‹ Histoire de la littérature grecque chrétienneChapitre 85 sur 200 · CE, A · texte numérisé non relu

CE, A

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qui sont à l’origine du Physiologus dont le moyen-âge

a fait ses délices ; au traité de Plutarque sur l'intelligence des animaux et aux commérages d’Élien (1). Tout cela nous paraît aujourd’hui bien fade ; mais nos ancêtres en ont longtemps raffolé, et notre sociologie ou notre mythologie comparées nous régalent parfois aujourd’hui d’historiettes qui ne méritent pas beaucoup plus d’être prises au sérieux. | | L’explication du texte sacré conduit surtout Basile à faire usage de ses connaissances en physique et en histoire naturelle, et il s’en sert très largement. Mais elle

lui permet aussi de faire à la morale ou à la théologie une

part. Les premiers mots de la Genèse l’invitent à marquer l’un des désaccords profonds qui séparent le christianisme de la philosophie, quelque bonne volonté qu’on mette à les rapprocher : la philosophie grecque proclame l'éternité du monde et de la matière ; la cosmologie de Moïse la rejette (2). Ailleurs, c’est le dualisme qui est

. visé, sous la forme du manichéisme, doctrine contempo-

raine de Basile, qu’il a pu connaître assez bien, et qu’il rattache à celles de Marcion ou de Valentin, dont il parle, au contraire, en un langage un peu traditionnel et convenu (3). C’est, lorsqu'il commente la création du soleil,

‘le culte de cet astre, qu’il avait vu pratiqué par Julien » P que P ;

adorateur de Mithra et auteur du Discours sur le Roi- Soleil (4). Enfin, à la fin de l’'Homélie IX, quand il arrive à la création de l’homme, sujet qu’il n’a fait qu’aborder (5), sans le traiter complètement, et quand il cite

(1) P. Prass, De Basilii et Ambrosit excerptis ad historiam anima-

lium pertinentibus, Marburg, 1905. — J. Lévie, Les sources de la

septième et de la huitième homélies de saint Basile sur l’Hexæméron, Musée Belge, 1920.

(2) Hom. I, 3.

(3) Hom. II, k.

(4) Hom. V, 1.

(5) Les trois homélies qui suivent la IX (deux mepi nataoxeuñc avbpwmoy et une nepi rapaôsioou) sont apocryphes. Grégoire de Nysse nous est témoin, au début de celui de ses traités qui porte le même titre que les deux premières, que son frère n’avait pas traité le sujet.

47, — t. IT

de ARE : Faisons homme à no

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La part de la morale est plus considérable dans les”

a dernières homélies que dans les premières. Basile, qui répugne, nous l’avons vu, à certaines formes de l’allé-

gorie fort aimées de Philon ou d’Origène, se laisse aller

F assez facilement à une interprétation morale des

textes, qui tantôt s’en déduit assez naturellement, tantôt ne s’y adapte qu'avec une certaine complai-

sance. Un mot célèbre d’Isaïe (xr, 6), qu Al": 47616 amené à citer, lui fournit l’occasion d’un développement sur la fragilité de notre vie. Les divers traits UR qu il rapporte des mœurs de certains animaux lui sont M ou prétexte à des comparaisons qui ne sont pas toujours à l'honneur de la nature humaine. Les végétaux même deviennent des symboles. Toute une longue instruction

est tirée, dans l'Homélie V (1), d’une description de la

| vigne.

La substance de ces homélies est donc riche et variée. Nous risquons assurément aujourd’hui d’être frappés surtout de ce que l’érudition de Basile a d’inutile, ou sa

| science de précaire. Si nous voulons être équitables, et __ juger Basile en le replaçant en son temps, nous le louerons du sérieux avec lequel il a compris sa tâche. Il n’a pas voulu traïter sa matière en pur orateur ; ils est préoccupé d’abord de donner à ses auditeurs «une nourriture, DAC 0 Ton » (2). Mais il était orateur, et son talent, qui était fort et qui était brillant, s’est animé en traitant une matière si digne de l’inspirer. D’autre part, il a voulu accorder, par moment, quelque relâche à ses auditeurs, à ces auditeurs auxquels il demandait un effort méritoire. Ïl a voulu concéder ce qui était nécessaire à leur « distraction, &ppoovm » (3). Voyons maintenant quels sont les mérites littéraires de ces discours. |

ANNE | (2) Hom. III, 6. (8) Ibid.

« faisons » lui est une occasion de dénoncer l’arianisme.

vient à un exposé en C’est none en an rares passages, quand Basile s’en prend à certaines hérésies, où à des superstitions comme la magie et l’astro-

logie, qu’il s’échauffe et qu’on entend l’accent, capable Fi

d’émouvoir les foules, que d’autres homélies nous feront

entendre. Mais il s’élève et s’amplifie, pour que le mie cours ne soit pas inégal à la majesté des spectacles qu il nous découvre. Villemain a traduit et cité (1) le beau

morceau qui fait partie de l’exorde, dans l’Homélie VI, Û |

où l’orateur s’adresse « pour les conduire comme des. ï étrangers à travers les merveilles de cette grande cité de l’univers », à ceux qui « dans la sérénité de la nuit » ne ont parfois pensé au créateur de toutes choses, ou qui,

