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il ajoute, en homme que l'expérience a parfois déçu, que tout au moins il aura fait son devoir. Il rappelle qu'avant Eunomios le Galate (1), il y avait eu Aèce le Syrien (2). Mais Aëce sera réfuté du même coup qu'Eunomios, qui est allé encore plus loin que lui dans le mensonge, l’ignorance, l’insolence et le blasphème. Basile aurait peut-être parlé avec une modération relative des Homéens. Mais l'Anoméisme est la forme extrême du néo-arianisme, et Basile l’a en exécration. Emporté par sa véhémence, il reproche à Eunomios jusqu’au cadre qu’il a donné à son Apologie, en voulant la faire passer pour adressée à un concile, ce qui serait un artifice (3) perfide. Puis, rapprochant de l’exorde, dont il a cité une partie textuellement, cette péroraison où Eunomios proclame que la vérité ne se reconnaît ni au nombre ni à la dignité de ses défenseurs, il s’indigne, avec une ampleur et une ardeur qui font ressortir la sobriété discrète de son adversaire, de cette prétention d’un individu à détenir seul cette vérité, de ce dédain orgueilleux de l’accord des Églises, de l’unanimité de la tradition. Il passe alors au Credo d’'Eunomios, en cite la formule, en lui reprochant d’avouer lui-même qu’elle est trop générale et a besoin d’être interprétée. Il entre ensuite vigoureusement dans la discussion, et, oubliant peut-être un peu qu'un des griefs familiers aux Ariens était que le mot de consubstantiel (homoousios) n’est pas dans l’Écriture, il le blâme de substituer au terme qui convient pour désigner Dieu, au terme de Père, celui d’Inengendré, qui n’est pas scripturaire. Tout cela est éloquent, pressant, d’une belle forme oratoire, mais un peu partial. Basile prend plus décidément l’avantage, quand, soumettant à
(4) I1 semble bien qu'Eunomios était Cappadocien, de la région limitrophe de la Galatie. Basile l’appelle Galate pour sauver l’honneur de son pays natal.
(2) Cf. livre VI, ch. x.
(3) Même si Basile a raison, et si c’est là fiction pure, le crime n’est peut-être pas si grave.
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une discussion serrée les déductions d’Eunomios, il montre que leur rigueur n’est souvent qu’apparente, et que son analyse simplifie beaucoup trop les choses. C’est « pure folie », dit-il, que de mettre l’essence dans l’inengendré, alors qu’à ce compte on pourrait la trouver tout aussi bien dans n’importe quel autre des attributs. C’est abuser des catégories d’Aristote et substituer aux enseignements du Saint-Esprit ceux de « la sagesse des princes de ce monde ». La grande querelle entre Eunome et Basile, c’est, au fond, qu'Eunome, confiant en la force de la raison humaine, croit qu’on peut arriver à définir sans obscurité l’essence divine, et que Basile l’estime incompréhensible. « Pour tout dire, prétendre qu’on a découvert l’essence même de Dieu qui est au-dessus de toutes choses, quelle superbe et quel enivrement ! Voici qu’ils effacent par leur grandiloquence celui-là même qui a dit (1) : « Je poserai mon trône plus haut que les astres », eux qui n’ont pas seulement l’audace-de défier les astres et le ciel, mais qui ont la prétention de pénétrer l’essence même du Dieu de l’univers. Demandons à Eunome d’où il prétend en avoir tiré la conception. C’est, dira-t-il, du sentiment universel. Mais ce sentiment nous suggère l'existence de Dieu, non sa nature. Sera-ce de l’enseignement du Saint-Esprit ? Lequel, selon quelle tradition ? Le grand David, à qui Dieu a révélé les secrets et les mystères de sa sagesse, ne confesse-t-il pas manifestement que la connaissance de Dieu est inaccessible, quand il dit : « J’ai admiré ta science ; j'en ai vu la grandeur ; non, je ne pourrai pas y atteindre (2). » Isaïe, qui a contemplé la gloire de Dieu, que nous a-t-1l révélé de l’essence divine ? lui qui, dans sa prophétie du Christ, profère cette déclaration : « Qui racontera sa génération ? (3) » Et le vase d’élection, Paul, celui en qui par-
A) I, 12. (2) Psaume CXXXVIII, 6.