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Quand donc la plupart furent sortis, di que les autres L nous accompagnaient, les moines qui étaient là avec moi. et quelques ecclésiastiques venus jusqu ’à moi m ’entrai-. nèrent; et c’est ainsi que — j'en atteste la vérité — pen-. k dant qu’une partie des soldats investissait le sanctuaire et. que les autres cernaient l’église, nous passâmes à travers, : guidés par le Seigneur, protégés par lui, et nous nous. retirâmes sans qu'ils nous eussent vus, en glorifiant gran-. dement Dieu, parce que nous n’avions pas trahi notre. peuple, et qu'après l’avoir congédié, nous avions pu nous sauver et échapper aux mains de ceux qui nous cherchaïent (1). »
L'histoire des Ariens, dédiée aux Moines. — On peut: rattacher à ce groupe d’écrits cet ouvrage qui a été com- |
posé à la même époque, peu après les deux précédents, en 358. Il nous est arrivé privé de sa première partie et, d’un bon nombre des documents qui s’y trouvaient
insérés ; s’il a subi ces mutilations, c’est sans doute parce . que ceux-ci figuraient déjà dans l’Apologie contre les. Ariens, et parce que le récit lui-même se rencontrait souvent avec ce premier exposé. Tel qu'il est, il reste peut-être l’œuvre où le talent littéraire d’Athanase apparaît avec le plus d’originalité et le plus de variété. Ce que nous en avons conservé expose les faits qui vont de l’année 335 à l’année 357. C’est de l’histoire tantôt détaillée, tantôt tracée à grands traits, par un homme qui en fut souvent la victime, toujours le héros et l’ac-
teur le plus efficace. C’est de l’histoire passionnée, comme celle que fait Démosthène dans ses grands plaidoyers politiques, Ambassade ou Couronne. L’analogie ne vient point seulement de ce fait que, dans les deux cas, c’est » une histoire vécue que nous entendons raconter. L’influence de Démosthène, ou, si l’on veut, de l’enseigne- i ment de l’école, tout nourri de Démosthène, y est manifeste, et, parfois, à travers Démosthène, celle de Thucy-
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CESETEN 23
(1) Ch. xxrv.
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le tableau du retour triomphal d’Athanase après son | premier exil, que celui des manœuvres exercées sur le malheureux pape Libère ou sur le vieil Hosios, pour les
F contraindre à une défaillance, ou que la fameuse des-
cription de l'invasion d’une église à Alexandrie par une soldatesque brutale et une plèbe lascive. La satire et ; l'invective se mêlent constamment, comme chez Démos- thène, à ces amples narrations, en une série de scènes ‘ d’une i ironie tantôt puissante, tantôt cinglante. On pense aux pages où est stigmatisée l’attitude d’Eschine, dans le banquet offert par Satyros, quand Athanase conte Dlirtriqué de l’évêque arien Stéphane, essayant de com- * promettre le vieil évêque de Cologne, Euphratès, en introduisant de nuit, dans sa chambre, une femme pu- blique, ou quand il raille un autre évêque hérétique, . Léonce, qui s’est fait castrat, plutôt que de renoncer à cohabiter avec son Eustolium, ou quand il nous décrit ie palais de Constance, livré à l’omnipotence des eunuques. : Les coups les plus terribles sont réservés pour l’empe-
reur lui-même, pour Costyllios, comme il l'appelle avec
dédain, pour ce patron de l’hérésie la plus terrible, la À plus ouverte que le christianisme ait encore vue naître, " pour le fils dégénéré de Constantin, le frère indigne de . Constant, en qui Athanase veut reconnaître l’Antéchrist. On ne pense plus alors à Eschine, mais à Philippe.
Qu'il y ait parfois, dans d’ aussi furieuses invectives, de l’exagération et de l'injustice, c’est possible chez . Athanase, comme chez Démosthène. Il est même pru- dent de contrôler de près, quand nous disposons d’autres . documents, des récits historiques où l'exposé des faits peut être, en certains cas, incomplet ou tendancieux. Mais, comme chez Démosthène aussi, ce qui domine dans l'impression que nous recevons de cette éloquence, c’est l'admiration pour un homme qui s’est dévoué tout ‘entier à une grande cause. Si le vocabulaire d’Athanase n’a pas la pureté de celui de Démosthène, si la syntaxe
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n'est pas irréprochable, si la langue, au total, n’a pas autant de correction classique qu’en auront celle de Ba-
sile, celle de Grégoire de Nazianze, celle de Chrysostome,
la sincérité de la passion, la noblesse des sentiments qui alimentent cette passion, donnent à cette Histoire un éclat et une énergie qui l’apparentent, en quelque mesure, aux plus belles œuvres du grand orateur athénien (1).
Épîtres théologiques. — Athanase, comme tous les grands évêques du 1v° siècle, a entretenu une Correspondance incessante, et il s'est servi de la lettre pour défendre sa foi et sa conduite. Les Épiîtres qui nous sont parvenues de lui ne sont pas des lettres familières ; un certain nombre atteignent l’étendue d’un traité et en prennent le ton. Nous étudierons d’abord les grandes Épîtres de ce genre ; en second lieu, les lettres plus courtes d'objets divers ; enfin la classe particuhère et plus strictement définie des Lettres Festales. Dans chacune de ces trois catégories, nous nous conformerons le plus possible à l’ordre chronologique.
Dans la première, la plus ancienne est l’encyclique qu’Athanase envoya à tous les évêques, en 341 ou à la fin de 340 (2), lorsque, après son retour du premier exil,
les troubles recommencèrent à Alexandrie, avec l'installation d’un évêque arien, Grégoire, soutenu par un préfet hostile aux Nicéens, Philagrius. Athanase comimence par rappeler l’histoire du lévite d'Éphraim, pour conclure que l’Église vient de souffrir une injure aussi grave que la femme du lévite (3). La chrétienté tout
(1) Elle est précédée d’une Lettre aux moines, où Athanase explique son dessein et le retard qu’il a mis à l’exécuter.
(2) En tout cas, postérieurement au 24 mars 340, date de l’installation de Grégoire. Voir sur la date et le texte de la Lettre lPintroduction des Bénédictins.
(3) 11 le fait assez brièvement ; Grégoire de Nazianze ou Chrysostome en auraient tiré des effets pathétiques, en la commentant en
détail ; je n’insiste pas, dit Athanase, car l’histoire est dans l'Écritures et vous la connaissez.