‹ Histoire de la littérature grecque chrétienneChapitre 176 sur 200 · ET · texte numérisé non relu

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eux sont particulièrement intéressants, celui du prôto-. martyr Étienne ; celui des saints Pierre et Paul ; et celui d’un martyr de Sinope, Phocas. Le panégyrique d’Étienne (Hom. XIT) est un des discours que les manuscrits n’attribuent jamais à Astérios ; ils le donnent sous le nom de Grégoire de Nysse ou sous celui du patriarche Proclos (de Constantinople, 434-46). Mais Bretz (1) a montré qu’il présente avec un autre panégyrique d’Étienne par Grégoire de Nysse au moins une différence assez notable pour que les analogies qu’on constate aussi entre les deux ne s’expliquent pas avec plus de vraisemblance par une imitation de l’un dans l’autre que par l’hypothèse d’un auteur commun ; et d’autre part la méthode oratoire y est si analogue à celle qu’offrent les discours sûrement authentiques d’Astérios qu’on ne peut guère hésiter à s’en rapporter au dire de Photios, qui lui attribue celui-ci. L’exorde, avec un développement général sur les fêtes, la comparaison qui suit entre Étienne, Pierre, Jean et Jacques, pour établir à qui il faut donner la préférence, le commentaire de la vision d’Étienne, avec la prosopopée de Dieu, celui de sa lapidation, avec l’image du martyr qui tombe « comme un haut platane, dont viennent à bout de nombreux büûcherons », sont tout à fait dans sa manière. La fin est un des rares morceaux où il s’aventure sur le terrain de la théologie, pour répondre —— Sans grande originalité d’ailleurs — à l’objection que certains hérétiques tiraient, contre la divinité du Saint- Esprit, des termes employés dans le récit que font Les Actes de la vision d’Étienne. Le panégyrique des saints Pierre et Paul (Hom. VIIT) est un document intéressant sur le culte des deux Apôtres en Asie-Mineure. Astérios, comme Basile ou Grégoire, s’y montre très bien au courant des règles établies par les sophistes pour le genre de l’encômion, et, tout en déclarant qu'il les rejette, il se montre habile, comme eux, à les adapter à une matière

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nouvelle. Le panégyrique de Phocas (1) est un témoignage curieux de ce travail légendaire qui s’accomplissait de tous côtés, au 1v€ siècle, en même temps que s’élevaient partout les chapelles des martyrs et des saints. Rien n’est plus étrange que l'aventure de ce bon jardinier de Sinope, qui, habitant auprès de la route, était, comme ce héros dont parle le vieil Homère, réputé pour sa large hospi-

talité. Aussi est-ce chez lui que s’arrêtent —sans connaître

son nom — les policiers envoyés pour l’arrêter ; et il les reçoit avec sa charité habituelle, jusqu’à ce qu’ilse livre lui-même à eux le lendemain. Décapité, il est devenu le patron des matelots, et joue maintenant, pour les navigateurs chrétiens, un rôle analogue à celui que les Grecs ont attribué aux Dioscures (2). Souvent on l’a vu, au plus fort de la tempête, prêter assistance au pilote, ou, comme un simple matelot, carguer les voiles et travailler aux cordages. Sur toutes les rives du Pont-Euxin, onle vénère, et les rois scythes envoient à son oratoire de magnifiques cadeaux. L’homélie sur les saints Martyrs (Hom. X) n’a pas de titre plus précis, et ne paraît pas viser simplement un groupe de martyrs anonymes. C’est en réalité une apologie du culte des martyrs, contre les Hellènes et contre les Juifs, et aussi contre ceux d’entre les héré-

tiques — les Eunomiens — qui rejettent ce culte. Astérios

en est au contraire un apôtre enthousiaste. Ne va-t-il pas jusqu’à dire dans son exorde, non seulement que «notre vie deviendrait toute sombre et privée de toute

fête, s’il n’y avait pas les martyrs », mais que tout en ce

monde, même les pires choses, a son avantage compen-

(1) Sur le culte de Phocas et la tradition chrétienne à son sujet, cf. Van DE Vorsr, Analecta Bollandiana, XXX ; l’absence de toute précision sur l’époque de la persécution où Phocas aurait péri, de tout détail sur le martyre, confirme l’impression de légende que laisse le récit d’Astérios. Le nom du martyr évoque celui de quelque divinité marine ; cf. à ce sujet quelques conjectures de RADERMAGHER, Archive für Religionswissenschaft, 1904, et de O. Kern, 1b., 1907.

