APOLOGIES PARTICULIÈRES
Presque toujours, et qu'il n’y a qu’à relire Origène pour le réfuter. Sa seule idée originale, ajoute-t-il, a été de comparer Apollonios de Tyane à Jésus-Christ. Apollonios a été un sage, et il a accompli de nombreux miracles ; or les païens ne voient en lui qu'un homme supérieur, tandis que les chrétiens font de Jésus un Dieu ; les historiens de Jésus sont des ignorants, que l’on ne saurait mettre en parallèle avec Maxime d’ Ægæ, Damis et Philostrate, qui nous ont fait connaître Apollonios. Telle est, dans ses grandes lignes, la thèse de’ Hiéroclès. Eusèbe conteste d’abord que l’histoire d’Apollonios soit mieux garantie que celle de Jésus, .et il n’a guère de peine à montrer qu’elle est légendaire. Il établit préalablement aussi læ supériorité de Jésus par une série d'arguments qui lui sont familiers : Jésus seul a été prédit ; sa morale est plus pure qu'aucune autre : malgré les persécutions, l’Église a triomphé. Ensuite, voulant se montrer beau joueur, il déclare qu’il se gardera de, procéder comme procèdent ordinairement les polémistes, c'est-à-dire en discréditant son adversaire. Il reconnaît qu'humainement parlant, Apollonios fut un sage digne d’admiration ; mais si, en le rattachant à Pythagore, on veut faire de lui une sorte d’être divin, Eusèbe ne voit plus en lui qu’un âne revêtu de la peau du lion. Les considérations générales qu’il développe encore avant d'entrer dans une discussion détaillée sont assez nuageuses, et il ne serait pas très difficile à un dialecticien habile de retourner contre lui ce qu’il dit des lois de la nature, ou ce qu'il dit aussi du moyen de s’élever vers Dieu, en termes qui pourraient être aussi bien néoplatoniciens que chrétiens. Il est beaucoup plus fort quand il discute la légende de la naissance miraculeuse d’Apollonios, et les témoignages qu’on en apporte. Venant ensuite à la vie du prétendu thaumaturge, il admet tout ce qu’on raconte de son enseignement élevé, de son austérité, de sa sainteté, mais il rejette les prodiges qu’on lui attribue ; il raille le récit fabuleux de ses voyages en Perse et dans
D lonios arr et É le louer comme tel, à la condition de le purger des tares que lui infligent les fables de Damis l’Assyrien ; si, au contraire, vous voulez le Ë diviniser, vous supprimez le philosophe ou vous en faites un charlatan.
La réfutation est bien Aer re dans toute cette partie, qui relève, en somme, de la critique historique. Sur le Koss de considéraHons philosophiques, Eusèbe est
| parce qu'il y répondait à un magistrat lettré (les même cru devoir se donner une apparence d'écrivain $ ‘subtil, en le commençant avec brusquerie, par une interrogation qui ne se rattache à rien, à l’imitation de cer- tains débuts abrupts de Xénophon, que les rhéteurs
Fe: Réron pas manqué de signaler. :
La perte du Contre Porphyre est fort regrettable, moins en ce qui concerne l’argumentation d’Eusèbe, que pour re connaissance qu’il nous aurait fournie de l’œuvre même du philosophe païen. Au Contre Hiéroclès et au Contre Porphyre on peut rattacher deux livres de Réfutation et Apologie (‘EXéyyou xai dnoloyias) ; ils ne sont ï connus que par Photios (2), qui les lisait en deux recen- |
sions assez peu différentes l’une de l’autre, et indique comme sujet la discussion d’ objections païennes contre Je christianisme. ;
Apologies générales. — Le premier essai de ce genre que composa Eusèbe portait pour titre : Introduction géné-
(1) C’est ainsi que les Basile ou les Grégoire de Nazianze mettent de la coquetterie dans leurs lettres, dèsqu’ils s’adressent à un rhéteur ou à un haut fonctionnaire.
