‹ Histoire de la littérature grecque chrétienneChapitre 185 sur 200 · LA POLÉMIQUE ANTI-HÉRÉTIQUE · texte numérisé non relu

LA POLÉMIQUE ANTI-HÉRÉTIQUE

SAINT, ÉPIPHANE; TRIPHYLLIOS DESLEDRÆ ;PHILON DE CARPASIA

| Bibliographie. — Sainr Éprpnanr, Manuscrits et Éditions : édition princeps, texte grec et traduction latine de Cornarius, Bâle, 1543 ; — de J. Ororinus, Bâle,1544 ; — édition remarquable (1) du

P. Perau, S.J., Paris, 1622, reproduite dans P. Gt. XLI-XLIII ; —:

éd. Dixporr, 5 volumes, Leipzig, 1859-1862 ; — édition de K. Hozx, dans les Griechische christliche Schriftsteller (2 volumes parus, t. XXV et XXXI de la collection, Leipzig, 1915, 1922 ; contenant lPAncoratus et le Panarion, Hær. 1-64) ; — le Panarion et l’Anacephalaiosis, également dans Œuzer, Corpus hæreseologicum, t. II- III, Berlin, 1859-61 ; — les chapitres du Panarion relatifs aux sectes philosophiques grecques, dans Drezs, Doxographi græci, Berlin, 1879. — Sur les manuscrits, cf. K. Hozz, T. U., XXX VI, 2, Leipzig, 1910.

” Biographie : un flos, qui se donne pour l’œuvre de deux disciples, est plein de légendes et d’erreurs (cf. le texte dans Prrau, P. G., &A, et dans Dinporr); la source principale est dans les écrits d’Épiphane et dans saint Jérôme (De Viris, 114, et passim) ; — D. Paresrocu, De S. Epiphanio, A. SS. du mois de mai, 3, Anvers, 1680 (— P. G., &1, ou Dindorf, t. V).

Érupes : pas de travail d'ensemble moderne : voir les articles Épiphane des Dictionnaires ou Encyclopédies cités dans la Biblio- graphie générale ; J. Martin, dans Annales de philosophie chré- tienne, 1907-8 ; quelques études spéciales seront indiquées dans les notes.

TripayLLios DE LEDRÆ. — SAINT JÉRÔME, De Viris, 92. — Sozo- MÈNE, H. E., 1, 10, — Barpenuewer, Geschichte, III, p. 303.

… (1) Surtout pour le commentaire ; quant à l’utilisation des manuscrits, cf. les réserves de Hozz, loc. cit., p. 11. Petau n’en garde pas moins le mérite de s’être servi le premier du Vaticanus 503,

montagneuse située au Sud-Ouest de Jérusalem. Selon .

Picon DE MN à — GracomeLrt, préface de son édition, nat L PGA texte grec dans P. G., XC; version latine publiée … par Foceintr, Rome 1750 ; — Biaoeneewenlil p. 303; Canisr- Scamin-STÆBLIN, p. 1450.

Biographie. — Nous sommes assez mal informés sur É les premières années d° Épiphane ; car la biographie qui.

Aporte le nom de deux de ses disciples, Jean et Polybe, .

n’est guère digne de confiance. Il était né en Palestine, | dans le bourg de Besandacé (1), c’est-à-dire dans la région ; 1e) la biographie, ses parents étaient Hébreux, et cette tradi- | tion a passé jusque dans les Ménées (2). Ces témoignages ne sont pas décisifs par eux-mêmes. Laissons de côté une,

question de race, qu’il nous est impossible aujourd’hui.

de trancher. Épiphane a dû recevoir en tout cas de bonne.

heure une culture grecque, et il est même assez probable: que le grec a été la langue de son enfance. Il a su l’hébreu ;! mais il a dû l’apprendre plus tard, comme une langue.

savante. Il avait d’ailleurs la vocation des langues, et. saint Jérôme, qui aimait à se qualifier lui-même « d'homme,

trilingue », devait s’avouer que son savoir était peu de

chose à côté de celui d’un homme qui parlait le grec. l’hébreu, le syriaque, le copte, et, au moins en une cer-

taine mesure, le latin (3).

En admettant qe les parents d’'Épiphane fussent äel race sémitique, il n’y a aucune raison de penser en tout, cas qu’ils ne fussent pas chrétiens. Si ce pourfendeur des | hérésies — et nous verrons que pour lui l’hérésie date de la période pré-chrétienne — était né hors de l'Église et n’y était entré que par une conversion, il serait surprenant que, dans son œuvre si étendue et où 1l a souvent parlé de lui-même, il n’y eût fait aucune allusion, même voilée.

(1) Sozowène, H, E., VI, 32.

