‹ Histoire de la littérature grecque chrétienneChapitre 43 sur 200 · NOUS · texte numérisé non relu

NOUS

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ce dernier, quand il en devint évêque (379), et y demeura

: même quelque temps après sa démission, dans l’entourage

de son successeur Nectaire. Il y obtint des succès par

son talent de prédicateur. il en repartit, à la suite d’une

aventure romanesque dont on peut lire, chez le médiocre

écrivain qu'est Palladius, le récit assez maladroit, et il

se rendit à Jérusalem, où il reçut bon accueil auprès de

Mélanie, mais sans réussir à retrouver son équilibre. Sur le conseil de Mélanie, il partit pour l'Égypte, se déroba à un évêché que Théophile, le successeur de Pierre, vou-

lait lui imposer, et, depuis 382 jusqu’à la mort, mena la

vie monastique d’abord au désert de Scété, ensuite à.

celui des Cellules (ar 3

Évagre écrivit beaucoup, et ses écrits ascétiques eurent

beaucoup de succès. Mais, d’assez Bonne heure, certains. éléments de sa doctrine théologique devinrent suspects, malgré l'admiration que l’on garda pour sa méthode d'exercices spirituels. Jérôme déjà, au moment de la controverse pélagienne, le considéra comme un précurseur de Pélage, sans lui faire beaucoup de tort, il est vrai (3). Mais, au vr® siècle, il fut impliqué avec Didyme dans la controverse suscitée par l'origénisme, et quatre conciles œcuméniques, le ve, le vié, le vire, le vrrre (en 553, 680, 787, 869) le condamnèrent. Il en est résulté que son œuvre a disparu en partie ou a été mutilée. Elle paraît s’être mieux conservée dans les traductions syriaques et arméniennes qui en furent faites, mais ces

traductions ne sont pas connues assez complètement et.

n’ont pas été étudiées avec assez de précision.

(1) Grégoire de Nysse, selon Pazraprus, mais Grégoire de Nazianze, selon SocrATE et d’autres. ; (2) Il gagnaït sa vie comme copiste, selon Parraprus, et il était

… habile à écrire le caractère d’Oxyrhynque (une onciale ovale, sur laquelle

-c£. Wizcken, Hermes, 1901, p. 315).

(3) Ep. 133,

| EVAGRIOS D Féo ÉRREE AAA

et de Grégoire de Nazianze, dont le premier le fit lecteur, in le second diacre (1). Il fut amené à Constantinople par ê

He dius (1) a donné une liste de ses écrits, qui com- ‘prend : 1° huit livres contre les suggestions des huit pices rincipaux, qu'il a définis le premier ou l'un des pre- = 4 miers, d’après le témoignage des Saintes Écritures (2) ; __ 90 une collection de cent maximes à l'adresse des et une de cinquante, à l'adresse

simples anachorètes, des ascètes cultivés, sous le titre général de Mona- chicos, avec les deux sous-titres de Practicos et de Gnosticos (3).; — 3° un manuel « pour les cénobites et les synodites » et une « instruction pour une vierge » (4); vs 49 quelques sentences « très obscures, et comme il le dit lui-même, intelligibles seulement pour les moines » (5). Socrate parle en plus de problèmes gnostiques (6) ; il existe en syriaque 67 Lettres, assez courtes en général, ‘et le plus souvent sans nom de destinataire, auxquelles

il faut joindre une autre lettre, dont nous avons le texte

re:

grec et qui porte tantôt le nom d’'Évagre, tantôt celui de Basile (7). On possède encore (8) un petit écrit in- titulé : Raisons de la vie monastique exposées dans leur

rapport avec la tranquillité.

(4) Cf. la bibliographie supra.

(2) On en retrouve les éléments doctrinaux dans ce que nous en possédons en grec ; mais les textes bibliques ont disparu. L'ouvrage subsiste sous sa forme complète en syriaque et en arménien ; GENNAprus l'avait traduit.

