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(1) Je prends un exemple entre cent: Hérésie 73, ch. xxnir-xxv, que de tâtonnements avant que l’auteur arrive à spécifier les trois catégories (rayuxta) qu’il distingue parmi les Semiariens | © (2) Ainsi Hérésie 69, 23, on retrouve jusque chez lui — prêté à l’apôtre Jean — un mouvementimité du Clitophon pseudo-platonicien, mouvement que presque tous les Apologistes antérieurs avaient
imité déjà, à la suite sans doute d’imitations païennes antérieures, (3) Hér. 69, 68.
en son temps et en son milieu. Avec certaines parti-
cularités qu’il conviendrait de relever dans une mono-
graphie, elle a tous les caractères de la langue commune, telle qu’elle commence à apparaître avec Polybe : mélange et confusions de formes dans la morphologie ; usage incer-
tain des modes ou des temps (1) ; pléonasme (2) ; emploi :
maladroit des particules (3). Dans le vocabulaire, abondent
ces mots dérivés lourdement, à l’aide de suffixes, des
mots plus brefs que le temps avait usés, (4) ou ceux qui sont pris dans des acceptions nouvelles (5}.
; L’Anacephalaiosis. — Il nous est parvenu aussi un | abrégé (’Avaxspahaiwox, mot à mot : récapitulation), du Panarion, qui a été d'autant plus lu que le grand ouvrage, par son étendue, par ses digressions et ses redites, était fait pour rebuter les lecteurs qui aiment à aller vite. … Chacun des livres est lui-même précédé d’une capitulation. Il n’y avait pas grand’peine à prendre pour faire une récapitulation suivie. Est-ce Épiphane lui-même, qui a pensé ainsi aux gens pressés, Où un de ses successeurs ? Holl a cru pouvoir conclure de certains indices que Ja seconde hypothèse était la bonne (6).
(1) Par exemple, emploi de l'indicatif après éäv, ete ; ou au contraire du subjonctif après €}; subjonctif avec valeur de futur, etc. (2) Ainsi I, 1, 2 (Panarion), ëx Tata Y 00e v. | (3) Une particularité d’Épiphane est de placer en tête de la phrase des particules qui, dans la langue classique, viennent toujours après un mot (Toivuv,, HLÉv oùv, etc.). tai h (4) Ainsi au lieu de notetobar moumreteclat (et nountebuata pour TotwmuaTa) ; VOHGTEUETAL pour VORLTETAL. : 1 L (5) Ainsi à plusieurs reprises, TEPIXAXE IN — 56 décourager ; TO XAKÔV oùx dpyaite (Hozz, t. I, p. 263, ligne 10), le mal nest pas un principe ; HkPÉHOVES ävôoec, des hommes marquants (Hér. 68, 8) ; noter, entre autres expressions nouvelles, assez fréquemment, ‘Pwmavia, la Romanie. La langue vulgaire d'Épiphane pouvait choquer des lecteurs lettrés; dans notre meilleur manuscrit, le Vaticanus 503 (com-
mencement du 1x° siècle), un correcteur l’a échenillée (Hozz, loc. cit.,
p.20 et suiv.). | ‘# (6) Dans son étude sur la tradition manuscrite d’Épiphane (cf.
