‹ Histoire de la littérature grecque chrétienneChapitre 37 sur 200 · A04 LA LITTÉRATURE · texte numérisé non relu

A04 LA LITTÉRATURE

GRECQUE CHRÉTIENNE aussi d’un esprit conciliant. Athanase se propose de À rétablir la concorde dans l’église d’Antioche, troublée non seulement par la présence d’un évêque arien, mais par la dissension entre les deux chefs de la communauté catholique, Mélèce et Paulin. Il définit à quelles conditions ceux qui consentiraient à rentrer dans celle-ci doivent être acceptés ; il conseille qu’en cé qui concerne le terme d’hypostase, on ne se montre pas trop rigoureux, et qu’on l’admette, si on a l'assurance qu’il n’est employé ni dans une signification sabellienne ni dans une signification arienne.

L'année suivante, après la mort de Julien, Jovien, devenu empereur, s’empressa de rappeler tous les évêques exilés, et fit connaître directement cette mesure à Atha-

nase par une lettre très élogieuse. L’évêque, d’ailleurs,

avait pris les devants et était revenu à Alexandrie dès que la mort de l’Apostat avait été connue. Il semble qu'il ait écrit à Jovien plusieurs lettres (1). Nous en avons conservé une où il expose brièvement à l’empereur la foi de Nicée, énumère toutes les régions de l’Empire où elle est acceptée, et définit en quelques mots larianisme. Théodoret (H. E., IV, 2) a cité cette lettre avec une suscription qui nous apprend que, comme le {ome pour les Antiochiens, elle est écrite au nom d’un concile. Des Ariens Alexandrins, qui se trouvaient à Antioche, essayèrent de protester contre le retour d’Athanase auprès de l’empereur, quand il passa par la ville ; mais ils furent très mal accueillis (2).

La Lettre écrite au nom de quatre-vingt-dix évêques d'Égypte et de Libye aux évêques d’ Afrique est postérieure

de plusieurs années ; elle date sans doute de 369. Athanase

a été prévenu que certaines gens s’efforcent encore (3)

{1) Voir la préface des Bénédictins.

(2) Voir les curieux documents, très hostiles à l’arianisme, publiés dans l’édition bénédictine à la suite de la Lettre à Jovien.

(3) C’est au chapitre 1 de cette Lettre qu’apparaît pour la première fois, chez Athanase, le chiffre de 318 pour les Pères de Nicée.

vent être des Ariens déguisés. Il exalte le concile de Nicée, véritablement œcuménique, et dresse en anti-

thèse toutes les raisons qui peuvent discréditer celui de Rimini. Il défend l’homoousios (2) et réfute les Anoméens. Trois autres lettres dogmatiques enfin appartiennent

aux dernières années de la vie d’Athanase (3). Elles ne sont pas des encycliques, mais comme les lettres à Séra-

pion, ont chacune un destinataire particulier. Ce sont les

lettres à Épictète, évêque de Corinthe, à Adelphe, évêque et confesseur, à Maxime, philosophe. La plus importante

est la première, qui a été utilisée par Épiphane contre

Apollinaire (4), et louée par le concile de Chalcédoine.

Athanase avait reçu d’'Épictète un mémoire, où l’évêque

de Corinthe soumettait à son examen quelques opinions

assez étranges qui avaient cours parmi les fidèles sur

le corps du Christ et la relation ‘entre les deux natures. , Nous avons constaté, dès le plus ancien de ses ouvrages,

que la foi d’Athanase était tout entière suspendue

au dogme de l'incarnation. Il paraît trouver que son collègue à montré une indulgence surprenante pour des propositions qui, par leur seul énoncé, font frémir des.

chrétiens sincères. Après avoir exprimé fortement son indignation, il réfute successivement ceux qui ont osé

dire que « le corps du Verbe est consubstantiel à sa divinité » (ch. rv) ou que l’incarnation s’est opérée par conven-

lion, non par nature (ch. vir) ; que, si l’on n’admet pas

cela, on adore une tétrade et non une trinité (ch. var) :

que celui qui est né de Marie n’est pas le Christ même,

Eé

(1) Déjà mis en garde, ajoute-t-il, par Damase. |

(2} Parfois en termes analogues à ceux de la Lettre sur les décrets

de Nicée (cf. Asa, ch. v, la comparaison entre les Ariens et des mou-

cherons).

