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ture qu'il a reçue.
Le traité de la Virginité. — Le second des ouvrages
ascétiques (4) qui nous sont parvenus sous le nom d’Atha-
(1) H. Merret, Die literarische Form der griechischen Heiligente- î gende, Münich, 1919. — K. Hozz, Die ART ER Form des grie- % chischen Heiligenlebens, Neue Jahrbücher für Klassische “Philologie, k 1912. — RerrzensTeiN, Hellenistische Wundererzæhlungen, pP. 55:
et Des Athanasius Werk über das Leben des Antonius, dans les Comptes | Le rendus de l'Académie de Heidelberg, 1914.
(2) RerrzensTEin (loc. cit.) a déjà fait le rapprochement avec des chapitres 11 et xxx du Contra Gentes. ne:
(3) Loc. cit., p. 36-7 : et Wundererzæhlungen, p. 82, 2 : « De l'ourse de Pythagore à la hyène de Macaire et de celle-ci au loup de François
d'Assise, il y a, en réalité, une tradition littéraire qui se continue. »
(4) Ercunonx, Athanasii de vita ascelica testimonia Hepette Halle, é
Eu plus L'TR PA de Discours sur bo. salut adressé à une vierge (héyos cwrmpixs Tpè 7m raglév). L'authen: licité en a été fort discutée. Érasme, qui l’a le premier publié dans une traduction latine, l'avait proserit, et. les Bénédictins l’ont maintenu parmi les spuria (P. G., 28). De nos jours, Eichhorn a voulu le restituer à Athanase. Mgr Batiflol a repris l'opinion d’ Érasme et de Montfaucon en alléguant dans le Credo, par lequel s’ouvre E. ce petit ‘livre, la présence de la formule : trois hypostases, é une seule divinité, et en relevant de plus, dans les pré- | ceptes, certaines particularités qui peuvent rentrer parmi | celles que le concile de Gangres a condamnées chez les # Haies (2). Dans une étude très érudite et fort utile k. pour l’histoire des origines du monachismé, E. von der Goltz (3) en a donné une édition nouvelle, qui est, de L. toute façon, fort précieuse, et s’est appliqué à démontrer j d’abord et surtout que l’opuscule est ancien et peut remonter jusqu’au milieu du 1ve siècle. Il a apporté à É l'appui de cette thèse ‘une grande variété d’ arguments, qui la rendent assez vraisemblable. Son argumentation est beaucoup moins convaincante quand il en vient à 4% soutenir la légitimité de l’attribution à Athanase. Outre 4 la possibilité générale qui résulte de sa première conclusion, il a relevé quelques expressions qui sont communes
“à 1885-6, a recueilli dans les autres ouvrages d’Athanase les textes relatifs à la vie ascétique.
; (4) Loc. cit: ; il parle d’un de Virginitale. s
(2) Rœmische Quartalschift, 1893. On a vu plus haut qu’il est ru Fe de se prononcer sur l’usage qu'a fait Athanase du mot hypostase ; il a bien admis qu’on l’employât ; il est moins sûr qu'il l’ait volontiers 1 “employé lui-même au sens de personne. Les remarques de Batiftol sur les pratiques ascétiques me.semblent, sinon toutes, du moins la .
| RPpart dignes d'attention.
(8) A6Yos gutripius mods Tv r290ivov (De Wir ginitate), eine echte 1 Drift des Athanasius, TETE So 2, Leipzig, 1906.
au traité de la Virginité et aux ouvrages indiscutés d’Athanase. Elles peuvent trouver une explication suflisante, si l’on reconnaît que l’un comme les autres sont du même temps et du même milieu. Von der Goltz n’a pas tenu assez de compte de la différence du style, quoiqu'il
‘ne se soit pas dissimulé qu’elle est très grande entre notre
traité et les écrits d’apologétique ou de polémique. Il veut qu’elle disparaisse entre lui et la Vie d'Antoine, et peut-être est-elle un peu moins sensible. Mais elle subsiste. Même dans la Vie d'Antoine, la vigueur de l’esprit d’Athanase se traduit par la fermeté, l'ampleur et la
forte cohésion de la période. La simplicité des courtes
phrases sans nerf et sans ossature qui se déroulent dans notre traité (1) l’apparente, de l’avis de von der Goltz lui-même, à la manière de ces écrits du christianisme primitif pour lesquels l’auteur paraît avoir eu beaucoup de goût : Pasteur, Doctrine des Apôtres, etc. Cet auteur, qui s’adresse non point à une moniale, mais à une vierge qui mènera, sans quitter le monde et sa famille, la vie ascétique, est préoccupé de donner des préceptes précis et détaillés (sur le vêtement, les heures de prière, etc.). On attendrait d'Athanase des vues plus hautes et une parole plus pénétrante. Rien n'indique d’ailleurs que ce soit un évêque qui parle. En somme, l’authenticité me paraît très peu probable. La mention d’un De Virginitate d'Athanase par Jérôme (2) est le seul appui de quelque valeur qu’on puisse lui donner ; mais nous ne sommes pas sûrs que, si l’évêque d'Alexandrie a vraiment composé un traité sur ce thème, ce traité soit celui qui, dans nos manuscrits, porte son nom.
