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FA Lo F4 à ; : FA Ra UT w j 242 LA LITTÉRATURE GRECQUE CHRÉTIENNE
sauvages, les lièvres n’y manquent pas. Le tableau est enchanteur ; Grégoire, qui avait le goût très personnel, et même un certain esprit de contradiction, trouva beaucoup moins d'agrément à ce paysage, quand il vint le visiter (1).
Basile éssaya, en effet, de s’assurer la collaboration de Grégoire, qui fit, en 358/9, un séjour de quelque durée auprès de lui. Il semble ressortir du témoignage de son ami (2), que de cette collaboration sortit le recueil de morceaux choisis d’Origène, qui porte le titre de Philocalia (3), et aussi la rédaction de règles pour la direction des communautés monacales. Nous aurons à nous demander plus tard ce que contient d’authentique le recueil qui nous est parvenu sous le nom de Basile, avec le titre d’Ascetica, et quelle conception s’est faite Basile de la vie ascétique.
Grégoire n’a jamais su se fixer nulle part ; il quitta bientôt Basile. En 360 eut lieu le concile de Constantinople, où, sous la présidence d’Acace, fut adoptée la formule rédigée, l’année précédente, à celui de Rimini. Cette formule était homéenne, c’est-à-dire point radicalement arienne, mais inconcihiable avec la foi de Nicée. Basile s’est trouvé à Constantinople, ainsi qu'Eustathe de Sébaste, pendant la tenue du concile, et le chef des Anoméens, Eunomios (4), lui a reproché d’avoir évité de prendre une position nette ; cette tradition a été reproduite par l’historien arien Philostorge (5). Quoique fort prudent, ou plutôt même parce qu’il était prudent, Basile n’a pas manqué, semble-t-il, de l'énergie nécessaire dans les circonstances difficiles. Son effacement, en 360, peut s’expliquer par deux motifs plus honorables (6) : d’abord
(1) Ep. IV et V.
(2) Ep. VI.
(3)NCÉ 1 LL p=372;
(4) Eunomios, dans Grécoïire DE Nysse, Contre Eunomios, 1. (5) Puicosrorcr, Hist. eccl., LV, 12. | (6) Paizosrorce, 16. Selon l'historien arien, Basile était diacre,
parce qu’il n’occupait encore qu’un rang secondaire dans la hiérarchie, et, en second lieu, parce que lui, Nicéen, ne pouvait guère intervenir utilement dans un débat qui mettait aux prises Homéens et Anoméens, les uns et les autres en rupture avec l’orthodoxie.
En 362, l’évêque de Césarée, Dianios, qui avait eu la faiblesse de signer la formule de Rimini-Constantinople, étant mort, on lui donna pour successeur un homme riche et influent, Eusèbe, qui n’était nullement préparé à exercer l’épiscopat. Il sentit le besoin d’un auxiliaire compétent, rappela auprès de lui Basile, qui se laissa ordonner prêtre et lui apporta un concours précieux, qu'Eusèbe ne sut pas tout d’abord reconnaître ; après quelques dissentiments toutefois, grâce à l’intervention de Grégoire, la bonne entente entre eux s’établit d’une manière durable. Elle était très nécessaire; car l’évêque . de Césarée allait se trouver exposé, à plusieurs reprises, à une situation difficile. L’emperéur Julien était mort pendant l’été de 363. Le christianisme avait respiré sous son successeur Jovien. Mais Jovien n'avait régné que quelques mois. Les deux frères qui se partagèrent l’Empire, après lui, eurent, l’un et l’autre, une politique religieuse très différente. Valentinien, en Occident, fut un soutien de l’orthodoxie ; Valens, au contraire, travailla pour l’arianisme avec autant de zèle qu'avait fait Constance. L’imminence de son arrivée à Césarée, où il était en 365, au moment de la révolte de Procope, paraît avoir contribué beaucoup à ramener dans sa ville natale, définitivement, Basile, qui, après son premier essai malheureux de collaboration avec Eusèbe, s’était, de nouveau, retiré dans son refuge d’Annesi, aux bords de l’Iris. Ce qui concerne ce premier séjour de Valens en Cappadoce est mal connu (1) ; mais on ne peut douter que le passage
