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‘Dans cette série d’homélies, Basile fait une part un peu plus importante que dans celles sur l’Hexæméron à l'interprétation historique ou philologique (2). Il essaie
de rendre compte des titres que les divers psaumes
portent dans l'édition des Septante, et d'établir à quelle
situation particulière ils répondent, en faisant appel aux
livres historiques de la Bible (11 Rois, etc.) ; 11 compare les variantes (Ps. XX VIII, 1) ou les versions (Ps. XLIV,
À FAR entre dans des explications de grammaire ou de
style ; cherche à déterminer la nature du genre poétique et musical que représentent les psaumes, et en quoi ils diffèrent du cantique, &ùf Es 2). Il a bien senti l’in-
térêt du livre qui, plus qu'aucun autre parmi ceux de
l'Ancien Testament, a fourni des thèmes et un langage à la piété chrétienne ; le tragique de ces appels, tantôt humbles, tantôt hardis, à la justice de Dieu et à sa puis-
£ sance ; de ces retours sur soi-même et de ces aveux de
la faiblesse humaine ; de cette confiance indéracinable en le Seigneur, qui fait que, du fond de l’abîme, le pécheur ne s’abandonne pas au désespoir. Dans les com-
* mentaires qu’il en donne, on sent un maître de la vie
intérieure, formé par l’expérience personnelle et par l’observation des autres. Tantôt il cherche à éveiller une sorte de dévotion mystique dont une élite seule était capable. l'élite digne de comprendre pleinement ce Psaume XLIV, qu’il appelle le Psaume des parfaits. Tantôt il donne à la majorité de ses auditeurs des conseils de morale plus élémentaire, qu’il tire du texte sacré, par la méthode allégorique, souvent avec beaucoup d’arbitraire Ce XX VIII, par exemple).
(4) Prrra, Analecta sacra et classica. à
. (2) Sur Basile exégète, cf. le livre de H. Werss, Die grossen Kappadozier Basilius, Gregor von Nazianz und Gregor von Nyssa als Exegeten, Braunsberg, 1872, | int
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x Ces homélies, dont la longueur est assez variable et la composition fort libre, ont été très probablement im-
provisées. Maran les date du temps où Basile était encore
prêtre, et son opinion est probable pour la plupart d’entre elles, sinon pour toutes.
Il faut mettre un peu à part celle qui traite du
Psaume XIV, j'entends la seconde de celles qui nous (É
sont parvenues sur ce thème, et la seule qui, selon toute vraisemblance, soit authentique (1). Au lieu de commenter en détail le Psaume entier, Basile s’y attache au verset 5, qui condamne l'usure, et il y interdit non seule- (F. ment ce que nous appelons l’usure, mais le prêt à intérêt. De là l’importance de ce discours, qui a contribué à fonder la doctrine ecclésiastique sur ce sujet. On y peut voir un Fe de la campagne contre la richesse, que Basile 4 menée presque aussi ardemment que Chrysostome, et il contient un beau portrait du riche impitoyable, auquel s’oppose celui du débiteur réduit à une espèce de servitude. Cependant c’est encore plus à ce dernier qu’au premier que l’orateur a surtout l'intention de s’adresser cette fois ; plus encore que la dureté du ‘riche, 1l montre l'imprudence du petit bourgeois ou du petit artisan qui, pour vouloir mener une existence supérieure à ses ressources, se met dans les mains de son créancier et il lui conseille de se contenter d’une vie modeste, en faisant taire sa vanité (2).
‘ {1) Garnier la rejette; Maran l’a défendue ; je suis porté à partager l’avis de Garnier ; l’homélie est traînante et ferait médiocrement honneur à Basile.
(2) Il convient de dire un mot, à propos des homélies exégétiques,
du Commentaire sur Isaïe, dont Maran a défendu l’authenticité, et qui passait pour authentique à l’époque de saint Jean Damascène, mais que ni Grégoire, ni Jérôme ne paraissent avoir connu sous le nom de Basile, C’est une œuvre ancienne, qui a peut-être même pour auteur un Cappadocien (cf. ch. 11), et qui doit être à peu près contemporaine de Basile, puisque l’anoméisme y est présenté comme une hérésie d’origine récente (ch. x). Elle contient de larges emprunts à Eusèbe de Césarée, ce qui déjà ne convient guère à Basile. Ni le style, ni certains emplois de l’allégorie (par exemple au ch. 1v et au ch. v),
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ï Evo KO 7 * PE an à 1 DER 264 LÀ LITTÉRATURE GRECQUE CHRÉTIENNE
Homélies diverses. — Cette homélie nous conduit (1), par une transition aisée, à l’examen de celles qui, quoique faisant toujours usage d’un ou de plusieurs textes sacrés, n’ont pas aussi nettement que les précédentes le carac- tère exégétique ; elles traitent des thèmes moraux ou théologiques ; quelques-unes sont des panégyriques et nous les étudierons à part.
Elles sont, dans l’édition bénédictine, au nombre de vingt-quatre, considérées comme authentiques ; huit sont rejetées dans l’appendice, comme suspectes ou apoeryphes, dont la critique moderne a essayé de réhabiliter deux ou trois (2). Otons-en quatre panégyriques (Barlaam (Or., V); Gordios (Or., XVII) ; les quarante Martyrs (Or., XVIII) ; Mamas (Or., XXIII) ; ôtons aussi la vingt-deuxième, qui est, en réalité, un traité classé à tort parmi les homélies. Le contenu des dix-sept qui restent est de nature très variée. La plus ancienne de
ni la singularité de quelques traditions rapportées (ch. v), ni la tendance très marquée à attribuer au sens des noms propres une importance de premier rang, ni l’abus de la démonologie n’encouragent à passer sur cette difficulté. Il y a assurément quelques points de contact avec les œuvres authentiques, mais qui ne sauraient surprendre dans un écrit de même date et venu du même milieu. Je suis d'accord avec PErau, qui a, le premier, rejeté l’attribution à Basile, et ceux qui l’ont suivi, jusqu’à Bardenhewer, — Cf. DevREESsE, loc. cit.