(2) Les détails qui suivent rappellent d’assez près ce que dit Lucien, de Mercede conductis, 1.

satoire Nes ecEn tion nous ‘ont At les martyrs ? Ce ne serait pas être équitable pour Astérios que de montrer uniquement en lui le disciple des sophistes et

le moraliste formé à l’école du stoïcisme et du cynisme.

Si nous avons insisté sur ces deux traits comme nous venons de le faire, c’est que nous écrivons ici une histoire littéraire, et une histoire littéraire où nous nous sommes proposé avant tout de faire apparaître les rapports entre la littérature chrétienne et la littérature profane. Mais Astérios était un excellent chrétien, et un évêque parfaitement digne de la charge qu'il remplissait. Ce que nous avons eu déjà occasion de dire de sa prédication contre les abus du luxe et de la richesse, par laquelle il s’apparente à Basile et à Chrysostome, l'a indiqué en quelque mesure. Il importe de compléter et de préciser. Qu’on lise par exemple l’homélie V, sur les versets 3 et suivants du chapitre xix de Mathieu. Ces versets sont ceux où Jésus répond aux Juifs qui l'interrogent sur le divorce. En les commentant, Astérios

a condamné avec autant de sévérité que de verve les

abus qu’il constatait autour de lui, et célébré avec une grande noblesse la dignité du mariage chrétien. Il est sans pitié PRE ceux «€ qui changent de femme aussi facilement qu’on change d’habit ; qui sans cesse, font réédifier la chambre conjugale, comme s’il s’agissait d’une fête ; qui épousent des fortunes et trafiquent des femmes; qui se fâchent pour rien et rédigent sans réfléchir l’acte

de divorce ; ceux qui, tout en vivant encore, comptent .

idéal élevé, et il montre avec finesse comment cet idéal,

déjà nombre de veuves ». À ces scandales, il oppose un.

si élevé qu'il soit, doit se réaliser avec aisance dans une.

famille chrétienne, par la vie commune qui chaque jour noue plus solidement, quoique insensiblement, le lien

entre le mari et la femme (1). Toute l’homélie est d’un.

(1) Les souvenirs de la philosophie morale antique sont d’ailleurs

faciles à reconnaître, même dans cette analyse, dont le sentiment

général est nettement chrétien,

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sentiment délicat, qui nous fait aimer l’ orateur plus que ses morceaux de virtuose. L’homélie sur la pénitence (H. XIII) fait entendre le même accent de charité et de

tendresse, en imposant particulièrement au prêtre le

devoir de donner l’exemple de la douceur et de l’indul- gence et de se conformer au modèle laissé par Jésus.

Il y aurait peu à dire sur l’exégèse d’Astérios. Moraliste plus que théologien, si comme tous ceux de son siècle il allégorise à l’occasion, il n’oublie jamais le sens littéral. Même quand il interprète les paraboles, en insistant sur

la forme volontairement énigmatique que leur a donnée

Jésus, et par conséquent sur la nécessité d’en pénétrer

le sens caché, plutôt que de subtiliser, il invite l’auditeur

à admirer la vie dont sont animés tous les récits évangé-

liques, et c’est par tout ce qu’ils contiennent d’humain et

de sensible qu’ils lui semblent instructifs. « L’Écriture », dit-il, à propos du pauvre Lazare et du riche « a exposé