(4} Hær. 77 ; édition spéciale de la Lettre à Épictète, par G. Lunwic, léna, 1911

er

eS ARE Et Drout le Fils de Marie comme en EU des prophètes | se Adelphe est désigné dans le Tome pour les PAU : comme évêque d’ Onyphis, et l’Histoire des Ariens nous apprend qu’il avait été exilé pour sa foi. En lui écrivant, Athanase dénonce des erreurs analogues à celles dont il F est question dans la Lettre à Épictète. La Lettre à PORT A” les examine moins en détail et se maintient davantage #4 dans les généralités éloquentes. Il est clair que nous ‘4 sommes au moment où l’arianisme appartenait déjà au N ; ; perse et où le danger venait plutôt du côté d’Apollinaire. à: Mais Athanase avait eu si longtemps les Ariens pour adversaires qu’il ne se déshabituait pas de frapper sur $ eux, et ce sont encore les Ariomanites qu'il nomme à la. 4 fin de sa lettre, tout en leur ayant prêté des idées qu sont plutôt apollinaristes. On peut dire à peu près la 74 même chose de la lettre assez courte au philosophe Maxime, sans doute le même qui joua plus tard un rôle fâcheux à Constantinople contre Grégoire de Nazianze, $ aue mais qu’Athanase tenait alors en estime. ‘TR Petites lettres sur des questions diverses. — - Dracontius pre était chef d’un monastère, lorsqu'il avait été appelé à l'épiscopat (en 354 ou 355, quand Constance sévissait contre les catholiques). Au dernier moment, il s'était dérobé. Athanase lui écrivit alors que la fête de À Pâques approchait et que les fidèles réclamaient un " évèque, pour le conjurer de ne pas se refuser à la volonté de Dieu ; la lettre est pressante, mais empreinte de cette modération qu’Athanase savait observer quand l’aria- nisme n’était pas en jeu. Les deux porteurs de la missive, le prêtre Hiérax et le lecteur Maxime étaient d’ailleurs chargés d'instructions verbales, qui, sans doute, si Dracontius persistait dans sa résistance, étaient de DAME à compenser le ton conciliant de celle-ci.

La Lettre au moine Ammon, dont il est question dans Ja Vie de saint Antoine (ch. 1x), et qui était mort avant ‘saint Antoine, est, par conséquent, antérieure au com-

ré 1 12 0

ent de 356 (1):

pules qui tourmentaient Ammon, à cause de ceraines visions nocturnes que son imagination ne parve- me nait pas à bannir. La Lettre à l’évêque Rufinianus, posté- 4 rieure au synode tenu à Alexandrie, en 362, lui prescrit la conduite à tenir envers ceux qui avaient failli pen- . dant les persécutions exercées contre les catholiques par les Ariens. Ces deux lettres sont entrées dans les recueils canoniques de l’Église grecque (2).

Lettres Festales. — Athanase s’est conformé à la coutume des évêques d'Alexandrie, qui annonçaient chaque » année la date de la fête de Pâques aux églises d'Égypte par une lettre spéciale. Ses Lettres pascales avaient été À réunies après sa mort en un recueil, dont le texte original ” ainsi que la traduction copte se sont perdus, sauf quelques À fragments. Il s’est conservé un morceau plus important de la traduction syriaque (P. G., XXVI), qui va jusqu'à | une lettre numérotée 20 par l’auteur du recueil et qui, 4 en réalité, est la treizième (3). Les lettres qu’il contient * appartiennent aux vingt premières années (329-348). Lam

__ (1) Date de la mort d'Antoine. | |

= (2) Elles ont été rééditées par Prrra, Juris eccles. Græcorum hist.

