‹ Histoire de la littérature grecque chrétienneChapitre 90 sur 200 · FRE · texte numérisé non relu

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| prof des oires: aléniques &), ne le titre exact d’un

petit ouvrage qui a rendu service à deux moments, lors de sa publication, et longtemps après, à l’époque de la Renaissance (2), quand se posa de nouveau pour la

chrétienté la question de l’utilisation de la culture pro- % fane et du rôle qu’elle peut jouer dans l’enseignement. Il n’a plus guère pour nous que cet intérêt historique. Composé pour des neveux de Basile, qui étaient en train

de faire leurs études, il tient assurément de cette destina-

tion spéciale à la fois une certaine fraîcheur qui n’est pas. sans agrément, et sans doute aussi le caractère assez élé-

mentaire qu’il nous semble avoir aujourd’hui. Basile s’est évidemment proposé, en s’adressant à ces jeunes enfants,

de tracer des règles valables pour toutes les familles chré-

tiennes ; mais il n’a nullement posé, dans toute son extension et avec toute sa gravité, le problème des rapports entre la littérature païenne et l’enseignement chrétien.

C’est sans doute qu’en fait il le considère comme déjà

résolu, et il est vrai qu’il avait été pratiquement tranché dès le 11° siècle et au rire. Le début du traité indique du reste suffisamment que ces enfants, à qui Basile semble servir de père et qui n’avaient peut-être plus leurs pa-

rents (3), sont en train de recevoir tout simplement l’éducation traditionnelle : « Ne soyez pas surpris, si, joignant

ma propre expérience aux leçons journalières de vos

. maîtres et à celles des grands écrivains de l’antiquité avec

qui vous entretenez, pour ainsi dire, un commerce habituel

(1) Il a été édité très souvent à part, soit-en France, soit ailleurs. Migne a reproduit l'édition de FRÉMION, qui a consulté vingt manuscrits de la Bibliothèque nationale, publié léurs variantes, accompagné le texte d’une traduction et de notes assez copieuses (Paris, 1819), On peut citer encore les éditions de Sommer (Paris, 1853) et de J. Martin (J/6. 1879), souvent rééditées. Sur les sources de Basile, Bürrner, Basilius des Grossen Mahnsvorte an die Jugend, Munich, 1908).

(2) Les éditions en furent alors très nombreuses. Pour la France, on peut consulter DELARUELLE, G. Budé, Paris, 1907.

(3) Cf. la phrase de l’exorde, mofeïv tobs texdvtac, qui peut viser leur mort, ou tout au moins signifier leur absence,

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par la lecture des ouvrages qu’ils nous ont laissés, je me flatte de pouvoir par moi-même vous donner quelques instructions plus utiles que les leurs » (1). Que reste-t-il alors, sinon de prendre les précautions nécessaires, de faire un choix diligent dans les œuvres des poètes, des historiens ou des orateurs, et d’écarter tout ce qui pourrait gâter de jeunes âmes ? Basile se place à peu près uniquement au point de vue moral ; il ne semble guère apercevoir un danger du côté d’un polythéisme décidément périmé. Après quelques pages d'introduction qui sont celles où la question est serrée du plus près et où se reconnaissent l'élévation de vues et la pénétration coutumières à Basile, il passe à l’examen de la littérature païenne, en commençant par la poésie, et naturellement par Homère, à propos duquel il suit l’opinion que ses poèmes sont d’un bout à l’autre une instruction morale, un éloge de la vertu (2). Peu à peu, il abandonne ces réflexions sur les ouvrages littéraires eux-mêmes, pour se laisser aller au plaisir d’en extraire des anecdotes qui peuvent avoir un profit moral. Son traité devient ainsi un tissu d’historiettes agréablement contées, qui rappelle de très près la manière de Plutarque dans son livre sur la lecture des poètes, et participe beaucoup moins de celle de Platon, quoique Platon y soit assez fréquemment cité ou utilisé. C’est une aimable causerie, où Basile a visiblement souhaité rester à la portée de ses jeunes lecteurs, et à laquelle il est douteux qu’il ait attaché l’importance que les siècles suivants lui ont attribuée. Mais, par. l'esprit assez libéral qui l’anime, ce.petit écrit, qui nous déçoit un peu, n’en a pas moins exercé, aux époques que j'ai dites, une influence bienfaisante. L'introduction suggère qu'il appartient aux dernières années de la vie de

Basile (3).