(1) Grécorre DE NaAziANzE en parle dans un morceau très oratoire, et, par conséquent, très vague (Or. fun., XXX et suiv.). Sur la chronologie, voir la Vie de Basile, par Mara, ch. 1x,
"empereur | n ait jeté beauco lèles de l’orthodoxie nicéenne. Quelques années après, fut une famine, conséquence d’une période de séche- resse trop prolongée, qui éprouva gravement la contrée (368) et que Basile combattit par tous les moyens à sa disposition. à s / Eusèbe mourut en 370 ; par son talent reconnu de tous, par l’autorité qu'il avait oiee Basile était son successeur désigné. Son élection n’eut cependant pas lieu Lie sans peine ; elle fut assurée, grâce à l'influence du vieil évêque de Nazianze, Grégoire le père, qui sut triompher des jalousies auxquelles la véritable supériorité n ’échappe ; guère. Basile avait quarante ans ; sa santé était mé- diocre ; . mais sa formation intellectuelle et morale ‘était “0 E Hévée. Il était en pleine possession de ces qualités d’espes et de caractère qui s ’équilibraient si heureusement en lui. Sa eue sa ue son esprit pote le
| orientaux. Grâce à son élection, FE nicéenne allait trouver, au PORN même où elle était le pins
| us Basile allait être le meilleur auxiliaire d'Athanase, jusqu’à la mort du grand évêque d'Alexandrie, en 373; son successeur, jusqu'à sa propre mort (1er jan- » « vier 379).
ACT correspondance nous montre, sous tous ses aspects, son activité infatigable, pendant ces neuf années d’épis- copat. Ce fut d’abord la continuation d’une résistance irréductible à l’action de Valens en faveur des Ariens. L'empereur poursuivait cette action avec la brutalité qui a déshonoré la plupart des princes du 1v® siècle. L'année même où Basile réussissait à se faire élire à Césarée, il laissait installer sur le siège de Constantinople, devenu également vacant, un Arien déclaré, Démophile, et comme une partie du clergé protestait, il faisait saisir les quatre-vingts protestataires par son préfet Modestus, qui les faisait embarquer sur un navire, avec
up d'émotion parmi les.
laisser couler avec les autres (1). Après la mort d’Athanase (2 mai 373), il fut procédé en Égypte avec une pareille rigueur (2) ; a sile ne pouvait espérer qu’on l’oublierait. En effet, pen dant l'hiver 371-372, le préfet Modestus d’abord (3) l’empereur lui-même ensuite, vinrent à Césarée av l'intention bien arrêtée de le re à la raison. De
qu’à ce jour ne lui eût tenu un pareil langage, il avai répondu : « C’est que tu n’as sans doute pas encore ren contré un évêque. » Quant à Valens, il assista, sans que Basile s’y opposât, aux offices réligieux célébrés par. l’évêque. Une maladie de son fils, Galatès, interprétée par lui et autour de lui comme une menace du ciel, survint assez à propos pour l’intimider (4).
Valens prit toutefois une mesure désagréable pour‘ ve Basile : il créa une province nouvelle, une seconde Cappadoce, en détachant de l’ancienne, qui gardait pour métropole Césarée, sa partie occidentale et méridionale (5).
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(1) Socrate, Hist. eccl., IV, 16.
(2) Cf. Ducnesne, t. II, p. 389 et suiv. pr
(3) Il eut aussi, antérieurement, une altercation avec le chef des pu cuisines impériales, Démosthène ; Basile s’amusa un peu aux dépens du ridicule porteur d’un si beau nom, et on s’en amusa encore plus : autour de lui ta ibid., XCVNVII ; Taéoporer, H. eccl., EE È 49, 12. :
(4) Voir le récit, Souidais très oratoire, de GRÉGOIRE DE Ni es (tbid., XLVIII et suiv.) ; voir aussi Ducnesne, loc. cit. ; il est assez clair, comme le note Ducnesne (note 2, p. 392), que Bee évita, de son côté, toute provocation inutile, et se prêta même à quelques accommodements apparents.
