

(2) ABer et Vincenr, Jérusalem, p. 292,

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entendent seulement ; mais nous, nous voyons et nous touchons (1) » ?

Ces vingt-quatre homélies ne représentent pas au complet toute l’activité oratoire de Cyrille pendant la période à laquelle elles appartiennent ; mais elles nous en ont conservé l'essentiel. Elles ne semblent pas avoir été

publiées par leur auteur lui-même. Elles ont été impro-

visées, si l’on s’en rapporte au témoignage des en-têtes qu’elles portent dans nos manuscrits, et leur allure assez libre, parfois même un peu désordonnée, semble confirmer cette allégation. Elles doivent représenter, comme tant d’autres discours chrétiens du 1v® siècle, des rédactions d’auditeurs sténographiées. C’est là du moins l’explication vraisemblable des divergences assez fréquentes que nous permet de constater la tradition. Ces divergences sont parfois assez importantes pour que dom Touttée ait publié sous deux formes l’une au moins des catéchèses, la ITe; pour d’autres, il a donné en appendice les additions ou variantes de certains manuscrits. La question d’ailleurs mériterait d’être reprise, et devra l’être, si une édition moderne, selon la méthode critique, nous est un jour donnée.

Le plan de la série est, en gros, le suivant : d’abord une homélie d'introduction, intitulée Procatéchèse, pour montrer la grandeur de l’acte auquel se préparent les compétents ; ensuite dix-huit catéchèses « pour ceux qui reçoivent la lumière (2) » ; ces dix-huit homélies succèdent toutes à la lecture d’un texte sacré du Nouveau ou de l'Ancien Testament, auquel il est fait allusion dans

(1) XIV, 22. Outre ces allusions au Saint-Sépulcre, au Calvaire, aux monuments bâtis par Constantin, Cyrille parle souvent de l’in-

vention de la Sainte-Croix, en mentionnant seulement les recherches .

entreprises sur l’ordre de l’empereur, sans parler aucunement, à ce propos, de sa mère Hélène.

(2) Tüv poritouévewv ; à Jérusalem, du jour où ils se sont fait inscrire pour recevoir le baptême, les catéchumènes ne portent plus leur ancien nom, ou il ne leur est donné que par abus,

l'étoile, mais qui ne Foutoira) pas. le thème ‘princip les cinq premières gardent un caractère assez général ;

chèses XIX-XXIV, qui portent dans nos manuscrits le nom de mystagogiques, sont postérieures à la célébration du baptême, et ont été prononcées pendant l’octave de Pâques ; les deux premières commentent les rites selon lesquels les nouveaux fidèles viennent de recevoir ce

sacrement : la troisième traite de la confirmation ; la

À … de la sixième à la dix-huitième, Cyrille explique les articles ! du symbole de l'Église de Jérusalem, dont il nous rend ainsi possible de reconstituer la teneur (1); les cinq caté-

quatrième et la cinquième de l’Eucharistie. Les dix- huit

catéchèses préparatoires au baptème sont d’étendue inégale, parfois assez longues pour que Cyrille s'excuse de la fatigue qu’il impose à ses auditeurs ; les homélies mystagogiques sont beaucoup plus brèves.

Parce qu’elles donnent un exposé complet, quoique élémentaire, de la doctrine chrétienne, parce qu’elles font revivre pour nous les rites et les usages de l’Église mère de toutes les autres Églises, les catéchèses de Cyrille ont toujours vivement intéressé les théologiens et les historiens de l’Église et, à part un certain nombre de critiques protestants, qui firent assez mauvais accueil, quand ils venaient de paraître, à des textes où se trouvent trop de témoignages favorables à l’interprétation catholique des sacrements, elles ont été généralement appréciées avec beaucoup de faveur. Nul sans doute ne songe

à leur accorder une admiration égale à celle que nous ins-

pirent les sermons ou les traités d’un Basile, d’un Grégoire ou d’un Chrysostome ; elles manquent trop d’originahité pour la provoquer. Mais il est vrai qu’elles sont dignes d’estime par leur clarté, par la simplicité du ton, par les qualités de catéchiste en un mot, dont l’orateur y fait preuve, et qui sont ici tout à fait à leur place. Cependant,

(1) Le travail a été fait avec soin par Dom Touttée ; cf. aujourd’'hui, Haux, Büibliothek der Symbole, $ 124.

Se as RAURTR ED en leur conservant ainsi leur véritable Sen fiction, il convient de ne pas en surfaire le mérite. Elles ont d’abord deux défauts que Cyrille lui- même a sentis et dont il s’est excusé parfois : la doctrine est souvent comme noyée dans la surabondance (1) des textes scripturaires, qui sans doute sont indispensables pour la démontrer, mais entre lesquels il aurait suffi de faire un, choix ; d'autre part, quand Cyrille entame un thème apologétique ou une allégorie, il les développe avec le même excès.

Dans ce long parallèle qu’il institue entre les moindres

circonstances de la chute et les moindres éléments de l’acte rédempteur, il exprime lui-même la crainte que ses auditeurs ne l’accusent de subtilité (2) ; nous serions plutôt tentés de trouver, nous, lecteurs modernes, qu’il n’évite pas une certaine puérilité. Sans doute ces défauts peuvent pour une bonne part s’expliquer par le caractère d’exposé élémentaire qu’il faut tout d’abord reconnaître aux catéchèses, si l’on veut être équitable envers leur auteur, et Cyrille pouvait en donner assez légitimement la même justification qu’il donne des répétitions fréquentes, qui, nous dit-il (3), sont voulues et ont pour objet d’im- primer plus sûrement les connaissances nécessaires dans l'esprit des néophytes. Il apparaît malgré tout que son esprit manque de vigueur et d’originalité.

Les rapports que présente son exposé avec la littérature chrétienne antérieure où contemporaine sont en effet nombreux et frappants. Dans sa polémique contre les païens, dans sa définition et son panégyrique de la foi (4), dans sa prédication de l’unité de Dieu (monarchie) (5), dans sa démonstration de la résurrection (6), dans ses développements sur le signe de la croix (7), il nous rappelle

(1) Cyrille le remarque lui-même au début de la Catéchèse XNII, (2) Il suppose qu’ils vont lui dire : edpeothoyeïs (XIII, 9).

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