‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 17 sur 45 · NOTIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

NOTIONS GÉNÉRALES

La période des hymnes n'a rien laissé d authentique ; celle des épopées a laissé deux grands monuments, riïi ade^ e t VOdyssée , et un certain nombre de fragments épiques

d'une grande valeur; de plus, on peut rattacher à l'épopée les deux poèmes qui nous restent d'Hésiode, quoique leur sujet ne soit pas épique dans le vrai sens de ce mot. De l'aveu de tous les historiens, Hésiode est postérieur à l'Odyssée, TOdysséejest postérieure à l'Iliade. Quoique celleci ait été probablement précédée d'essais épiques, comme elle est le plus ancien monument connu de la poésie grecque, on peut la considérer comme le premier modèle de toutes les épopées occidentales. Depuis l'Iliade les œuvres épiques se sont succédé pour ainsi dire sans interruption : après la grande période de production qui a précédé les temps historiques de la Grèce , une suite de chantres homériques a été répétant les œuvres anciennes sous le nom de rhapsodes; il y en avait encore de très renommés ail tempsïïTPlaton. A ces récitations des rhapsodes a succédé immédiatement une nouvelle période de production épique , faisant partie de la littérature alexandrine. Les -maîtres alexandrins ont instruit les épiques romains, et notammenr^Yirgile auquel ils ont servi de modèles. Par Lucain , Stace et les autres imitateurs latins de l'épopée grecque, la série se prolonge jusque dans les premiers temps du moyen âge. Ici commence cette longue liste des épopées occidentales connues sous les noms dé romans et àQ chansons: quoique imitées du latin, duquel elles avaient reçu leur forme, elles avaient pourtant une certaine originalité due à la nature des sujets qu'elles traitaient. Une connaissance plus juste de l'œuvre de Virgile fit naître, au sortir du moyen âge, Dante, Tasse, Arioste, et plus tard Milton : enfin l'étude directe des épopées helléniques exerça sur les œuvres épiques des Français, des Allemands et des Anglais modernes une action prépondérante. La forme épique s'est donc transmise depuis l'Iliade

chez les peuples occidentaux appartenant à la race aryenne. Et comme d'un autre côté on la trouve aussi chez les Perses anciens ou modernes et surtout dans Flnde, où elle a reçu son plus grand développement, on peut dire qu'elle est dans le génie même de notre race et répond à un des besoins les plus permanents de notre esprit. Il faut ajouter qu'elle est étrangère aux autres races humaines, puisqu'elle n'y a fait naître quelques œuvres que par imitation et sans qu'il y eût chez elles aucun besoin national ou populaire qui poussât les poètes à les produire. La vieille Egypte nous a pourtant laissé quelques compositions épiques , telles que le poème de Pantaour sur Sésostris.

Ce qui caractérise les épopées , dans leur fond , c'est le m erveilleux et l^^éW feP^- Le merveilleux n'est pas une machme poétique, comme on l'a cru longtemps, mais simplement l'intervention dans les choses terrestres d'une puissance supérieure et divine. La notion de providence ne constituerait pas à elle seule le merveilleux poétique, parce que la providence agirait par des lois universelles et ne s'écarterait jamais de Tordre du monde. Mais si Ton symbolise une puissance surnaturelle quelconque sous des formes et avec des attributs définis , et si on lui prête des actions locales qui puissent, en apparence du moins, s'éloigner du cours ordinaire des choses, ces actions mêmes ont un caractère individuel et leur développement dans la poésie constitue le merveilleux. Les dieux, les démons, les saints, les anges, les magiciens, les devins, sont, suivant les époques, les représentants du merveilleux dans les épopées. Chez les modernes et en général chez les peuples qui admettent l'unité de Dieu , les personnages que nous venons de nommer tiennent de l'Être suprême le pouvoir surnaturel qu'ils exercent dans les poèmes. Chez les