(5) Ducnesne, p. 394, note 1, a probablement raison de dire que la mesure ne fut pas prise en vue de diminuer Basile ; mais il ne pouvait être désagréable à Valens qu’elle eût Mdiroctemio dt cet effet,
La ville la plus importante de la partie détachée était Tyane, dont l'évêque Anthime se montra tout de suite très disposé à tirer de la nouvelle organisation politique toutes les conséquences favorables à l’accroissement de son autorité personnelle. Il y eut entre Basile et lui un conflit d'influence, qui amena Basile à créer de nouveaux évêchés dans la région limitrophe; c’est alors qu’il envoya son frère à Nysse, et voulut envoyer aussi son
ami, Grégoire de Nazianze, dans un mauvais bourg qui
n’était qu’un relais de la poste, Sasimes ; Grégoire se laissa imposer le titre, bien à contre-cœur ; mais il se refusa à prendre possession de son triste évêché, et garda de l'aventure un souvenir amer qu’il n’a pu se retenir d’exprimer (1). À la rivalité d’influences se joignit un conflit d'ordre matériel : l'attribution des produits de certains biens possédés par l’église de Césarée dans la région instituée en province indépendante. Anthime alla jusqu’à les revendiquer à main armée, et attaqua un jour un convoi de Basile, aux environs de Sasimes (2).
Une autre affaire donna bientôt à Basile de plus graves soucis. Ce fut son dissentiment avec Eustathe, cet initiateur de la vie monastique dans l’Arménie et dans le Pont, dont il avait été d’abord l’admirateur et le disciple (3) ; Eustathe, dont Basile a dit un jour, au sujet de ses opinions théologiques, qu’il n'avait jamais rien préféré à la voie moyenne (4). La voie moyenne, entre la foi de Nicée que Basile représentait avec intransigeance, et la doctrine d’Arius, avec lequel Eustathe avait eu des accointances dans sa jeunesse, c'était l’homéisme, c’està-dire le rejet du consubstantiel nicéen, auquel les homéens substituaient la similitude de substance en toutes choses (5).
(1) Carmen de vita sua, 439-46.
(2) GrécorRe De Nazranze, ibid., 451-538.
(3) Cf. Ep. CCXXIII, 3 et alias.
(4) Ep. CXXVIII, 2.
(5) L’homoousios était remplacé par l’homoiousios ; ce qui a fait dire qu’on se disputait pour une lettre. En réalité, la divergence théologique était grave.
Après des péripéties diverses, dont la correspondance de Basile nous permet d’entrevoir la complication, il y eut entre les deux amis une rupture. Eustathe avait envoyé à Basile deux de ses moines pour l’aider dans ses fondations charitables ; Basile eut bientôt à se plaindre de leur hostilité. Après la brouille, Eustathe fit circuler le bruit que Basile avait été jadis en relations épistolaires compromettantes avec Apollinaire (1). Basile ne niait pas avoir écrit à celui-ci, ni avoir même approuvé et admiré certains de ses ouvrages ; mais il disait ne les avoir pas lus tous, et se défendait d’avoir partagé en rien les erreurs par lesquelles Apollinaire, après ses brillants débuts, était devenu suspect (2)
Toutes ces affaires ne nous montrent encore l’activité de Basile que restreinte aux régions qui avoisinaient Cé-
sarée. Il serait facile, grâce à sa correspondance, d'ajouter
de nouvelles preuves de la vigilance-avec laquelle il surveillait tous les événements qui survenaient dans les églises de Cappadoce, d'Arménie, du Pont, et d’autres encore, de la sûreté de jugement avec laquelle il les appréciait, de l’autorité avec laquelle il intervenait et du succès qui récompensait souvent ces interventions. Il est plus utile de montrer comment il devint, ainsi que nous l’avons dit, après la mort d’Athanase, le chef du
parti nicéen en Orient, et comment sa pensée constante
fut de rassembler autour de lui, pour une action commune, les forces éparses qui le constituaient, en un temps
grâce à la protection impériale, grâce à l’adhésion tacite d’un grand nombre d’esprits soucieux, pour mettre fin à l’âpreté des querelles théologiques, d’aboutir à une
transaction, pratiquement, sinon logiquement, satisfai-.