(2) Éd. Dinvorr, t. V, p. v; P. L., XLI, 21.

(3) Sainr Jérôme, Contra Rufinum, IT, 22: III, 6,

nous, en un chapitre de son Panarion, il parle se : Ÿ : semble-t-il, comme s’il avait été toujours chrétien (1). nm. Il était alors en Égypte, et il ne semble pas qu’il eût

De : x DE À . ns pu y être attiré par aucune autre raison que par l'attrait (Me. \

qui portait les chrétiens les plus fervents vers le pays où les ascètes menaient leur vie prodigieuse. Il cherchait à connaître toutes les manifestations, même les plus suspectes, de l'esprit religiéux,. et il faillit lui arriver une mésaventure, qu'il nous conte en parlant des hérétiques auxquels il réserve spécialement le nom

- 3 Q “ A 4 2 d # | E Gnostiques et auxquels il prête des mœurs très déver- ne . gondées. Des femmes qui appartenaient à la secte multi- RE ce

* plièrent leurs efforts pour l’y enrôler, et, comme elles, ee #3

échouèrent, elles se disaient les unes aux autres, ajoute- » t-il: « Hélas, nous n’avons pu sauver ce pauvre jeune 0 A

” homme (rw veaviouov), et il faut que nous le laissions périr ‘4 entre les mains de l’Archonte (2) ». I est donc allé en … Égypte alors qu’il était encore tout jeune. Comme saint Jérôme, en 392 (3), dit de lui qu’il était « dans l’extrême vieillesse », nous pouvons placer sa naissance dans les | 2e premières années du rv® siècle. en Cette opinion est confirmée par une notice quise trouve dans nos manuscrits en tête de l’Ancoratus, et qui a chance “ de remonter à quelque moine, peu éloigné encore du temps me “ .… où vivait Épiphane, et bien informé. L'auteur de cette notice s'exprime ainsi : « Notre Père, le divin et grand | Épiphane, était issu d’Eleuthéropolis en Palestine, où il devint un père de moines ; il avait appris la vie ascétique d’abord en se retirant en Égypte, jusqu’à son retour qui eut lieu en la vingtième année de son âge ; il revint alors dans la région d’Éleuthéropolis, et y fonda un . monastère ». Nous savons par Jérôme qu'il avait été

… (1) Her, XXVI, 17.

» {2) Loc. cit.

(3) De Vüris, 114, .

art

a ; £ LCA"

646 La LITTÉRATURE GRECQUE CHRÉTIENNE

ordonné Erotre (1). En 367 (2), sa réputation le fit che Ë

parles évêques de l’île de Chypre, pour leur métropolitain ; ils l’appelèrent au siège de Constantia (l'ancienne Salamine,

la moderne Famagouste). Il fut, pendant la longue durée

de son épiscopat, l’un des évèques orientaux qui jouirent de la plus grande autorité. Il la méritait par une charité sur laquelle tous les témoignages s’accordent et qui lui a fait assez vite attribuer des miracles, comme par son activité pour favoriser le développement du monachisme (3). On admirait aussi son savoir, qui était cependant plus étendu que bien digéré, et son zèle pour l’orthodoxie la plus stricte, zèle qui était ardent assurément, mais qui n’était pas toujours éclairé et l’a induit à quelques démarches assez imprudentes.

Quelles que fussent les origines exactes d’Épiphane, et quoiqu'il eût reçu de bonne heure une certaine culture grecque, il est aussi peu grec que possible par l'esprit. Il représente la tendance la plus opposée à celle des grands Cappadociens, et il se replace au point de vue des anciens hérésiologues, qui voyaient dans l’hellénisme la source de toutes les hérésies. Il a donc ressenti une véritable horreur pour le christianisme philosophique d’Origène ; il voyait en Origène le père d’Arius, le patron d’une exégèse allégorique qui permettait de bouleverser le sens des récits de l'Ancien Testament et de ne point prendre à la lettre, par exemple, ce que la Genèse nous apprend sur la vie du premier homme dans le Paradis ; il lui reprochait sa doctrine sur la préexistence des âmes, et ses vues raffinées sur la transformation du corps ressuscité. Il s’épouvantait dès qu'il croyait apercevoir quelque trace de son influence, et il se créa ainsi des difficultés

Va li j SA Le PR ETAT ù ANTON #hTe Dex | fs V PE

éisniient

sérieuses avec l’évêque de Jérusalem, Jean, comme il fut

(1) Jérôme l’appelle presbyter monasterii (C. Joannem Hieros. 4).

(2) La date est déduite de celle de sa mort (403), étant donné que Pazzanios (Dial. de vita Chrysostomi, 16) lui attribue 36 années d’épiscopat.