+ et monum., Î. Deux lettres relatives au concile de Sardique de 343 et

conservées seulement en latin (P. L., 56), sont regardées comme authen-

4 tiques par Schwartz et rejetées par Hefele. Les deux lettres à Lucifer » (P. G., 26), paraissent apocryphes (L. Saurer, Bulletin de littérature ecclésiastique, 1906).

(3) Le compilateur a dressé sa liste comme si Athanase avait com- D. posé 45 lettres (nombre égal à celui de ses années d’épiscopat) ; mais, + en fait, dans sa vie tourmentée, Athanase s’est abstenu plusieurs fois.

Édition du texte syriaque par CurerTon, The Festal Letters of Atha-

4 nasius, Londres, 1848 ; reproduite avec une traduction latine par l

"4 Mai, Nova Bb. Patrum, t. VI. Autres fragments depuis dans G. Brc-

* xezr, Conspectus rei Syrorum litterariæ, Münster, 1871. — Zaun, Gesch. des N. T. Kanons, II. — C. Scamipr, Nachrichten de Gœttin- 4 gen, 1898. - Édition de la Lettre 39 dans Zaux, Grundriss der Ges- …. hichte des N. T. Kanons, 2€ édition. Voir encore quelques indications w complémentaires dans la Geschichte de BARDENHEWER. (La XII6 n’est pas, à proprement parler, une lettre festale ; elle est adressée à lVévêque de Thmuis, Sérapion, d’ailleurs, à l’approche de Pâques, } et pour accompagner la lettre festale de 340 à 341.

as,

D : me

encore, au moment où elle fut envoyée, qu’une semaine ;

communication de la date de Pâques et la fixation de la, durée du Carème, qui en sont l’objet, sont placées régulièrement’ à la fin, suivies, en certains cas, de la mention des nouveaux évêques qui ont été appelés à succéder aux. défunts. Auparavant se trouve une exhortation, de longueur variable, et dont les thèmes diffèrent aussi, d’année en année, quoique certaines idées imposées par les circonstances reviennent assez fréquemment. Athanase y fait parfois allusion aux difficultés qu’il rencontre ; il y parle aussi des schismatiques ou des hérétiques, Mélétiens ou Âriens ; mais l’ensemble est une instruction catéchétique. Il faut au moins signaler en particulier deux de ces lettres : c’est d’abord la première, celle de 329, parce qu’elle nous apprend que le jeûne ne comprenait ?

dès l’année suivante, il devient la période de quarante jours; c’est ensuite et surtout la trente-neuvième, celle de l’année 367, qui donne la liste canonique des écrits de J’Ancien et du Nouveau Testament. Athanase veut éviter, nous dit-il, à ses fidèles, le danger de confondre les livres apocryphes avec les livres authentiques, et il sent la nouveauté de sa tentative : « Au moment de dresser cette! liste, je veux me servir, pour excuser ma hardiesse, du passage bien connu (1) de l’évangéliste Luc, en disant à mon tour : Puisque certains ont entrepris de composer par eux-mêmes les écrits qu’on qualifie d’apocryphes et de les mélanger avec l’Écriture inspirée par Dieu, à qui nous devons d’être instruits selon la tradition qu'ont transmise à nos pères les premiers témoins et ministres du Verbe, il m'a paru bon, à moi aussi, sur la demande que m'en ont faite de véritables frères, vu que j'ai été informé par mes prédécesseurs, d’énumérer les écrits canonisés et reçus de la tradition, qui ont été crus d’ori-. gine divine, afin que chacun, s’il lui est arrivé d’être trompé, condamne ceux qui l’ont égaré, et que celui qui

(1) I s’agit du prologue de l'Évangile,

at heuré pur L toute erreur se Pannes qu'on le lui appelle. » Le canon d’Athanase omet pour l'Ancien Testament les Livres des Macchabées. donne, pour la première fois la liste exacte des vingt-sept livres canopaiques du Nouveau. Ce sont là «les sources du salut »

il n’y faut rien ajouter ; il n’en faut rien Fbanches LP « Mais, pour plus de précision, je suis obligé de dire en