(3) Traduit aussi par GENNADIUS ; la première partie existe en grec, dans deux recensions, dont l’une a 71 numéros, l’autre 400 ; la seconde, seulement en syriaque. Cf. l'étude de FRANKENBERG, indi-

quée dans la bibliographie. i (4) Cf. WizmarT, Revue bénédictine, 1911 ; GRESSMANN, dÉNLT DIE

À (5) Gennapius les avait traduites. Les XXXIIL xepharx xat’auo- ! Aovflav que l'on trouve chez Micnr, et les sentences reproduites __ par Errer (loc. cit.) ne paraissent pas répondre exactement à ce que dit GENNADIUS. L Ù (6) H. E., IV, 23 ; SocraTE dit : Tooyvwstxa ; mais il faut sans doute, avec BARDENHEWER, Corriger en YYWITXA.

(7) Cf. FRANKENBERG ; une de ces lettres est adressée à MÉLANIE ; la lettre en grec, P. G., 32. |

(8) Publié d’abord par CorELtERr, Eccl. græc, Monumenta, IT ; texte, P. G., 40, | : . Me

EVAGRIOS DU PONT

Bien que l’œuvre d’Évagre ne nous ait été qu'imparfaitement transmise, les caractères généraux en apparaissent aujourd’hui suffisamment. Évagre a médité sur les conditions les plus favorables au développement de la vie Eu spirituelle, et sur les dangers qui la menacent ; il a re- | cueilli les leçons des ascètes célèbres qui l’ont reset et il aime à en reproduire les maximes; aidé à la fois de l'exemple d'autrui et de son expérience personnelle, il a pu construire déjà une méthode assez savante de purification intérieure et de défense contre les tentations. Il la présente le plus souvent sous la forme d’une sorte de tactique qu'il faut opposer à la tactique des démons; celle-ci est fertile en perfidies, mais un moine averti pe est capable de la déjouer. Évagre connaît les différentes £ classes de démons ; il sait comment chacun d’eux s’y à prend pour nous suggérer les pensées impures M ‘ss verses ; comment ils se relaient ; quels pièges ils nous tendent, et de quelles occasions ie savent le mieux profiter. Le plus terrible est le démon de midi, qui insuffle : k aux moines ce dangereux ennui auquel ils ont donnéle nom d’acedia et qui leur fait paraître le jour long comme s’il avait cinquante heures ; les invite à regarder par lai ® BA fenêtre, à sortir de leur cellule, à prendre en dégoût 44 l’endroit où ils se trouvent, à regretter leurs proches etai A leur vie antérieure, à trouver tout mauvais chez les frères qu’ils avoisinent, et se flatte de les dégoûter ainsi de leur propos et de les faire renoncer à l’ascétisme (1). C’est à des moines déjà exercés qu’il s’attaque, tandis que le démon de l’impureté travaille surtout contre les . débutants, en leur suggérant des visions obscènes. Les moments les plus périlleux, pour les vétérans comme À pour les novices, sont ceux où ils sont portés à se croire RE le plus en sûreté : le diable n’est jamais plus dangereux que quand on prie, et quand on lit ou médite les Ecritures ( (2). | r 4 TON

(1) rep} ôxTo Roy:suay med ‘Avatéltov, VII (P. G., 40, 1278. (2) Movayés, ñ rep} FRUATUANS , 66 (P. G., 40, 1239).

. LA Re Ur | # gi FES 2 . Cette démonologie nous semble à tout le moins exces-

sive, et nous sommes enclins à penser qu’elle enlève à la vie spirituelle quelque chose de sa finesse. Il ne faut pas oublier cependant que c’est souvent grâce à cette habitude de personnifier les vices en des individualités concrètes, en considérant chacun d’eux comme un adversaire réel ne dont il s’agit de dépister les ruses, que les ascètes ont si bien réussi à accroître la pénétration de, notre regard

fe DT et qu’ils sont parvenus à soumettre les plus secrets mouvements de notre âme à une observation si | attentive et si délicate. Évagre s’adresse surtout à des __ chrétiens déjà assez purifiés pour n’avoir plus grand chose à craindre des tentations extérieures, et qui dureste,

Vs éx

| pour se préserver du danger qu’elles pourraient encore

Jeur faire courir, se sont réfugiés dans la solitude. Le péché du moine, ce n’est pas la défaillance vulgaire ; c’est la simple adhésion de l'esprit à un plaisir défendu (1).