anciens, les dieux sont comme des forces naturelles sous l'empire desquelles se produisent toutes choses ; il semble donc qu'ils ne devraient jamais agir que conformément à la nature. Les choses merveilleuses dont ils sont les auteurs prouvent qu^ils sont supérieurs à ces forces naturelles et que celles-ci n'agissent qu'en sous-ordre dans des événements dont les dieux sont les véritables auteurs. C'est pour cela que, dès les temps les plus reculés, les Grecs et tous les peuples aryens ont fait d'eux des personnes et leur ont généralement donné la forme humaine ou du moins les formes de la vie. Celui qui ne comprend pas que telle est la nature des dieux ne peut s'expliquer ni l'art antique ni le merveilleux dans la poésie, qui reposent l'un et l'autre sur cette idée.

Les héros sont les personnages propres de l'épopée. Ce sont des hommes d'une nature supérieure, en bien ou en mal. Nous verrons plus bas quels liens ont les héros grecs avec la société des temps épiques et avec les traditions religieuses. Nous ferons seulement remarquer ici qu'une épopée sans héros n'existe pas : la supériorité de leur nature fait d'eux des représentants de l'humanité, dont ils possèdent les vertus ou les vices d'une façon éminente. Le courage n'est pas une condition nécessaire pour être un héros épique : il existe des qualités qui ne supposent pas le courage ou qui même l'excluent ; pour être un héros il suffît de posséder une d'elles à un degré supérieur* Si l'héroïsme n'était que la bravoure ou s'il la supposait toujours, le poète épique se priverait de beaucoup de personnages intéressants , que la société de son temps lui offrirait; parmi les femmes, la vaillance n'est pas une vertu commune, et cependant les femmes des temps épiques appartiennent à la société héroïque au

même titre que les hommes. Les dieux non plus ne sont pas tous également bons et braves : les qualités supérieures des héros les rapprochent des dieux, auxquels ils tiennent d'ailleurs le plus souvent par leur naissance. Ce double monde épique est par sa nature essentiellement idéal : les dieux, parce que le monde idéal est peuplé par eux; les héros, parce qu'ils sont des types humains que leur constitution physique et morale aussi bien que leur urigine rapproche des dieux.

Un acte qui s'accomplit entre des dieux ou entre des héros peut constituer le fond d'une épopée. Les épopées grecques , qui se passent dans ces deux mondes à la fois , doivent être envisagées de ce double point de vue : car la société des héros, tels qu'ils s'y présentent , n'est autre que la société grecque des temps épiques ; et ce qui est dit des dieux, les actions qu'on leur prête, indiquent l'état des croyances religieuses dans cette société.

Mais ces questions générales sont précédées de trois autres, dont aucune n'est encore complètement résolue et qui peuvent s'énoncer ainsi : en quels lieux furent composées les épopées grecques, en quels temps, jîar quels auteurs ? Réunies , ces trois questions se résument en une seule , celle de l'authenticité. La question de la fin sera : qu'y a-t-il de réel dans les épopées ?

LIEUX ou PURENT COMPOSÉES l'iLIADE ET l'oDYSSÉE

L La LANGUE. — L'examen des dialectes employés dans ces deux poèmes n'établit pas une différence entre les pays où ils furent composés. Leur simple lecture prouve qu'aux temps épiques les dialectes grecs avaient déjà pénétré

les uns dans les autres et s étaient en partie mêlés. Les formes des mots sont sensiblement les mêmes dans Flliade et dans l'Odyssée; tout au plus y a-t-il quelques traces de Téolien dans la première. Cette différence est même discutable ; elle ne s'aperçoit que par une étude approfondie des deux poèmes. D'ailleurs elle s'expliquerait assez bien par la différence des deux sujets, dont l'un est une guerre sur le continent d'Asie, l'autre une navigation et une lutte domestique accomplies par des hommes de race ionienne.