(3) Cf. Jérôme, Ie. cit. et Ép. 108 ; Sozomène, VI, 32 ; VII, 27.

AE DAC TAR RE NL SE HN TR 21 Fe Ch SES ik RENE TAER mn Le tk x ÿ # A a. 23 £ ; Por Lu Le + | SAINT ÉBTPHANENS du), À | GAP . amené à intervenir assez maladroitement dans le conflit

. entre Chrysostome et l’impératrice.

Nous connaissons les premiers de ces incidents par. saint Jérôme et par une lettre qu'Épiphane lui-même “ adressa à Jean. En 394, l’évêque de Salamine s'était … rendu à Jérusalem (1). Jean était un fervent origéniste. Épiphane, sans aucun égard pour lui, en sa présence, prêchant un matin dans l’Église du saint Sépulcre, qualifià Origène de « père d’Arius, de racine et de patron | d’autres hérésies ». Jean lui rendit la pareille l'après-midi, en prêchant contre les Anthropomorphites ; Épiphane déclarait bien condamner ceux qui prêtent à Dieu une figure humaine, mais, en rejetant l'interprétation allégorique des premiers chapitres de la Genèse, il pouvait être mis facilement dans l'embarras par un Origéniste. Les deux évêques durent se quitter assez froidement. Revenu à Chypre, Épiphane ordonna prêtre le frère de son ami Jérôme, Paulinien, qui devait exercer sa fonction sacerdotale dans le monastère de Bethléem, c’est-à-dire dans le ressort de Jean. Jean vit un empiètement sur ses droits dans cette ordination. Nous possédons, dans une traduction qu’en fit saint Jérôme, la lettre où Épiphane lui donne des explications, et dont Jean ne fut pas content. Épiphane s’y plaint du mécontentement violent que Jean, à ce qu’on lui rapporte, exhale à tout propos contre lui, et s’applique à excuser tant bien que mal l’ordination de Paulinien. Il se défend d’avoir prié publiquement pour que Jean professe une croyance orthodoxe, mais ne nie pas qu’il croie avoir ses raisons de le souhaiter au fond du cœur. Puis il passe à l’offensive, et procède à une exécution en règle d’Origène, en termes analogues à

(1) CÉ. JÉRÔME, Ép. LI, 3; C. Joannem Hierosolymitanum, 11. Ép. LXXXII, 8. Jean fut évêque de Jérusalem de 386 à 417. Ce qui reste de ses écrits a été recueilli par CasPart (Ungedrückte Quellen zur Geschichte des Taufsymbols und der Glaubensregel, 1, PARLGTICE aussi GennaDius, De Viris, 30 ; et JÉRÔME, loc. cit.; Dom Morin, Revue Bénédictine, 1905 ; H. Quentin, ibid. 4907,

ee

A . ceux qu'il a employés dans ses grands ouvrages. Enfin il nous révèle qu’une autre cause — assez intelligible — du dissentiment qui séparait les deux évêques était la sui- | vante : comme Épiphane — toujours pendant un de ses. séjours en Palestine — se rendait à Béthel, il passa par une petite agglomération du nom d’Anoblatha, et, ayant aperçu une Jumière, qu’on lui dit provenir d’une église, il s’approcha, il entra, et il vit, à la porte, un rideau qui : portait l’image « comme du Christ », dit-il, « ou de quelque saint». Épiphane n’aimait pas les images ; bouillant comme | À … al l'était, 1l déchira sans plus de façon le rideau, et il “e partit en recommandant aux sacristains de se servir des lambeaux pour ensevelir un pauvre. Les sacristains ne furent pas contents, et réclamèrent au moins qu’il remplaçât ce qu’il avait détérioré : il promit d'envoyer un

autre voile, mais attendit assez longtemps avant de réaliser sa promesse (1). Il est clair que les relations ne. devaient pas toujours être très faciles avec notre saint

homme.

On sait qu'au moment où Jean Chrysostome entra en A conflit aigu avec Eudoxie, les difficultés avec lesquelles il se trouva aux prises se compliquèrent par l'hostilité Le de Théophile (2). Chrysostome avait accueilli avec une 4 active bienveillance, quoique avec prudence aussi, ces quatre moines, que l’on appelait les Grands Frères, et que Poe: l’évêque d'Alexandrie avait chassés de leur désert comme 15 Origénistes. Puisque l’origénisme était en jeu, Épiphane | ne pouvait rester indifférent. Averti par Théophile, qui, sûr d’avoir en lui un allié dans une campagne engagée sur ce mot d’ordre, s'était empressé de le cajoler (3), il |

tag ren dd 27, per lg

DO na matt

ae

Page 1