Ainsi, en même temps qu'Évagre fait un démon de ; toutes les mauvaises pensées qui peuvent surgir dans port le vice qu’il combat est à peu près réduit pour lui à la simple pensée du mal. Dans la classification qu’il établit des huit péchés capitaux, ces péchés sont désignés sous ce nom même de pensées (hoymuoi) ; les huit pensées mauvaises sont : la gourmandise, la luxure, l’avarice,

1] Een R

la tristesse, la colère, l’ennui, la vanité, et l’orgueil.

__ Évagre a-t-il inventé cette classification, antérieure à

celle qui devait triompher et qui réduit les péchés capitaux à sept ? Nous pouvons dire seulement que nous

. la trouvons chez lui pour la première fois (2).

Il est certains aspects de la doctrine d'Évagre qui n'apparaissent guère aujourd'hui dans ce que nous possédons de lui ; ce sont ceux par lesquels elle est

devenue suspecie après sa mort. On peut retrouver çà

(1) Monachos, 47 (P. G., XL, 1233).

À (2) CÊ. O. Zœcxver, leche und Kirchenhistorische Studien, III, Munich, 1893,

he nt MB ECS patine SE TE

la forme Sérapion. ,

et ti un ou ue de ces passages dont un J érôme pouvait user pour l’assimiler au pélagianisme, par exemple, dans le Monachos, ch. LXV (1), où le mal est ramené au mau-

| SÉRARON DE THMUIS à 145

vais usage du libre arbitre, cette déclaration que de la RER

nature il ne vient rien de mauvais. Mais nous n’avons

plus que la partie pratique de ses principaux ouvrages ; Fa

la partie gnostique nous manque, et nous ne pouvons pas vérifier jusqu'à quel point il a suivi Origène dans la

théorie de la préexistence de l’âme et dans la croyance | re

au salut universel (apocatastase).

Évagre se sert d’une langue qui n’est point iicorrectos AR

bien qu’il traite de matières subtiles, 1l est en sénat clair ; il ne recourt pas très fréquemment à l’image ni à la comparaison (2). A l'exposition suivie, il préfère la maxime, courte ou d’une certaine étendue. De là les rapports que présentent certains de ses écrits avec les recueils de Sentences profanes, tels que celui de Sextus (3), et plus encore avec les livres sapientiaux de l’Ancien

Testament. Les deux opuscules dont M. Gressmann

a donné une bonne recension (4) — Sentences pour les

nonnes et sentences pour les moines — montrent bien cette

dernière relation.

Sérapion de Thmuis. — Nous connaissons déjà par

Athanase l’évêque Sérapion (5) de Thmuis, ville de la Basse- Égypte, située sur la rive orientale du Nil, à peu

près à moitié chemin entre Thèbes et Syène. Par la Lettre à Dracontius, nous savons qu’il avait commencé par être l’abbé d’un couvent. Il a accepté cette charge

de l’épiscopat, à laquelle Dracontius, comme beaucoup

HPPHCS EX LE239"

(2) Il y a toutefois de la subtilité et un goût douteux dans les xeotatx xat dxohouôlav, où les défauts que peut avoir le moine sont assimilés à des maladies, même à certaines de celles dont il vaudrait mieux taire les noms,

(8) Ezrer, loc. cit.

(4) Cf. p. 142, note 4 *

(5) Les Grecs emploient d’ordinaire la forme Sarapion ; les Latins,

De

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