Quand même les dialectes différeraient assez pour que l'on crût devoir en conclure que les poèmes appartiennent à des pays séparés, on n'en ^urrait pas tirer une conséquence bien sérieuse, puisqu'il faudrait d'abord établir que tel dialecte était parlé dans tel pays grec : or les poèmes épiques sont les seulî^ monuments que l'on puisse consulter sur ce sujet. On fail donc ici un cercle vicieux, à moins que les poèmes ne déclarent qu'en effet on ne parlait pas la même langue dans les divers pays où ils se passent ; ce qu'ils ne font pas.

Mais il y a entre les deux épopées grecques une différence de langage beaucoup plus importante que celle des dialectes et provenant du développement des idées qui s'est opéré d'un poème à l'autre. L'Iliade ne renferme qu'un très petit nombre de termes abstraits exprimant des idées générales ; l'Odyssée en renferme un grand nombre ; les uns énoncent des notions morales , les autres des doctrines métaphysiques, quelques-uns même des faits sociaux et des relations qui ne paraissent aucunement dans l'Iliade. Ce contraste des deux langues peut être aisément constaté par l'examen, même superficiel, des Lexiques où tous les mots des épopées se présentent dans leur

ordre alphabétique. Mais il indique une différence entre les dates des poèmes et non entre les lieux où ils furent composés.

IL Le théâtre des événements. — Nous voyons, par des exemples modernes très nombreux , qu'un même homme peut écrire des poèmes dont les actions se passent dans des pays divers. 11 se pourrait donc que Tlliade et rOdyssée eussent été faites dans une contrée qui ne serait ni l'Asie Mineure ni les Iles ioniennes, en Grèce, par exemple, ou dans quelque île de la mer Egée. Toutefois, la description plus ou moins précise d'une contrée indique que le poète y a séjourné plus ou moins longtemps : les descriptions erronées , qu'il n'y a pas été ou qu'il ne l'a pas assez observée, et qu'enfin il ne l'a pas sous les yeux ; les descriptions fantastiques , qu'il ne la connaît que par ouï-dire et ne la voit qu'à travers des récits enthousiastes ou mensongers. En suivant cette méthode d'examen, on peut réduire de proche en proche l'espace où se meut l'esprit du poète pendant qu'il fait son œuvre.

Or dans l'Iliade les pays méditerranéens situés au midi, à l'est et à l'ouest sont à peu près inconnus du poète; on nomme la Crète, la Carie, Sidon et les Éthiopiens; mais il n'y a pour tous ces lieux aucune description, aucun fait précis. La Grèce proprement dite paraît peu connue de l'auteur : les pays à l'ouest de la Troade, pays d'où viennent les Grecs, mais qui sont séparés d'elle par la mer, ne donnent lieu h aucune description, même là où des légendes de cespays sont racontées; le poète n'ajoute à leur nom que ces épithètes caractéristiques qui courent de bouche en bouche , et souvent même les épithètes les plus générales et les moins significatives. Au contraire,

la côte d'Asie Mineure est décrite avec des détails précis , locaux , qui indiquent une connaissance spéciale des lieux et un séjour prolongé : Lesbos, le Tmôlos, le lac Gygée, l'Hyllos, THermos, le Gaïstre avec les animaux qui Thabilenl, ont été vus et étudiés de près par le poète. Il en est surtout ainsi du pays de Troie et des régions qui l'avoisinent : la plus grande exactitude règne dans ces descriptions. J'ai séjourné dans la plaine de Troie, et ce que dit le poème homérique d'Ilion et de son site, des collines, des rivières , du rivage aplani, de la rade entre les deux promontoires, de Ténédos et des sommets lointains de la Samothrace, d'imbros et des monts de la Thrace, s'est trouvé à mes yeux parfaitement véridique. Les descriptions qui concernent Tlda prouvent de même une connaissance exacte de ces lieux. Qnp,^^ donc penser que rilia^ a été çoBQipglè^ i^iyajgej. de l' A si^^ Mineure,

non Jgj^^l^ e , ^' ffgllespont . ou dans quelqu'une des îles qui bordent ces rivages.

