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» de l'Égyptien Sotadès, il a écrit ceci, entre beaucoup d autres choses. » — Suit une assez longue citation. Ainsi Arius composa sa Thalie après avoir quitté l'Égypte, ba Nicomédie, et il s’est inspiré, pour la forme qu'il a onnée à à son ouvrage, de la manière de Sotadès, poète ” lyrique, satirique aussi et souvent obscène (2). Sotadès était né en Crète, à Maronée, mais il a vécu à la our des Ptolémées, et Philadelphe l'a fait jeter à la mer, cousu dans un sac. Athanase, qui n’y “regardait pas de
penser à Sotadès l’Athénien, poète de la comédie moyenne,
elui-ci, en effet, a employé le tétramètre ionique brachycatalectique, qui a pris le nom de sotadée, et qui, ussi bien par l'extrême variété et la souplesse de ses
8 fragments sont réunis avec soin.
(2) Cf. Crorser, Hist. de la littérature grecque, t. V, p. 170 et SüseMIHL, Geschichte der Alexandrinischen Literatur, 1, 245. — Outre “le Banquet de Praron et celui de XÉNoPuoN, il y a eu, à l’époque alexandrine, tout un genre — fort différent de ces deux modèles — écrits parodiques sous le titre de Repas (Aeinva).
(3) Cf. Masqueray, Trailé de métrique grecque, $ 224 et 225. Le pe du sotadée est celui-ci : « "Honv notè qasiv Alx tôv teomixéoauvor (= — — 00 — — 00 —— vo ——); mais, par les substitutions et l'añnaclase, le vers prend des formes multiples, Il existe aussi des mtétramètres ioniques acatalectes. Tout cela complique fort la question.
t prenant pour son modèle, comme il convenait pour | » un Festin (en grec : Thalie), plutôt que tout autre écri- - vain raisonnable, le caractère et la mollesse du lyrisme
i près en matière d'histoire littéraire, a pu le qualifier d’Égyptien sans qu’il y ait lieu de s’en étonner et de
exactement à ce que nous savons de ceux du Crétois.
(1) Voir l'étude de M. G. Baroy, Revue de Philologie, 1927, où
Va Thalie. — La Thalie d’Arius est très célèbre, mais Du
servi à traiter, justifie l'épithète d’éxvros (mou, énervé), par laquelle Athanase le qualifie. D’autre part, les fragments de Sotadès (1) montrent, qu'à côté des obscénités et des lazzis, ses poèmes contenaient aussi des parties gnomiques, et, si les Romains ont fini par employer le sotadée pour la poésie didactique, nous savons aujourd’hui que les Grecs de la basse époque impériale leur ont donné l'exemple (2). Arius pouvait en faire usage sans avoir lu les poèmes licencieux du Crétois, et sans prétendre aucunement se rattacher à lui. Le titre de son livre ne pouvait scandaliser des Asiatiques qui savaient que Méthode avait écrit déjà un Banquet (Symposion), où l’une des Vierges chargées de célébrer la chasteté s’appelle Thallousa.
Il ne faut donc pas abuser contre Arius de cette évocation de Sotadès qu’Athanase se plaît à faire, chaque fois qu’il parle de la Thalie ; c’est de bonne guerre, si. l’on veut, mais ce procédé de polémique ne nous oblige nullement à croire que le poème d’Arius contint aucune indécence (3), C’était bien assez de l’hérésie.
La forme donnée par Arius à son ouvrage marque l'intention de s’adresser au grand public et de vulgariser sa doctrine par un exposé attrayant. On n’est. donc pas fort étonné qu’allant encore un peu plus loin dans la même voie, il ait composé des chansons, que . répétaient, nous dit-on, les matelots, les meuniers ou les voyageurs d'Alexandrie, et qu’il ne faut pas confondre avec la Thalie, comme on l’a fait parfois. Athanase déjà (De decretis Nicænæ Synodi, 16), cite ce qu'a dit Arius « dans ses chansons et dans sa Thalie », ce qui n'a pas l’air d’une hendyadyin, mais paraît dis-
(1) Fragments, dans G. Hermann, ÆElementa doctrinæ metricæ, p. 445.
(2) Voir G. À. GErnarD, Phoinix von Kolophon, p. 266, Cela suffit à écarter les doutes de M. Barpy, p. 214.
