L’ARIANISME : ARIUS
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d’aller jusqu’au bout, et quand Alexandre prit en mains le pouvoir, il apparaissait comme un des membres les plus respectables du clergé alexandrin. C'était un ascète, d'aspect austère, de grande taille, de parole insinuante,
qui avait beaucoup d'influence sur les fidèles, notam-
« - ment sur les femmes (1). Il allait apparaître tout à coup
comme le chef de la secte la plus redoutable que l'Église. eût encore produite. ’ | de AR
Les Apologistes et les Alexandrins avaient, en prenant pour point de départ l'Évangile de saint Jean, développé une théorie du Verbe, qui répondait aux besoins
+ intellectuels de leurs contemporains,et qui, mieux qu’aucune autre, pouvait servir à rapprocher le point de vue
des païens et celui des chrétiens. On la combinait avec la tradition ecclésiastique sur le Père, le Fils et le Saint- Esprit, et peu à peu le dogme de la Trinité s’ébauchait.
entendue. Mais quel était le rapport du Fils au Père, si l’on voulait maintenir le monothéisme ? et comment. fallait-il concevoir ce Verbe, révélateur à la fois et créateur, dans l’économie de l’être divin ? Justin, Tatien, ont risqué des formules qui restent encore vagues, ou,
nagore a déjà serré d’un peu plus près le problème. Ori-. gène, avec son génie spéculatif, a fait un eflort remarquable pour le résoudre. Mais son système était complexe et subtil. L'intervention d’Arius révéla clairement à tous que l’Église était encore fort loin d’avoir formulé sa doctrine avec une précision suffisante, et, dès qu’on voulut parvenir à des définitions rigoureuses, on s’aper- çut qu’il n’était pas fort aisé de concilier les exigences de Ja tradition et du sentiment chrétien avec celles de la
raison et de la logique.
(1) Les premières origines du conflit sont fort obscures ; cf. principalement ÉPIPHANE, Hérésies, 69, et SozomÈne, H. E., I, 15.
Tout ce travail fort délicat ne s’opérait pas sans péril Jésus était Fils de Dieu, et il était Verbe ; c'était chose
quand elles se précisent, deviennent périlleuses. Athé- | |
Nous sommes médiocrement instruits sur les premières manifestations de l’hérésie, et c’est seulement avec vraisemblance, en considérant à la fois la date de l’avènement d'Alexandre et celle du concile de Nicée, qu’on est conduit à les placer vers 318. Ce que dit Eusèbe (J. E., II, 61) paraît les retarder jusqu’en 323 (1). Mais si nous connaissons imparfaitement les événements, la pensée d’Arius n’est pas obscure. Arius a pris parti, entre les solutions possibles, avec une netteté tranchante, et nous
n’avons pas besoin d’aller chercher celle qu'il adopte chez des adversaires, qu’on pourrait toujours soupconner d'en altérer, fût-ce involontairement, la nuance exacte. Il nous reste des textes qui proviennent de luimême ; ils ne sont pas très étendus ; mais ils sont parfaitement clairs. se
La lettre à Eusèbe. — Le premier est une lettre adressée à.Eusèbe de Nicomédie, qui fut un de ses premiers adhérents et devint son grand soutien. Cette lettre nous a été conservée par Épiphane (Hær., 69, 6) et par Théodoret (H. E., I, 4), dans le texte grec ; il en subsiste aussi deux traductions latines anciennes (2). Arius se plaint des persécutions que lui et ses partisans souffrent du fait de l’évêque Alexandre, qui les a chassés de leurs églises comme des athées, parce qu’ils ne veulent pas répéter avec lui que le Sauveur est toujours Dieu, toujours Fils, né sans avoir été engendré. Cependant la tradition ecclésiastique, que défendent avec lui Eusèbe de Césarée, Théodote de Laodicée, Paulin de Tyr, Athanase d’Anazarbe, Grégoire de Béryte, Aétius de Lydda, en un mot tous les évêques du Levant, proclame que Dieu, étant sans principe, est antérieur au Fils. Il n’y a que Philogone d’Antioche, Hellanicus de Tripoli, et Ma-
(1) Scawanrrz et M. Barpy (p. 10) acceptent cette date ; sur le texte d'Eusèse, cf. Rocaza, p. 37 et suiv.
(2) La première est dans une lettre de l’Arien Canpipus à Marius VrcroriNus, conservée par celui-ci dans son Adversus Arium (P. L. VIIT) ; la seconde a été éditée par DE BruyxE, Revue bénédictine, 1909.
caire de Jérusalem, qui fassent cause commune avec Alexandre. Quant à lui, Arius, qu’enseigne-t-il ? « Que le Fils n’est pas inengendré, ni partie de l’inengendré, en aucune manière, ni produit d’un substrat quelconque ; mais il a commencé d’exister par un acte de volonté, par un dessein, avant les temps et les siècles, pleinement Dieu, monogène, inaltéré, et avant d’être engendré ou créé ou décrété ou fondé, il n’était pas ; car il n’était pas inengendré (1). Nous sommes poursuivis pour avoir dit
le Fils a un commencement, tandis que Dieu est sans
commencement ; pour avoir dit qu'il a été fait de ce
qui n’était pas ; or, nous l’avons dit, en ce sens qu’il n’est pas partie de Dieu, ni produit d’un substrat. » Cette lettre suffit à nous éclairer. Elle pose nettement
le principe ; il ne peut y avoir qu’un seul inengendré, un.
seul être sans principe. Le Fils est créé, subordonné au Père. Autant ces définitions sont claires pour la raison, autant il est évident qu’elles étaient contraires à la tendance qui depuis deux siècles déjà dominait dans l’Église. En même temps cependant qu’Arius rejette sans l’ombre d’un scrupule l'égalité du Père et du Fils, il nous laisse voir, dans cette Lettre à Eusèbe, comment sa thèse prétendait satisfaire le sentiment chrétien. Ce Verbe créé, qui est à distinguer de la raison divine proprement dite,
du verbe inhérent à l’essence du Père, du véritable Verbe,
est supérieur à toutes les créatures comme il leur est
antérieur ; et Arius va jusqu'à le qualifier de rpm Os, Dieu en sa plénitude. Il y avait là le germe de bien.
des subtilités, de bien des ruses ; il y avait là le moyen de masquer aux yeux des souverains, comme à ceux de la foule ignorante, la négation radicale dela divinité du Christ qui est au fond de l’arianisme.
La lettre à Eusèbe se termine par un mot qu'il faut retenir. Arius, en saluant l’évêque de Nicomédie et en
(1) Tout cela, au point de vue scripturaire, sort du fameux texte
des Proverbes, NIII, 22, le texte, par excellence, de l’arianisme. 2 , /