(1) Elle aurait été classée avec plus de raison parmi celles qui suivent que parmi les homélies exégétiques ; elle a, comme sous-titre, KaTa rüv toxtfévrwy (contre les usuriers) et contient de nombreux emprunts à un traité de Plutarque sur l’usure. x
(2) Usener (Religionsgeschichtliche Untersuchungen, 1?, Bonn, 1911), celle sur la sainte naissance du Christ ; K. Hozr (Amphilochius von Ikonium, Leipzig, 1904), celle contre ceux qui nous calomnient (en disant) que nous parlons de trois Dieux. — Une homélie sur la fin du monde, attribuée à Basile, a été conservée en copte, et publiée par Bupcr, Coptic Homilies in the Dialect of Upper Egypt, Londres, 1910. — Dans la quinzième des vingt homélies que Syméon Métaphraste a composées à la manière de centons, avec des fragments de Basile, on trouve des emprunts à une homélie que nous ne possédons pas, sur le thème que Dieu est incompréhensible. — Rufin a traduit cinq de ces. homélies,
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toutes, la première que Basile, ordonné prêtre, ait préchée, est, en réalité, exégétique (1); celle que les Bénédictins ont classée la troisième a aussi pour thème un mot de l’Écriture, le verset 9 du chapitre xv du Deutéronome, mais en tire assez librement un développement général, dont la première partie est une instruction qui pourrait avoir pour épigraphe, aussi bien que cette parole de l'Écriture, la maxime grecque : Connais-toi toi-même, et dont la seconde tient, en quelque mesure, la place de ce
commentaire de la création de l’homme, qui fait défaut à
l’'Hexæméron pour lui servir de conclusion. Deux ont pour sujet le jeûne (2) ; deux autres, peut-on dire, l’action de. grâces ; car, outre celle qui porte précisément ce titre (le n° IV), la cinquième, qui l’a suivie de près, commence bien par un panégyrique de la martyre Julitta ; mais Basile s’acquitte brièvement d’un devoir que lui impose le jour où 1l parle et qui est celui de l’anniversaire, exprime le regret de n’avoir pu traiter entièrement la question dans l’homélie précédente, et y retourne, dès qu’il le peut décemment, pour en achever l’examen. La vingtième est sur l’humilité ; la treizième sur le Baptême, et spécialement sur le retard que tant de gens, par un calcul de prudence, mettaient alors à le demander, et la vingt-et-unième, où, à l’occasion d’un incendie qui avait ravagé le marché et menacé l’église, il prêche le détachement des biens de ce monde, sont parmi les plus remarquables ; la treizième, surtout, est un modèle de dialec-
tique serrée, d’argumentation pressante, de zèle aposto-
lique. !
Nous insisterons un peu plus longuement sur certaines
(1) Le sujet, commentaire du début des Proverbes, lui avait été. imposé par son évêque, Eusèbe ; elle est remarquable par sa simplicité. Basile qui, après le succès qu’il avait eu à Césarée comme maître de rhétorique, n’avait d’ailleurs pas besoin de se faire connaître, y débute en bon catéchiste, plus soucieux de l’efficacité que de l'effet.
(2) La seconde, que Garnier rejetait, et que Maran admet, me semble, à tout le moins, très suspecte.
est Donne par trois Homélies, la à Ve, sur ce mot se Luc (Évangile, XII, 18) : Je détruirai mes greniers, etc. ; j la VIIe, contre les riches ; et la VIII, à l’occasion d’une fa- mine et d’une sécheresse. Toutes trois sont dirigées contre Ja richesse, ou plutôt contre les abus de la richesse ; car Basile, tout en croyant que la réalisation du parfait faéat chrétien exige le renoncement aux biens de ce monde,
PS
n’exige pas que tous se fassent moines, et ne condamne pas € plus que Chrysostome, en pratique, l'exercice du droit a de propriété. Comme Chrysostome, comme tous les témoins de la vie sociale au rv® siècle, historiens aussi bien que ma prédicateurs, il nous donne l’impression d’une société très dure, où les distances entre les classes sont énormes ; où l'État opprime notables et petit peuple sous le poids (dd impôts fort lourds, où l'aristocratie, maîtresse des A biens fonciers, disposant d’immenses fortunes, s’aban- donne à tous les excès du luxe, sans se douter même qu'ils puissent être coupables et scandaleux ; où les magistrats sont. souvent prévaricateurs et brutaux ; où abondent Îles pauvres, les mendiants, les He incapables de gagner leur vie. L'homme qui a organisé, à côté de sa ville épiscopale, toute une cité de la charité, ne pouvait manquer de faire une place considérable, dans sa prédication, à la condamnation de la cupidité et de l’avarice. Il y a été plus spécialement conduit et comme contraint au temps de la famine qui a ravagé la Cappadoce (368). L'homélie VIII a été directement provoquée par elle ; la VIS et la VII® doivent, selon toute vraisemblance, appartenir à la même période (1).
(1) Voir particulièrement, pour l’homélie VII, la dissertation de À. Drrinc, S. Basilii Magni de divitiis et paupertate sententiæ quam . habeant rationem cum veterum philosophorum doctrina, Munster, 1921.
Les analogies avec Platon ou Plutarque y sont relevées. j
F on y.