sante, le semi-arianisme, sous la forme de l’homéisme, fêtait son triomphe. La situation était si confuse et
(1) Des faux furent commis à cette occasion, qui se sont conservés jusqu’à nous ; cÎ. ce qui sera dit plus bas de la correspondance de
Basile.
(2) Voir notamment Ep. CXXXI et CCXXIV.
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| LA LITTÉRATURE GR] eu | CHRÉTIENN
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En AMEN: . EN AE 2 MORIN :
| si inquiétante en Orient que Basile ne voyait d'espoir que dans un appel aux Occidentaux, restés fermes dans |
Fe l'orthodoxie, et gouvernés par un souverain — Valen- | Fe tinien — qui ne partageait pas les sentiments du frère at “20e qu'il avait appelé à partager avec lui l'empire. De là, dès LR le début de son épiscopat, ses démarches auprès d’Atha- __ nase (1) ; ses efforts pour résoudre l’absurde et intermi- nable conflit qui divisait les Nicéens d’Antioche ;le projet
d’une mission à Rome, auprès du pape Damase, confiée au diacre d’Antioche, Dorothée (2) ; l'envoi de missions auprès des évêques d'Italie et de Gaule (3), par l’entremise du diacre milanais Sabinus (372). L'entreprise | eut un succès médiocre ; les Occidentaux restaient attachés à Paulin, dans l’affaire du schisme d’Antioche, et se méfiaient de Mélèce ; Damase ne faisait pas très bon accueil aux appels qui lui étaient adressés (4). Cependant, après même que ses démêlés avec Eustathe Jui eurent créé de nouveaux soucis, que le vicaire du Pont, Démosthène (5), eut recommencé contre les Ni- __ céens la campagne engagée naguère par Modestus et l’empereur lui-même, et fait disparaître le propre frère __ de Basile, l’évêque de Nysse, Grégoire, Basile ne renonça | | pas à poursuivre sa tentative. Il écrivit encore aux évêques | d'Italie et de Gaule (6) ; il expédia en Italie le prêtre Sanc-:+ 1 tissime, avec ce Dorothée qu'il avait déjà choisi aupa- #4 ravant comme intermédiaire (375). Mais, outre les diffi-
cultés qui provenaient du schisme d’Antioche, il en était 210 d’autres, relatives à la doctrine de l’évêque d’Ancyre, , AE: - : . : .
KL Marcel, auquel les Occidentaux accordaient un appui assez
imprudent et que les catholiques d'Orient tenaient pour sabellien ; il en était qui provenaient de la controverse
DA ot(l) Ep. LXVI, EC (2) Ep. LXVIII, LXX.
Si RieS (3) Ep. XC, XCI, XCII.
(4) Mission du prêtre Évagrius, en 373.
