‹ Histoire de la littérature grecque chrétienneChapitre 186 sur 200 · tome III contient de nouveau treize hérésies, quicommen · texte numérisé non relu

tome III contient de nouveau treize hérésies, quicommen

avec Tatien; c’est la suite directe du tome II, et la division 1

est plus extérieure que logique ou historique (1). Au livre 1 IT, le premier tome comprend 18 hérésies qui commen- 1 cent avec les Encratites, rameau détaché de la secte de | Tatien (2),et dont les plus importantes sont celles des Montanistes, des Novatiens, des Sabelliens et des Origénistes. Le * tome IT n’en comprend que cinq ; Paul de Samosate, Manès, 1 les Hiérakites, les Mélétiens (schismatiques d'Égypte) et !

les Ariens. Le tome I du livre III en contient sept : les Audiens, les Photiniens, les disciples de Marcel d’Ancyre, les Semi-ariens, les Pneumatomaques, les disciples d'Aérios, et ceux d’Aèce ; et le tome III, et dernier, quatre seulement : les Dimoirites (c’est-à-dire la secte d’Apollinaire et les sectes analogues) ; les Antidicomarianites, les Collyridiens (qui sont deux sectes relatives, quoique très différemment, au culte de Marie), enfin les Massaliens. Un exposé récapitulatif de la doctrine catholique met le sceau à l’ouvrage.

Dans toute cette longue liste, Épiphane suit à peu près *

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un odre historique et se donne l’air aussi d'indiquer une :

filiation (3). Il expose d’abord la doctrine et l’histoire de chaque secte, et passe ensuite à la réfutation. Les réfu-

exposés, quoiqu'ils soient de valeur très inégale. Laïissons

(1) L’article sur le Marcionisme est le plus important de ce livre.

(2) On voit que la coupure entre livres est aussi arbitraire que la coupure entre tomes, puisque le livre I finit avec Tatien.

(3) Haer. 29 (début), on verra l’importance qu’il attache à l’idée de diadoché ; mais il n’est pas capable de démêler les rapports véritables,

(4) Cependant il serait injuste de ne pas reconnaître qu’Épiphane, soit qu’il obéisse à son sentiment propre, soit qu’il s’inspire d’Irénée, signale parfois assez justement le point faible d’une doctrine : par exemple, voir sa réfutation de Basilide (Hær. 24, 8).

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ce qui concerne la période préchrétienne ; Épiphane, en partant de l’Écriture et en se servant aussi des chro- “nographes chrétiens qui l’ont précédé, y procède, on l’a vu, à des simplifications assez arbitraires. Disons seule- . ment que sa connaissance de la philosophie grecque, due naturellement à des manuels, était extrêmement superficielle et confuse. On sera édifié, si l’on prend la peine de lire seulement l’article qu’il consacre aux Stoïciens, qui sont numérotés hérésie III de l’Hellénisme et. V de la série totale, et si l’on constate que les Stoïciens sont placés avant les Platoniciens (1). Dans son historique des hérésies, il a naturellement fait usage des traités antérieurs ; il paraît avoir suivi surtout le Syntagma d’Hippolyte, Justin et Irénée (2), et nous lui devons le plus long morceau que nous ayons conservé du texte grec du grand traité de ce dernier. Il a mis tout en œuvre pour s'informer, traditions orales et traditions ee et, comme il a appris d’Eusèbe l'utilité qu’il y a à citer les textes, 1l nous a rendu le grand service de nous transmettre un grand nombre de documents ; il s’intéressait aussi beaucoup à la chronologie, et il a marqué utilement des points de repère. Dans l’étude qu'il a consacrée au Manichéisme, il a * cité tout au long les Actes d’Archélaos ; dans l’article consasacré à Ptolémée, il nous a conservé cette Lettre à Flora, qui nous permet de juger au moins l’un des Valentiniens sur une pièce authentique, et dans l’article sur les Valentiniens, un curieux fragment d’un livre de la secte (3).