(3) Il pouvait y avoir, bien entendu, une certaine liberté, une eertaine fantaisie inhérente au genre,
SP » Ne Lau EST »
RARE TA THÂALIE 20 AE AAA | tinguer entre les deux. L’historien arien Philostorge disait plus explicitement qu’Arius, étant sorti de l’Église, « avait écrit des chants pour les voyages sur mer, pour le … travail de la meule, pour les voyages sur terre, et en com- » posa d’autres du même genre, auxquels il adapta les airs
" qu'il croyait convenir à chacun », voulant gagner su-
brepticement des partisans à sa propre impiété, ajoute Photios, à qui nous devons le fragment (1). Ce second texte, ‘où il n’est pas question de la Thalte, appuie sans doute aussi la distinction. RARE
Les citations d’Athanase sont libres ; il lui arrive de rapporter à plusieurs reprises le même fragment avec “ des variantes sensibles. Si, de plus, on tient compte de “ l’extrême variété de formes que pouvait revêtir le sotadées * et si l’on ajoute encore que nous ignorons dans quelle “ mesure Arius, en devenant poète, s’est trouvé capable » de se conformer à la métrique traditionnelle et à la bonne » prosodie, on n’aura pas de peine à comprendre que la restitution des vers d’Arius soit une tâche des plus déli-
cates ; mais il n’est pas légitime de rejeter le témoignage
d’Athanase, de Socrate et de Sozomène (2), pour con- . tester qu’Arius ait écrit en sotadées et chercher plutôt » dans ses vers des hexamètres déformés (3). On peut se “ demander à meilleur droit si la Thalie n’appartenait pas » au genre de la Satire Ménippée, et si elle ne contenait pas un mélange de vers et de prose. Ainsi s’expliquerait que certains fragments, malgré la difficulté qu’on éprouve à
les restituer en sotadées à peu près normaux, paraissent “en tout cas, de l’aveu de tous, revêtir une forme mé-
1 (1) Purcosroncer, II, 2, éd. Binez.
(2) Socrare, I, 9; SozomÈne, Î, 21 ; ces derniers, d’ailleurs, ne parlent peut-être que d’après Athanase ; mais il reste toujours Atha- … nase. — On peut voir un essai de restitution du début de la Thalie, en sotadées, chez FraLon.
(3) Opinion à laquelle s’est ralliée M. Bardy. Sur la métrique de la Thalie, voir P.Maas, Byzantinische Zeitschrift, 1909 ; et Loors, ® article Arianismus, dans l'Encyclopédie de HErzoc. — WiLamowiTz,
Gœttinger gelehrte Anzeigen, 1902.
VA RER LA LIPTÉRATURE GRECQUE ci
trique, Ras que d’ autres refusent de” se prêter à une restitution, même approximative ; : ces derniers seraient simplement de la prose.
Nous citerons comme exemple des premiers le début : même du livre, qu'Athanase rapporte dans. son Contra … Arianos, Or., I, 5, et où les inversions suffisent à indiquerla | forme poétique : «Selon la foi des élus de Dieu, de ceux qui ont l'intelligence de Dieu, des enfants saints, orthodoxes, qui ont reçu l'esprit saint de Dieu, voici ce que j'ai appris de ceux qui ont en partage la science, des habiles, instruits DA Dieu et savants en toutes choses. C’est leur trace que j'ai suivie, m’associant à leur foi, moi, l'illustre victime qui ai tant souffert pour la gloire de Dieu ; moi qui tiens ! de Dieu ma science et ma doctrine. » On a remarqué (1). que les lettres initiales de ces sept vers forment un sens : xata où , ce qui paraît être le début d’un acrostiche. |
La plus longue citation qu’ait faite Athanase se trouve au chapitre xv de son traité De Synodis ; elle suit la déf- . nition de la Thalie que nous avons rapportée. Ce qu’elle contient était bien fait pour indigner Athanase et lui suggérer ou suggérer aux copistes de son œuvre le titre de Blasphèmes d’Arius, qu’elle porte dans nos manus- { crits. Le Père y est opposé au Fils en termes qui excluent qu’on puisse définir le premier sans poser par la définition même l’infériorité du second : « Nous l’appelons inengendré à cause de celui dont la nature est d'être i engendré ; nous le célébrons comme sans commence- | ment à cause de celui qui a un commencement...; il n’a proprement rien de Dieu dans la propriété de son essence ;! car il n’est pas égal, ni consubstantiel à Dieu. »
Athanase a cité ailleurs beaucoup d’autres fragments. plus brefs, cinq dans le chapitre v de son Premier dis- Î cours contre les Ariens ; plusieurs autres aux chapitres vi ;# il a reproduit en partieles mêmes au chapitre 1x, et dans” l’Épître aux évêques d'Égypte et de Libye (ch. xr1) ; dans
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(1) L'observation est de W. Wexn, Byzantinische Zeitschrift, 1911.)