Dans rOdyssée, le lecteur distingue deux sortes de contrées, les unes fantastiques, les autres réelles. Les premières sont plus ou moins éloignées de la Grèce et paraissent aux limites de la navigation du temps ; on n'y va que par mer. Telles sont les îles d'Éole, de Calypso, de Gircé, du Soleil, la contrée des Gyclopes, celle des Cimmériens, l'Ile d'iEa, qui est peut-être la Sicile presque méconnaissable, La situation astronomique de ces pays est indiquée de la façon la plus vague et placée à l'ouest, sauf le pays des Gimmériens, qui est au nord et où s'accomplissent les plus étranges prodiges. Parmi les pays réels, ceux qui sont les mieux Connus et les mieux décrits dans rUiade sont presque ignorés dans l'Odyssée î le Bosphore est confondu avec le détroit de Sicile, et les Syrtlplégades

avec les roches de Charybde et de Scylla. L'Olympe n a plus aucune réalité : dans Tlliade, c'est bien TOlympe de Bithynie, qui domine le Bosphore, FHellespont et toute la partie nord-ouest de l'Asie Mineure ; sa réalité est complète; dans rOdyssée, c'est une montagne idéale, dont la situation n'a rien de fixe, dont l'existence est impossible et qui ressemble de tout point à l'Olympe du poète latin Lucrèce. Le paj^s de Ti:oie est pr^aflUfe iuftftaftH, ainsi que la côte d'AsjejJ[es lieux circonvoîsins ne sont nommés qu'à l'occasion de certains cultes célèbres dans tout le monde ancien, Lemnos à propos de Vulcain et de ses forges, la Thraceà propos de Mars. Il faut donc chercher ailleurs le pays où fut composée l'Odyssée.

En avançant vers l'ouest, on rencontre l'Eubée , qui est présentée comme lointaine. Mais bientôt on arrive à des pays que le poète a certainement vus. C'est d'abord Thèbes, Orchomène, la Béotie, le Parnasse ; dans le Péloponèse, Argos, Lacédémone, l'Érymanthe, le Taygète, Pylos, le cap Malée et ses courants redoutables ; toute la côte i^llfifiLdfl Ifti.p^ninfinl^ ^* de la fir^ffi fiiLtflÉiritftJtyft fV 'M^^c exactitude scrumilÊiise, ainsi que les îles qui l'avoisinent, et avant tout celle d'Ithaqu e, qui est le centre d action de tout le poème.

III. L'orientation. — Suivant le lieu où se trouve le poète, les phénomènes généraux de la nature ont une certaine direction qui peut se retrouver dans son œuvre. Il n'y a presque rien à conclure des levers et des couchers du soleil, qui dans l'un et l'autre poème présentent la mer à l'horizon : la fiction très antique de l'Océan considéré comme un fleuve qui entoure la terre fait que, même au milieu d'un continent, un poète grec pourrait enc(»re nous

montrer le soleil se levant et se couchant dans les eaux. Mais il n'en est pas de même de la mer. Dans l'Odyssée, les vagues viennent de l'ouest, sans exception; la mer est vue à l'ouest dans tous les endroits où le poète parle en son propre nom, sans tenir compte de la situation épique des personnages ; dans ce dernier cas, elle est partout. Dans l'Iliade, la mer est poussée au rivage par le Zéphyre, mais elle l'est souvent aussi par Borée, phénomène qui a lieu dans la Troade, mais qui est inconnu sur les côtes ouest de la Grèce. La neige, décrite parle poète de Tlliade comme un phénomène habituel, est représentée venant de l'Olympe, poussée par le vent du nord, ainsi que la tempête qui montre les montagnes de Thrace à l'horizon, tandis que dans l'Odyssée elle vient d'une haute mer sans rivages.

