‹ Histoire de la littérature grecque chrétienneChapitre 80 sur 200 · AUTRES ÉCRITS · texte numérisé non relu

AUTRES ÉCRITS

avant tout, la netteté, sans aucune coquetterie d’expression ; mais il ne faut pas oublier qu'Eusèbe a déclaré qu’il ne citerait que les passages caractéristiques (livre [ef, fin du ch. rf), et, qu'ailleurs, il traite Marcel de bavard (Lettre à Flaccillus) — ce que ne contredit pas au moins l’un des fragments, le fragment 125 (sur les proverbes).

Autres écrits. — Le traité contre Astérios ne fut pas la seule œuvre de Marcel. Jérôme (1) parle de « beaucoup de volumes de sujets divers, et principalement contre les Ariens ». S'agit-il là d’écrits antérieurs au traité de 335 ? ou bien d’apologies que Marcel aurait composées pour se défendre, après la publication de ce traité ? Il est probable qu’il s’agit des deux ; Jérôme, en tout cas, n’a guère pu appeler : écrits contre les Ariens, ceux de la seconde catégorie, auxquels il semble faire allusion d'autre part, quand il dit que Marcel « se défend d’approuver l’opinion qu’on lui reproche, et se déclare protégé par la communion de Jules et d’Athanase, pontifes de la ville de Rome et d'Alexandrie (2) ».

Il restait encore des partisans de Marcel à Ancyre, vers l’époque où il approchait de sa mort, si la date de celle-ci, telle qu’Épiphane la suggère, est bien exacte. En 371 environ, un diacre du nom d’'Eugène, alla, en leur nom, à Alexandrie, solliciter l'appui d’Athanase, et lui présenta une profession de foi (3), qui le satisfit. Un peu plus tard, vers 375, les partisans de Marcel s’adressèrent encore — avec un nouveau symbole (4) — à un groupe d’évêques égyptiens exilés à Diocésarée pour leur attachement à la foi de Nicée. Mais Marcel lui-même fut définitivement déclaré hérétique au concile de Constantinople de 381. Au moment où Épiphane écrivit son Panarion, il avait encore d’énergiques défenseurs, et

(1) De Viris, 86. ù (2) Tbid.

(3) Cf. P. G., XVIII, 1301.

& (4) Épipuane, Hær., 72, 11-12,

l'intraitable inquisiteur qu'était l’évêque de Salamine ne |

parle de lui qu’avec les plus grandes précautions.

© Photin. — Bien que Marcel soit resté un isolé et n’ait pas, à proprement parler, fait école, c’est de son entourage qu'est sorti Photin, qui fut d’abord diacre de l’église d'Ancyre, et fut ensuite nommé évêque de Sirmium, en Pannonie (1). Sa doctrine nous apparaît surtout à travers les témoignages de Marius Mercator (2), et semble avoir été plus énergiquement sabellienne que celle de son maître. Dès 344, il avait mauvaise réputation et on commençait à jouer sur son nom, qui signifie Lumineux ; on l’appelait, au lieu de Photin, Scotin (le Ténébreux) (3). Son hérésie fut dénoncée, cette année-là, au concile d’Antioche. Il fut déposé par celui de Sirmium, en 351 ;

partit pour l’exil ; rentra dans sa ville épiscopale sous

le règne de Julien ; fut banni de nouveau sous Valentinien, et alla mourir dans son pays d’origine, en Galatie en 375. Ce que nous savons de plus intéressant sur son talent d’écrivain nous est rapporté par Vincent de Lérins, qui le qualifie de « doué de force d'esprit, excellent par les ressources de sa science, et très puissant par la parole ». Vincent ajoute — et Socrate le confirme — qu’il savait également bien le latin et le grec, « comme on le voit par ses livres, qu’il a composés partie en langue latine, partie en langue grecque » (4). Jérôme parle, en termes généraux, de plusieurs volumes qu’on lui devait, et ne mentionne spécialement qu’une apologie Contre les païens et un ouvrage adressé à Valentinien (5). So-

(1) La date est ignorée.

(2) P. L., XLVIII. — Armanase, De Synodis, XXVI ; il fut aussi attaqué par Luctrer DE CaGcranri (de non parcendo in Deum delinquentibus) ainsi que dans l’Altercatio Heracliani laici cum Germinio episcopo (texte dans Caspari, Anecdota, I, Christiania, 1883).