Écrits exégétiques et homélies. — Au cours de son long épiscopat, malgré les exils qui l’ont coupé, Athanase a
(1) Non seulement le style est plat, mais il y a dans la langue, des vulgarismes qui ne se retrouvent pas ailleurs, je crois, chez Athanase (u:1*0tepos, par exemple, plusieurs fois).
(2) Les autres textes, de Grégoire de Nazianze, etc., sont, de son propre aveu, imprécis.
ÉCRITS EXÉGÉTIQUES ET HOMÉLIES 119 dû souvent prêcher, et, en prêchant, faire de la théologie, de l’exégèse ou de la morale. Est-il sorti de cet ensei- gnement des ouvrages spéciaux, analogues à ceux d’Origène, ou aux commentaires de l’Écriture sous forme d’homélies, qu'ont composés après lui les grands Cappadociens et saint Jean Chrysostome ? Nous avons, dans la » liste d’écrits que donne saint Jérôme, l'indication d’un à traité de ce genre, et il nous est parvenu sous le nom 1 d’Athanase, dans les Chaînes, un grand nombre de | morceaux exégétiques, sur lesquels, comme il arrive en
| ce cas, il est malaisé de se prononcer.
4 Saint Jérôme (1) parle d’un traité de Titulis Psalmo- 0 rum. L'édition de Migne donne au tome XXVII, d’après.
celle de Montfaucon (2), une Lettre à Marcellin sur l’in- | terprétation des Psaumes, suivie d’un commentaire des 1 dits Psaumes, constitué par des extraits pris à des sources
diverses, quoique toutes de nature-analogue, et princià palement à la Chaîne de Nicétas d’'Héraclée (x1® siècle), avecun autre commentaire sur les titres des Psaumes, 1 ‘publié, en 1746, par le cardinal Antonellh. Ce dernier 0 paraît, au premier abord, mieux répondre à l'indication j fournie par saint Jérôme. Il semble résulter cependant … : de l’étude de Stræter (3), qu’il n’est point d’Athanase, et 4 il faut l’attribuer à un prêtre de Jérusalem ; ce prêtre 4 serait Hésychius (vesiècle), selon Faulhaber et Mercati (4). 4 La lettre à Marcellin est citée parle second concile de Nicée, À en 787, comme servant d'introduction à l’Interprétation des
Psaumes (‘Eourveix z&v Yæluüy) (5). Cette relation de
(4) De Viris, 87.
(2) Et les suppléments apportés par Prrra (Analecta, 1) ; il y a aussi des fragments dans un commentaire conservé en slave (cf. V. Jacrc, Denkschriften de l’Académie de Vienne, 1904).
| (3) Die Erlæsungslehre des heiligen Athanasius, Fribourg-en-Bris- % gau, 1894.