(1) Traduction Frémion, p. 15.

(2) Ch. rv (des Bénedictins — 1x de Frémion).

(3) Il y parle de « son âge et de l'expérience qu’il a acquise dans les nombreuses situations de sa vie », éd. Frémion, p. 13;

Le traité contre Eunomios. — Le traité contre Eunomios est intitulé : Réfutation de l’Apologie de l’impie Eunomios (1) ; il est sans doute assez antérieur au petit ouvrage que nous avons étudié le premier, non à cause de sa date, mais à cause de son sujet. Il est de 363-4 environ et comprend trois livres ; car le IVe et Ve livres que donnent nos manuscrits ne sont certainement pas de Basile (2).

Eunomios, formé à l’école d’Aétios, Cappadocien d’origine comme Basile, a été le-coryphée des Anoméens (3). Évèêque de Cyzique en 360, et bientôt déposé, il avait publié une Apologie que nous avons conservée, et qu’il importe de résumer, pour qu’on juge mieux de la réponse qu'y fait Basile. Eunomios y apparaît comme un esprit tranchant, un logicien, plus aristotélicien que platonicien,

qui, dans un style concis (4), dégagé de toute vaine parure,

expose froidement son système, en écartant les opinions adverses par une série de dilemmes. Après un exorde assez long sur la calomnie, il donne son Credo en une formule très brève, et reconnaît aussitôt que cette formule, si elle repré- . sente la tradition, a besoin d’être expliquée. L’unité de Dieu, pose-t-il en principe, est établie par l’idée que nous en avons naturellement aussi bien que par la foi. Le caractère principal de ce Dieu unique est d’être inengendré ; être inengendré n’est pas un de ses attributs, c’est son essence même, qu'il ne peut par conséquent partager avec aucun autre. Comment serait-on assez insensé pour

(1) La forme exacte du titre n’est pas sûre ; les manuscrits varient, d’après les indications que donnent les Bénédictins.

(2) Ils ont été attribués à Didyme, notamment par Funx (Kirchengeschichtliche Abhandlungen). Sur la date de l’Apologie d’Eunomios, cf. Drekamr, Byzantinische Zeitschrift, 1909, p. 6 ; et JæcEr, préface du second volume de l’édition du Contre Eunomios de Grégoire de Nysse, p. vit.

x (3) Sur Eunomios, cf. livre VI, chapitre 1, infra. |

(4) Concis et même sec, quoique élégant ; c’est pourquoi NoRrDEN n’a pas tout à fait raison (Anike Kunstprosa, 501) de faire d’Eunomios un disciple d’Isocrate ; ce que dit Grégoire de Nysse (Contre Eunomios, III, tome V, p. 24, éd. Jæcer) ne l’implique pas en un sens aussi général.

1 | , ir VE : 5 # > L 2 LA LITTÉRATURE CRECQUE CHRÉTIENNE

dire que le Fils est l’égal du Père, quand, dans l PAS ® gile de saint Jean (XIV, 28), il dit expressément Jui-même que son Père est plus grand que lui; quand J'Écriture le qualifie de rejeton (ywmua), ïe créa-