(3) Chronique de saint Jérôme, ad annum 2892).

(4) Commonitorium, XI. À

(5) De Viris, 107; Rurin (Comment. in Symb. Apost., I) le cite comme ayant mal expliqué quelque part le Symbole des Apôtres.

DC à

BASILE D’ANCYRE 1 Mat 208

« e La : > crate et Sozomène parlent d’un traité Contre toutes les. hérésies, qu’il aurait composé, pendant son exil, après

351, dans les deux langues (1).

Basile d’Ancyre. — La position théologique prise par Basile d’Ancyre fut toute différente. Basile, ou Basilas (2), était un médecin, qui avait une réputation d’érudit et d’orateur (3). Il fut choisi pour remplacer Marcel, déposé par le concile de Constantinople (336) ;

rencontra de l’opposition, et ne parvint à prendre soli- om

dement possession de son évêché qu’en 347 (4). Il a joué

un rôle important dans la période qui va de 358 à 360, où

il fut le chef principal des Homæousiens, c’est-à-dire de ceux qui reconnaissaient le Fils comme semblable au Père en essence. En somme, bien que HRIPIAUE le terme homo-

ousios comme non scripturaire, il n’était pas fort éloigné

de l’orthodoxie, et Athanase a parlé de lui favorablement (5). En mai 359, il signa bien la quatrième formule de Sirmium, qui déclarait seulement le Fils semblable

au Père en tout (xata& moyræ) ; mais il ne signa qu’en ajou-

tant à cette formule une précision, et publia, avec Georges

de Laodicée et d’autres amis, un manifeste où il déve-

loppa sa pensée (6). Il fut moins ferme, quand il se laissa

convaincre de souscrire à la formule de Rimini, qui ne

gardait que le terme semblable et supprimait les mots en tout (fin 359). Cette faiblesse ne le préserva pas d’être déposé par le concile homéen de Constantinople en 360,

et exilé en Illyrie (7). Il vivait encore quand Jovien

(1) Socrate, H. E., I], 30. — SozomÈne, H. E., IV, 6. Un évêque pannonien était obligé de savoir le latin.

(2) Basiherov tov xai BastAv, dit SocraTe, À. E., II, 42 ; la seconde formé est un hypocoristique,

(3) JÉRÔME, De Viris, 89. — SozomÈne, H. E., II, 23.

(4) Socrare, II, 26.

(5) De Synodis, 41.

(6) Éprpmane, Hær., 73, 32.

(7) SozomÈne, H. E., IV, 2e — Prixosrorce, H. E., V, 1,

7 { 363- -4) rappela les évêques RÉ in mais il ne FORD

pas avoir pu rejoindre son évêché.

Il avait écrit, selon Jérôme (1) « contre Marcel, un 1 sur la Virginité, et quelques autres choses ». Il se peut que le traité sur la Virginité nous reste, s’il faut accepter l'opinion du P. Cavallera, selon lequel nous le posséderions, sous le nom de Basile de Césarée. Il y a, en effet, un traité sur ce thème, PES les écrits attribués au grand Basile, et ce traité n’est certainement pas de lui. Ce n’est pas une œuvre bien remarquable, et elle choque

4 h parfois même notre délicatesse par la crudité de certaines

notations physiologiques (2). C’est précisément ce réalisme qui, si l’on accepte l'hypothèse du P. Cavallera, pourrait trouver une explication plausible dans la pro-

fession médicale, que Basile d’Ancyre avait d’abord | exercée.

MAMHNDe Vins, 89.

(2) Cf. infra, p. 295.