IV. Les comparaisons. — Toutes les indications qui précèdent concordent et semblent fixer le lieu où fut composée l'Iliade, vers les côtes ouest de l'Asie Mineure, non loin de la Troade, et peut-être, en partie du moins, dans la Troade elle-même. Le poète de l'Odyssée semble avoir habité les îles ioniennes ou les rivages grecs qui les avoisinent. Toutefois, comme en définitive un poète peut toujours prendre pour point de vue les lieux où se passent les événements, aucune des raisons que nous venons d'énumérer n'est absolument décisive. Il n'en est pas de même des comparaisons, où le poète s'adresse pour son compte à ceux qui l'écoutent et qui sont prises des objets qui leur sont les plus familiers. Or les comparaisons de l'Iliade offrent avec celles de l'Odyssée le contraste le plus saisissant. Dans le premier de ces poèmes, les images les plus ordinaires sont tirées du lion, animal asiatique qu'aucune tradition antique ne nous montre en Europe (si ce n'e§t

celle du lion symbolique de Némée, tué par Hercule) et dont les naturalistes n'ont rencontré en Europe aucune trace appartenant à la période actuelle. Or, le lion est partout dans l'Iliade, comme terme de comparaison : il attaque les bêtes sauvages ; il se jette à l'improviste sur les troupeaux dans les montagnes ; il descend jusque dans les plaines, où il égorge les bœufs et les autres bêtes de labour. Les hommes sont en garde et en lutte continuelle avec lui ; ils lui font la chasse de plusieurs manières , que le poète et ses auditeurs connaissaient également bien. Cette chasse, du reste, n'est pas la seule qui soit décrite dans les comparaisons de l'Iliade : il y a aussi des chasses au cerf, au sanglier, au loup, au taureau sauvage, au loupcervier, au léopard, à la panthère, animaux dont plusieurs appartiennent à l'Asie. Enfin une des comparaisons qui laissent le moins de doutes sur le lieu où chantait le poète, c'est celle qui, au xxi* chant, est tirée du fléau des sauterelles, phénomène dont j'ai moi-même été deux fois témoin dans la plaine de Troie et qui est absolument inconnu dans la Grèce et dans ses îles.

Dans l'Odyssée, il n'y a ni taureaux sauvages, ni lynx, ni panthères, ni léopards, ni sauterelles. Le lion parait dans cinq comparaisons, dont trois le représentent d'une manière vague, générale et comme un poète imitateur pourrait le dépeindre ; les deux autres, ce qui est grave, le représentent à faux (Odyssée , ix , xvii) ; car un poète connaissant les lions et leurs rapports avec les animaux ruminants sait très bien qu'une biche ne va jamais déposer ses petits dans le repaire empesté de son ennemi. Au contraire, les mœurs des lions, leur allure, leurs démarches, ont évidemment été observées par le poète de l'Iliade avec la plus grande exactitude

Nous concluons de tous ces faits que les chants de TIlîade ont été composés en Asie, et TOdyssée dans Touest de la Grèce, et qu'ainsi un intervalle maritime de deux cents lieues au moins sépare les pays où ces deux poèmes sont venus au jour. Si l'on tient compte de l'état de la navigation, cet espace était aussi grand pour les Grecs d'alors que le serait pour nous la distance de Bordeaux au Brésil:

DATES RELATIVES DE L*1L1ADE ET DE l'ODYSSÉE

On ne possède aucune donnée historique sur Tépoque de ces deux poèmes. On peut les avancer ou les reculer à volonté dans un intervalle de quatre ou cinq siècles, d'un plus grand nombre peut-être. L'histoire grecque commence beaucoup plus tard : les événements qui l'ont précédée n'ont même pas tous le caractère de la réalité ; et ceux dont la réalité est la plus probable ont été transformés par la poésie et par la tradition, à tel point que leurs dates sont mêlées et confondues d'une façon presque inextricable. Les poèmes qui les racontent appartiennent eux-mêmes à cette période où la pensée de classer les événements selon Tordre des années n'était pas encore venue aux peuples de la Grèce. Nous ne pouvons donc connaître que leurs dates relatives et estimer qu'approximativement l'espace de temps qui les sépare. Ce résultat ne peut être obtenu que par l'examen des poèmes euxmêmes et de leurs caractères particuliers.