» dramatiquement la leçon qu’elle veut nous faire entendre

en imaginant des personnages (1) ». Astérios retrouve dans

l'Évangile la qualité littéraire qu’il appréciait lui-même

le plus, et qu'il a voulu donner surtout à ses homélies,

le mouvement PAANUQUE

On souhaiterait qu’en faisant un tel rapprochement, — car c’est bien ici un rapprochement qu’il institue entre la manière de l'Évangile et celle de la littérature profane — Astérios eût eu le sentiment plus exact que ce qui rend

les récits évangéliques si capables d’agir si fortement sur

nos âmes, c’est leur simplicité, et, qu’aussi bien qu’il en a compris la pure et noble morale, il eût goûté le charme

de leur naturel. Il eût ainsi corrigé les défauts où l’in- fluence exagérée de la tradition sophistique le fait souvent tomber. Ces défauts font de lui un témoin très instructif du goût qui régnait en son temps. Si visibles qu'ils soient,

ils ne doivent pas faire oublier les pages plus fraîches et plus sincères qui se mêlent à tant d'autres trop montées

(1) À la fin-de l’homélie, }

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de ton ; ils ne doivent pas faire oublier surtout que, même en parlant le langage d’un rhéteur, Astérios obéit à une foi vive et à un zèle sincère (1). ‘

Amphilochios d’Iconium. — Amphilochios est un Cappadocien, disciple et ami de Basile et de Grégoire de Nazianze, probablement cousin de ce dernier (2) ; mais son nom est resté attaché à cette ville lycaonienne d’Iconium, illustrée par le souvenir de Paul et de Thècle, où il a rempli les fonctions épiscopales (3). On peut placer sa naissance dans la période 340-345 environ. Comme Basile et Grégoire, il a commencé par recevoir une culture classique approfondie ; il fut d’abord sans doute l’élève de son propre père, qui était rhéteur, puis à Antioche celui de Libanios. Après plusieurs années passées à Constantinople comme avocat, il eut certains déboires (4), renonça au monde, et se proposait de mener une vie d’anachorète, avec un ami, nommé Héraclide. Il rentra cependant en Cappadoce, et là, Basile, toujours attentif à recruter pour le haut clergé de la région tous ceux qui donnaient un signe de supériorité, le fit élire à l’évêché d’Iconium, vers la fin de 373.

Basile ne s’était pas trompé; il trouva dans Amphilochios

(1) Nous avons parlé du style d’Astérios ; nous n’avons rien dit de sa langue. Les textes dont nous disposons sont trop incertains pour qu’on puisse l’étudier encore comme il faudrait. Attendons une édition. Il ÿ a assurément des vulgarismes, mais souvent de prétendues incorrections sont manifestement des fautes de l’éditeur. Dans l’Homélie X, par exemple, tobs vwtac, les dos, au masculin, pour le neutre ta vVoTa, est un vulgarisme (d’ailleurs ancien ; il est signalé ue par PRG RU) mais (colonne 833) la Patrologie donne un Grapé POvTEG au masculin se rapportant au substantif féminin ebepyeoiat ; le sens de la phrase réclame l’adverbe Gtawsoévrwc. Pour le rythme, Astérios paraît appartenir à l’école nouvelle et appliquer en une certaine mesure la loi de Meyer (Bretz, p. 103).

(2) Cf. Hozz, p. 6.

(3) Nous avons une Vie d’Amphilochios, mais elle est tout à fait légendaire ; il faut chercher des informations plus authentiques dans la correspondance de Basile et dans celle de Grégoire.

(4) Grécorre, Ép. XX-XXIV. — Pour ses relations avec Libanios, cÎ. Libanios, Ép. 549, 586-5, 1226.

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- un auxiliaire précieux, qui continua après lui sa tradition.

En 375, il lui avait dédié son traité sur le Saint-Esprit : En 376, Amphiloque réunit à Iconium un concile, au nom duquel il adressa aux évêques d’une autre province (1) une lettre synodale qui nous a été conservée, et qui est toute empreinte de l’esprit de son maître. L'autorité qu’il avait acquise était déjà si grande en 384, lors du concile de Constantinople auquel il assista, que, dans sa loi du 30 juillet (2), Théodose le désigna avec Optimus, évêque d’Antioche en Pisidie, comme le garant de l’orthodoxie en Asie. Selon Photios, en 290 environ, il aurait présidé à Sidé, en Pamphylie, un autre concile, où il aurait fait condamner la secte mystique des Messaliens (3). La dernière trace de son activité est sa participation au concile de Constantinople de 394, où il contribua à résoudre un conflit relatif au diocèse de Bostra (&). Nous connaissons donc de sa vie quelques faits et. quelques dates. On peut entrevoir à travers les dires de Basile et de Grégoire ce que fut l’évêque (5) ; nous nous représentons moins bien ce que fut l’homme. Peut-on le juger d’après une anecdote, qui, depuis Théodoret (6), a sans cesse été répétée à son sujet ? Il serait allé trouver Théodose pour réclamer de lui des mesures contre les Ariens. L’empereur aurait fait un accueil froid à la requête. Alors Amphiloque, reçu en audience par Théodose et par son fils, Arcadios, depuis peu associé à l’empire, n'aurait salué que Théodose, et aurait affecté de ne pas voir Arcadios. L'empereur lui aurait fait remarquer ce