CHEURAS PRO EST

Bibliographie. — Vie DE samnr Basice : La vie de saint Basile est connue d’abord par ses propres écrits, surtout par ses Leltres ; y ajouter l’Oraison funèbre de GrÉGoiRre DE NaAziAnze (Or., XLIII, dans M1exe, P. G., t. XX XVI, ou dans l’édition de F. BoureNceRr, GrÉGoire DE Nazranze, Discours funèbres, collection Lesay, 1908 ; celle de Grécorre DE Nysse (P. G., XLVI), et celle qui est attribuée à Sarnr ÉPHrEm (éd. AssemaAni, t. Il) ; la biographie attribuée à Ampxirocros D’Iconrum n’est sans doute pas antérieure au vin siècle ; elle est de valeur très inférieure. — TrAvAUx Mo- DERNES : Tizremonr, Mémoires, t. IX ; Vita Sancti Basilii, dans l’édition des Bénédictins (due à Dom P. MarAn) ;— Frarow, Étude historique et littéraire sur saint Basile, 22 éd., Paris, 1869 ; — P. Ar- -LARD, Saint Basile (collection les Saints), Paris, 1899. — Éprrrons : Première édition d'ensemble, encore fort incomplète, avec préface d'Érasme, Bâle, 1532. — Édition du Jésuite Fronron pu Duc et de Fépéric More, 3 volumes, Paris, 1618. — Notes critiques de Comgeris, dans son Basilius Magnus ex integro recensitus, Paris, 1679, 2 vol. — L’édition principale est celle des Bénédictins de Saint- Maur, commencée par GARNIER, terminée par Maran, 3 vol. Paris, 1721-30; rééditée par L. DE SiNNER (editio Parisina altera, emendata et aucta), 3 vol., Paris, 1839 ; reproduite avec des additions dans P. G. (XXIX-XXXII). Garnier et MarAn ont rendu de grands services, tant dans la publication des textes que dans l’examen des questions d’authenticité, ou dans le classement chronologique des textes. Une édition nouvelle, conforme aux méthodes de la critique moderne, n’en est pas moins désirable. De l’enseignement dirigé à l’École des Hautes Études par M. Desrousseaux est sorti un excellent travail : BessrÈres, La traduction manuscrite de la correspondance de saint Basile, Oxford, 1923 (1), — Traduc-

(1) Le travail de l’abbé BEssrÈREs, terminé peu après la guerre, n’avait pas-trouvé d’imprimeur en France ; il a paru d’abord, après la mort de l’auteur, dans le Journal of theological Studies ; ensuite en

ETS TIENNE

QUE CHRÉ

tion des Homélies sur l’Hexæméron dans le livre de Frazon ; des Ascétiques, par GonErroY HERMANT, Paris, 1673 ; des Lettres, = par FonTaInE, Paris, 1693 ; de quelques Lettres avec d’autres de saint Grégoire de Nazianze et de saint Jean Chrysostome, par GE- NIN, Paris, 1817 ; Œuvres choisies (sans nom d’auteur), Paris, 1746 (2 volumes). — J. Rivière, dans la collection des Moralistes chrétiens, Paris, 1925. — Sur LA LANGUE : J. Trunx, De Basilio Magno sermonis Attici imitatore, Stuttgart, 1911. — J. L. Campserc, The influence of the second sophistic ôn the style of the sermons of saint Basil the Great, Washington, 1922. — Sœur A. C. Way, The langage and style of the Leiters of saint Basil, ib., 1927 (à consulter avec précaution).

k Vie de saint Basile. — La province de Cappadoce, réduite aux proportions qui lui avaient été données depuis la réforme de Dioclétien (1), était limitée au nord par celles de Paphlagonie, du Pont de Zeus et du Pont

mic de Polémon, au sud par les régions maritimes sises au x delà du Taurus, à l’est par l'Arménie, et à l’ouest par la TH Galatie. Les chrétiens y étaient nombreux depuis le

mue siècle ; le grand apôtre de tout cet arrière-fond de l’Asie-Mineure avait été Grégoire le Thaumaturge. Cette | | région reculée faisait un parfait contraste avec la façade brillante par laquelle l'Asie se laisse aborder sur la mer Égée ; les villes y étaient moins nombreuses ; les mœurs y étaient restées plus rudes. Pendant longtemps elle avait fourni plus d’esclaves que de lettrés ; on reconnaissait vite un orateur cappadocien à sa mauvaise prononciation, qui brouillait sans façon les longues et les brèves (2). Cependant, au début du 1v® siècle, la capitale du pays, Césarée (anciennement Mazaka), était une ville cultivée,

volume, par les soins de Curnsertr H. Turner. La correspondance entre Libanios et Basile est aujourd’hui publiée dans l’édition de Libanios due à F&RSTER. ’

(1) Cf, Ducnesne, Histoire ancienne de l'Église, II, 337.