(r} Épiphane, en effet, ne sait pas s’il faut distinguer deux Zénon, et s’imagine, en tout cas, que Zénon d’Élée et Zénon de Cition ont . professé la même doctrine ; la partie relative aux écoles philosophiques a été éditée par Drecs, dans ses Doxographi græci.

(2) Lrpsrus, Zur Quellenkritik des Epiphanios, Vienne, 1885 ;: Die Quellen der æltesien Ketzergeschichte neu untersucht, 1875.

(3) Cf. la note de Hozi, t. I, p. 390.— Épiphane cite aussi un fragment d’un livre des Caïnites (Hér. 38) ; l’article sur les Marcionites apporte une contribution précieuse à la reconstitution de l’Évangile et de l’Apos- … jolicon de Marcion ; dans l’article sur les Montanistes, 1l cite des oracles . de Montan ; dans l’article sur l’arianisme, le lettre d’Arius à Eusèbe ;

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| rale, on peut dire qu’'Épiphane est d'autant plus instructif

Ses HA sur les Ariens et js Sera: sur Eu Apolli- N naristes, contribuent pour une bonne part à nous renseigner sur l’histoire de ces grandes hérésies. D’une manière géné-

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que les doctrines dont il parle sont plus rapprochées de son temps. Il avait profité de ses voyages pour étendre son enquête, et l’on a vu quelle mésaventure faillit lui arriver en Égypte, pour avoir été trop curieux de pénétrer les secrets de ceux auxquels il a réservé spécialement le nom de Gnostiques. L'article sur l’Hérésie 30, celle des. Archontiques, est plein de souvenirs personnels (1), ou d'histoires savoureuses, comme celle du Juif converti Josèphe de Tibériade, entrelacée à celle du patriarche Hillel et de son fils. C’est par expérience aussi qu'il parle des Antidicomarianites, sectaires d'Arabie auxquels il avait adressé une Épître (Hér. 78), et il était allé à | Antioche pour savoir à quoi s’en tenir sur le compte de i Vitalis et de Paulin (Hér. 77). Il avait beaucoup de respect pour Athanase ; quand il se vit embarrassé sur le cas d’Apollinaire, il consulta l’évêque d'Alexandrie, qui lui répondit par un sourire assez énigmatique, que lui, 1 Épiphane, se fit fort d'interpréter (Hér. 72). Pour rendre justice à la riche matière que contient, dans À un encombrement assez désordonné, le Panarion d’Épiphane, il faut rappeler les digressions dont il est » rempli. Ce sont souvent des développements historiques ; « Épiphane éprouve en particulier le plus vif intérêt pour tout ce qui touche à la biographie du Christ ; c’est ainsi que l’hérésie 51 (Aloges) et l’hérésie 21 (Hérodiens) lui sont une occasion de discuter longüement le problème de l’harmonie des Évangiles, et à ce propos toute la chrono-

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celle du même Arius à Alexandre, etc. ; à propos des Photiniens (Hér. 71), il note qu’il existait seulement trois exemplaires de l’enquête menée par Basile d’Ancyre sur Photin, et il en donne des extraits ; Hér. 75 (Anoméens), nous lui devons de connaître un petit traité d’Aèce (1b. 11). x (1)C£., par exemple $ 45, sur l’ascète anathématisé par Épiphane,

PAONE SAINT ÉPIPHANE DÉS CRT DBODE N a) "à logie de la vie de Jésus (1). Plein de vénération pour À

