‹ Histoire de la littérature grecque chrétienneChapitre 93 sur 200 · IT · texte numérisé non relu

IT

0 t> mi « Comme dans un forum de songes, dans une assemblée d’ivrognes, devant un public qui n’écoute ni ne comprend rien de ce qu’on lui dit, tu légifères en toute licence, et tu t'imagines qu’il suffit que tu avances une chose pour qu’elle puisse se passer de toute démonstration (1). » Il soutient ensuite qu’on peut déduire de la thèse que la.

substance du Fils consiste dans la génération des conclu-

sions aussi scandaleuses que de celle qui définit l’essence du Père par l’inengendré. Le grand blasphème d’Eunome, dont tout le reste n’est que le prélude, est dans l’assertion que « la substance du Fils a été engendrée alors qu’elle n’était pas, avant sa propre constitution, mais qu’elle a été engendrée avant toutes choses par le dessein du

Père », phrase où il voit, de la part d’Eunomios, cepen- .

dant si provocant d’ordinaire, un ménagement perfide par lequel celui-ci évite de dire crûment que le Fils a ététiré du néant (2). Il rétablit ensuite la doctrine orthodoxe, notamment par le témoignage de Jean, en son premier chapitre, ce qui lui est une occasion de comparer un peu subtilement les débuts différents des quatre Évangiles et de proposer une explication de ces différences. Eunomios délire : « Ne cesseras-tu pas de dire, 6, l’athée! qu’il n’était pas, celui qui est effectivement, celui qui est la source de la vie, celui qui a donné l’être à tout ce qui est ? (3) » Les démons n’osent pas ce qu’ose Eunomios (4). Basile explique alors le sens de Monogène, et se débarrasse un peu rapidement du fameux texte des Proverbes (vi, 22), en alléguant qu’après tout, 1l est unique dans l’Écriture et tiré d’un livre fort obscur (5). Il discute le rapport du Père au Fils selon Eunome, et répète ce qu’il avait dit au Ier livre sur la prétention de tout comprendre, qui est contraire à la foi chrétienne. Il montre, dans un

(4) Ils reconnaissent, selon les Évangiles, le Fils de Dieu,

(5) 11 en reprend d’ailleurs plus bas l’examen plus attentivement.

morceau particulièrement vigoureux et brillant, comment la parole : « Lumen de lumine » est une gêne pour Eunome (1), et comment Eunome rompt avec tous les théologiens qui l’ont précédé, pour s'ouvrir une voie inconnue qui, selon lui, mène à Dieu. Il le met en contradiction avec lui-même, et déclare, en entamant un nouveau sujet, qu'à part Montan, personne n’a blasphémé comme Eunome contre l'Esprit. Cela le conduit à son II® livre, qui traitera du Saint-Esprit.

Le Saint-Esprit, dit Eunome, est troisième par la dignité, par le rang, par la nature. C’est cette dernière assertion que Basile s’applique à réfuter, par des considérations tirées de la nature des anges (différents par leurs emplois, non par leur nature) (2). Son argumentation tend à prouver que les deux. premières différences (dignité et rang) n’entraînent pas la troisième : nature. Elle aboutit à un morceau éloquent : « Puisqu’il y a deux sortes de choses, la divinité et les créatures, le pouvoir et la dépendance, la puissance sanctificatrice et ce qui est sanctifié, l’être qui possède la vertu par nature et celui qui agit bien par décision volontaire, dans quelle catégorie placerons-nous l'Esprit ? Dans ce qui est sanctifié ? Mais il est la sanctification même. Sera-ce parmi les êtres qui acquièrent la vertu par leurs bonnes actions ? Mais il est bon par nature. Sera-ce parmi ceux qui exercent un ministère ? Mais il y a d’autres esprits ministres qui sont envoyés en service... » On voit le thème et le mouvement. Basile examine ensuite un certain nombre de textes scripturaires ; il s’indigne qu'Eunome exclue de la divinité l'Esprit, par lequel « la divinité est en nous ». Il rappelle la formule du baptême ; il rétorque, une fois de plus, la prétention d'Eunome à tout con-

(2) Basile expose très nettement à ce propos la croyance à une caté-

gorie d’anges préposée à la garde des nations, et à une seconde, préposée à la garde de chaque individu (ch. 1).

naître, alors que nous ignorons tant de choses de la nature même, et non pas seulement de la divinité. Il discute certains des textes invoqués par son adversaire, et termine par ces mots : « Et que personne ne pense qu’on supprime l’hypostase en niant que le Saint-Esprit soit une créature. Il convient, en effet, à un esprit pieux de craindre d'appliquer au Saint-Esprit des termes que l’Écriture n’a pas employés, et d’être convaincu que nous devons attendre le siècle à venir pour nous familiariser avec lui et en avoir une exacte intelligence ; nous l’aurons, quand, ayant dépassé le degré où l’on voit la vérité à travers un miroir et comme une énigme, nous serons jugés dignes de la contemplation face à face. »

Les deux livres qui suivent dans nos manuscrits révèlent, au premier coup d’œil, leur origine apocryphe par la différence du ton et du style. Après un essai de discussion dialectique fort abstraite et fort sèche, ils consistent en un examen de textes de l’Écriture, le IVe sur le Fils, le Ve sur le Saint-Esprit.

Traité du Saint-Esprit (1). — Si le concile de Nicée, en proclamant l’homooustios, avait donné son expression définitive à la doctrine du Fils, sa formule sur le Saint- Esprit était restée vague. Dans les années qui suivirent, on ne pouvait manquer de s’en apercevoir (2). Fallait-1l employer aussi pour la troisième personne de la Trinité le terme consubstantiel ? Fallait-il appeler l'Esprit Dieu (%ecs) ? Le mot même de Trinité, que Théophile d’Antioche semble avoir employé le premier (3) et que tout le monde employait maintenant, et la formule du Baptême, d’où la notion était issue, semblaient bien impliquer l'égalité des trois personnes. Mais il restait à la proclamer sans ambages, et il était instant de le faire ; car, à mesure que l’orthodoxie nicéenne tendait à l’emporter

. (4) Bonne édition spéciale de C. E. H. Jonsron, Oxford, 1892.

(2) Voir le bon abrégé de Ducnesxe, H. de l'Église, 11, p. 367 et suiv.

(3) CÊ. tome II, p. 211.

Page 1