‹ Histoire de la littérature grecque chrétienneChapitre 28 sur 200 · DISCOURS CONTRE LES ARIENS · texte numérisé non relu

DISCOURS CONTRE LES ARIENS

“dons parler de sa divinité et de son éternité, pas plus que de nous scandaliser avec vous, quand, en tant qu’homme, devenu homme pour nous, il s’exprime en termes d’humilité. Si done vous voulez, vous aussi, être chrétiens, renoncez à la folie d’Arius, et lavez vos oreilles, par des discours pieux, des blasphèmes qui les ont souillées. Comprenez que, en cessant d’être Ariens vous cesserez de partaget la perversité des juifs, et que subitement la lumière luira pour vous comme au sortir des ténèbres. Alors vous ne nous reprocherez plus de parler de deux principes éternels, et vous reconnaîtrez, vous aussi, que le Seigneur est Fils de Dieu véritablement et par nature, et qu'il faut le regarder, non pas simplement comme éternel, mais comme partageant l’éternité du Père. » Il n’y a pas moins de force, de clarté et de précision dans tout le développement sur l’union dans le Fils des deux natures, où Athanase semble prévoir d'avance et écarte magistralement les difficultés que d’autres soulèveront, quand la crise de l’arianisme sera à peu près terminée. Après ces belles pages de doctrine, il revient à l’examen des textes : verset 4 du chapitre 11 de Jean, d’après lequel le Fils ne connaît pas l’heure du jugement, ce qui, pour les Ariens, prouve son infériorité ; verset 52 du chapitre 11 de Luc, selon lequel Jésus enfant croissait en sagesse ; pleurs de Jésus au Mont des Oliviers ; prière pour que le calice soit écarté de ses lèvres. La dernière partie du traité est employée à réfuter la thèse que le Fils a été créé par la volonté du Père. C’est le dernier | argument des Ariens, dit Athanase, « l’encre de la seiche, qu’ils projettent, comme la seiche, pour aveugler les innocents ». Or, cette opinion est pour Athanase du Valentinianisme (1). Lui-même explique subtilement que le Fils est bien agréé (2) par le Père, mais non créé par un décret de sa volonté. C’est par un sophisme que

(1) Cependant, il faut noter qu’au chapitre 11 l’image du feu et de la lumière joue un rôle essentiel.

(2) Fin de 3.

84 LA LITTÉRATURE eRcote: CHRÉTIENNE

les Ariens PÈRE réduire les orthodoxes à Stones en

leur disant : Alors vous soutenez que le Père n’a pas voulu

le Fils. Ils abusent de l’opposition des contraires et ne voient pas qu’au-dessus d’un couple de contraires il peut y avoir quelque unité supérieure où ils se conci-

lient. Ainsi, au-dessus de ce qui est voulu et non voulu, il y a ce qui est selon la nature. Le Fils n ’est pas un produit de la volonté; il est la volonté vivante; pour confirmer son argumentation, Athanase recourt encore à une image que Grégoire et Basile ne considéreront plus comme aussi instructive : la splendeur de la lumière.

Le lecteur, qui a noté la continuité qui règne dans les

trois premiers traités et que soulignent avec leurs rappels les introductions du second et du troisième, est déjà

surpris par le début du quatrième, qui nous offre immé-

diatement, sans aucune allusion à une discussion anté-

rieure, une analyse de l’économie divine, dont l’objet

est d’écarter à la fois Arius et Sabellius, en plaçant la vérité entre les deux erreurs opposées qu’ils représentent. En effet, la méthode suivie par l’auteur sera, d’un bout à l’autre, celle dont le programme. est indiqué par la phrase suivante : « Il faut réfuter ceux qui ont tendance à suivre Sabellius en parlant du concept du Fils, et les Ariens en parlant du concept du Père. » La forme est très différente de celle des trois premiers traités.

L’argumentation n’a pas cette richesse, cette plénitude

que donnent à celle d’Athanase une conviction longuement mûrie et l'alerte vigueur de l'esprit. Point de périodes amples et ardentes : point de comparaisons détaillées. L'auteur est un logicien, fort habile, mais concis, dont la manière rappelle celle de la dernière génération arienne, notamment celle de cet Eunomios contre lequel Basile a écrit. Il faut peut-être noter aussi qu'il ne répugne pas, à l’occasion, à éclaircir le sens d’un mot par une citation dé POdyssée (1).

(1) I s’agit de définir le sens du mot ayannt6s ; l’auteur cite les vers 363-6 du second livre de l'Odyssée.

de Il est difficile de dater aussi bien les trois livres authen- | WA tiques que celui qui est probablement apocryphe. LA

L’Exposé de la Foi ('Exbeois Ts riorews) a pour cadre 1e ES

retenir un moment l'historien des dogmes, ils n’ont qu'un intérêt de second ordre pour l’historien littéraire. «71100

Ariens, n’en a pas beaucoup plus ; car ce n’est guère qu'un tissu de textes scripturaires, reliés par quelques

adopte une date intermédiaire (347-350).

