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consacrées au Psaume V, les deux autres, l’une au. Psaume VI, l’autre au Psaume VII, qui pourraient appartenir à l’arien Astérios, et qui en tout cas diffèrent assez sensiblement par la forme des quatorze autres (1).
Les discours d’Astérios sont ou bien des panégyriques de martyrs ou des homélies sur divers thèmes, principalement empruntés à Luc ou à Jean. Tous sont, ainsi que nous l’avons déjà dit,au premier rang entre celles des œuvres oratoires du v® siècle. qui témoignent des rapports étroits entre l’éloquence chrétienne et léloquence profane. Il faut mettre à part le XI°, qui est le plus caractéristique de tous à cet égard, et. qui n’est ni un panégyrique ni une homélie. Il est intitulé : éxppaous (description), ce qui est par excellence un des termes techniques de la sophistique. Il est assez difficile de se représenter à quel public l’auteur le destinait, et dans quelles circonstances il en a donné lecture. Mais la forme en est tout à fait semblable à celle des Descriptions que les Sophistes, depuis Dion Chrysostome, faisaient applaudir dans leurs séances d’apparat. Astérios nous y décrit un certain nombre de scènes qui décoraient la chapelle d’une martyre, Euphémie (2). Le début montre Ü combien, à la fin du 1v® siècle, tout en reproduisant les formules de style sur le mépris de la littérature et de, l’art, on se préoccupait peu de dissimuler le contact que l’on gardait avec les chefs-d’œuvre classiques. Voici cet exorde : « Je tenais hier en main Démosthène, messieurs (3), le grand orateur, et de Démosthène je lisais les pages où il perce Eschine de traits amers. (1) IT faut joindre à ce groupe une homélie sur le Psaume IV, qui ne se trouve pas dans le tome XL de Migne, mais qui est donnée au tome LV. , 3
(2) Cf. dans les Natalicia et les Épîtres de Paulin de Noleles deseriptions analogues d'œuvres d’art, ou dans un des Péristéphanon de Prudence, celle du supplice d’'Hippolyte.
(3) Le terme employé est le plus simple de tous, & &vôpec ; il indique tout au moins que nous n’avons pas ici une homélie, au début de laquelle l’orateur dirait : mes Frères, ou Chrétiens.
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effort d’attention ; j'avais besoin de relâche et de promenade, pour reposer mon âme de sa longue fatigue ». Astérios est donc allé se promener à l’agora, puis dans une église (1), où il a découvert, sous un portique, des peintures dignes d’Euphranor. Il va essayer de les
décrire : « Car nous, les enfants des Muses, nous dispo-
sons de couleurs qui ne sont aucunement inférieures à
Je m'étais attardé à ma lecture, et javais fait un grand
celles des peintres. » Un Himérios eût-il fait autrement |
parade de sa virtuosité? L’orateur décrit alors en détail une série de scènes, celle du jugement, celle de la torture, celle de la prison où Euphémie est ramenée, celle du bûcher, en commentant à la fois les attitudes de la martyre et les mérites de l’œuvre d’art. Il admire notamment, dans la première scène, comment le peintre a su associer, en l'expression qu’il a donnée au visage d’'Eu-
phémie, deux sentiments d’apparence contradictoire :
la pudeur et la vaillance, et il compare cette réalisation difficile au chef-d'œuvre de Timomaque, à la fameuse
représentation de Médée se préparant à accomplir son
crime. Îl termine sa description par une déclaration ana-
logue à.celle par laquelle il l’avait commencée : «Il est temps maintenant pour vous d'aller contempler la peinture même (2), pour vous rendre compte exactement si je ne suis pas resté trop au-dessous de mon devoir d’interprète. »
Ce morceau n’est donc guère qu’un exercice de rhétorique, et à peine peut-on dire qu’il a une certaine valeur d’exhortation par l'évocation de l’héroïsme et de la foi d'Euphémie. C’est cependant le seul discours d’Astérios qui ait apporté le poids de son témoignage dans une controverse religieuseimportante, celle du culte des images. A la quatrième session du VII® Concile œcu-
{1) Il se sert d’une expression très générale, témevos Deoù ; plus
bas, il parle d’un tombeau.
(2) Je traduis la leçon du Regius, indiquée seulement en note par
la Patrologie.