x . (4) Faurmaser dans Theologische Quartalschrift, 1901. — G. Mex-
cart, dans Studi e T'esti, 1901. — Devreesse, article Chaînes exégétiques du Dictionnaire de la Bible (Lerouzex et Ané, n° 1135). (5) S'il répond mieux que l’autre au dire de saint Jérôme, c’est
à. l'autre a due être e établie Apres co | ‘éclame nécessairement dans le texte de la Lettre, qui a tient des remarques générales sur les diverses sortes d'intérêt que présente le livre des Psaumes, où Athanase % trouve dispersés tous les caractères des divers livres de jai Ancien Testament, avec une classification des Psaumes, selon les thèmes, le ton, l'usage qu’on en peut faire. La m4 a lettre suffirait peut-être, à la rigueur, à justifier la men- | tion faite par saint Jérôme. Mais on ne voit pas de rai- à sons intrinsèques g graves de juger suspects la plupart des fragments réunis dans l’édition Bénédictine. Athanase y. $ accorde plus de place à l allégorie qu’il ne le fait dans ses icrits de polémique. Cette différence peut s ’expliquer par celle des deux catégories d’ ouvrages, et l'allé- 4 gorie, quoiqu elle soit, pour notre auteur, à part un petit nombre d’exceptions, la méthode qui nous donne le h sens véritable des Psaumes, reste, dans l'application, | relativement sobre. Voici, par exemple, le sommaire qui : 1 précède le Psaume 79 : (1) « Selon le sens obvie (le Psal- De miste) demande qu’on prenne en pitié les (Juifs) réduits ‘en servitude par les Assyriens. Selon l'interprétation plus levée, il parle de ceux qui ont subi la captivité spiri- 5 tuelle, après la erucifixion du Christ par des Assyriens ii D ohatiques et par leur chef, je veux dire Satan. Il | jette donc une supplication, en réclamant l'apparition à de notre Sauveur et la délivrance de toute la race d’Is- 1 raël. » Le sommaire est suivi d’une explication du texte ‘4 verset par verset, dont l’objet est principalement de retrouver, par la typologie, . dans l Ancien Testament, la Fa figure du Nouveau, mais où entrent cependant quelques x autres éléments (variantes de Symmaque ou de Théodotion, ete.). Le ton est très simple ; la phrases brève et
Te Mn Le TR
Va
RpprLe que chaque titre y est L'obies d’une explication ; mais l'auteur ne ne se borne pas à l'examen des titres et donne ensuite le commentaire
de tout le Psaume. | (1) Sur des fragments d’une traduction syriaque, cf. Rupexs Dvu-
È va (La littérature syr iaque, 2€ éd., p. 315).
he
u ention ; il n'y a pas de digressions oratoires m même théologiques. L'intérêt pour l’histoire littéraire est médiocre (1). À quelle date ce commentaire a-t-il pu être
composé ? Il ne contient aucune allusion qui en suggère
une, et c’est seulement par vraisemblance qu’on veut le.
rattacher aux dernières années d’Athanase, les seules où il ait joui d’une assez grande tranquillité.
Nous aimerions à posséder quelques homélies d’Athanase; mais celles qui figurent au tome XXVIII de la Patrologie grecque n’ont pas plus de chance d’être authen- 4 tiques qué les autres écrits contenus dans le même vo- : lume. K. Hoss (loc. cit.) a voulu en réhabiliter deux, l’une D assez courte, sur le Sabbat, le Dimanche et la Circonci- sion ; l’autre, beaucoup plus longue, sur la Passion et la
… Croix du Seigneur. Ni dans l’une ni dans l’autre on ne reconnaît la manière personnelle d'Athanase, et tout ce qu'il faut accorder à Hoss, c’est que l’auteur de la seconde connaissait ses écrits et s’en est inspiré. Les Canons que Riedel et Crum ont publiés, en copte et en arabe, sous le nom d’Athanase, sont très probablement d'époque assez
oi
ancienne et d’origine égyptienne, mais il n’y a pas de raison décisive de les attribuer au grand évêque (2).
__ Conclusion. — Athanase est, avant tout, un homme d'action. Il s’est donné avec un entier dévouement à la.
cause qu'il avait embrassée, et il était prêt à tout souffrir pour elle, mais décidé tout autant à ‘employer toute son
id " {1} Voir encore, à propos des sources manuscrites, Ranzrs, dans ” Les Nachrichten de Gœttingen, 1924. — Les autres fragments exégé- D. tiques d’Athanase qui se trouvent dans les Chaînes (sur Job, Luc, Mathieu, 1'e Ép. aux Cor.), sont extraits de ses écrits théologiques ou
4 polémiques. — Photios (codex, 139) parle d’un commentaire sur. | lEcclésiaste et d’un autre sur le Cantique des Cantiques ; il ÿ a quelques fragments de ce dernier dans les Chaînes, La Synopsis scripluræ sacræ
» P. G., 28, est une compilation apocryphe. L’argument qu’on peut
tirer en sa faveur de ce que dit Athanase (Ap. à Constance, 4), n’est
* pas décisif. - D. (2) W. RreDez and W. E. Cnum, The Canons of Athanastus of
‘104 Alexandria, Londres, 1904.
