CHAPITRE II
LES HÉRÉSIES DANS LA SECONDE MOI- RÉ D UMR Ve LS TR CTAE AÉTIOS ; EUNO- MIOS ; APOLLINAIRE DE LAODICÉE. — L'ÉCOLE D’APOLLINAIRE
Bibliographie. — Sur Aèce : Loors, article dans la Protestantische Realenzyklopædie, 3e édition, II, 31:
Sur Euxoxe : Koss, Geschichte und Lehre des Eunomios, Kiel, 1833 :
* Arserz, Untersuchungen über die Schriften des Eunomios, Wittenberg, 1918 ; Loors, Loc. cit., V, 597. [
APOLLINAIRE DE LAODICÉE. — Sources ancieñnes : SOCRATE, H. E., IT, 46 ; III, 7, 16 ; VI, 13 ; Sozomèxe, H. E., V, 18 ; VI, 25 ; Tuéo- DORET, H. E., V, 3 et suiv. ; Pairosrorce, H. E., VIII, 11, 14,
15 ; Sarnr JÉRÔME, De Viris, 104 ; SuIDAS, sub verbo. — DRÆSECKE, Apollinarios von Laodicea, T, U., VII, 1892 (beaucoup d’hypothèses hasardées) ; SPAssxrs, Apollinarios von Laodicea, 1895 (en russe) ; H. LreTrzmann, Apollinarios von Laodicea und seine Schule, I, Tübingen, 1904 : G. Vorsin, L’Apollinarisme, Louvain, 1901. — Les textes dogmatiques sont dans Lierzmann, loc. cit. et FLew- MING et Lierzmann, Apollinaristische Schriften syrisch, Abhandlungen de la Société des Sciences de Gœttingen, 1904 ; les fragments exégétiques (promis par Lietzmann pour un second volume, encore non publié) sont à chercher dans Mai, Nova Patrum Bb, VIT, Rome, 1854 ; Faurnager, Die Propheten-Caienen, fascicule 4 des Biblische Studien, Fribourg-en-Brisgau, 1899. — La paraphrase des Psaumes dans P. G., XXXIII, et surtout À. LunwicH, Collection Teubner, Leipzig, 1912. ;
19 Les Anoméens. — Pendant le règne de Constance, l’arianisme devint surtout redoutable sous la forme atténuée du semi-arianisme. L'empereur Constance n’était
pas favorable à ceux qui allaient jusqu’à traiter ouverte-
ment le Fils de créature (xriquæ) : il préférait les circon-
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locutions plus prudentes où s’enveloppait la pensée de tout ce groupe d’évêques dont Épiphane nous a exposé f Jes agissements et la doctrine, avec un peu de confusion, dans l’article LXXV de son Panarion (1). Rejetant l’homoousios où consubstantiel, ils avaient imaginé de … substituer à un terme qui n’avait pas l’appui de l’Écriture une autre formule qu’ils croyaient pouvoir dériver, au moins indirectement, du texte de l Épître aux Colossiens, où Paul définit le Christ comme l’image du Dieu invisible. Étant son image, disaient-ils, il doit lui être semblable (homoïos), et ceux qui parmi eux se rapprochaient le plus de l’orthodoxie admettaient qu’il lui était semblable en tout. On les appela en conséquence les Homéens. Vers le milieu du siècle et dans la seconde moitié, l’épidémie arienne eut une recrudescence, sous une forme plus aiguë. Un parti extrême se forma, qui contesta avec âpreté que l’on pût dire du Fils qu’il était semblable au Père. Son mot d'ordre fut de prétendre donner une définition exacte de l'essence du Père et de celle du Fils : l'essence du Père consiste à être inengendré, celle du Fils à être engendré. Partant de cette double définition, ces docteurs établissent entre le Père et le Fils une opposition radicale, et ils s’évertuent à montrer, à grand renfort de syllogismes, qu’il n’est pas plus raisonnable de proclamer le Fils semblable au Père que de reconnaître qu’il lui est consubstantiel. On les a appelés les Anoméens.
Aèce. — Le premier d’entre eux est Aèce (2). Son activité a commencé dans la première moitié du siècle ; il est mort dans les premières années de la seconde, vers 366. Nous aurions donc pu parler de lui plus tôt, mais il nous a semblé préférable de ne pas le séparer de son principal disciple, d’un disciple qui fit plus de bruit encore
(1) Éprpuane le dit à plusieurs reprises ; cf. par exemple, Panario, Héresie 76, fin. III.
(2) Sur AËcE, cf. Éprpmane, 1b.; SocrarTe, liv. Il; PriLosTorcr hiv, VIT.