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ménique, celui de Nicée en 787, un moine le cita, à la
. grande satisfaction des défenseurs de ce culte (1). Les | adversaires (2), il est vrai, allèrent chercher eux aussi un argument dans un autre discours d’Astérios, l’homélie I, sur la parabole du pauvre Lazare et du riche (Luc, XVI, 19),
où l’orateur critique vivement la mode des vêtements historiés, et, se moquant des fidèles qui s’excusent d’en porter en alléguant que les scènes représentées sur ceux qu'ils portent sont des scènes évangéliques, il finit par s’écrier : « Ne peignez pas le Christ ! il lui suffit
de s’être humilié en s’incarnant ».
On ne s’étonne pas de retrouver, dans ces homélies ou dans les panégyriques, le sophiste qui a décrit le supplice
d'Euphémie. Tous les procédés de développement que
la rhétorique enseignait, abËmous, éxppaot (3), oUyApUOIS, S°Y retrouvent ainsi que toutes les figures de pensée ou de mot. En même temps Astérios, à l'exemple de Basile ou des
Grégoire, y apparaît comme nourri de la moëlle de la
philosophie morale hellénique, comme expert à emprunter à la tradition des prédicateurs populaires, tels que Dion ou Télés, leurs moyens d'action (4). Qu’on lise dans la première homélie l’invective contre la mode, dont nous venons de citer un trait, l’invective sur le luxe qui la suit, la peinture antithétique de Lazare emporté par les anges dans le sein d'Abraham et du riche dévoré par la soif;on reconnaît partout la même influence. L'homélie II, sur la | parabole de l’économe infidèle (Luc, XVI, 1), et l’homélie III, sur l’avarice, ont des points de rapport étroits avec. ceux des discours de Basile qui-sont dirigés contre les abus de la richesse. Dans la troisième, le terme qui sert
(1) Mass, XIII, p. 16-17.
(2) Ibid., p. 305. :
(3) L'exemple le plus remarquable de description, après celle de la chapelle d’Euphémie, est celle de l’œil dans l’homélie VIT (sur l’aveugle- : né) ; Photios l’admire comme un chef-d'œuvre.
(4) Voir dans l’étude de Bretz des observations très précises sur | ces deux points.
à désigner l'avarice, Les Eire d’avoir plus que.
les autres), est conservé dans le sens qui lui est propre
__et qui est infiniment plus large que celui d'acquérir ou
de conserver les métaux précieux qui servent de monnaie ;
ce qui rend aisé à Astérios de ramener à ce principe tous
les autres vices, comme l'aurait fait un prédicateur populaire du Portique, ou un disciple de ce Diogène qu’il n'oublie pas de compter parmi les grands hommes auxquels la ville de Sinope a donné le jour (1). L'homélie IV est une de celles où se rencontrent les tableaux les plus curieux de la vie contemporaine. Astérios y critique, le plus souvent, comme il convient, avec ironie, parfois aussi avec véhémence, les abus auxquels donnait lieu la fête des Calendes (c’est-à-dire du Nouvel an), fête toute mondaine, fête sans raison, à laquelle il oppose les fêtes ecclésiastiques, qui évoquent toutes des souvenirs
augustes. Il se moque, non sans esprit, de la vaine agita-
tion qui s'empare de toute la ville, dès le matin du jour où commence l’année nouvelle, et qui dure jusqu'aux heures les plus tardives ; il raille notamment ces cadeaux que personne ne se croit dispensé de faire à ses proches, et. qui ne sont qu’un prêté pour un rendu ; car on
se les repasse de main en main. L’homélie présente
certains points de rapport avec le discours que Libanios a consacré à la même fête. L'esprit en est tout autre;
les ressemblances peuvent s’expliquer par l’identité des
thèmes. . Toutefois il n’est pas invraisemblable qu’un homme aussi désireux qu’Astérios de rivaliser avec la sophistique païenne ait précisément choisi un jour ce thème là, pour répondre (2), sans le nommer, au plus fameux des orateurs contemporains.
Donnons une idée des panégyriques. Trois d’entre
(1) Voir le début de l’homélie IX.
(2) La réponse toutefois n’aurait pas été immédiate, si Libanios est mort en 393, et si l’homélie — comme nous l’avons admis plus haut — est de 400 ; le discours de Libanios paraît d’ailleurs être une de ses dernières œuvres ; cf. FœrsrTer, tome I, p. 391.
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