4 Fe # EX AL is ! “à FR jr
activité pour la faire triompher. Sa foi en Dieu était trop sincère pour qu'il crût que ce triomphe dépendit du faible secours qu’un homme pouvait fournir ; mais, engagé dans une lutte où l’autorité civile intervenait, où la partie adverse, après avoir été sa victime, trouvait auprès d'elle, dès la fin du règne de Constantin et, plus encore, sous ceux de Constance et de Valens, un appui énergique, il n’hésitait pas à faire lui-même appel à cet appui, quand il le pouvait, et plus souvent encore, n’ayant rien à attendre d'elle qu'une hostilité intraitable, il cherchait et trouvait sa force dans l’attachement indéfectible des Alexandrins restés fidèles à l’orthodoxie ou des moines qui formèrent pour lui la plus dévouée des milices et lui offrirent au désert le plus sûr des refuges. Les récits qu’il nous a laissés des violences exercées contre les catholiques par des magistrats comme Syrianus ou Sébastien, ce que nous savons, d’autre part, de celles dont les Ariens, eux aussi, eurent à souffrir, par exemple
du massacre de l’évêque arien, Georges de Cappadoce,
ne nous laissent aucun doute que le conflit revêtit toute
l’âpreté qui est coutumière aux querelles religieuses.
Mais aucun péril n’effraya Athanase et aucun échec ne le découragea. Quant à la confiance qu'il pouvait avoir envers ses partisans, l’anecdote que conte Socrate (1) peut en donner une idée. Peu de temps après qu'il avait fui Alexandrie, en disant à ses intimes (c'était sous le règne de Julien) : « Ce n’est qu’un petit nuage, et ül passera », il naviguait sur le Nil, vers la haute Égypte et le désert. Ceux qui le poursuivaient passèrent à côté de la barque qui l’emmenait et demandèrent à l’équipage «s’il n'avait pas rencontré Athanase ». — « Il n’est pas bien loin », lui répondirent les matelots ; « hâtez-vous, vous le rattraperez bientôt. » Et l’évêque, changeant son plan, revint se cacher à Alexandrie même, parmi la foule. Dans les périodes trop rares où, entre deux exils, il pou-
LAURE ee cvait reprendre l'exercice de sa charge épiscopale, il rem- | plissait avec un zèle impatient ses devoirs de pasteur, et,
s’il faut en croire son propre témoignage, ce zèle était largement récompensé par le succès. Il a dit, au cha- pitre xxv de l’Histoire des Ariens, avec quelle joie il : voyait, par son influence, « des femmes non mariées et __ prêtes à contracter mariage, demeurer vierges pour le Christ ; des jeunes gens, entraînés par l'exemple, entrer dans la vie monastique ; pères et enfants se convaincre les uns les autres de se conformer aux pratiques ascé tiques ;.. les veuves et les orphelins, affamés et nus He auparavant, vêtus et nourris par la charité du peuple... ; Ja paix qui régnait dans les églises, etc. »
Mais le plus souvent, c'était la guerre. On était difficile » d'éviter les excès. Nous avons eu occasion de dire déjà E qu'Athanase avait probablement mis quelque rudesse js > dans la lutte contre les Mélétiens, qui n’étaient que des schismatiques. Les Mélétiens ont parfois, dans leur So hostilité contre lui, lié parti avec les Ariens, etilest plus
facile de comprendre qu’il n’ait approuvé, à aucun mo ment, aucun compromis avec ces derniers. On lui a quel- 14 UE quefois reproché de n’ävoir pas témoigné plus de condes- … : 108
> cendance, et de n’avoir pas consenti à la rentrée d’Arius 2400
dans l’Église, après adhésion de celui-ci à quelque formule neutre. Si l’on se place à son propre point de vue, on doit approuver son intransigeance. Deux doctrines irréconciliables se trouvaient en présence. Seul l’empereur, quand il était Constantin et confondait l’intérêt de la religion avec celui de l’État, pouvait assumer un rôle qui, de la part d’Athanase, eût été une faiblesse et une > trahison. | ; Mais s’est-il toujours conformé à la maxime qu'il a si fortement exprimée dans la même Jistoire des Ariens (1) : « Le propre de la religion, c’est de ne pas contraindre, et de persuader » ? Nous aimerions en être plus assurés. Épi-
(4) Ch. zxvrr.
ni, pas un non à l'abri 4 tout soupçon ; c'était un he esprit médiocre, et il ne brillait pas par la sûreté du juge-" Ve ment. 1x n’est GENS possible de nier Mn qu DU e
Roaps où l’on était dur. ALAN ” s’est AAA « défendu. Quand il a repris l'avantage, ses adversaires ont dû Doc à à leur tour, ne En does
bu résistance.