. plus qu'il y a d’autres livres, en dehors de ceux- là, qui

ne sont pas canonisés, mais qui ont été assignés par les

por à l’usage de ceux qui viennent à nous et veulent

. être instruits de la doctrine de piété. Ce sont la Sagesse

à de Salomon et celle de Sirach, Esther, Judith, Tobie, la . Doctrine dite des Apôtres, et le Pasteur. D'ailleurs, mes chers frères, une fois dit que les PEU sont canonisés, que les seconds peuvent être lus, il n’y a lieu de faire aucunement mention des apocryphes. C’est une invention | des hérétiques, qui écrivent ce qui leur-plaît, attribuent à ces écrits une date ancienne, et les mettent en crédit pour avoir un moyen de tromper ainsi les innocents. » Écrits ascétiques. La vie d'Antoine. — Athanase a vu, » dans sa Jeunesse, se développer en Égypte le mouvement . monastique; il l’a vu, pendant son âge mûr, se propager D tout le monde chrétien, qui regardait vers l'Égypte eomme vers la terre de sainteté par excellence, où se réa- Bisuit de nouveau, sous une forme encore plus rapprochée de la perfection, cette vie supérieure, détachée du siècle et toute suspendue à Dieu, dont les prophètes de l’An- … cien Testament avaient donné un preïier exemple encore incomplet. Parmi les ascètes prodigieux dont les fidèles .. s’entretenaient, non seulement dans tout:l’Orient, mais - jusqu’en Gaule ou en Espagne, avec un enthousiasme chaque jour grandissant, aucun n avait atteint la réputation d'Antoine, qui, disait-on, avait de bonne heure uitté le siècle pour mener au désert — malgré quelques retours momentanés à Alexandrie — presque toute son » existence ; ; qui était mort à 105 ans, après avoir étonné et ; dépassé tous les moines ou tous les anachorètes par ses

D" AM AA O A TN NAT ETDE PAR A ra } We Je austérités, et, qui, sans aucune culture, sans savoi lire et écrire, s'était élevé jusqu’au plus haut degré d la purification spirituelle et de la piété contemplative. Des moines étrangers demandèrent un jour à Athanase d'écrire pour eux la biographie de ce héros (1), et répondit à leur demande en composant cette Vie d'An-. toine qui est l’une des œuvres les plus extraordinaires de la littérature chrétienne au rv° siècle, une de celles af propos desquelles les lecteurs modernes, s'ils veulent. en bien comprendre l’esprit et les juger équitablement, = doivent, plus que jamais, se dépouiller de toute opinion préconçue et s'inspirer d'un esprit rigoureusement historique. Le succès en a été très grand auprès des contemporains et des générations postérieures. Dès 388, Évagre, évêque d’Antioche (388-393) en a donné une traduction latine, qui nous est parvenue, et une traduction syriaque en a été faite également, à une époque ancienne (2). L’authenticité ne doit pas en être mise en doute ; elle est attestée, dès le rv® siècle, par saint Je rôme et par Grégoire de Nazianze (4); et ni le style, ni — nous allons le voir — l'inspiration du livre ne fournissent contre elle aucune objection sérieuse (5). 4 Le plan est en gros celui-ci: récit de la jeunesse d'Antoine, et de ses premières expériences ascétiques (luttes contre le démon, qui finissent par son triomphe) ; À une longue instruction adressée par Antoine aux chré-

(1) Des moines occidentaux selon l'avis des Bénédictins, qui ont. sans doute tiré cette déduction d’un des chapitres finaux où Athanase fait allusion à la Gaule et à l'Espagne ; les mêmes éditeurs datent | . l'ouvrage de 365 environ; Eichhorn l’a daté de 357; il n’y a de rai-

son bien forte ni pour ni contre aucune de ces hypothèses, — Édition | spéciale de Maunoury, Paris, 1885 (rééditions). OUR | (2) La traduction latine est donnée par les Bénédictins au-dessous : du texte grec : la traduction syriaque est dans Benyan, Acta mar tyrum et sanctorum, t. V. :

(3) De Viris, 87-8 et 125.

