‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 15 sur 45 · Voy. ci-dessous un fragment de Sapho · texte numérisé non relu

Voy. ci-dessous un fragment de Sapho

des cérémonies, les unes sacrées, les autres profanes, dont on voit encore la distinction au dernier chant de Tlliade, là où s'accomplissent les funérailles d'Hector. Toutefois il ne faudrait pas prendre ce qui se trouve dans les épopées comme une image exacte de ce qui avait pu se faire au temps des hymnes. Quand le sacerdoce n'avait pas une existence séparée, quand le poète était en même temps prêtre et père de famille, l'hymne funèbre était chanté par quelque parent au moment où s'accomplissaient la levée du corps, l'enterrement ou la crémation. On peut voir à ce sujet dans le Vêda un hymne récité en l'honneur d'un guerrier mort ; ce chant, qui est très beau, fait connaître les différents actes de l'inhumation.

C'est avant la cérémonie funèbre, ou entre les actes divers dont elle se compose, qu'avait lieu chez les Grecs le pleur ou lamentation. Les femmes prononçaient tour à tour des paroles rhythmées, accompagnées d'une sorte de chant ou de cstntilène lugubre : elles se reprenaient l'une l'autre, et finissaient par pousser toutes ensemble cette lamentation dans une sorte de chœur. Les funérailles d'Hector dans l'Iliade peuvent indiquer ce qui se pratiquait aux temps homériques; mais il y a des tragédies, par exemple celle des Perses et celle des Sept Chefs, qui semblent reproduire l'antique usage d'une façon plus exacte encore *.

On voit par ce qui précède qu'il y aurait lieu de distinguer V hymne funèbre proprement dit et le thrène, c'est-àdire la partie liturgique et la partie extérieure et populaire des cérémonies funèbres : la première, qui est l'œuvre poétique vraie des temps primitifs, resta dans les san-

1. Il existe au Musée archéologique d'Athènes un vase archaïque représentant les funérailles d'un guerrier, le char, la famille, les compagnons d'armes et les pleureuses s'arrachant les cheveux.

ctuaires et appartint pour ainsi dire au sacerdoce, quand celui-ci fut représenté par une classe d'hommes distincte dans la société hellénique ; la seconde se transmit dans le peuple, et c'est elle qui paraît dans la poésie épique et dans les œuvres dramatiques des temps postérieurs. Cette distinction répond à celle que nous avons faite plus haut à l'occasion des cérémonies nuptiales, et prouve que dès l'origine les populations grecques avaient une tendance à s'affranchir des formes liturgiques et à créer cette poésie laïque et libre qui devait peu à peu se substituer à la poésie primitive. Que celle-ci ait existé à l'origine de ces populations, c'est ce que prouvent. et les traditions grécoasiatiques analogues à la légende d'Orphée, et les témoignages de beaucoup de chantres védiques parlant d'une poésie très antique antérieure h la période indienne qu'euxmêmes représentent. Quant àl'autre, l'usage dupleur funèbt'e et celui du chant joyeux d'hyménée en ont prolongé la durée jusque dans les temps historiques.

Le j^éan, Traiàv, ne fut aussi sans doute, à son origine, qu'un chant sacré faisant partie du rituel relatif au culte d'Apollon et de Diane. Ce chant passait pour originaire deCrète. Il y eut une classe de poètes qui portaient le nom de péanistes et dont la fonction était de composer des péans. Le mythe d'Apollon est primitivement un mythe exclusivement solaire, celui de Diane procède de la Lune et de ses mouvements dans le ciel. Les fonctions naturelles du Soleil ne se rapportent pas seulement à la lumière, mais aussi à plusieurs phénomènes météorologiques et terrestres, dont quelques-uns font partie du développement de la vie, de sa production, de sa destruction. Si l'on voulait trouver dans le Vêda des hymnes ayant quelque analogie avec ce que durent être les péans primitifs, il les

faudrait chercher parmi ceux où Ton chaule Indra ou Yishnu. Il paraît certain du reste que le péan fut dès l'origine un chant de triomphe : on y célébrait les victoires d'Apollon sur les forces de la nature ou sur les monstres, par exemple celle qu'il remporta sur Python, qui n'est autre que TAhi védique, ennemi d'Indra et symbole du nuage obscur.

Plus tard le nom de péan fut employé pour désigner un ch^nt de vi ctoire en l'honneur d'un dieu quelconque, pourvu que l'action de ce dieu fût bienfaisante. Il n'y a cependant aucune raison philologique de croire que le mot Tcatàv dérive de ttouo qui signifie frapper, ni même qu'il ait sa racine dans la langue grecque ; car la syllabe irai n'est pas une forme primitive et procède d'une forme plus simple, qui serait ;?i; celle-ci veut dire en sanscrit (comme en grec et en latin) boire, absorber; et le mot pâyu est, dans le Yêda, un des surnoms du Soleil et de la divinité qui le représente ; il exprime la vertu absorbante de ses rayons qui attire les vapeurs, dissipe les nuages et assure ainsi son règne triomphant au milieu du ciel serein.