| (5) C’est le cuisinier avec qui Basile avait eu déjà maille à partir. (6) Ep. CCXLIII ; pour la date, cf. Ducæesne, If, p. 407. |
entre Apéllnaire et Doi et qui Suistent fort l'église d Antioche. Comme la situation devenait de plus en plus grave, et qu’en 376, au Concile tenu à Cyzique, l’ homéisme avait encore triomphé, une nouvelle lettre collective fut adressée par les Orientaux aux évêques d'Occident (1), toujours parl’entremise de Dorothée. Mais loin des’ améliorer e les rapports entre les deux fractions nicéennes s agi | L saient (2) Rien de sérieux ne fut obtenu, avant les événements tragiques que suscita la révolte des Goths établis sur les terres impériales, et le désastre d’ Andrinople, où Valens ER vaincu disparut. La mort de l’'empereurariencommençaà permettre des espérances, que l’avènement de Théodose réalisa. Mais Basile mourut avant d’avoir vu Théodose … x faire son entrée à Constantinople, et restituer à Grégoire Do de Nazianze, évêque du petit troupeau catholique, les A0 *£ églises que Valens avait mises dans les mains de Démo- UE phile. rl VS Un autre aspect admirable de l’activité de Basile EST ANS l’organisation des bonnes œuvres à Césarée. Il avait 7 AT commencé par modifier les règles de l'institution monastique, et nous verrons que sa sympathie intelligente et charitable allait droit non pas à l’anachorète, dont il - ne souhaitait pas voir se multiplier l’héroïisme sans … profit pour le prochain, mais au cénobite qui, dans la vie de en commun, fait une part au travail à côté de la prière et ne renonce même pas à intervenir utilement dans la vie du siècle. Devenu évêque, il tint les promesses qu'avait pu faire concevoir sa conduite lors de la grande famine de 368. Ce fut vraiment « une nouvelle ville » (3) qu’il créa, aux abords de Césarée, une ville que le peuple prit l’habi- __. tude d’appeler Basiliade (4) et sur l’emplacement de laà quelle semble s’être transportée la moderne Césarée. Dur.
(1) Ep. CCEXIII.
(2) Voir dans l’Ep. CCLXVI, les plaintes que l’évêque d’Alexandrie avait adressées à Basile.
j (8) Grécorre DE Nazranze, ib., LXIII. , Le (4) Cf. Ramsay, The church in the Roman empire, p. 464.
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\ : | 1 Basile l’a décrite, dans une lettre à Élie, gouverneur de la É Cappadoce, où il défend très habilement son entreprise contre les attaques dont elle avait été l’objet : « Dira-t- | on qu’on porte tort à la chose publique, en élevant à notre Dieu une maison de prières magnifiquement bâtie, et à ses alentours des maisons d'habitation, l’une libéralement réservée au chef, les autres, inférieures et attribuées selon leur rang aux serviteurs de la divinité, utilisables aussi pour vous, les magistrats, et votre cortège ? À qui faisonsnous tort, en construisant des abris pour les étrangers, pour les gens de passage ou pour ceux que quelqueinfirmité oblige à recevoir des soins, et en leur fournissant le réconfort qui leur est nécessaire, des infirmières, des médecins, des bêtes de somme avec leurs conducteurs ? À ces établissements est indispensable le concours des métiers, de ceux qui sont nécessaires à la vie, et de ceux qui ont été inventés pour la rendre plus décente ; il faut donc d’autres maisons propres aux industries, et ce sont autant de choses qui contribuent à orner ce lieu, qui sont
olorieuses pour celui qui nous gouverne, et dont l’honneur lui revient (1) ». Dans une lettre postérieure de deux ans, il invite son ami Amphilochios, évêque d’Iconium, à honorer de sa présence ce quartier de la charité, où se trouve « le réfectoire des pauvres », ptochotrophion (2). Ilse félicite ja qu’on institue ailleurs des établissements du même genre; il voudrait qu’il y en eût jusque dans les campagnes, et que les évêques du pays rural, les chorévêques, ainsi qu’on les appelait, en prissent soin (3) ; il demandait qu'ils fussent exempts d'impôts (4).
Administration attentive et sage du ressort ecclésias- : tique, qui lui était confié, entretien des relations avec Ps les communautés voisines, lutte incessante contre l’hérésie 1144 et, à cet effet, groupement de toutes les forces orthodoxes
n (1) Ep. XCIV, datée de 372, par Maran,
(2) Ep. CLXXV.
3) Ep. CLXIIet CLXIII (373).