. supra), p. 95-8. :
L + \ 664 LA LITTÉRATURE GRECQUE CHRÉTIENNE Autres écrits. — Nous possédons encore deux petits
écrits de moindre importance. Le premier porte pour titre dans nos éditions : Sur les Poids et mesures. C’est un titre qui ne convient qu'à une partie et donne une idée fausse de l’ensemble, qui se présente comme une espèce d’Introduction à la lecture de l’Écriture. Mais il semble cependant être suggéré par la première phrase que voici : « Si l’on veut connaître, dans les Saintes Écri- . tures, les éléments usuels, je veux dire les mesures et les poids, qu’on n’hésite pas à lire cet aide-mémoire (1) ». Après quoi, l’auteur nous donne brusquement une classification des prophéties, avec une reproduction des signes destinés à noter dans le texte chacune d’elles selon la classe à laquelle elle appartient. Il indique brièvement les accents, les signes de ponctuation, les signes pour les longues et les brèves ; plus longuement les signes critiques (astérisque, obel), et résume, en donnant une liste des livres de l’Ancien Testament, l’histoire légendaire de la traduction des Septante. Revenant aux signes critiques, il définit le lemnisque et l’hypolemnisque, et retourne à la légende des Septante, qui l’amène à donner une liste chronologique des Ptolémées, suivie, sans raison apparente, d’une liste des empereurs Romains jusqu’à Hadrien. La mention d’Hadrien amène une digression sur la fondation d’'Ælia Capitolina, pour laquelle, selon l’auteur, l’empereur aurait employé comme architecte Aquila, le traducteur de la Bible, qui se proposa,en Juif qu'il était, de faire disparaître les prédictions du Christ, manifestes dans le texte des Septante. La liste impériale reprend alors jusqu’à Sévère, de qui le Samaritain Symmaque fut contemporain. La traduction de Symmaque est caractérisée. Enfin, en la troisième année de Commode, se place celle de Théodotion. Pour conclure ce développement assez baroquement conduit, Épiphane proclame la
(1) À moins que les mots : je dis les poids et mesures, ne soient une interpolation,
SAINT ÉPIPHANE * or 662
supériorité des Septante, qui ont tous été d'accord, comme on sait, sur les autres traducteurs pleins de variantes. Les Septante sont des traducteurs « et partiellement des prophètes (1) ». C’est ainsi qu’il explique et consacre les différences que leur traduction présente par rapport au texte hébréu, ce qui l’amène à revenir aux signes critiques et à l’usage qu’en a fait Origène. Quelques mots sont accordés aux traductions qui portaient le n° 5 et le n° 6 dans les Heæxaples, et de plus longues explications aux Hexaples et aux Tétraples, «la seule chose utile qu’ait faite Origène » (ch. 20). Cette nouvelle partie est encore entremêlée deux fois d’un élément de la liste impériale. Après ce dernier élément, qui nous conduit jusqu’au consulat d’Arcadius et de Rufin (c’est-à-dire en 392), est entamée enfin l'explication des poids et mesures, à laquelle une mention de l’hebdomade donne pour conclusion un développement sur l’œuvre des sept jours. D’autres considérations analogues ‘sont relatives au nombre 22 ( nombre des générations d'Adam à Jacob ; nombre des livres sacrés de l’Ancien Testament (2), qui sont encore énumérés). Tout cela aboutit à une nouvelle conclusion, où se mêlent la mystique et l’arithmétique. Le lecteur moderne, qui est incapable de cette association, trouve qu’Épiphane, qui a peut-être cru faire œuvre très subtile, n’a jamais rien écrit de plus désordonné que cette ébauche. Le texte n’en a été d’ailleurs conservé qu’incomplètement en grec pour la seconde partie, qu’il faut chercher intégralement dans une traduction
syriaque (3).
(1) Cf. t. IT, p. 368-371.
(2) On arrive au nombre 22 grâce à des subtilités (cf. $ 22). , (3) P. G. 43, Dinporr, 1V ; LAGARDE, Veteris Testamenti ab Origene recensiti fragmenta apud Syros servata, Gættingen, 1880 ; Symmicta, Gaœttingen, 1880, I, p. 209, II p. 177, avec traduction du syriaque et nouvelle édition du texte grec. — VIiEDEBANT, Quæstiones Epiphanianæ meteorologicæ & criticæ, Leipzig, 10911. — Il y a aussi une traduction arménienne qui n’est pas plus complète que le grec (Venise, 1821). Voir aussi Fr. Huzrscæ, Meteorologicorum scriptorum reliquis.
