‹ Histoire de la littérature grecque chrétienneChapitre 81 sur 200 · XIV-XXIV · texte numérisé non relu

XIV-XXIV

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Basile avec ce dernier, en discutant l’authenticité de la correspondance qui nous est parvenue sous leur nom. Ce qui est hors de doute, c’est que Basile, comme Grégoire, était pleinement maître de tous les moyens que la rhétorique profane mettait à la disposition de ses adeptes ; s’il en use plus discrètement, c’est que son goût personnel était plus sobre. Ce qui n’est pas moins certain, c’est : qu’en revenant d'Athènes, l’un et l’autre, pour employer les expressions de Grégoire (1), ici probablement un peu affaiblies, « firent un léger sacrifice au monde et à la scène, seulement dans la mesure où il leur fallut satisfaire aux exigences de la foule. » D’autres témoignages laissent entrevoir que, si le passage de Basile dans la vie profane fut assez court, il laissa des traces brillantes et assez profondes. Basile enseigna la rhétorique à Césarée (2), et il y eut la plus grande vogue. Il lui arriva ce qui arrivait aux maîtres célèbres, que les villes tentaient de s’arracher les unes aux autres; la métropole du Pont, Néo-Césarée, essaya vainement de l’enlever à sa patrie (3). Lui-même, dans les dernières années de sa vie, exagérant sans doute, par esprit de pénitence, ce que son ami à, au contraire, atténué, parlait du « temps considérable qu'il avait dépensé à la vanité, de sa jeunesse presque tout entière qu’il avait perdue dans un vain labeur, en s’appliquant à acquérir les enseignements d’une science qui a été déclarée vaine par Dieu (4) ».

Il continue en disant « qu'il s’éveilla comme d’un sommeil profond, pour contempler la lumière merveilleuse de la vérité de l'Évangile, en reconnaissant J’inutilité de la sagesse des maîtres de ce monde, voués à la destruction (1 Cor., 2, 6) », et « qu’il déplora sa vie miséfable ». Il ne faut pas prendre tout à fait à la lettre ces fortes expressions ; Basile parle ici du même ton que tous

(1) Zbid., XXV.

(2): Rurin, H. E., Il, 9.

(3) Basize, Ep. CCX, 2.

(&) Basrte. Ep. CCXIII, 2,

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les chrétiens de ce temps, qui, déjà fort bons chrétiens dans le siècle, ont'éprouvé un jour le besoin d’une vie plus approchée encore de la perfection et ont répondu VE à l'appel de l’ascétisme. La vérité est certainement entre ce langage un peu convenu et l’insistance que met Gré-. goire à considérer comme presque négligeables ces années où Basile, revenu d'Athènes, restait encore sous le charme : __ de l’enseignement qu’il avait reçu, et, en bon élève, ne ba rêvait pas de plus haute gloire que de s’égaler à ses L maîtres. Que celui-ci, de son côté, exagérât, nous pouvons le croire en lisant ces lignes du frère même de Basile,

Saint Grégoire de Nysse, dans sa Vie de sainte Macrine, leur sœur commune : « Sur ces entrefaites, revient, après

avoir fait une longue étude de l’éloquence, le grand

Basile, qui était son frère. Il était, quand elle le reçut, extraordinairement enflé de l’orgueil que lui inspirait | cette éloquence ; il dédaignait toutes les dignités ; 1l se es croyait au-dessus de ceux qu’entourait l'éclat du pouvoir. Elle l’attira si vite, lui aussi, à prendre pour but la philosophie, qu’il. renonça à la célébrité mondaine, fit désormais peu de cas d’être admiré pour son talent, et passa à la vie de labeur manuel, où, par l'abandon de Mes tous ses biens, on se prépare sans obstacle à la vie selon PO la vertu (1).»

Lorsque les influences de son éducation première eurent ainsi repris le dessus sur celles qu’il avait subies à Athènes, lorsqu'il eut été baptisé par l’évêque de Césarée, Dianios (2), Basile alla connaître, dans les lieux où il était né, ce miracle de l’ascétisme, qui éblouissait les contemporains. Puis, il revint mener dans son propre : pays la vie des moines d'Égypte, de Syrie, de Palestine,

4% (2) On ne sait pas sûrement s’il le fut avant son départ pour la a Grèce, ow après son retour. Lui-même nous apprend seulement qu’il le fut par Dianios, qui est devenu évêque de Césarée vers 340. Il y a cependant quelques raisons de croire plutôt que ce fut après son retour. Cf, ArrarD, Saint Basile, p. 24-25.

‘avait visitées. Il ne fut pas pu le premier Su:

nisateur du monachisme dans les régions orientales de l’Asie-Mineure. Il avait été précédé par un personnage assez singulier, difficile à juger (1), Eustathe, qui devint évêque de Sébaste, après avoir répandu dans ces mêmes régions les pratiques de l’ascétisme, non sans soulever autour de lui, en plus d’une occasion, le scandale qui,

presque partout, a accompagné cette première propaga-

tion. Basile s’est épris d’abord d’une admiration enthousiaste pour Eustathe, mais a fini plus tard par rompre. avec lui, pour des raisons dogmatiques.

Nous trouvons Basile, après son retour, installé sur les

bords de l’Iris, au fond d’un vallon écarté, fort propre à la vie monacale, dont il a fait, dans une de ses lettres

à Grégoire de Nazianze (2), une description justement

célèbre : « Il y a là une montagne élevée, recouverte d’une épaisse forêt, arrosée, dans la direction de l’Ourse,

d’eaux froides et limpides. A sa base s’étend et est comme

couchée une plaine, que fécondent sans cesse les sources

venues de la montagne. Une forêt d’arbres de toute

espèce a poussé spontanément tout autour, et lui fait, peu s’en faut, une clôture, de façon qu’à côté d’elle paraîtrait petite cette île de Calypso, qu'Homère semble avoir admirée par-dessus toutes pour sa beauté. Et peu s’en faut qu’elle ne soit une île ; car elle est, de toutes parts, protégée et défendue. » Elle est prise, en effet, entre la montagne, le fleuve et des précipices, avec une seule voie d’accès, dont dispose Basile. Sa résidence est sur un dos d’âne, d’où il domine le fleuve et le vallon. Fleurs, oiseaux abondent dans la plaine, — mais Basile «n’a pas le loisir d’y faire attention » ; les cerfs, les chèvres

(1) Voir le livre de Loors, Eustathius von Sebaste und die Chronologie der Basilius-briefe (Halle, 1908), qui est une réhabilitation ; et le jugement plus mesuré de Duouesne, Hist. anc. de l’Église, t. IH, p. 381 et suiv.

(2) Ep. XIV.

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