L Les dieux. — Les dieux de l'Iliade ont une signification physique très marquée et représentent les forces de la nature de la façon la plus claire : ils tiennent encore de

très près aux dieux primitifs, tels qu'ils étaient conçus au temps des hymnes et tels qu'on les voit dans les anciennes poésies de TOrient. A cause de l'étendue des forces naturelles dont ils sont les symboles, ces dieux sont encore d'une stature colossale. Pallas-Athêné est une femme guerrière et violente, dont le casque et la lance couvrent à eux seuls plusieurs bataillons (Iliade, v). Ares (Mars), le dieu belliqueux et détesté de tous les autres, d'un seul cri de sa bouche couche à terre une armée entière. Héphaestos (Vulcain) est le dieu du feu et rien de plus , c'est le forgeron divin ; quoique boiteux et ridicule, il est très fort et il a pour épouse Gharis, aussi chaste qu'elle est belle. Toup les dieux ont un commun séjour, qui n'a rien d'imaginaire : c'est rOlympe, en Bithynîe, la dernière grande montagne de cette chaîne asiatique nommée depuis diaphragme de Dicéarque, et qui de l'Himalaya au Bosphore offre une suite non interrompue de sommets sacrés. Cette montagne a tous les caractères de la réalité , des forêts , des rochers, des torrents, des sommets autour desquels les nuages se tiennent suspendus. C'est sur les hautes cimes qu'est la demeure de Zeus, dieu des régions supérieures de l'air ; c'est là qu'il tient sa cour ; c'est de là que les dieux descendent et vont en personne sur l'Ida de Troade, sur les collines qui entourent la plaine de Troie, et dans d'autres lieux d'une égale réalité.

La dynastie olympienne est loin d'être constituée dans riliade. Quoique Jupiter tende à devenir le maître souverain des dieux, il ne règne pas sans conteste; non seulement il n'exerce aucune action directe dans le royaume d'Aïdès (Pluton); mais Poséidon, son autre frère, est presque son égal et ne reconnaît pas sa suprématie pour légitime: Les dieux ourdissent contre lui des conjurations ;

il n'échappe au péril que par des actes énergiques et en inspirant la terreur à tous. Les dieux titaniques n'ont pas encore perdu tout empire, comme on le voit dans une scène célèbre où, les dieux étant entrés en querelle au milieu môme de la cour olympienne, ce n'est pas Jupiter qui rétablit Tordre parmi eux : c'est ^géon, nommé aussi Briarée, prédécesseur de Poséidon, qui vient s'asseoir dans l'assemblée et, par sa seule présence, impose le silence à tous les Immortels.

La nature toute physique des dieux fait que leurs relations avec les hommes sont fort peu mystiques et ressemblent à celles que les héros ont entre eux : seulement les dieux sont plus grands et plus forts. Ils paraissent en corps et en personne, conversent sans mystère avec les hommes, combattent contre eux, sont blessés par eux, et, de quel' que secret qu'ils s'enveloppent, sont entendus et compris par les devins.

