‹ Histoire de la littérature grecque chrétienneChapitre 72 sur 200 · DE CMMENN ELA UVIE DE) CONSTANTIN LA · texte numérisé non relu

DE CMMENN ELA UVIE DE) CONSTANTIN LA

PA poser lui suggère seulement de dire et d’écrire ce qui a

rapport à la vie religieuse. Toutefois il ne faut pas croire

qu’Eusèbe se soit absolument renfermé dans ce plan, mi surtout qu'il se soit strictement conformé aux règles du panégvyrique, telles qu’elles sont définies par le rhéteur Ménandre. Une analyse rapide suffira pour le montrer.

La Vie de Constantin — je l’appellerai désormais’ainsi

pour simplifier, et aussi en raison des observations que

je viens de faire et que je préciserai bientôt — comprend quatre livres. Le premier va jusqu’à la veille de la guerre

contre Licinius. Il traite de la jeunesse de Constantin —.

qu’'Eusèbe a vu pour la première fois en Palestine, avant son retour en Gaule — et de l’expédition contre Maxence. Eusèbe y est préoccupé surtout, comme il l’a annoncé,

de montrer en Constantin l’homme de Dieu : le jeune

prince a trouvé déjà dans sa famille des tendances chrétiennes ; lui-même s’est converti à la foi en Jésus, au moment d'engager la lutte avec Maxence ; il a cherché, en consultant l’expérience des événements les plus récents, quel Dieu le protégerait le plus efficacement dans

son entreprise ; il a conclu en faveur du Dieu des chrétiens. La vision qui a eu pour effet de lui inspirer la

fabrication du Labarum et le choix de cet insigne pour ses troupes, l’a définitivement conquis. Le ton de l’éloge (encômion), si marqué dans l’exorde, est conservé dans les chapitres suivants où Constantin est présenté comme un nouveau Moïse (1). Cependant, à partir du chapitre xxxrm, Eusèbe — toujours si porté, nous l'avons vu, à utiliser ses ouvrages antérieurs — fait de larges emprunts à l'Histoire ecclésiastique, et, quoique ce soit

à la partie de cette Histoire qui, traitant du triomphe

de la foi, prend de plus en plus le ton oratoire, il y a cepen-

(1) Cf. XII ; plus bas la comparaison se précise par des détails ; Constantin a Fee comme Moïse, les tyrans sous la domination desquels il était d’abord ; la défaite de Maxence au pont Milvius est une

seconde épreuve du passage de la Mer Rouge.

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dant dans cette utilisation un indice que, si Eusèbe a

conçu d’abord — cela ne fait ‘point de doute — le plan ; d’un panégyrique, en l’exécutant, il se laissera volon- tiers retomber dans sa vocation véritable, qui est d’être

historien, plutôt qu’orateur.

C’est ce que l’on peut constater au ST livre. La

guerre entre Constantin et Licinius est racontée encore avec beaucoup d’emphase (1). Mais c’est la manière de

l’histoire antique. Voici cependant la victoire acquise, et Constantin devenu seul maître de l'Empire. Voici enfin l'avènement, si imprévu, du premier empereur chrétien. Comment en célébrer l'importance, quand on

est Eusèbe, autrement qu’en prouvant par des documents que Constantin fut bien l’empereur selon le cœur

de Dieu ? Les documents donc vont s’insérer désormais

dans la trame du récit ; ils apparaissent, pour la pre-

* mière fois, au chapitre Ra avec la Lettre de Constantin aux habitants de la province de Palestine, véritable homélie où Constantin se présente comme le protégé de Dieu,

ce qui doit lui valoir l’obéissance de ses sujets, mais

reconnaît humblement que, devant tout à Dieu, il doit lui être soumis, sans aucune réserve. La seconde lettre, qui suit le chapitre Lv, montre les mêmes sentiments,

mais aussi — contre l'impression qu'Eusèbe cherchera

* s à à nous donner dans la suite — que Constantin, devenu

chrétien, resta tolérant. Les derniers chapitres du livre

sont consacrés à l’arianisme. Eusèbe est extrêmement

vague sur les origines du conflit. Il ne prononce pas luimême le nom d’Arius, qui ne figure que dans la Lettre de l’empereur à l’évêque Alexandre et à Arius, citée au chapitre Lxiv. Cette lettre termine le livre.