(1) Basize, Ép. IV.

(2) Nous ignorons laquelle ; on a pensé à la Lycie ; ce doit être, en tout cas, uhe province voisine,

(3) Cod. Theod., XVI, 1, 3. Amphilochios avait déjà réuni antérieurement un autre synode auquel Basile assista (Hozz, p. 19 et 25).

(4) Bb., cod. 52 ; il y a toutefois, à ce sujet, certaines obscurités, que Froxer (loc. cit,, p. 259) a eu raison de signaler ; cf. d’autre part,

Hozz, p. 31 et suiv.

(5) Mansr, Concil. Coll., TITI, 852.

(6) ÆH. E., V, 16. CE. Sozomèxt, VIL, 6,

1 Se ATEN PEN A rê né AE mer

ne

qu 5] secs cru être un oubli ; Amphiloque aurait répondu que l'hommage rendu à Théodose lui paraissait suflire, et comme l’empereur commençait à se fâcher, l’évêque. aurait répliqué : « Tu vois combien une offense faite à

ton fils te paraît coupable. Que diras-tu d’une offense. faite au Fils de Dieu ? » Il est facile assurément de citer.

d’autres cas où des évêques du rv® siècle se sont montrés

assez peu respectueux de la dignité impériale ; on peut. toutefois se demander s’il est bien sûr qu'Amphiloque

ait fait un jour la leçon à Théodose avec cette rudesse de

paysan du Danube LT

L'œuvre. — L'œuvre d’'Amphiloque n’était guère sans | doute qu’un reflet de celle de Basile, dont il n’avait pas le génie. Aussi, quoi qu’elle fût assez considérable, en subsiste-t-il peu de chose. Son autorité de théologien l’a. fait citer assez souvent par les conciles, ou par certains, écrivains, notamment par Théodoret; de là des fragments assez nombreux, et ces fragments, avec la lettre synodale dont nous avons parlé plus haut, ont seuls été pris en considération, pendant assez longtemps, par les historiens. Les critiques les plus récents, Holl et Ficker, se sont. appliqués soit à défendre l'authenticité de quelques œuvres! qui nous sont arrivées sous son nom et qui avaient paru | suspectes, soit à en découvrir d’inédites. Malgré leurs, efforts, on peut dire que, si nous voyons assez bien que. l'influence du théologien a été grande et si nous compre » nons aussi en quel sens elle s’est exercée, nous discernons assez imparfaitement la personnalité de l'écrivain

Le traité du Saint-Esprit. — Saint Jérôme ne connaissait! qu’un ouvrage d’Amphiloque ; c'était un traité sur le Saint-Esprit, prouvant « qu’il est Dieu, qu’il doit être. adoré et qu’il est tout puissant (2) ». Amphiloque lui en

(1) Hozz admet sans difficulté l’anecdote (p. 28-9). e (2) De Viris, 133 ; cf. l'Ép. LXX, où Jérôme met Amphiloque de

* par avec Basile et Grégoire pour la culture générale comme pour la.

Loi,

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AMPHILOCHIOS D'ICONIUM 617

’ | avait donné lecture. Ce témoignage est le seul que nous possédions au sujet de ce traité.

Les discours. — Nous avons au contraire de multiples attestations relatives à ses discours. Il avait prononcé beaucoup d’homélies, et il nous est resté un grand nombre

dé titres et de fragments ; presque tous se rapportent aux

controverses contre les Ariens, les Pneumatomaques ou

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