Les dieux de l'Odyssée forment avec ceux de l'Iliade un contraste qu'il est impossible de méconnaître. Dans ce poème Jupiter est reconnu et accepté comme maître des dieux, même par Poséidon, qui cependant est l'une des deux grandes forces en lutte dans cette épopée. Il n'y a plus de révoltes ; l'Olympe est pacifié, les dissentiments s'y apaisjent par la raison et les concessions, et non plus par la force et l'usurpation. La nature physique et grossière des dieux de l'Iliade s'est adoucie et pour ainsi dire spiritualisée. Vulcain est encore le dieu boiteux; mais quelle noblesse dans son caractère ! et combien il s'est élevé moralement au-dessus de son épouse, qui n'est plus la chaste Charis, mais une Aphrodite débauchée. Les Titans ont entièrement disparu : les formes colossales non seulement se sont rapprochées des proportions humaines,

mais elles ne sont plus à cet état d'ébauche où TUiade nous les montre. Le caractère moral s'est développé aux dépens de la force physique. Athéné domine partout dans rOdyssée : mais son action n'a plus rien de matériel ; elle est calme, sereine et due tout entière à la supériorité de Tintelligence. En général les dieux sont physiquement éloignés des hommes, ne se montrent presque plus à eux, ne les aident ou ne les combattent que par l'intermédiaire des phénomènes naturels dont ils disposent, et agissent plus sur leur cœur et leur esprit, qu'ils éclairent ou obscurcissent, que par l'énergie corporelle qu'ils leur donnent ou qu'ils leur ôtent.

Ces êtres spirituels habitent un Olympe absolument idéal, élevé au-dessus de toutes les cimes réelles des montagnes, au-dessus des nuages, des intempéries de l'air et des souffles variables des vents, véritable empyrée, pareil au Borj des Perses , et qui ne conserve plus de Iq, réalité terrestre que le nom traditionnel d'Olympe.

Il s'est donc produit dans l'idée que l'on se faisait des dieux une modification profonde. Ils sont hiératiques et orientaux dans Flliade et ressemblent à beaucoup d'égards aux dieux Asuras des hymnes du Vêda ; la tradition aryenne vit en eux; l'esprit des Hellènes ne lés a pas encore idéalisés ; ce sont des symboles de la nature , chez qui les attributs physiques dominent, où le travail de l'art grec se fait à peine sentir. Il en est tout autrement des dieux de l'Odyssée : ils sont poétiques, ils sont helléniques ; il y a autant de différence entre eux et les premiers qu'entre une construction cyclopéenne et un temple dorique orné de colonnes. Des uns aux autres, le temps a marché, l'esprit grec s'est dégagé de son enveloppe orientale, les formes divines se dessinent et n'auront plus qu'à recevoir

les perfectionnements que le travail des artistes saura leur donner, pour atteindre k la beauté idéale qu'elles auront dès les premiers temps de l'histoire. Quel laps de temps un pareil changement a-t-il exigé ? On ne saurait le dire exactement sans doute. Mais si Ton envisage la loi du développement du génie grec que nous avons signalée au commencement de ce livre, nous estimons qu^il s'est écoulé, de l'Iliade à l'Odyssée, de deux à trois cents ans.

II. Les hommes. — L'étude des hommes qui sont les héros des deux poèmes, conduit à la même conclusion. Leurs mœurs sont grossières dans l'Iliade : chacun y cède h son tempérament et k ses instincts; les plus réfléchis, les mieux civilisés, tels qu'Ulysse par exemple, y ont encore des façons d'agir presque barbares. Gomme les dieux s'y battent à coups de pierres, les héros s'y injurient en employant les termes les plus bas de la langue usuelle. Ces héros, qui sont les rois de cette époque, n'ont presque aucune idée des lois du mariage : il n'en est presque pas un qui n'ait plusieurs femmes ; quoiqu'ils aient laissé en Grèce leurs femmes légitimes, ils contractent d'autres unions ostensiblement et sans que personne y trouve à redire. Le poète ne blâme pas cet usage; il dépeint, comme une chose admise dans la société du temps, la condition peu considérée des femmes , qui sont estimées, non d'après le mérite moral, mais selon leur beauté et les services qu'elles peuvent rendre. Dans l'Odyssée tout est changé : outre l'élégance de la vie, si brillamment dépeinte dans l'épisode d*Alcinoo8, ce poème respire une politesse déjà poussée très loin et une rare délicatesse de sentiments et de manières : l'ironie a remplacé l'injure ; tout ce qui peut se régler par raison exclut la violence ;