Le livre III commence par un morceau très oratoire,. . moins ampoulé cependant et moins amphigourique que l’exorde du livre Ier ; il est composé d’une série d’anti-

(1) Voir en particulier ch. V le discours tenu par Licinius à ses par-

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Rois où Eusèbe oppose les empereurs persécuteurs | au premier empereur fidèle. En denant la situation qui a donné lieu à la convocation du concile de Nicée, Eusèbe reste encore très imprécis sur la controverse arienne, et met au premier plan la question de la date de Pâques. Cette attitude lui est imposée par le rôle qu'il a lui-même joué dans lé conflit ; elle lui est imposée aussi par son dévouement à nereie dont la préoccupation principale a été, non pas de faire triompher telle thèse théologique | sur telle autre, mais d’établir la concorde entre les diftérents partis, et de créer une religion d'État, qui fût un gage d’union et d’obéissance. Malgré les réticences de cette introduction, le récit du concile et surtout celui de la séance inaugurale (1) ont pour nous un vif intérêt ; ils nous rendent avec force l’impression que durent éprouver

les contemporains, et peuvent être considérés, mêmesilon

y fait la part de la rhétorique, comme un document historique de premier ordre. Le ton devient très emphatique dans les chapitres suivants, où Eusèbe décrit les monuments élevés par Constantin, d’abord à Jérusalem (2), puis à Constantinople, Nicomédie, Antioche (3), et même au lieu où Abraham eut sa vision, à Mambré. Viennent ensuite quelques chapitres qui tendent à montrer que Constantin a abandonné sa tolérance primitive, pour travailler à ruiner le paganisme ; Eusèbe y rapporte des mesures particulières prises contre certains temples ou certains oracles, de manière à leur donner l'apparence d’une politique générale. Le livre se termine par le récit des troubles survenus dans l’église d’Antioche, au moment où Eustathe fut banni ; où Eusèbe lui-même aurait pu, s’il l’eût voulu, lui succéder, et où Constantin l’approuva d’être resté fidèle à la discipline

{1) Ch. x.

(2) Il cite à ce propos la lettre de Constantin à Macaire et fait à la mère de l’empereur, Sainte Hélène, la part qui lui revient.

(3) Il y a là autant d’ecphraseis, descriptions à effet, selon la terminologie sophistique,

# £ \ à RP ce S 143 e r Et 5 HS 212 LA LITTÉRATURE GRECQUE CHRÉTIENNE

ecclésiastique en refusant d’être transféré de son siège,

celui de Césarée, à un autre. On pense bien qu’'Eusèbe

n’a pu négliger de rappeler des événements où il parais-

sait à son avantage, et à propos desquels il pouvait

citer des témoignages d'approbation que l’empereur lui avait publiquement rendus (1). Une lettre de l’empereur contre les principales hérésies (Novatiens, Valenti-

IIIe livre.

Le début du IV® ne rentre pas très rigoureusement

dans le plan d’un ouvrage qui devait être consacré uni-

quement à montrer la foi et la piété de l’empereur ;

cependant Eusèbe a pris quelque soin de rattacher à ce thème ce qu’il nous dit de l’administration, des guerres, ou de la politique extérieure de Constantin. Il nous

| raconte comment celui-ci a organisé les impôts ; mais c’est

avec l'intention de nous faire connaître sa douceur. Il parle des expéditions qu’il a faites en ses dernières années, ou des ambassades qu’il a reçues, mais, en particulier quand il traite des rapports avec la Perse, il insiste sur la protection donnée aux chrétiens, sur le

désir de propager la foi, sur l'ambition de substituer à un propag ;

gouvernement de force un gouvernement de raison À \ \ . . LA :

(oycun Basiheix). Tout ce qui suit, sur lès monnaies et les

images où Constantin s’est fait représenter regardant Île

ciel (2), sur l'observation du dimanche qu'il a prescrite, sur la prière qu’il a composée pour ses soldats, sur la manière dont il célébrait la Pâque, sur la parole qu’il a dite aux évêques quand il s’est qualifié « d’évèque de l'extérieur », sur les mesures qu’il a prises contre les sacrifices, contre la

divination, pour introduire plus d'humanité dans les lois,

sur le rôle de prédicateur qu’il a si volontiers assumé et qu’Eusèbe fera connaître au lecteur, en citant, en appen-

(1) Lettre de Constantin à l’église d'Antioche (ch. 1x) ; Lettre de Constantin à Eusèbe, ch. zxr. !

(2) CE. J. Maurice, Numismatique constantinienne, tome ILpe71e

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