(2) Pmizosrrare, Vies des Sophistes, éd. Kayser, t. II, p, 97.

dociens par excellence, saint Basile, saint Grégoire de Nysse et saint Grégoire de Nazianze, ont pu y recevoir utilement leur première formation. À côté de ces illustres

défenseurs de l’orthodoxie, le pays a produit des sec- ie

taires de grand renom, par exemple Eunomios, le chef

des Anoméens, des aventuriers comme ce Georges que

Constance, en 357, imposa aux Alexandrins en rempla-

cement d’Athanase (1). Si la Cappadoce avait tardé à “A

s’éveiller, elle prit alors sa revanche.

Celui qui devait devenir saint Basile et que ses con-

temporains ont déjà appelé Basile le grand, naquit

sans doute à Césarée (2), en 330 environ, d’une famille riche, instruite et profondément chrétienne, qui était originaire du Pont. Nous ignorons le nom de son grand-

père paternel, mais sa grand’mère, Macrine, a eu sur ap

son éducation une influence aussi grande que sa mère Emmélie. Avec son mari, pendant la persécution de Dioclétien, elle avait fui dans les bois, où ils vécurent de la chasse (3) ; disciple de saint Grégoire le Thaumaturge,

elle en a transmis la tradition à son petit-fils. Celui-ci eut

quatre frères et cinq sœurs ; l’une des sœurs, la seconde Macrine, mena la vie religieuse ; deux des frères devinrent évêques comme leur aîné : Grégoire, qui occupa le siège de Nysse, et Pierre qui obtint celui de Sébaste.

Le père était un rhéteur estimé. Basile eut une enfance

assez délicate ; sa santé resta toujours médiocre ; il est

mort avant d’avoir atteint sa cinquantième année, le 1®T janvier 379, après avoir longtemps souffert d’une

(1) Cf. supra, p. 72 ; outre les noms cités ici et plus haut, on peut rappeler Auxence, l'évêque arien de Milan.

(2) Panégyrique du martyr Gordius, $ 2. — Les points essentiels de

la biographie de Basile sont bien établis ; mais il n’en est pas de

même pour les détails. Le travail de Maran est remarquable pour l’époque où il a été composé ; il serait désirable qu’il fût revisé et complété, au moyen des ressources dont nous disposons aujourd’hui.

(3) Grécoire DE NazrANzE a conté agréablement cet épisode, dans son Oraison funèbre, $ 5-8,

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maladie de foie qui a souvent gêné son activité et aggravait pour lui la rigueur des durs hivers de Cappadoce (1). Mais il était admirablement doué du côté de l'intelligence et du caractère. Il eut pour premier maître son père (2), dans la région du Pont où sa famille habitait alors ; il fut envoyé à Césarée (3), quand il eut été ainsi préparé à recevoir un enseignement plus approfondi. C’est là qu’il a dû connaître d’abord Grégoire de Nazianze, qui n’était pas un étranger pour lui quand il le rejoignit à Athènes (4). Se conformant aux habitudes des étudiants du 1v® siècle, qui prolongeaient fort longtemps leurs études, en les variant par des séjours dans les principaux centres littéraires, il passa d’abord de Césarée à Constantinople, puis de Constantinople à Athènes. Grégoire de Nazianze a conté, avec esprit et avec émotion, le souvenir qu’il gardait de leur camaraderie dans cette dernière ville, la ville universitaire par excellence. Il y était arrivé avant lui ; il sut lui épargner les épreuves que les anciens réservaient aux nouveaux venus. Ils devinrent deux amis inséparables, qui, tous les jours, se retrouvaient à l’église, et tous les jours aussi à l’école, chez ceux que Grégoire appelle « les professeurs du dehors », c’est-à-dire les rhéteurs, les philosophes, ou même les astronomes, les géomètres et les médecins. Grégoire n’a pas nommé ceux auxquels lui-même et son ami s’attachaient de préférence. Selon Socrate (5), ils auraient suivi à Athènes les leçons d’'Himérios et de Prohærésios, et, plus tard, à Antioche, celles de Libanios. Nous examinerons ce qu’il faut penser des relations de

(1) Il se plaint souvent et du climat et de sa santé, dans sa correspondance ; ef. par exemple, parmi les lettres adressées à l’un de ses meilleurs amis, Eusèbe, évêque de Samosate, la lettre 48, la 236€, la 2389, la 2412, etc.

(2) Grécorre DE NazrANze, Or. fun., XIT.

(3) 1b., XIII ; il s’agit évidemment de Césarée de Cappadoce.

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