(2) Bb. cod. 13,
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ap) &, ob comptait au moins neuf livres (2). L'ensemble est perdu, sauf quelques courts fragments, et quatre livres qui se sont conservés isolément sous le titre de Extraits * des prophètes (IIbopnrimai exhoyai) (3) ; ils correspondent aux livres VI- IX de l'ouvrage complet, et forment, 123 à eux seuls, un groupe qui a une sorte d'unité. Dans ne de début, qui est mutilé, Eusèbe les rattache à la CRE Li nique, comme un corollaire. Ce sont -des extraits de l'Écriture, choisis parmi les textes qui prédisent la venue, : du Christ. Eusèbe commence par affirmer la préexi tence du Verbe ; discute, en général, la valeur des théophanies de PRES Testament ; en examine, en particulier, les plus intéressantes, ne la vision des Trois Anges par Abraham. Les textes étudiés dans le premier livre sont pris à la Genèse, al Exode, aux Nombres, au Deutéronome, à Josué, au Ier livre des Rois, au Ier livre ke des Paralipomènes, à Esdras. Ceux du second proviennent des Psaumes ; ceux du troisième des Proverbes, de 2® l’Ecclésiaste, du has de Job, dés Prophètes, de Da-' niel ; ce livre est précédé d’une préface où l’auteur s’en prend aux Juifs, qui croient en Dieu, mais pas au Christ, .': C8 et négligent les prophéties, ensuite aux hérétiques qui ya reconnaissent le Christ, mais rejettent l'Ancien Testament et enlèvent au christianisme ses titres. Le qua- : trième livre est consacré à Isaïe ; il a aussi une préface sur la véracité des prophètes. Les Églogues paraissent ATOS dater de 310 environ (4). RE Photios mentionne une Préparation ecclésiastique et Lea
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(1) Le titre est donné dans la conclusion du IV® livre des Eglogæ e aa dont il va être question. | 07 ;
(2) Le même passage des Eglogæ mentionne le XE® livre. an D
(3) Édités pour la première fois par Gaïsrorp, d’après un manuscrit de Vienne (Oxford, 1842) ; l’édition de Gaisford est reproduite dans PAG XXAT
(4) Cf. Scawarrz, dans Pduly-Wissowa, 1387. Il est possible que l’Introduction ait été — comme le présume Schwartz — en relation avec l’enseignement qu'Eusèbe a dû donner à Césarée.
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une Démonstration ecclésiastique dont nous ne savons rien de précis ; Schwartz est d’avis qu’il convient de les identifier avec l’Introduction.
Quelques années après, Eusèbe remit sur le métier son travail primitif, et il le développa en deux grands ouvrages qui se font suite l’un à l’autre, la Préparation évangélique et la Démonstration évangélique. Ce sont ses œuvres capitales, avec l’Histoire ecclésiastique, à laquelle elles sont antérieures ; elles paraissent dater de la période 315-20 (1) ; toutes deux sont dédiées à un évêque syrien, Théodote de Laodicée, un ami qui fut, quelques années après, excommunié avec Eusèbe, au concile d’Antioche de 324.
La Préparation évangélique (2) comprend quinze livres. Son objet est de justifier les chrétiens de l’objection générale que leur adressent les païens, qui leur reprochent d’avoir abandonné la religion des ancêtres, pour passer au judaïsme, et même, ce qui est pire, pour n’adopter le judaïsme qu’en le gâtant. Le premier livre comprend d’abord une introduction, souvent bien verbeuse, où l'auteur définit l'Évangile, s’applique à montrer qu'il n’exige pas une foiirrationnelle, et promet, au contraire, d'apporter une démonstration. Sans grand ordre, après avoir exposé le grief capital des païens et celui des Juifs, il justifie sa foi par ses deux arguments coutumiers ; prophéties qui ont prédit le Christ ; — propagation du
(4) Cf. Scnwanrrz, 1bid., 1390-1.
(2) Édition princeps par R. Esrienxe, Paris, 4545 (avec la Démonstration) ; éd. HernicneN, Leipzig, 1842-3 ; Garsrorp, Oxford, 1843 ; Grrronp, Oxford, 1903 (avec une traduction en anglais). — Heixez, De Præparationis evangelicæ Eusebii edendæ ratione, Helsingfors, 1888. — FauLHABER, Die griechischen Apologeten der Klassischen Vaæterzeit, 1. Eusebius, Würzbourg, 1895. — GEFrcKEn, Zwei griechische Apologeten, p. 308. — DærGens, Eusebius von C. als Darsteller der phœnikischen Religion, Paderborn, 1915; Eus. ». C. als D der griechischen R. ib 1922. — Malgré le travail de Grrrorp, nous n’avons pas encore une édition véritablement critique de la Prépa-
ration ; il existe une traduction française de SÉGUIER DE SAINT Brisson, Paris, 1846.