en admirant la clarté du jour, « se sont élevés, par les

choses visibles, à l’être invisible ». C’est, en effet, la page que remarquera sans doute de préférence tout lecteur sensible ; elle rappelle, par certains traits, la manière de Dion Chrysostome dans les exordes de ses discours aux villes ; mais la pensée y est plus ferme et le soufle plus puissant. On peut aisément en signaler d’autres, par exemple celle de l’Homélie IX (2), où, commentant le verset : Que la terre produise l’âme vivante des animaux domestiques, des bêtes fauves et des reptiles, il décrit, en

un raccourci saisissant, comment se réalise et se perpétue Ne

l'effet de la parole divine : « Sachez voir la parole de

Dieu courir à travers la création, commencer à ce mo- FA

ment, et agir jusqu à ce jour, allant à son accomplissement parfait, jusqu’à ce que le monde soit consommé. Comme une sphère, quand elle a reçu une impulsion, et rencontre une déclivité, par l’effet de sa propre structure et de la qualité du terrain, se laisse entraîner sur la pente, jusqu’à ce qu’une surface plane la reçoive, ainsi la nature des choses, mue par un seul commandement, suit

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(1) P. 11849 de l'édition de 1876, (2) Hom. IX, 2.

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+ ea fs ; 4 Le: L DAS à e JE ip RCE ie É 5 260% LA LITTÉRATURE GRECQUE CHRÉTIENNE ii Fi d’un cours régulier le développement de la création en

passant par la réalisation et la destruction, conservant

ce qu’elle soit parvenue à son terme. » L’élévation de l’idée, le choix heureux et le développement lucide de l’image, l'ampleur de la phrase et la simplicité forte du tr: mn style, ce sont là des qualités que, depuis longtemps,

ÈS l’éloquence grecque avait perdues, et que Basile lui ren- 2 D: dait. a

D’autres pages portent davantage la marque du goût contemporain. Basile use en maître des procédés de la 2 * sophistique ; mais on reconnaît les procédés. Il en a

‘employé deux : la description (éxppaoi) et la narration (wynua), surtout dans les homélies sur l’Hexæméron et principalement dans les dernières de la série. La

sujet, elle est faite à grands traits et avec puissance, comme celle de la terre encore informe (1), ou comme celle de la création de la lumière (2) ; mais tantôt aussi elle est visiblement poussée au morceau de virtuosité. La tendance est déjà sensible dans celle de la mer, qui reste cependant belle dans l’ensemble (3), et dans la comparaison entre elle et l’Église. Elle est plus marquée dans celle de la vigne (4), et dans plusieurs autres. La narration a surtout sa place dans les Homélies VII et VIT, relatives à la création des animaux. Elle est parfois d’une certaine étendue, par exemple celle de la migration des poissons (5), pour laquelle Basile fait appel à ses observations personnelles, ou celle des sociétés animales (6) ; le plus souvent brève, réduite à un ou deux traits caractéristiques; elle fait trop de place à ces singularités, parfois

(1) Hom. II, 3.

(2) Ib, 7.

(3) Hom. IV, 5.

(4) Hom. V, 6.

(5) Hom. VII, 4-5.

(6) La vie des abeilles ; Hom, VIII .E,

‘dans la succession des espèces leur ressemblance, jusqu’à :

description est partout ; tantôt commandée par le:

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extravagantes, que Basile est allé puiser à de sources déjà suffisamment indiquées. ‘

Nous étudierons avec plus de précision la langue et le style de Basile, après avoir passé en revue ses principaux

ouvrages. On peut dire que la langue est remarquable-

ment pure pour l’époque ; ; le style, dans les homélies FRERES tout au moins, sans négliger les ornements, n'en use qu'avec une sobriété relative ; celles sur l’ Hexæméron — ainsi que la plupart des autres — ne paraissent pas avoir été revues pour la publication. Elles

ont été, sans doute, soigneusement préparées. Un cer-

tain nombre de traits semblent révéler encore l’improvisation (1).

Les homélies sur les Psaumes. — L'édition bénédictine contient dix-huit homélies sur les Psaumes, dont Garnier, après les avoir soumises à un examen critique,

accepte treize seulement comme authentiques (2). Gré-

goire de Nazianze, qui a parlé avec enthousiasme, dans son Oraison funèbre, de celles sur l’'Hexzæméron (3), ne les mentionne pas expressément ; cependant on doit

admettre, pour des raisons intrinsèques, qu’un certain

nombre au moins sont bien de Basile ; et il est même vraisemblable qu’il avait commenté un plus grand nombre de Psaumes que ceux auxquels celles-là sont rela-

(1) Par exemple Hom. VII, 6, après une série de remarques dispersées, qui ont le ton de la causerie, l’orateur observe que, tandis

qu’il parcourait les merveilles de la création, il ne s’est pas aperçu :

qu’il dépassait la mesure, que le temps avançait, et qu’il convenait de renvoyer la suite au lendemain ; et il met brusquement fin à l’homélie, sans. conclusion générale.

(2) Ce sont celles sur les Psaumes I, VII, XIV, XXXII, XXXIII, XLIV, XLV, XLVIII, LIX, LXI, CXIV, il en rejette deux autres sur les Psaumes XIV et XXVIIT, et celles sur XXXVII, CXV, CXXXII. Maran, qui est plus disposé que Garnier à admettre certains écrits suspects, n’a pas cru pouvoir prendre la défense de ceux-ci. Rufin avait traduit plusieurs homélies de Basile, dont deux sur les Psaumes {I et LIX).

(3) Le passage est fameux ; il est au chapitre zxvir, 1. Les Homélies sur les Psaumes peuvent être comprises dans ce que Grégoire appelle au paragraphe suivant « ses autres commentaires »,

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