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Le second opuscule nous est parvenu dans des conditions analogues. C’est un petit traité sur les douze gemmes
qui étaient sur lès vêtements d'Aaron. Il est dédié à un Diodore, qui est certainement l’évêque de Tyr, et non Diodore de Tarse, et a été composé à sa requête. Épiphane se propose de montrer quels sont les noms de ces douze pierres, leur couleur, leur forme, leur emplacement, leur valeur symbolique, la tribu à laquelle elles correspondent, et leur origine. C’est en effet le programme qu’il exécute. Nous n’avons du texte grec que des extraits, conservés par Facundus d’Hermiane ou par Anastase le Sinaïte. Mentionné par Jérôme à différentes reprises et tout d’abord dans la Leitre à Fabiola, qui est de 397, il est donc antérieur à cette date (1).
Épiphane avait écrit des Lettres, sans doute en assez grand nombre. Nous avons déjà parlé de la Lettre à Jean
de Jérusalem, conservée dans la traduction de Jérôme.
C’est aussi en latin que nous est parvenue une seconde lettre, adressée à saint Jérôme lui-même, vers la fin de 400 (2), où il le félicite d’être son allié dans sa campagne contre Origène. Jérôme encore nous apprend l’existence d’une Lettre au pape Sirice ; de Lettres à des moines palesti- niens, toutes dirigées contre Jean (3) ; et d’une autre, assez courte, sur les vertus de l’ascète Hilarion (4). Holl a signalé récemment un fragment d’une lettre qui doit dater de 367-73, et qui présente un certain intérêt pour l’histoire de la fête de Pâques (5).
Ouvrages apocryphes ou perdus. — Il n’y a pas à tenir
(1) P.G.43 ; Dinporr, 1v. Une traduction latine plus complète
figure en appendice dans la collectio Avellana et a été éditée par O. GünrHer, Corpus Scriptorum ecclesiasticorum latinorum, Vienne, 1898. — Cf. aussi Srrzycowsxr, Byzantinisches Archiv, 11, p. 45 et Winsrenr, Proceedings of the Society of Biblical archæology, 1910. -
(2) Jérôme, Ep. XCXTI ; Jérôme mentionne deux lettres : nous n’en avons qu'une.
(3) Contra Joann. Hier. 14, 39.
(4) Vita Hilarionis, préface.
(5) Sitzungsberichte de l’Académie de Berlin, 25 février 1926.
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compte des homélies que l’on trouve encore, dans la . Patrologie et dans l’édition de Dindorf, sousle nom d’Épiphane : Petau en a déjà noté l’origine suspecte, que dénonce à lui seul le style. Encore moins devons-nous lui attribuer
Jes Vies légendaires des Prophètes et des Apôtres, qui ont
couru tantôt sous son nom, tantôt sous d’autres (1) ;
. ou le traité sur les mystères des nombres (2) ; ou le recueil de prophèties messianiques (3) ; ou le catalogue des grandes
églises (4) ; où la recension du Physiologus qui lu a été aussi prêtée (5). Mais Holl a rendu probable qu'il
| avait composé trois écrits contre ce culte des images, dont nous savons, par l’aventure du rideau, qu'il était l’ardent adversaire : un traité, une lettre à l’empereur Théodose, un Testament à ses concitoyens.
Conclusion. — Épiphane mérite notre respect par l’austérité de sa vie, par son labeur infatigable, par sa foi
ardente. Esprit court, savant dénué de critique, écrivain
- médiocre, il ne tient qu’un rang secondaire dans la belle
littérature chrétienne du rv® siècle, malgré la masse imposante de son œuvre et malgré les services qu’il nous à rendus en nous conservant beaucoup de documents précieux et de faits qui sans lui seraient restés inconnus (6). Autres écrivains chypriotes. — Épiphane n’est pas seul
à témoigner que l’île de Chypre a tenu une certaine place
dans le développement de la littérature chrétienne à la fin du rve siècle. Deux autres évêques cypriotes doivent
(1) Étude de ScmermaNx, dans T. U., xxx1, 3, Leipzig. 1907. (2) P. G., xrinr ; DiNDorr, IV.
(3) Morcezzr, Memorie di Religione, Morale et Letteraiura, Modène