(4) Or., XXI, 5. Pa

(5) Le principal adversaire de l’authonticité a été H. WRINGARTEN, Der Ursprung des Mæœnchtums, Gotha, 1877. % ns

PA

Wa ses par le récit des années où nl dans une série de déplacements par lesquels il cherchait à s’as

idéal et révélé par ses prodiges la perfection qu’il avai atteinte. Athanase nous dit avoir lui-même connu An-. toine ; il a connu sans peine un grand nombre de ceux … qui l'ont été voir au ere Les faits matériels a il a

GR hoe RES ils n’intéressent que rnédioeeà e ment Athanase ou ses lecteurs, quand ils ne sont point une attestation de la vertu d'Antoine et de ses dons sur

| re d’un éprente TE vie d'Antoine Re devenir naturellement à ses yeux l'idéal de la vie ascétique. Lui-même, nous dit, dans sa Préface, qu’ « elle est pour les moines un modèle parfait », et ce n’est pas sans raison que Grégoire de Nazianze (loc. cit.) a qualifié son œuvre de « réglementation de la vie monastique, sous

l'apparence d’un récit » (1). S

Ce qui frappe le plus le lecteur moderne et GR sans doute aussi a le plus frappé les contemporains, c’est le rôle attribué au diable et à ses suppôts ; la lutte morale is A par laquelle Antoine parvient à la victoire est présentée ÿ He comme un véritable combat ; elle devient un conflit. $ dramatique entre le saint et les puissances du mal. Cette. démonologie bizarre amuse maintenant l'artiste ou le lettré : les Tentations de saint Antoine de la peinture fla-

(1) Bien que la Vie ait la forme d’une lettre et qu’Athanase dise même qu’il l’a écrite vite parce que le messager qui devait l’emporter ne pouvait retarder son embarquement, on est en droit LR avec ReITzENSTEIN (cf. infra), qu il vise un public plus large que les” moines PEAU il HORS

bte, la Tentation de saint Antoine de Fianbeitre en sont sorties. Elle risque de choquer beaucoup d° pue 47e d’ailleurs très religieux, et c’est à cause d'elle qu'un homme comme [larnack est allé jusqu’à dire que la Vie sit d'Antoine était « l'œuvre la plus funeste qui ait Jamais été écrite », et qu'aucune autre € n ‘avait eu d’effet plus abêtissant sur l'Égypte, l'Asie occidentale et Ja Sy- Ni » (1).

‘ {1 suflira’ de citer un exemple : « Done, dans la nuit, les démons font un tel tapage que toute la région en

paraît ébranlée ; comme s'ils avaient brisé les quatre © murs de la cabane, il sembla qu’ils avaient pénétré au travers, métamorphosés en l'apparence de bêtes fauves et de reptiles ; et voici que tout l'endroit se trouva rempli de l'apparence de lions, d’ours, de léopards, de taureaux, de serpents, d’aspics, de scorpions ou de loups. Et chacun d’entre eux se mouvait selon sa propre forme. Le lion rugissait, prêt à à faire irruption ; le taureau semblait jouer de la corne ; le serpent rampait lentement, et le loup se précipitait avec furie. Tous ces fantômes ensemble faisaient un bruit terrible, et montraient une rage folle. Antoine cependant, fouetté, piqué par eux, sentait en son corps un rude tourment, mais son âme n’en était que plus intrépide et vigilante. Son corps seul gémissait sous la souffrance ; son esprit restait libre, et il disait comme s’il se moquait : « Si vous aviez quelque puissance, il eût suffi que l’un de vous vint ici ; mais parce que le Seigneur vous a énervés, vous Faite d’inspirer quelque effroi par votre multitude, et c’est une preuve de votre faiblesse que d’imiter la forme des brutes. » I reprenait done, plein de confiance : « Si vous en êtes É capables, et si vous avez reçu pouvoir sur moi, ne tardez pas ; attaquez- moi ; mais si Vous ne pouvez rien, pour- (s quoi venir me troubler ? Car notre foi en le Seigneur est pour nous un sûr rempart contre vous. » Alors, après