Æ HS était cette ne au triomphe. de laquelle il
be pour une large part, à lui donner son ER | sion précise, peut-être déjà au concile de Nicée, puisqu'il y a assisté avec son Ne Alexandre, et que, quoiqu al
ne n’a probablement pas manqué de faire sentir en ARiTRe mesure son influence dans la coulisse ; en tout cas, après le concile, en éclaireissant le dogme dau ses écrits, eten ne permettant pas, par ses démarches et ses actes, qu’il y fût porté aucune atteinte. Pendant ces années k 5 périlleuses où se multipliaient les formules, il à eu la sagesse de s’attacher inébranlablement à celle qui avait. été d’abord proclamée par l'assemblée la plus autorisée, et au prix de moins de marchandages que celles qui suivirent. Discernant par avance dans l’arianisme à ses Ë débuts la tendance qui se manifestera pleinement
avec Aèce et Eunome à prétendre débrouiller l'éco-L nomie de l'essence divine sans y laisser aucune obscurité, il demeurera fidèle à la tradition en maintenant en son ki plein droit la notion de mystère, comme le feront, après
(4) Her, 68, 5.
°n ‘attache pas d’ ailleurs une PE exagérée aux mots ; il est le champion de l homoousios, mais 1] consent volontiers à s’accorder avec ceux qui admettent le sens que ce terme implique, et ne rejettent le terme que parce qu’iln’est pas scripturaire. Il emploie habituellement, selon l’usa normal du grec, l'expression d’ousie et celle d’hypostas dans le même sens, celui de substance où d’essence. Ma ‘4 quand on commence en Orient à employer hypostase at " » sens de personne, pour avoir plus de chances des ’entendre sans confusion avec les Occidentaux, il ne fait pas d'opposition à cette terminologie qui pouvait déconcerter 4 des Hellènes, encore qu’il soit difficile de se prononcer sur 1étienticite des textes où il emploierait-lui-même, ” en son propre nom, la formule catégorique : une ousie er | trois hypostases (1). | Ù LsS 6 >. Mais ce qui importe principalement, c’est de disceré le principe même de toute la ae d’Athanase, la croyance fondamentale où vient s’enraciner sa conception du dogme de la Trinité. Il l’a révélée si clairement | dès son premier ouvrage, il l'a mise si ouvertement au premier plan dans tous ses écrits postérieurs qu'il est __ impossible de concevoir le moindre doute à ce sujet. La foi d'Athanase est issue directement du prologue de ù 4 l'Évangile de saint Jean et des affirmations de saint 13e Paul, déjà étroitement reliées avant lui, et qu’il a con: tribué plus que personne à rendre indissolubles. Le Verbe s’est fait chair. [Il est venu parmi nous, et, en venant parmi nous, il nous à apporté la vérité totale, alors qu'avant lui les plus hauts esprits chez les païens __ n’avaient atteint que des vérités partielles. et que l’ancienne Loi n’avait fait connaître cette vérité que par Le figure. Il est mort pour nous et nous a rachetés par son
k “ ? ; NE
(1) Cf. supra, p. 85-86.
{ re
supplice, par sa Résurrection, qui a été la victoire de la Vie sur la mort; il nous a rétablis dans notre dignité
primitive, et nous a réunis à la divinité, dont la faute
du premier homme — conçue d’ailleurs par Athanase en un sens origéniste et néoplatonicien — nous avait pour si longtemps séparés. L’/ncarnation, c’est le titre de la seconde partie du premier ouvrage d’Athanase ; c’est la doctrine à laquelle il revient sans cesse. Si l’Arianisme lui paraît ruiner le christianisme dans sa base mème, c’est que le Christ d’Arius, n’étant qu’une créature, n'étant pas le Verbe véritable, n'étant pas Dieu mais divinisé, est incapable de produire cette rénovation de la nature humaine, cette restitution de l’homme en son état primitif et sa dignité naturelle, que seule la divinité peut accomplir en s’incarnant.