L'usage d'employer le mot péan, en dehors môme du culte d'Apollon, s'étendit encore ; on en fît un terme commun par lequel on désigna un chant de victoire quel qu'il fût : ainsi le retour d'Agamemnon est célébré par un péan ; la rentrée d'Oreste dans Argos l'est aussi, quoiqu'il n'y ait pas ici de bataille, ni de victoire proprement dite. Toutefois le péan ne fut jamais simplement un chant de joie ; il supposa toujours quelque succès remporté et par conséquent une lutte soutenue ; d'ailleurs Péan était Apollon luimême ; tous les Grecs le savaient, et, quand ils donnaient ce nom à un chant, celui-ci avait un caractère religieux ^ C'est ce que nous pouvons observer jusque dans les temps

r,0 SECTION PREMIÈRE

historiques, où le péan fut chanté, même avant la bataille, par les Grecs s'encourageant au combat et se présageant la victoire. Les poètes qui se donnaient pour rôle de composer des hymnes de guerre recevaient le nom de péanographes ; mais ces chants ne faisaient plus partie d'aucun rituel et n'avaient conservé aucunement le caractère liturgique des anciens péans.

Linos , Afvoç, selon la légende, était fils d 'Apollon et ff yjfanie et maifrpf d'Orp^^^ e t d'Hcrcul e ; vainqueur de ce dernier sur la cithare, il fut tué par lui, et son nom devint celui d'un chant célèbre, le linos. Selon un autre récit, Linos était un beau berger de l'Argolide qui fut dévoré par des chiens sauvages. Il est possible que la légende de Linos ait été primitivement un mythe solaire, comme permettent de le penser ses rapports avec les mythes d'Apollon, d'Uranie, d'Hercule et d'Orphée, et que le chant qui portait ce nom fût l'hjmne de l 'automn e et d e l'sirr ivé^^^^j^uieg^ur le bouclier d'Achille, un jeune vendangeur chante le linos.

Il y avait une vigne bien garnie de raisin, belle, en or; les grappes étaient noires; elle était soutenue par des échalas d'argent. Autour, il fit un fossé en métal noir et une palissade en étain. Il n'y avait qu'un sentier, où allaient les porteurs pour vendanger la vigne. Des filles et des garçons aux idées tendres portaient le doux fruit dans des paniers tressés. Au milieu d'eux un jeune homme jouait amoureusement de la cithare ; d'une voix flûtée il chantait le beau Linos. Eux , frappant la terre en cadence, le suivaient en l'accompagnant de leur chant et de leur cri. (//., xvni, 561) ».

1. Le pressoir se nommait at^v^;; c'est une sorte de panier dans lequel un vendangeur foule les grappes sous ses pieds. On appelait Xtivata la fête des vendanges et AT^vatoç Bacchus lui-même. Le mot XCvoç peut avoir eu le même sens, quoique avec t bref et venir de la

Un fragment d'Hésiode, cité par Eustathe, parle du linos comme d'un refrain que les citharistes exécutaient dans les chœurs de danse et dans les festins. Ces deux citations de poèmes antiques n'indiquent pas que ce chant eût le caractère de la tristesse ; mais il pouvait respirer une sorte de mélancolie, expriméepar les mots homériques IjjLSpoev xiOàptÇs.

Il n'est pas démontré que le linos fût le même chant que Vailinos^ aî^tvoç, et Yialémos ; ces mots indiquent certainement un jxlc^injugubre , peut-être même i&uiôJMpe. L'expression « dis ailiné » est la forme ordinaire de ce refrain, qui se réduit ainsi à une sorte d'exclamation et ne saurait être considéré comme un hymne. Eschyle, qui suit avec une exactitude scrupuleuse les traditions antiques, emploie cette formule comme expression de la douleur causée par la mort d'une personne chère. Moschos, en sa qualité de poète érudit, comme l'étaient tous ceux de son temps, l'a renouvelée dans son morceau célèbre sur la mort du poète Bion, son ami ; et il l'emploie aussi comme refrain d'un chant funèbre. Mais, si Tailinos a été originairement le même que le linos ou s'il en est un débris conservé dans les usages de la poésie grecque, on voit que, dans les temps nouveaux, il n'avait plus aucun caractère liturgique. Du reste son antiquité est établie non seulement par la légende de Linos, quelle qu'elle soit, mais aussi par ce fait si simple que le motXtvo<;n'a pas son explication étymologique dans la langue grecque, non plus que les mots aUivoç, IàXe[j.o<; et olxoXtvof;, et qu'ainsi tous ces termes furent en usage chez les ancêtres des Grecs avant que ceux-ci fussent arrivés dans les pays où ils se sont fixés.

racine H, liquéfier ; part. pass. lîna. Il y a dans le Vêda (I, 28) un hymne sur le pressurage.

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