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période la plus probable pour les livres I-IIT est celle) it qu'ont indiquée les Bénédictins, 356-362, c’est-à-dire le | troisième exil d'Athanase Ca nl

Autres écrits dogmatiques d’Athanase. — En dehors à de ce grand traité, si riche d’idées décisives, parmi les HAN ouvrages dogmatiques qui nous sont parvenus sous le t: 10 nom d’Athanase, un petit nombre seulement sont certai- | % nement authentiques, et ce sont des écrits assez courts. VN

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Symbole des Apôtres, dont Athanase accompagne chaque (on article de précisions par lesquelles la foi de Nicée est RAR exactement définie (2). Le petit ouvrage sur Mathieu, XI, 27, qui n’est peut-être qu’un fragment, explique la parole du Christ : Tout m'a été transmis par mon Père, à de manière à lui ôter le sens qui la rendrait favorable aux Ariens. Ces deux opuscules n’äjoutent rien d'essen- Le

tiel à ce que nous a appris le grand traité, et, s’ils peuvent é,

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Le petit traité Sur l’incarnation du Verbe et contre les We

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brefs commentaires qui en dégagent une signification

anti-arienne. Il y a tout au moins lieu de douter de son à authenticité, et la seule raison qui fasse hésiter à pro- 7% noncer une condamnation plus catégorique est que PA Théodoret déjà Va connu sous le nom d’Athanase (3). de.

(1) Montfaucon pense que les livres Contre les Ariens sont visés % J dans l’Historia Arian. ad Monachos (1-3) ; et dans l’Ep. ad Serap., 1, 2. Loofs a voulu les faire remonter jusqu’en 338-9, et Cavallera

(2) Suspect à Hoss et à Stülcken, cet exposé est assez généralement regardé comme authentique, et l'expression Kup:2x96 avBpwros (l’homme seigneurial), pour désigner l’humanité de Jésus n’est pas . fisante de le rejeter. Texte dans P. G., 25.

une raison su :

(3) TréoDoRFT, Dialogue, 2 et 3. — L'emploi de la formule, un

LE ail D

Le traité Sur la Trinité et le Saint-Esprit, qui ne nous est parvenu qu’en latin, et qui figure aussi, parmi les œuvres de Virgile de Thapsus, comme douzième livre d’un traité sur La Trinité (P. G., 62) ne trouve guère aujourd’hui de défenseurs (1).

Les deux livres Sur l’incarnation de Notre-Seigneur Jésus-Christ, contre Apollinaire, n’ont peut-être pas de lien réel l’un avec l’autre. La doctrine n’y a rien qui soit contraire à celle d’Athanase ; mais le style est médiocre, la langue moins correcte, semble-t-il, que dans les écrits authentiques. On note chez l’auteur — ou chez les deux auteurs, si chaque livre a le sien — une préoccupation particulière de rapprocher Apollinaire des hérésiarques antérieurs, notamment de Marcion (2). L’authenticité de l’Interprétation du Symbole est niée par Caspari et Kattenbusch (3) ; Caspari a montré que la Formule sur l’incarnation du Verbe de Dieu (4) provenait d’Apollinaire ; et le Symbole dit d’Athanase est d’origine occidentale. Nous nous contentons de renvoyer à Bardenhewer ceux qui seraient curieux d’avoir quelque information sur les écrits certainement apocryphes qui sont recueillis dans le tome XXVIII de la Patrologie grecque.

Écrits polémiques et apologétiques. — Sans cesse combattant, sans cesse combattu, Athanase a dû renouveler

seul Dieu en trois hypostases, étonne ; quoïiqu’Athanase ait accepté, dans la seconde moitié de sa carrière, le sens de personne pour hypostase, il avait lui-même plus de tendance à lui donner le sens de substance, et les passages où, dans d’autres de ses écrits, il a, en effet, admis l’expression, ne contiennent pas exactement la même formule. Le verset 25 du chapitre vx des Homélies n’est pas expliqué exactement comme dans le Ile discours Conire les Ariens.

(1) Texte P. G., 26.

(2) Texte P. G., 26 ; édition He de BENTLEY, Londres, 1887 ; authenticité Aétordue par H. Srrærer, Die Erlæsungslehre des Athanasius, Fribourg-en-Brisgau, 1894 ; attribution à Didyme, par Dræsecxe, Gesammelte patristische Uniersuchungen, Altona, 1889 (généralement rejetée). C£. surtout Hoss, p. 128 et suiv. et He Apollinaris von Laodicæa, I, p. 88 et suiv.

(8) Texte P. G., 26, et dans Hanx, Bibliothek der Symbole.

(4) Tbrd.

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