Un ture (roue). Il est engendré, il fut done un temps

où il n’était pas ; car il serait absurde de dire qu il était et qu'il naquit. Il n’est cependant pas du même ordre que les créatures, ayant été seul engendré et créé immédiatement par le Père, tandis que tout le reste a été créé après lui et par son intermédiaire. Sa génération n’a rien de commun avec la génération humaine et ne suppose pas l'existence d’une matière, au sens de la philosophie hellé-nique. Cela étant admis, quel inconvénient y a-t-il à le traiter de créature ? Il ne faut pas avoir peur d’accorder les mots avec les choses. Il faut donc blâmer ceux qui consentent bien à dire que le Fils a été fait et créé, tandis que le Père est inengendré et incréé, mais se contredisent ensuite en concédant qu’il y a entre eux similitude quant à la substance (1). On dira, que, s’ils sont différents en tant que l’un est inengendré et l’autre engendré, ils sont semblables par leurs autres attributs (lumière, vie, puissance). Mais nous avons vu qu ’être inengendré d’une part, engendré de l’autre, n’est pas, un attribut, c’est l'essence même. Ni par l’essence, ni par les opérations, le principe inengendré et supérieur à toute cause ne peut être assimilé à l’être engendré et soumis à la loi de son Père. Les prophètes n’ont prêché qu’un seul Dieu, ce qui n’interdit pas que nous appelions le Monogène Dieu (2), à condition d'ajouter que le Père en est la cause. Je passe quelques explications complémentaires, et l’exégèse de quelques paroles de Paul (Coloss. 45, 16). Le compte du Fils étant ainsi réglé, il est aisé de remettre aussi à sa place l'Esprit (ou Paraclet), qui est troisième en dignité et en rang ; distinct du Père qui est le premier et du Fils qui est

(1) Ce sont les Homéens.

(2) I] le faut bien, à cause du 1er verset de l’Évangile de Jean.

son Credo ; il l’appuie sur le verset 17 du chapitre xvi de

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ond ; ; produit par l'opération du M. onogène ne possé-

dant ni la divinité ni la puissance créatrice, mais rempli. 110 d’un pouvoir sanctificateur et instructeur. Tout cela une = = : LES 23 112 EUR fois acquis, Eunomios répète sous une forme plus détaillée :

Mathieu et le 36° du second chapitre des Actes, naturellement aussi sur le texte qui est le recours suprême des Ariens, Proverbes, virr, 22 ; et encore sur 1 Cor., LRU var, 6 ; et Jean, 1, 3. Le Fils n’est ni consubstantiel (homooustios), ni semblable par la substance (homoiou- Re 4 sios); voilà ce qu'il flatte d’avoir démontré aujourd’hui LH à ceux à quiil's’adresse (1), et avec plus de détail dans DS d’autres écrits. Il revendique ensuite fièrement et no- ne: blement le droit de défendre ce qu’il sait être la vérité, contre laquelle ne peut rien une multitude de notables, enr. même si elle ne trouve pour défenseur qu’un homme pauvre. Une troisième formule de Credo, avec un dernier appel à deux des textes cités “Plus haut (1 Cor, 0 | vi, 8 et Proverbes, vu, 22) termine l’Apologie.

Tel est cet opuscule, si précis dans ses affirmations de principe, d’une dialectique si serrée dans ses déductions, et où des conclusions radicales ne s’enveloppent d’aucun voile. L'analyse que j’en ai donnée laisse peut-être percevoir cette élégance un peu nue qui caractérise la formes | il suffit de jeter un regard sur un texte où la traduction Me latine soit placée en face du grec pour deviner à quel point Eunomios recherche la concision ; la traduction dépasse toujours d’un tiers ou d’un quart la longueur de l'original. :

Basile commence sa réfutation, en professant, comme il le fait souvent dans ses homélies, qu’il ne s’engage qu'à contre-cœur dans une controverse théologique. Cependant il espère ou ramener les égarés, ou réconforter ceux qui se sont maintenus dans la bonne voie ;

(1) Littéralement : à vous qui êtes présents, On verra tout à l’heure comment Basile interprète ce passage.

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