ÉCRITS ASCÉTIQUES. LA VIE D'ANTOINE
où sévit le plus durement, à Alexandrie, la persécution de Maximin, le solitaire revient dans la ville, et sait s'y rendre utile, au risque de s’exposer, d’ailleurs sans aucune provocation inutile. Tout aussi notable est l’attachement qu’il professe en toute circonstance pour l’orthodoxie. « L’homme de Dieu » n’a jamais aucune compromission ni avec les Mélétiens, ni avec les Ariens, ni avec les Manichéens. Il est respectueux de la hiérarchie ecclésiastique et entend qu’on lui préfère le moindre clerc. Ce copte, qui ne parlait que le copte, ne se laisse cepen-
dant pas volontiers entraîner à certaines superstitions qui sont chères à ses compatriotes, les habitants de l’in-
térieur de l'Égypte, et que condamnent les chrétiens
helléniques d'Alexandrie. Il ne veut pas que son corps
risque, après sa mort, d’être momifié et exposé, entouré de bandelettes, au lieu d’être enseveli. Ses dernières
recommandations sont des conseils aux autres pour qu’ils’
évitent l’hérésie et des recommandations personnelles sur sa sépulture.
L’Antoine qu’Athanase présente à l'admiration de ses:
lecteurs n'est donc point uniquement un visionnaire qui paraîtrait un peu fou, s’il n’était pas autre chose. C’est
aussi un héros de la volonté, qui affronte les ; plus
rudes épreuves, pour approcher le plus possible de la purification de l’âme ; c’est un chrétien soumis à l’Église, qui n’oublie point ses frères, et qui, à l’occasion, est prêt à se dévouer charitablement pour eux, sans parler du bienfait de l'exemple qu’il leur donne et des guérisons miraculeuses qu'il accomplit. Athanase tient à marquer que ces miracles sont opérés par lui sans aucun esprit d’orgueil ; il. ne commande pas aux démons ; il ne l’emporte sur eux que par la prière (ch. Lxxxiv). Il tient de Dieu toute sa vertu.
La marque d’Athanase est ainsi nettement visible dans la Vie. Est-ce à dire qu'il faille dénier à celle-ci toute valeur historique ou à peu près, et qu’elle ne soit guère que fiction littéraire, avec utilisation de sources que nous
jouvons encore | découvrir vu oit a ee dans l'idéal ascétique qu'incorpore Antoine, entrent |
“éléments venus du cynisme, du néo- pythagorisme ets stoïcisme. Nous.avons d’ailleurs déjà constaté, par l étude ® Qu traité Contre les Gentils (2), que celui de tous les Père du 1ve siècle qu’on péut considérer comme le représentant le plus autorisé de l’orthodoxie théologique est fort loin d’avoir été fermé à l'influence de la philosophie. ui faut reconnaître également que, dans les récits de miracles, doivent se retrouver des traits qui proviennent de. 4e arétalogie païenne ou de la démonologie égypionne | Reitzenstein a fait entre eux et les données des papyrus magiques des rapprochements dignes d'intérêt (3). Le n même savant a indiqué quelques identités d'expression K entre le texte d’Athanase et les Vies de Pythagore a5 "4 Porphyre et de Jamblique, qui peuvent faire croire à des emprunts, sinon à ces Vies, du moins à quelque écrit analogue. Ce serait cependant aller beaucoup trop loin
que de considérer la Vie d'Antoine comme un décalque ou un démarquage de la biographie de quelque mage païen. Il est plus vraisemblable que, dans la plupart des cas, Athanase retrouve, sans se reporter plus ou moins consciemment à une source, les souvenirs qu'ont déposés en lui ses lectures et subit l'influence générale de la eul- …
ES És