HEC rO xx T, 3 pe 812: | à

| Mois le ns même en ce moment n Pate bas sa

vaillance. Il vint lui prêter secours. Levant les yeux Antoine vit en quelque sorte s’ouvrir le toit, et comme F un Nos de lumière descendre vers lui. Et aussitôt les. :S

Aétotne Pete l'aide et respirant mieux, en un | prière à la vision qui lui apparaissait, et dit : «Où étais- tu ‘14 Pourquoi ne t’es-tu pas montré à moi dès le commen: * cement, pour faire cesser mes douleurs ? » Et une he. … se fit entendre à lui : ( Antoine, j "étais ici, Mais ‘i 'atten-

n'as pas été vaincu, je serai toujours ton défenseur, et je te ferai devenir célèbre partout. » Quand il eut entendu RO cestmots;) il se releva et pria, et il reprit tant de force “. - qu'il sentit en son corps plus de vigueur qu auparavant. Il avait alors près de trente-cinq ans. »

Ceux qui s’étonnent qu’Athanase ait fait de tels récits oublient qu’il n’a jamais eu aucun doute qu'Arius et que 2 de ses RE —— qu ’1l appelle plus souvent encore PE

HAUT suppôts du diable. Cet état ra et son

& admiration pour l’austérité d'Antoine le disposaient it

E. à se montrer défiant envers les visions qui se levaient dans l'esprit de l’ascète, surexcité par ses macérations et ses jeûnes, qu’il racontait ensuite, et dont la plupart

EL n’ont dû parvenir à Athanase que par des témoins indi-

: | rects. Combien d’ailleurs Athanase partageait la foi qui.

| est à l’origine de ces visions, rien ne le montre mieux que

- la longue instruction qu’il a mise dans la bouche d’An-

D. toine et qui remplit les chapitres xvr à xziv. Cette instruction contient des parties de pure exhortation mo- - rale, où se reconnaissent les principes de cet ascétisme mêlé

À Ur

d'éléments cyniques et chrétiens que nous retrouvons dans toute la littérature du 1v£ siècle, Mais 1l ÿ entre une LS de RU TT

très forte part de conseils pour la conduite à suivre dans les tentations suggérées par les démons. Or, ce long discours ne peut guère être considéré comme une transcription littérale de paroles réellement prononcées par Antoine ; c’est Athanase qui l’a librement composé en s'inspirant de l'esprit d'Antoine, et en y mettant sans doute un peu du sien (1). On y trouve, et on trouve dans d’autres parties de la Vie, les éléments d’une théorie de la nature des démons, qui n’est pas sans relation avec celle qui avait été élaborée par les néo-pythagoriciens et les néo-platoniciens. Ce sont certaines vues sur la matière ténue dont est fait le corps des démons. C’est aussi une Conception générale de l’ascétisme, selon laquelle l’objet en est la purification progressive de l'âme, le résultat de cette purification, quand elle a été poussée aussi loin que possible, étant de rendre l’âme capable de recevoir des pouvoirs surnaturels. Ces idées plus élevées corrigent ce qu'ont d’épais certaines des visions d’Antoine. Selon le langage que lui prête Athanase, c’est uniquement notre faiblesse qui fait la force des démons. Nous sommes à l’abri de leurs attaques, dès que nous sommes irréprochables. C’est ce que le diable révèle luimême à Antoine, le jour où il vient frapper à la porte de sa cellule, sous l'apparence d’un homme de grande taille, et où, à la question de l’ascète : « Pourquoi viens-tu tourmenter les moines ? » il répond : « Ce n’est pas moi qui les tourmente ; ils se troublent eux-mêmes ; car, moi, Je suis faible. » Nous sommes ramenés ainsi, malgré tout, à une religion plus épurée.

Ï1 ne faut pas oublier non plus d’autres traits qu’Athanase a tenu à marquer constamment. L’ascétisme d’Antoine ne tourne pas à une recherche égoïste de la perfection individuelle ; il reste charitable. Pendant l’époque

{1} El est clair aussi que la petite Apologie que prononce Antoine, en présence de philosophes grecs, aux chapitres LXXIV-LXxVH, est au moins autant d'Athanase que de lui,

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