ns (ch. xx1v), il attri- 0 en RE à
‘sériptnraires que LP RATE invoquait (Or. I, ch. pe Ce 1 A le De Sententia md et le De Decretis.
he intéressants de ces morceaux sont ceux où eoa a t x la phrase : : ul fut un temps où le Fils n’était p&s ; oùilest ie | dit que le Fils est né de ce qui n’était pas (ëE oùx ëvruy) et, qu'il n’est pas le véritable Verbe, la Raison même du Père. Nous connaissons déjà ces formules dont le prin pont HU est cette netteté tranchante qui restera
D1 : nisme. où n° « trouve rien qui PO Ile ee indécences de *
Hu de lazzis A (1), le mot est simplement équivalent de blasphèmes. Le seul texte où l’on peut noter une vivacité de style assez déplacée est celui qui est rap- D porté Or., I, 5, et où le Christ est défini comme étant « non la véritable puissance de Dieu, mais une de celles qu’on appelle les puissances, tout aussi bien que la sau- terelle ou la chenille ». C’est assurément une manièreun HA » peu brutale de rappeler que pour la secte le Christ est L une créature, mais Athanase donne la citation comme prise d’un écrit .arien, sans l’attribuer en propres termes à Arius; au chapitre xvur de la Lettre sur les conciles ” de Rimini et de Séleucie, il attribue le même mot a Astérius.
‘4 Exil et rappel d Arius. — En 325, Constantin réunit 14 Un * concile de Nicée, qui condamna Arius et prononça la } consubstantialité du Père et du Fils, en adoptant ce | terme d’homoousios auquel les Ariens Fer SSORents de. bi ’être point pris de l’Écriture, et qui n’était pas sans PS er un peu certains catholiques même, parce que ceux qui l'avaient les premiers employé au rn° siècle
(4) Par exemple, Or. I, 5.
n'étaient pas des garants très sûrs (1). Arius fut exilé en Illyrie et ses écrits furent brûlés (2). Eusèbe, quoiqu'il eût signé le Symbole de Nicée, fut aussi déposé et banni. Mais, vers 328, Constantin voulut rétablir la paix et les gracia tous deux. C’est à cette occasion qu’Arius lui remit une profession de foi, qui est le dernier texte de lui dont nous ayons à faire état ; il nous a été conservé par S0crate (I, 26) et Sozomène (II, 27). Il ne contient naturellement rien de compromettant ; mais il ne contient pas non plus le terme homoousios. Constantin ne demandait qu’à se contenter d’une déclaration vague et pru-
dente, et il se déclara satisfait. Arius fut autorisé à retourner à Alexandrie, et Athanase, qui se refusait à lui rouvrir la porte de son église, fut exilé à son tour. Malgré l'opposition de l’évêque Alexandre, l’empereur préparait, à Constantinople même, la réhabilitation solennelle d’Arius, quand celui-ci mourut subitement, la veille du dimanche où la cérémonie devait avoir lieu, en 336 (3). Alexandre d'Alexandrie. — C’est l'apparition de l’hérésie arienne qui a principalement fourni à Alexandre la matière de son activité littéraire. Du moins les écrits qui, parmi ceux qui nous sont parvenus sous son nom, sont sûrement authentiques et présentent le plus d'intérêt, se rapportent à la campagne qu’il entreprit contre elle. Nous avons notamment de lui deux lettres, l’une adressée à l’évêque de Constantinople, qui s’appelait comme lui, Alexandre, et qui n’est, en réalité, qu’un exemplaire d’une encyclique adressée à tous les évêques autres que ceux d'Égypte ; l’autre, plus courte, est de caractère analogue ; elle représente aussi une encyclique. Le rap-
(1) Sur son emploi dans l’affaire de Paul de Samosate, cf. t. II, p. 484.
(2) SocrarTe, I, 9.
(3) Voir le récit de sa mort dans ATHANASE (Ep. ad episc. Æg. et Lib.; Ep. ad Serapionem de morte Ari). Ce récit est bien connu ; beaucoup le considèrent comme légendaire ; Rogaza, p. 101, en défend l’historicité. |