Marie, — quoiqu'il condamnät le culte superstitieux que rats

lui rendaient certaines femmes, — il n’a jamais manqué ,

de défendre sa virginité perpétuelle (2). Les chapitres . sur les Ariens ou les Semiariens contiennent des exposés doctrinaux analogues, pour le fond et parfois même pour les termes, à ceux de l’Ancoratus. Ailleurs il examine des questions disciplinaires : celle de la pénitence ou celle du célibat ne ecclésiastique, dans l’Hérésie 59 (Cathares) ; celle: des} ea lapsi, à propos de l’hérésie 68 (schisme des Méléciens NL d'Égypte). Malheureusement, toute cette abondante DE matière est moins bien digérée qu’elle n’a été patiemment amassée. Chaque fois qu’'Épiphane doit faire appel non plus à son érudition, mais à son jugement propre, nous sommes obligés de soumettre ses dires à la critique, qu’il n’a pas apportée lui-même au triage et à l’apprécia- SAS tion de ses documents. Sa science ne semble pas aussi sûre qu'étendue, et par exemple on ä pu se demander si € l’homme aux cinq langues » connaissait toujours très | bien ces idiomes sémitiques, auxquels il aime à re- \

courir (3). | Le ton qu’emploie Épiphane est curieux. Il était très EE sincère, et il s’est proposé d’être impartial. Il commence par déclarer que son habitude n’est pas de « railler ni de se moquer de personne », mais il ajoute qu’il faudra l’excuser si « par suite de son zèle contre les hérésies et ét pour détourner d’elles ses lecteurs, il parle parfois avec vivacité, en traitant certaines gens de trompeurs, ou de he charlatans ou de misérables (4) ». Une fois à l’œuvre,ila ÿ.

(1) Moreau fameux, qui a donné lieu à d'innombrables discussions. (2) Hérésie 78, et alias.

(3) C’est ainsi que selon M. A. Levy (Zeitschrift für deutsche morgenlændische Gesellschaft, 1858), il n’aurait nullement réussi à déchiftrer la formule qu'il cite Hérésie 19, 4 (Osséens), et qu’il ne semble pas davantage avoir compris les noms d’éons qu’il interprète Hérésie 31 - (Valentiniens), 2 ; ef. la note de Hozr, tome I, p. 385, (4) Proæmium, 2.

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fait un usage fort large des exceptions pour lesquelles il s'excuse. Non pas qu’en plus d’une circonstance il ne se soit imposé une modération réelle. Quand il parle des Apollinaristes, il est gêné pour condamner Apollinaire, qui passa si longtemps pour un ferme défenseur de la foi (Hér. 711). Il a certains égards aussi pour les Méléciens d'Égypte parce que Mélèce — si ses sectateurs ne l'imitaient pas — fut d’abord l'ennemi d’Arius, et que, dans l’origine du schisme, il ne lui semble pas avoir eu tous les torts. Il regrette aussi d’avoir à condamner Marcel

d’Ancyre, et il reconnaît l’austérité de la discipline que

s'imposent les Audiens. Mais dès qu'il touche aux points de dogme ou de discipline à propos desquels se manifeste le désaccord, le zèle de l’orthodoxie l'emporte. S’1L se laisse inspirer une certaine réserve par ses sentiments personnels ou par des relations anciennes quand il parle de Marcel ou d’Apollinaire, les mêmes mobiles le poussent à une médiocre indulgence dès qu’il s’agit de quelques autres. Il sait que Mélèce d’Antioche a de fermes défenseurs dans des milieux très catholiques ; mais il ne l'aime suère, et il le laisse entrevoir en priant pour sa foi, comme il a prié en une autre occasion pour celle de Jean de Jérusalem. S'il a Origène en horreur, il faut reconnaître que dans l’article spécial qui le concerne, il a fait un certain effort pour se contenir parfois et a pris soin d’accumuler les textes suspects qu’il tire du livre des Principes, pour bien montrer qu’il préfère l’argumentation à l’invective. Mais pourquoi a-t-il accolé la secte des Origénistes proprement dits (Hér. 64) à une secte infâme à laquelle il donne le mème nom (Hér. 63), et laissé planer, au moins un moment, sur la distinction qu’il faut établir entre elles, un doute qu'il finit par lever un peu tard ? (1). Pourquoi a-t-il accepté si facilement un racontar qui tend à faire du grand Origène un lapsus ? Si, d’ailleurs, il a affecté quelque mesure tout

(1) Cf. Hérésie 63, 1 et Hér. 64, fin du K 8.

d’abord, il prend sa revanche à la fin de l’article. On l’excuse davantage quand ïl se trouve en présence

d’hérétiques auxquels il se croit en droit d’attribuer des pratiques obscènes : Gnostiques, Simoniens, Nicolaîtes. Alors il ne ménage pas les mots, et, toujours consciencieux, pour justifier ses invectives, il expose, sans aucun

ménagement, en termes crus, les pires turpitudes.