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que le maître, Eunomios. Aèce était un assez singulier personnage, et sa vie fut aventureuse, comme celle d’un certain nombre de docteurs du rv® siècle. Il était originaire d’Antioche ; il avait tâté de tous les métiers, tour à tour chaudronnier, orfèvre, médecin, et se livrant toujours, à ses moments perdus, à l’étude de la dialectique. Il avait l'esprit très subtil et devint extrêmement habile à manier
- toutes les formes du syllogisme. Il fit bientôt parler beaucoup de lui, en engageant controverses sur contro- ‘verses, tantôt avec quelque gnostique, tantôt avec le manichéen Aphthonius, tantôt avec l’évêque d’Ancyre, Basile, et dans ces débats, si aimés du public d’alorss il s’assurait brillamment l'avantage. Il parvint ainsi pendant quelque temps à se loger dans la familiarité du César Gallus (1).
L’Arien Léonce, qui fut évêque d’Antioche entre 344 et 358, l'avait nommé diacre. Il devint évêque vers 362 (2). Il était mieux doué, semble-t-il, pour la controverse orale que pour la composition à tête reposée. Ses écrits étaient | sans doute assez courts, et avaient habituellement la forme de lettres (3),adressées à Coristance ou à d’autres. Ce qui nous permet de nous faire une idée de sa manière, c'est le petit traité (ouvræyuærioy), que nous a conservé intégralement Épiphane (4). Après une brève introduction, où il se plaint des persécutions dont il a été l’objet, Aèce expose ses vues en quarante-sept articles, sous la forme très condensée d’un raisonnement toujours construit au moyen d’une proposition hypothétique, suivie d’une conclusion. L’une des idées essentielles de l’anoméisme en fait le fond ; c’est l'opposition entre l’inengendré et l’en-
(1) Paicosrorce, III, 27
H}SocraTe, 11,135:
(3) Ib. Nous possédons, en outre, cinq extraits d’une lettre à un tribun, du nom de Mazow, dans la Doctrina Patrum de Incarnatione Verbi, éd. Diexamr, Münster, 1907, p. 311-2. Après avoir cité le petit traité en 48 articles, Épiphane dit qu'Aèce n’avait pas composé moins de 300 articles du même genre.
(4) ÉpiPHANE, Hær., 76, IV.
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dendte. Au Fr M d’ at &), Aèce Hurt déjà aussi, avant Eunome, affirmé que nous pouvons avoir une connaissance parfaite de l'essence divine. Les arguties où il se complaît pouvaient éblouir ceux des Grecs ou des Orientaux — et ils étaient innombrables alors — qui étaient férus de dialectique. Elles ne pouvaient avoir
aucune prise sur les âmes religieuses. On en aura une idée par le premier de ces articles : « S'il est possible au Dieu inengendré de faire que l’engendré devienne inen-
gendré, les deux substances étant inengendrées, elles
ne différeront pas l’une de l’autre au point de vue de l'indépendance. Pourquoi alors dirait-on que l’une est changée et que l’autre la change, alors qu’on ne veut pas que Dieu produise le Verbe du néant (2) ? » Voici comment Aèce concluait : « Le Dieu inengendré, celui qui a été appelé le seul vrai Dieu par Jésus-Christ (3), envoyé par lui, Jésus-Christ qui existait véritablement avant les siècles, et qui est véritablement une substance engendrée, nous préserve de l’impiété, dans le Christ Jésus Notre- Seigneur, par qui toute gloire soit au Père et maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.» Aèce est bien l’homme d’une idée. D’un bout à l’autre de ce petit écrit, la même formule revient avec une obstination orgueilleuse.
Eunomios. — Le représentant le plus remarquable du parti anoméen fut cet Eunomios que Basile et Grégoire de Nysse ont longuement réfuté. Il était originaire d'Oltisoris, petite localité sise aux confins de la Cappadoce et de la Galatie. Basile, pour laver sa province natale
d’une tache, le traitait de Galate ; mais lui-même se
(1) Je me suis servi de la traduction de Ducnesne, Histoire ancienne de l’Église, t. 11, p. 276, colonne 629.
(2) En citant de nouveau cette phrase, dans sa réfutation (P. G., XLII, colonne 629), Épiphane ajoute Ô:à vodro (celui qui, pour cette raison, a été appelé, etc.).
(8) Grécoire pe Nysse, C. Eunomium, Ï, 105. Outre ce que nous apprennent Basice et GréGoire, cf, surtout Purcosrorcs, III, 15-21.