‹ Histoire de la littérature grecque chrétienneChapitre 159 sur 200 · PPS TT SOU TI SLS IE NN NAS DIN · texte numérisé non relu

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FIRE ce qui contribua sans doute à créer, PR ai église d’ Antioche (1), la situation difficile qui aboutit au schisme de Paulin. « Puisque le mot qui a préoccupé certains », disent les signataires, «le mot de consubstantiel (homovusios), a reçu des Pères une interprétation sans

| péril selon laquelle le Fils a été engendré de la substance du Père et est semblable par la substance au Père, nous souscrivons au symbole de Nicée » (2). Parmi ces signa- | taires figure Titus de Bostra.

4 Si l’on ajoute que, d’après saint Jérôme (3), Titus est de a

mort sous Valens, c’est-à-dire, au plus tard en 378, on ‘aura réuni tout ce que nous savons sur son existence. $ Le même Jérôme nous dit qu’« il écrivit, sous les empe- . reurs Julien et Jovien, des livres vigoureux contre des Manichéens et quelques autres choses (4).». Ailleurs, il le * met au nombre de ceux «qui garnissent leurs ouvrages si . richement des opinions et des doctrines des philosophes, que l’on ignore ce qu’il faut admirer principalement en ‘eux, la science séculière ou celle des Écritures (5) ». Toutes les allusions postérieures à Titus visent sa polémique contre le manichéisme (6). Le traité qui est . le seul de ses ouvrages dont Jérôme aït donné le titre, ù ‘est aussi “celui qui a continué à faire connaître son nom. en était en quatre livres. Nous ne le possédons plus en ntier que grâce à une traduction syriaque, que Paul de K Lagarde a publiée, d’après un manuscrit du commence- ment du ve siècle (411). Nous n’en avons en grec que les deux premiers livres et le commencement du troisième.

(1) Cf. le petit traité : Réfutation de l'hypocrisie de Mélèce et d’Eu-

vera P. G., XXVIIT.

(2) Socrars, III, 25. :

(8) De Viris, 102. | d | (&) Thid.

(5) Ép. LXX.

(6) Cf, SicxkenBercer, p. 6-7.

sèbe de Samosate, conservé sous le nom d’Athanase, et que l’on trou- |

Ils nous sont parvenus grâce à un manuscrit de Gênes,

qui contenait un recueil d’écrits antimanichéens, et dont nous avons déjà parlé à propos de Sérapion de Thmuis (1). Ce manuscrit n’a d’ailleurs été connu qu’au xix® siècle, et les premières éditions de Titus, comme celles de Sérapion, provenaient d’un manuscrit de Hambourg qui en est la copie. Nous avons dit aussi déjà comment Paul de Lagarde s’est aperçu qu’un assez long morceau du texte qu’elles donnent ne pouvait appartenir au traité de Titus, et comment Brinkmann y avait reconnu un fragment égaré de celui de Sérapion.

La date du traité de Titus est facile à déterminer, au moins approximativement, par ce qui est dit au chapitre xv du IIe livre, où l’auteur fait allusion à un tremblement de terre qui a eu lieu sous Julien, et où 1l parle du règne de l’Apostat comme d’un passé encore récent. Il est donc postérieur de peu à 363. Le plan général consiste à démontrer d’abord rationnellement (2) l'erreur des Manichéens, à confirmer ensuite cette démonstration par le témoignage de l’Écriture et la discussion des textes que les hérétiques invoquaient. Chacune de ces deux parties comprend deux livres. Dans le premier, Titus veut prouver que l’hypothèse de la coexistence de deux principes est inconcevable ; dans le second, il réduit également à l’absurde la conception manichéenne du principe du mal, et il défend contre Manès la Providence et l’œuvre créatrice de Dieu. Le troisième défend l'Ancien Testament, que Manès, à l'exemple de Marcion et des Gnostiques, attribue au principe du mal ; le quatrième combat son interprétation du Nouveau Testament, que Manès, nouveau Paraclet, prétend être appelé à compléter. Titus expose notamment contre lui la doctrine catholique de l’Incarnation et celle du diable, qui ne doit pas être regardée comme fournissant le moindre

(1) CÊ. supra, p. 145.