{ (4) Ep. CLXII et CLXIV,
SAINT BASILE. DISCOURS a des Et |
re e Pise orientale, appel aux grandes églises d'Égypte,
d'Italie ou des Gaules, initiatives hardies dans deux domaines où presque tout était à créer, celui des institutions monastiques et celui des institutions charitables, toutes ces grandes œuvres justifient le rang que les contemporains et la postérité ont assigné à Basile parmi les grands évêques de l'Orient grec. Les dernières années de sa vie, si bien remplies, furent attristées par la maladie, et par la médiocrité des résultats immédiats qu’'obtenait une activité si intense et si bien dirigée. Basile ne vit pas lever la moisson ; mais il avait semé pour l’avenir.
Il ;
L'œuvre littéraire de Basile ; vue d'ensemble. Les dis-
cours. — Bien que l’action pratique de Basile ait tenu
tant de place dans sa vie, son œuvre littéraire est considérable. Nous la lisons aujourd’hui dans l’édition des Bénédictins Garnier et Maran, très remarquable pour l’époque où elle a été composée, et qui, soit dans l'examen des questions d’authenticité, soit dans le classement chronologique des écrits, particulièrement des lettres, soit même pour l'établissement du texte, continue à nous apporter de très utiles secours. Une édition nouvelle, faite avec les ressources et la méthode dont nous pouvons disposer
‘aujourd’hui, serait cependant très désirable, pour deux
| raisons principalement : parce que, la tradition manuscrite
ne nous étant pas assez bien connue dans ses origines et son histoire, nous ne pouvons trouver en elle un guide, dans l'examen, toujours si délicat, des écrits suspects ; parce que, pour le même motif, nous ne pouvons pas établir le détail du texte avec une suffisante sûreté. L'enquête nécessaire n’a été faite encore que pour la Correspondance, par l'abbé Bessières, dont le livre nous donne une satisfaction complète sur-le premier point, mais ne con-
en
tientet ne pouvait contenir que des indications brèves sur d le second. L’édition spéciale d’un des-traités, celui du Saint-Esprit, par Johnston (1), est fort estimable.
L'œuvre comprend quatre catégories : une série de discours (homélies ou panégyriques) ; — des écrits dogmatiques ; — un recueil d’écrits ascétiques ; — la correspondance. Nous les étudierons successivement, en nous conformant à l’ordre qui vient d’être indiqué.
Les discours. — Les discours de saint Basile appartiennent à trois catégories principales, entre lesquelles les différences ne sont pas d’ailleurs aussi tranchées qu’il pourrait sembler au premier abord ; car l’ancienne homélie chrétienne est un genre très souple et très large où l’exégèse, la morale et le dogme ont presque toujours chacun
sa part, quoique l’un des aspects puisse dominer selon les
cas. On peut donc, sous cette réserve, distinguer des
homélies exégétiques, des homélies ‘catéchétiques, et des panégyriques. Les premières font la plus grande place au commentaire du texte sacré ; les secondes sont tantôt principalement morales et tantôt surtout théologiques ;
les dernières se définissent assez par leur seul nom. Homélies exégétiques. — Les Homélies sur l’'Hexæ-
méron, et les Homélies sur certains Psaumes. — La série
la plus remarquable, dans cette classe, est celle des neuf » Se + homélies que Basile a prononcées sur l’œuvre des six
jours (Hexaeméron). Elles paraissent, comme la plupart
des autres, être antérieures à son épiscopat, et elles ont été prêchées pendant une période de carême, en six jours, au cours desquels l’orateur a prêché tantôt deux fois par jour le matin et le soir, tantôt une seule. Elles ont été adressées non point à un public restreint, à une élite, comme on serait tenté de le croire parfois en lisant certaines considérations élevées et savantes que l’on trouve surtout dans les premières, mais à toute la communauté de Césarée, où les artisans étaient en grand nombre,
(1) Oxford, 1892.