Il avait intitulé son livre la Boîte à drogues, et il avait comparé les hérétiques à des bêtes venimeuses contre les morsures desquelles il offrait l’antidote (1). Comme il était d’ailleurs fort épris de toutes ces anecdotes suspectes qui s’accumulaient dans les recueils d’histoire naturelle, d’où est sorti le Physiologus du Moyen-âge, il trouvait là, pour la conclusion de chacun de ses articles, un thème qu’il a régulièrement exploité.Chaque hérétique devient un monstre, et Épiphane un collectionneur qui met quelque vanité à nous exhiber les pièces rares d’une collection aussi complète que possible. Il a des épithètes familières,

qui restent assez générales ; il aime par exemple à qua-

lifier les sectaires de brutes (6 xrmwdnc) ; mais il préfère celles qui sont précises, et passe allègrement du scolo-

pendre au scorpion, de la taupe au crapaud, des diverses

variétés de serpents au moucheron. Il a une affection particulière pour les vipères et conte à plusieurs reprises l’anecdote de celles qu’on met ensemble dans un même pot, qui se dévorent les unes les autres, et dont la dernière finit par se ronger elle-même la queue. Ainsi font les hérétiques, qui se réfutent les uns les autres, et aussi bien fournissent toujours des armes contre eux-mêmes.

Quand il est particulièrement irrité, il accumule métaphore

sur métaphore, comparaison sur comparaison. À la fin

de son article sur les Archontiques (Hérésie 40), le bestiaire

est complet.

L'expression de cette fureur sacrée donne à l’ouvrage d'Épiphane une certaine vivacité et un certain coloris,

(1) Proæmium 1.

SENTE : Le PUERTO Le % A F FEME Se 2 tire . A CN LS Ho x 74 ‘1 NL 662 LA LITTÉRATURE GRECQUE CHRÉTIENNE

d’ailleurs un pou vulgaire ou baroque. C? est à peu près 1 tout le bien qu’on en peut dire, quand on le juge au point ; de vue de sa valeur littéraire. La composition de l’ensemble est réglée par les considérations mystiques, historiques, ou 4 théologiques que nous avons indiquées, sans que d'ailleurs, dans le long enchaînement des sectes, on sente FRS tion d’un esprit vigoureux et pénétrant, qui, ayant démêlé leurs rapports réels, les classe d’après ces rapports. Det l’une à l’autre, la transition se fait régulièrement par la plus élémentaire -des formules : « J’en ai fini avec cela ; passons à ceci». Dans chaque subdivision, la composition, quoiqu’elle ne manque généralement pas de clarté, est | compliquée par les digressions, et il lui arrive de devenir » confuse dans le hasard des associations d’idées (1). Le » style est le plus souvent improvisé, avec cependant cer- « taines parties plus soignées, soit qu'Épiphane s'applique * pour certains morceaux à effet, soit qu'à travers certains autres on sente l’influence de modèles qu'il imite. Il arrive qu’il se guinde à l’éloquence (2) ; le plus souvent, il ironise. Il trouve à l’occasion quelques formules bien venues, dont il est difficile de dire si elles lui appartiennent en propre, par exemple quand :l qualifie les Anoméens, | « ces nouveaux Aristotéhiciens », en disant qu'ils « tentent E de mettre Dieu en syllogismes (3) ». Il plaisante assez bien les Homéens, quand il les traite de comédiens (4). Mais » d'ordinaire sa plaisanterie est lourde et sa phrase est ! embarrassée. Ce qui est plus digne d’intérêt que son style, ! c’est sa langue, non pas qu’elle soit bonne, mais parce qu’elle est un bon témoin de celle que l’on parlait

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