‹ Histoire de la littérature grecque chrétienneChapitre 99 sur 200 · SAINT BASILE. CORRESPONDANCE OU · texte numérisé non relu

SAINT BASILE. CORRESPONDANCE OU

est plus véhément encore peut-être, et d’un art aussi achevé (1).

’édition de Migne contient 366 lettres (2). Mais il faut en retirer un certain nombre qui sont certainement apocryphes. On trouvera dans le livre de l'abbé Bessières la mention de toutes celles que la tradition suffit à rendre suspectes. Nous signalerons seulement trois groupes qui sont faits pour attirer l'attention. Le recueil comprend une correspondance entre Basile et Julien deux lettres de Julien (XL, XLI), et une lettre de Basile (XLII). La première lettre de Julien paraît avoir été introduite dans la collection par suite d’une confusion ; elle s’adresse à un autre Basile. La seconde et la réponse de Basile sont manifestement des faux. La correspondance avec Apollinaire (CCCLXI-CCCLXIV) n’est pas plus digne de confiance (3) ; elle provient probablement des faux commis au moment de la querelle entre Basile et Eustathe de Sébaste. Que faut-il penser de celle avec Libanios, qui doit avoir pour l’histoire littéraire, si elle est authentique, un vif intérêt ? Elle ne comprend pas moins de 25 pièces (4), et nous a été transmise à la fois par les manuscrits de Libanios et par ceux de Basile. Tillemont l’acceptait ; Maran la rejetait ; Otto Seeck a essayé, de nos jours, de la réhabiliter (5). Il est difficile de se prononcer, tant qu’on s’en tient à des arguments intrinsèques. L’étude de la double tradition

(1) Voir notamment le $ 4.

(2) Celle des Bénédictins en avait 365 ; À. Mar en publia une nouvelle que Migne a reproduite ; MErcart (Studi e Testi, IT) en a publié une autre, dont l’authenticité est discutée.

(3) Cf. Loors, p. 74 et Bessières, P. 161.

(4) Les 25 lettres ne se trouvent toutes réunies que dans un seul manuscrit, le Vaticanus 83 de Libanios.

(5) O. Seecx, Die Briefe des Libanios, T. U., neue Folge, XV, 1906 : P. Maas, Sitzungsberichte de l'Académie de Berlin, 1912 ; A. Lause, De litterarum Basilii et Libanu commercio, Breslau, 1913 ; —tome IX de l'édition de Libanios par Fœrsrer (préface). Il est vraisemblable que Basile et Libanios se sont connus à Nicomédie

(Bsssières, loc, cit.):

914 a LA LITTÉRATURE GRECQUE C! ÉTIENNE HU (Libanios et Basile), telle que l’a faite l’abbé Bessières,

” semble pouvoir aider à porter un jugement plus positif ;

elle nous invite à sacrifier un certain nombre de pièces

et à en conserver quelques-unes. Parmi ces dernières

serait d’abord la lettre de Libanios (CCCLVIIT, dans la

correspondance de Basile), écrite en l'année 356, qui

nous montre Basile, avant d’avoir rompu avec le monde, acceptant de suppléer le rhéteur Alcimos. Il faudrait y joindre les lettres CCCXXXV-CCCXLVI qui dateraient, le n° 345, de l’année 358 ; les n° 343-344 de 362 ; les n°8 335-342 de la période 365-370. Ces lettres se rapportent à l'envoi par Basile à Antioche de jeunes Cappadociens qu’il présente à Libanios, dont ils veulent suivre l’enseignement. Celles de Basile sont donc ce que

les anciens appelaient des émorolai ovorarmai (lettres de recommandation), et celles de Libanios des lettres de

remerciement. Si élles sont vraiment authentiques les unes et les autres, il y a un vif intérêt à voir un grand chrétien, qui n’était pas encore évêque, mais qui était déjà prêtre au moment où il écrivait au moins quelquesunes d’entre elles, envoyer des disciples à un païen aussi décidé que le fut Libanios. Il n’y en a pas moins à entendre Libanios louer, comme il le fait, l’éloquence de Basile, et déclarer, par exemple, dans la lettre CCCXXXVIII qu'après la lecture qu’il a faite, dans son cercle, de celle qu’il vient de recevoir, il s’est écrié : « Je suis vaincu... mais c’est Basile qui est vainqueur. Il est mon ami ; aussi je me réjouis. » Ce ton peut assurément éveiller le soupçon qu’une telle correspondance a été forgée pour glorifier Basile, en montrant le plus grand des orateurs profanes s’inclinant de lui-même devant sa supériorité (1). Toutefois, l’exagération des compli-

(4) Il faut ajouter qu’on peut faire certaines réserves sur les déductions de l’abbé Bessières, relativement aux garanties fournies par la

traduction manuscrite pour les lettres 335-43. Il admet qu’elles fai-

saient partie du premier recueil, celui de Grégoire de Nazianze ; or

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