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cien, notamment
d’'Origène, et, à travers Origène, à celle de Philon. L’ex-
posé qu’il donne, au début du traité, de la création et de
la chute, est beaucoup moins un commentaire de la Genèse qu'une analyse philosophique de la dégradation des âmes, qui se détachent de la contemplation des intelli-
. gtbles pour se laisser entraîner vers la matière. La-théorie de l’âme raisonnable, immortelle comme principe du
mouvement, mêle à l'expression de la foi chrétienne des idées qui viennent du Phèdre et paraissent même mises au. premier rang. Le mouvement de retour, par lequel
cette âme est ramenée à la divinité, est décrit à peu près comme il l'avait été par Plotin. Dieu est représenté comme absolument transcendant, et le Verbe, ainsi que
nous le verrons dans le traité suivant, sert d’intermé-
diaire entre lui et le monde. L’ordre du monde, dû à
l’action du Verbe, est célébré dans un esprit tout stoi-
l’aide de la comparaison traditionnelle avec la belle discipline d’un chœur. La partie posi-
tive du traité expose donc une doctrine sublimée, qui ne
risque guère de dérouter et de scandaliser gravement un
4 païen cultivé. I1 ne faut pas oublier qu’il doit entrer là
(1) Platon est assez mal traité à la fin du chapitre x, à cause du début de la République où il montre Socrate et ses amis allant assister
à une fête païenne ; mais au chapitre 11 du livre IT, tout en étant
réfuté, il est appelé le grand Platon.
(2) Ch. x1x et suiv.
st
76 LA LITTÉRATURE GRECQUE CHRÉTIENNE une assez grande part de tactique ; on ne peut pas cepen
dant se soustraire à l'impression que la foi profonde d’Athanase, à la date où il écrit, est fortement teintée de
philosophie (1).
Le livre sur l’Incarnation commence par un renvoi au:
précédent ; ce n’est donc pas à tort que Jérôme les a considérés l’un et l’autre comme deux parties d’un même
ouvrage. Pour parler utilement de l’incarnation, déclare
l’auteur, il faut d’abord expliquer la création, en réfutant les erreurs de la philosophie sur l’origine des choses (système épicurien des atomes ; éternité de la matière, professée par Platon) et en y substituant la foi chrétienne, selon laquelle le Verbe, exécuteur de la volonté divine et du plan divin, a fait sortir du néant tout ce qui existe (2). Cette foi est d’abord présentée ici, comme dans la plus grande partie du premier livre, sous un vêtement philosophique ; l'influence de Platon ou d’Origène semble prédominante. Mais un autre ordre d’idées apparaît bientôt, et Athanase se fait l'interprète de la doctrine de Paul, sous la forme que lui ont donnée Irénée et Méthode. L'effet naturel du péché, c’est la mort, puisque les créatures, tirées du néant par le Verbe, n'existent que par la communication du Verbe. Le péché aurait dû avoir comme conséquence nécessaire l’anéantissement de l’hu-
manité, si Dieu, dans sa bonté, avait pu oublier qu’elle
est son œuvre. Mais l’appeler à la pénitence n’eût pas suffi. Il fallait restaurer la nature humaine, ruinée moralement et physiquement par le péché. Cette restauration ne pouvait être opérée que par le Verbe incarné.
Athanase explique alors en détail tous les effets de l’in-’
carnation. Ïl montre que l’œuvre du Verbe incarné — défaite du démon, retour de l’humanité à la vérité,
(1) Ce peut être, je le reconnais, une raison de considérer l’ouvrage comme un ouvrage de jeunesse.
(2) Athanase cite là, entre le premier verset de la Genèse et le
verset x1, 3 de l’Épître aux Hébreux, un texte « du livre très utile,
le Pasteur » (Mand., 1).
Pat RCE