(2) Êx te tv mpay uéruv adtov a rüv xotv@v Éyvorwv. IIT, préface,

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point d’appui à l’hérésie. En somme cette méthode, qui fait tour à tour appel à la dialectique et à l’exégèse, est analogue à celle qui a été employée par les Pères pour combattre l’arianisme.

Le dualisme manichéen choque violemment Titus, à la fois parce qu’il est inconciliable avec le christianisme, bien que Manès se soit attribué le titre de Paraclet, et se soit présenté comme un apôtre du Christ (1), et parce qu’il répugne à toute la tradition de la philosophie grecque. Manès, qu’il appelle le plus souvent en jouant sur son nom : le Fou (2), n’est pas seulement pour lui l’hérétique ; c’est aussi le barbare. Il a imaginé des fables qui sont plus ridicules encore et plus obscènes que celles des Hellènes. Sa doctrine est contraire au bon sens qui veut ramener les choses à l’unité ; elle ruine entièrement la croyance, platonicienne autant que chrétienne, en un Dieu bon, dont la bonté est attestée par la création, se perpétue par la Providence, et, associée à sa justice, trouve sa dernière manifestation dans le jugement dernier. Elle fait de l’homme un esclave et nous enlève ce libre arbitre qui explique seul l’origine de la destinée humaine et constitue seul la dignité de notre nature. Titus a conduit toute cette discussion avec beaucoup de sérieux et sans rhétorique, soit qu’il expose ses propres idées, soit qu’il combatte celles de ses adversaires. L’horreur que lui inspire une telle doctrine lui arrache assez fréquemment ces épithètes flétrissantes par lesquelles il la stigmatise. Mais 1l ne s’abandonne pas à de longues invectives et à des digressions oratoires. Il suit sans détour sa voie, procédant volontiers par des dilemmes ou par la réduction à l’absurde. S'il ne fait pas directement appel à la philosophie profane, on sent qu'il est habitué à ses méthodes, et il trahit parfois assez clairement sa familiarité avec certains dialogues

(1) Zbid.

(2) Jeu de mots sur le nom propre Mavnc et mavels, participe aoriste second de paivouau,

LES ‘ds

latoniciens ; le chapitre xx1v du 11

est inspiré visiblement du mythe que conte Protagoras dans le dialogue qui porte son nom (1). D'autre part, Titus a consulté les écrits de Manès et ceux de ses disciples . il les cite souvent, en soulignant que ses citations sont

textuelles (2), et son traité apporte ainsi un témoignage

à utile aux historiens du manichéisme.

La valeur littéraire du traité est par contre. assez

| monotone, et ne cherche guère à parer son style. Il use cependant parfois assez bien de l'ironie, par exemple quand il persifle le Dieu de Manès à la fin du premier livre. L'expression, sans aucune recherche de purisme, n’est pas k 5 non plus d’un vulgarisme choquant. Les tours qui, dans la syntaxe, sont incorrects par comparaison avec l'usage classique (3), sont assez nombreux, mais sont aussi de ceux qui ne sauraient beaucoup surprendre en ce temps.

Titus avait prononcé une série d’homélies sur l Évangile

re PH Ï UE (xre siècle). On sait avec quel soin il est nécessaire d’examinerlestitres d'authenticité des fragments quise sont con- | servés par cette voie. Les lemmes (titres donnant le nomdes auteurs) ont pu souvent être confondus. Sickenberger a fait avec une conscience scrupuleuse ce travail de vérification , pour les morceaux attribués à Titus de Bostra,et, quoique tous les cas ne soient pas également éclaircis, pour un assez grand nombre l’attribution paraît justifiée, notamment par d’assez fréquentes allusions au manichéisme, allusions

(1) Telle autre partie, par exemple le chapitre xxxvir du même livre (sur l’ordre du monde),a le ton stoïcien. (2) Cf. SIcRENBERGER, p. 14. ci (3) Assez fréquemment, par exemple, des emplois peù réguliers de %v, où des omissions de la même particule quand elle serait nêcessaire, — Nous aurions grand besoin de l’édition promise par Brinx- Mann et Nix : le texte est déplorable dans P. G, et médiocre chez

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