L’éloquence n’a guère été pour Athanase, comme pour Démosthène, qu’une forme de l’action. Mais précisément parce qu’il désirait, comme le grand orateur athénien, des résultats positifs, il n’a rien négligé pour rendre sa parole efficace. Il y a chez lui ce concours de la logique et de la passion qui assurent à l’orateur le maximum de puissance. Athanase sait argumenter avec une habileté consommée. Cette habileté se montre déjà dans le seul choix et le groupement des documents qui parfois composent la majeure partie de ses Apologies. Il est tout à fait injuste de l’accuser d’avoir poussé l’art de l'avocat jusqu’à la falsification, et les griefs qu'a tenté
de dresser contre lui, avec autant d’érudition que d’in-
géniosité, Otto Seeck (1), ont été réfutés, notamment par Rogala. Mais personne ne conteste qu'il ait omus les documents qui étaient moins favorables à sa cause avec presque autant de soin qu'il en a mis à réunir ceux qui la servaient. Il se tait volontiers, dans l’Apologie contre les Ariens, sur le concile de Tyr, comme sur l’enquête menée à propos de l’affaire d’Ischyras — quoique
(4) Zeüschrift für Kirchengeschichte, 1896.
l Heure il se soit justifié des graves accusations qu’on
porta alors contre lui. On n’écrirait que fort inexactement l’histoire du concile de Sardique, si l’on s’en tenait uniquement à son témoignage.
À Expert à composer ses dossiers dans son cabinet,
Athanase ne l'était pas moins à trouver l’occasion des
“ effets pathétiques. Quand Constantin se refuse à l’en- * tendre, il se rend à Constantinople, se place sur le chemin del? empereur, dans la rue ; il parvient à l’aborder malgré
tout, et à obtenir audience. Au concile de Tyr, tandis
le prêtre Arsène, exhibent dans un coffret un bras dé- charné qu'ils disent être celui du mort, il fait apparaître bien vivant, devant l’assemblée, celui qu’on prétendait être sa victime.
»… pas été prononcés. Mais ils ont été composés comme s’ils
À gumentation se montre en particulier dans cette Apo-
la traduction qu’en a donnée M. Fialon. On y verra en
dérations matérielles ou morales — il s’y justifie contre - le grief d’avoir célébré les offices dans la grande église d'Alexandrie, avant qu’elle eût été solennellement inaugurée (1). La même maîtrise en tous les secrets de la rhétorique apparaît dans la partie (2) où il s’excuse de n'avoir pas répondu à la convocation que lui a adressée l’empereur. L’émotion se joint à la dialectique, quand il se défend d’avoir excité contre Constance son frère Constant ou d’avoir. engagé des négociations avec
Magnence (3).
‘à 4) Ch. xrv-xvinr.
(2) Ch. x1x-xxv.
(3) Ch. v et suiv. Sur la comparaison que l’on peut faire entre les ” assertions d’Athanase et divers autres témoignages, cf. Fraron, D p. 167. ‘
re”
. que ses adversaires, qui l’accusent d’avoir fait assassiner
Les discours que nous avons de lui n’ont en général
devaient l’être, et tout y est calculé pour conquérir le. lecteur comme eût été conquis l'auditeur. L’art de l’ar-
logie pour one que l’on peut lire aisément dans
particulier avec quel luxe de preuves — tirées de consi-
re outable à tous les souverains qui ont eu successive ment affaire à lui. Nous ne citerons que ce mot, le plus expressif sinon le plus violent, échappé à l’un d’entre eux, à Julien, dans sa lettre aux Alexandrins, 1411 (1) : « SE c’est à cause des autres talents d’Athanase (il y a beau À temps, en effet, que je le sais capable de tout) que vous ral soupirez après lui et que vous avez fait cette requête (2), sachez que c'est pour cela même qu’il est expulsé de cette ville. On ne vaut rien pour conduire un peuple, quand on a l'esprit d’intrigue ». De tous les empereurs qu’Athanase a vus se succéder au pouvoir, il n’en est qu'un seul avec lequel il n’ait jamais été en conflit ;. c'est Jovien, et Jovien n’a régné que quelques mois. Ce même homme, qu'aucune contrainte n’a pu faire plier et dont l’éloquence se distingue d’abord par la 4 vigueur et la passion, a su cependant, quand il était nécessaire, s'imposer des ménagements. Il y a un con- | traste frappant entre ceux de ses écrits qui ont été composés au désert pour être lus loin de l’œil des magis- trats, en circulant parmi les moines, et ceux qui. devaient être présentés au souverain, sinon prononcés devant lui : entre l'Histoire des Ariens, par exemple,
et l'Apologie pour Constance. D'un côté, Constance nous apparaît comme le tyran pour lequel il n’y a pas de com-
Sri
| paraison assez flétrissante, parmi celles qu'offre l'Écriture ; c'est aussi, tout plein de morgue qu'il est, Île *: velléitaire gouverné en réalité par ses courtisans et ses
eunuques ; ce fils de Constantin n'est que Costyllios.