Lande init
être aussi parce que l’expérience le lui a peu à peu suggéré ou imposé. Dans la troisième, il les interpelle particulièrement, en exprimant la crainte que certains d’entre eux ne trouvent son discours un peu long et, pressés par leur
travail qui les attend, ne se dérobent avant la fin pour
regagner leurs échoppes (D). Il est vrai que la veille :l
LA Ne ‘ f \ r; É : t ra fait Partout tue part mais il l'a faite si | large a les NRre, soit parce que les sujets qu'il y traitait s’y: prêtaient davantage, soit peut-
avait prêché, à deux reprises, deux sermons assez longs
et assez austères. Dans la huitième au contraire, il se félicite, sur le ton d’une admiration familière et bien- veillante, de les avoir gardés le plus longtemps possible. Qu’auraient-ils fait, s’ils avaient été libérés plus tôt ? Il a confiance qu’ils n’auraient pas commis d’excès de table ; car le jeûne du carême paraît avoir été observé assez régu-
lièrement à Césarée. Mais il leur restait la tentation du jeu. Ils se seraient mis à jouer aux osselets ;-ils se seraient chamaillés entre eux. Mieux vaut que l’homélie se soit prolongée et les ait retenus à l’église (2).
Le ton général est simple et sérieux, selon la tradition
déjà ancienne de l’homélie exégétique, et les éléments habituels de cette sorte d’homélie s’y retrouvent à peu
près avec le dosage ordinaire (3). Souvent, une fois la série commencée, Basile entre en matière sans préambule ou avec un préambule très simple, et il conclut de même. Parfois cependant l’exorde ou la péroraison sont un morceau soigné, où ilfait ses preuves de virtuosité. Dans le cours de l’homélie, il suit l’ordre que lui trace le texte sacré, mais en proportionnant ses développements à l'importance des versets ; en examinant
en détail les problèmes difficiles ; en joignant à l’exégèse
une instruction morale ou des considérations théo-
(1) Hom. III, 1.
(2) Hom. VIII, 8.
(3) Cf. le livre de FRANK EGLesToN Rossins, The hexæmeral Lite-
rature, Chicago, 1912.
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logiques. Telle est l’allure générale. Voyons d’un peu .
plus près quels sont les caractères de la méthode, ainsi que ceux de la composition et du style.
L’exégèse de Basile est plus rapprochée de celle de l’école antiochienne (1) que de celle de l’école alexandrine. Ce n’est pas que Basile fût un détracteur d’Origène. Il avait pour lui au contraire une vive admiration, et aux temps qui suivirent son retour en Cappadoce, dans sa retraite des bords de l’Iris, il avait composé avec
Grégoire ce recueil de morceaux choisis du grand doc-
teur, qui porte le titre de Philocalia et dont les premières sections sont relatives à l’interprétation des Écritures (2). Mais il répugnait sinon au principe de la méthode allégorique, qu’il n’a pas plus contesté qu'aucun de ses contemporains, du moins à ses abus. Il se préoccupe donc avant tout d'établir le sens littéral, et, dans l’homélie 14, il a fait cette déclaration très nette : « Il en est qui n’admettent pas le sens vulgaire des Écritures ; pour qui l’eau n’est pas de l’eau, mais je ne sais quelle autre nature ; qui voient dans une plante, dans un poisson, ce que veut
y voir leur fantaisie... Pour moi, quand j'entends parler d’herbe, je comprends de l'herbe, et de même, s’il s’agit d’un poisson, d’une bête sauvage, d’une bête de somme ; j'entends tout comme on le dit » (3). On reconnaît sa qualité d'élève d’Origène à certaines bonnes dispositions grammaticales et philologiques : quand il cite des variantes, quand il discute la traduction des Septante en la comparant aux traductions rivales ; quand il remonte même au texte hébraïque pour interpréter le mot merefeth, que la Genèse emploie au sujet de l'Esprit porté sur les eaux et qu’il veut entendre, avec un savant Syrien, au sens de
(1) Nous définirons plus bas les principes de l’exégèse antiochienne. — Un Antiochien du 11° siècle, Théophile, dans le Troisième livre à Autolycos, avait montré la voie à Basile, commentateur de l’'Hææmæron.
(2) Cf. t. II, p. 373 et 401.
(3) Hom. XIV, 1.