‹ Histoire de la littérature grecque chrétienneChapitre 77 sur 200 · EE ' 2 DES · texte numérisé non relu

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no de fi nee de Laodicée. Nous apprenonk ainsi qu ‘Eu

+" 100 sèbe était d’une famille aristocratique d’Émèse en Méso- TR | potamie (1) ; qu’il étudia de bonne heure la science de fa l'Écriture ; qu’ensuite il reçut une éducation hellénique

“ À ” chez le maître qui enseignait alors à Édesse ; qu’enfin il

apprit l’exégèse à l’école de Patrophile de Scythopolis et

d’Eusèbe de Césarée. Il alla ensuite à Antioche au temps d’Eustathe ; resta en rapports avec Euphronios, succes-

LL. seur d' Éustathe après le bannissement de celui-ci. Mais afin d'éviter l'obligation d’accepter la prêtrise, il quitta

+ d. ! Antioche pour Alexandrie où il apprit la philosophie ; puis y revint après la mort d'Euphronios. Il avait cer- 1é 7 tainement acquis déjà une célébrité, car on voulut lui | confier le siège d'Alexandrie, pendant l’exil d’Athanase.

Il donna une preuve de grand bon sens, en ne se laissant pas tenter. Il fut élu à Émèse ; il accepta cette fois, mais

ce furent les Émésiens qui ne voulurent pas de lui ; ils lui

& $ ÈS reprochaient « d’être un mathématicien », c’est-à-dire un

ia astrologue. Eusèbe prêtait-il de quelque manière le flanc

à cette accusation ? Il est plus probable que l’on savait

Re | seulement qu'il avait fait des études scientifiques, et que

ses compatriotes eurent un préjugé contre un homme trop

__ frotté d’hellénisme. Il se réfugia auprès de Georges de Lao-

__ dicée, qui parvint à le faire introniser. Georges racontait finalement, dans son panégyrique, que Constance l’emmena

HA v avec lui contre les Barbares (lesquels ?), et parlait de pro-

diges qu’il aurait accomplis. Il nous dit aussi qu’on l’ac-

cusa de sabellianisme, ce qui était jouer de malheur; car,

auprès des générations suivantes, 1l a passé pour un

1e arien ou, tout au moins, pour un semi-arien.

Il est mort avant Constance ; car, en septembre 359, l’évêque d’Émèse qui assista au concile de Séleucie s’appelait Paulin. |

Comme le nom d’Eusèbe était très fréquent au rv° siècle, ils’est produit, à son sujet, des confusions, dont le recueil

(1) On peut fixer sa naissance vers 295,

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d’ ré porte la trace. Grâce à Thilo et a Wibia &),

nous connaissons mieux aujourd’hui son œuvre authentique ; mais ce qui s’en est conservé, semble-t-il, est pour: une bonne part encore inédit.

Si nous voulons juger l'écrivain, nous devons le faire d’après les deux morceaux assez étendus quise trouvent chez Théodoret, à la fin de son troisième Dialogue (2). Théodoret considérait Eusèbe d’Émèse comme hérétique, ou tout au moins comme fort suspect ; mais les

deux passages qu'il cite lui paraissaient excellents.

Eusèbe y définit le caractère impassible de la nature divine en Jésus-Christ ; c’est la nature humaine qui pâtiten, lui ; la souffrance qu’elle éprouve est rapportée au Fils, mais sans l’atteindre. Eusèbe expose sa thèse dans un style brillant, nerveux, qui justifie sa réputation. Les phrases sont courtes, divisées en membres parallèles ou

antithétiques, relevées par des anaphores ou d’autres

figures, mais sans abus choquant des procédés sophistiques. Le mouvement est animé, avec des interrogations |

pressantes. L’ensemble donne l'impression d’un orateur

bien doué et exercé.

À part quelques fragments exégétiques trop brefs, dont on peut seulement louer la simplicité et la sobriété, ces deux textes sont les seuls d'Eusèbe d'Émèse que nous possédions en grec. Mais il y a chance pour que nous ayons de lui d’autres œuvres, en une traduction latine. M. Wilmart s’accorde d’abord avec Thilo pour lui en attribuer deux qui sont depuis longtemps connues, sous le nom d’Eusèbe de Césarée (3). Lui-même a trouvé dans

un manuscrit de la Bibliothèque de Troyes (n° 523, du xu1* siècle), une collection d’homélies qui portent le nom

(1) C£. la bibliographie.

(2) P. G., LXXXIII ; Théodoret connaissait des écrits d’Eusèbe contre les Marcionites et les Manichéens (Hæret, fab. comp. 1, 25-26) ; Épiphane parle aussi d’un écrit contre les Manichéens (Hær.,

(3) P. G., XXIV ; Wicmanr, loc. cit.

d'Eusèbe d’Emèse, et dont l’authenticité ne lui paraît pas suspecte. Il s’est borné jusqu’à présent à en indiquer les titres, sauf pour une, qu'il a publiée en entier. C’est un panégyrique des saintes Bernice, Prosdoce et Domnine (1). La plus grande partie est un éloge de la virginité, avec» en antithèse, le tableau des soucis qui sont inévitables dans la vie de famille. Les trois Saintes s’étaient jetées à l’eau pour éviter le déshonneur dont elles étaient menacées. L’orateur s’applique à montrer que leur suicide, ainsi motivé, a été légitime, et cite à l’appui l'exemple de quelques autres héroïnes chrétiennes.

En tenant compte des œuvres inédites, M. Wilmart se montre plus indulgent pour la théologie d’Eusèbe que ne l'ont été les anciens historiens de l’Église. Il remarque qu’Eusèbe est mort avant le moment où la crise provoquée par l’arianisme a commencé à se calmer ; avant le moment où les plus modérés parmi les semi-ariens sont revenus peu à peu à l’orthodoxie nicéenne. Il le considère éomme un homme « qui cherchait douloureusement sa voie », et qui se fût engagé finalement dans la meilleure. Abstenons-nous de nous prononcer nous-mêmes, jusqu’à ce que la publication des textes nous permette un jugement personnel. Concluons que les deux citations de

Théodoret nous donnent une opinion favorable de son

talent littéraire, et ne nous en donnent point une fâcheuse de sa conception de l’œuvre du Christ.

Georges de Laodicée. — Georges a été, dès le début de la querelle arienne, en conflit ouvert. avec son évêque. Il était originaire d'Alexandrie et y était devenu prètre sous Alexandre. Alexandre le mit hors de sa communion. Il se réfugia d’abord à Antioche, où 1l ne s’entendit pas davantage avec Eustathe, et chercha vainement, par

(1) Les autres sont pour la plupart théologiques, parfois exégétiques (tel un discours sur le figuier maudit par Jésus) ; ou moraux (une homélie sur l’avarice). Voir la liste des titres chez Wilmart, p. 250. — Chrysostome a fait deux fois le panégyrique des saintes Prosdoce et Domnine (P. G., 50).

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