De l’autre c’est le chef de l’état romain, auquel Athanase s'adresse avéc le respect qui lui est dû, et qui rendra te de justes arrêts quand il sera mieux informé. ER |
Ce qu’Athanase a su le mieux s'approprier de la rhé-
È “ (4) Trad. Brnez, p. 191. | (2) Il s’agit. évidemment d’une requête adressée à Julien pour. obtenir le retrait de la mesure de bannissement prise contre l’évêque, |
|torique classique, c’est la technique de la preuve et c’est l’art de parler à chacun le langage qui convient, selon les circonstances. Son talent personnel, qui est grand, lui vient surtout de l’ardeur de la conviction qui
de trouver sans cesse des arguments" nouveaux, et qui . donne à sa dialectique le mouvement et la vie, à ses
4 narrations la vraisemblance et la couleur. Si l’on CONSI-
dère son éloquence plus particulièrement du point de vue dela langue et du style, on devra reconnaître sans doute qu'il n’est pas un écrivain aussi châtié ou un artiste | L aussi délicat que le seront après lui Basile de Césarée, Grégoire de Nazianze ou Jean Chrysostome. Cependant, 4 | malgré quelques Mo enes (1), et quoique, d’une ma-
nière générale, on n’y trouve pas une recherche raisonnée
du purisme, cette langue est, pour l’époque, une assez bonne langue, précise, ferme et nette. La principale | qualité du style, est, avec le mouvement, l'ampleur et t bla solide organisation de la période. Cette période n’est ” pas celle du discours de parade ; elle n° a rien de la ma- nière d’Isocrate ; encore moins fait-elle appel aux co- 4 quetteries de la rhétorique asiatique. C’est une arme de » combat. C’est avec la période de Démosthème qu’elle a à le plus d’analogie. $
4 Ces mérites ne sont point dus seulement au talent * naturel d’Athanase ; une bonne formation scolaire et l'habitude des pratiques de la rhétorique y contribuent pour une large part. De même que la pensée d’Athanase, # profondément religieuse qu’elle soit, n’est pas sans “s'être nourrie, en les assimilant, des plus hautes idées “du néo-platonisme, de même son habileté d’écrivain s’est
(1) Par exemple dc &àv au lieu de ô< &y; la tournure périphrastique ou passé avec le verbe auxiliaire étre, sous la forme du moyen funv
“Auny palwv) etc. : tour très fréquent chez lui ; quelques partiularités, comme Àcvxüc habituellement au lieu de says. Ontroua notés, chez” Fialon, quelques. autres traits, que l’auteur conère plus ou moins JAPAN comme des alexandrinismes.
9, — t. III
féconde son esprit en l’échauffant, qui le rend capable
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vi 1 LE de LA à
formée sur le modèle des grands classiques, et p: leçons de bons maîtres profanes. Son originalité es ï d’avoir choisi des modèles sévères, et la gravité de 4 | questions qu’il n’a cessé de traiter, comme letour natur
ÿ de son esprit, l'ont préservé plus queles meilleurs de ses . | successeurs du mauvais goût sophistique. On reconnaî * | aisément dans son éloquence l'influence de la tradition
Li profane (1), mais il n’en est aucune au 1v° siècle qui rende un son plus chrétien. ar
(1) Les réminiscences très précises ou les citations sont relat ment rares. La plus curieuse est celle (que nous avons déjà cit
de ces vers du IIe chant d'Odyssée, où Athanase va chercher la | preuve qu’àyarnts (terme qu’il aime pour désigner le Fils), est syno- nyme de povoyev#e. 3 | Die te
CHA Ps 0 RE TA
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__ L’'ARIANISME APRÈS ARIUS:EUSÈBE DE NICOMÉDIE; ASTÉRIOS.—LES ORIGINES.