PÉRIODE ÉPlQUË 11

les hommes, comme les dieux, appartiennent à une société civilisée ; le luxe et Fabsence de naùiveté sont déjà poussés si loin, que le poète va jusqu'à nous dire que Vénus porte du fard. Au fond, la condition des femmes s'est singulièrement relevée ; on trouverait difficilement dans Tlliade des types féminins approchant de ceux de Pénélope, d'Arété, de Nausicaa; Hélène elle-même, qui se traite de chienne hargneuse dans cette épopée, est pleine de dignité dans Fautre : toutes, sans exception, sont estimées en proportion de leur vertu.

La constitution sociale s*est aussi profondément modi-* fiée. Elle nous offre dans FUiade un type parfait de la féodalité : ici le peuple n'est rien ; il ne parait presque jamais ; il est dévoré par les rois, taillé à merci par eux, maltraité par le roi Priam ; il ne jouit d'aucune considération, d'aucun droit, même dans les légendes. Les rois, ou aévatattec, sont égaux entre eux ; jouissant chacun chez soi d'une entière indépendance, ils n'ont aucun compte à rendre à personne, si ce n'est peut-être à Jupiter de qui ils tiennent leur sceptre ou bâton monarchique et à qui remonte leur droit divin. Pour compléter ce tableau de la féodalité hellénique, l'Iliade nous montre ces petits rois réunis sous le commandement d'Agamemnon, qui n'est pas leur suzerain mais leur pair, comme Achille le lui rappelle, et qui n'est que le chef militaire, choisi pour commander l'armée pendant cette sorte de croisade contre Troie. Les rois de l'Odyssée gouvernent, mais constamment appuyés sur le peuple : le peuple est consulté en toute circonstance; il est maître de son avoir, il vote l'impôt*, il est craint; opprimé par les princes ses voisins, Télémaque les menace d'avoir recours au peuple ; enfin Fidéal d'un roi de ce temps est décrit aii chant xtx'^j et ce portrait

n SECTION DEUXIÈME

ne ressemble presque plus en rien à celui que l'on peut

tirer de Flliade.

Pour compléter le contraste, les grands rois de la première épopée, Ménélas lui-même, sont devenus commerçants. Il n'y a que fort peu de commerce à Tépoque de l'Iliade: il y est en majeure partie continental; on y compte par bœufs et non d'après une unité monétaire. Le commerce maritime y est fort restreint et presque tout entre les mains de peuples orientaux dont les paj'S sont Tobjet de grossières erreurs. Les pays du sud et du sudest de la Méditerranée sont, dans l'Odyssée, fréquentés par les Grecs, qui font des voyages réguliers de Crète en Egypte. Ces mers sont parcourues par des négociants et par des pirates; les Grecs sont en relations fréquentes avec les Phéniciens, pour la probité desquels l'auteur du poème professe peu d'estime. Enfin ce commerce porte sur des objets très variés, et notamment sur les métaux, dont le transport et le change procurent aux navigateurs de grands bénéfices. La tendance de la race ionienne vers les opérations commerciales , tendance qui entraîne dans son mouvement les rois eux-mêmes , est un des faits qui marquent le plus nettement le changement qui s'est fait dans les esprits entre l'époque de Tlliade et celle de rOdyssée. Il n'est pas vraisemblable que, dans ces temps où les transformations sociales étaient nécessairement très lentes, celle-là ait exigé moins de deux ou trois siècles.

lES AUTEURS EPIOLES

1. Les ÀÈfifi^ — Iln'yadansriliadeaucunnomdepoète, aucune légende relative à la poésie. Les traditions recueil-

1?ÉK10DE ÉPIQUE 73

lies plus tard prouvent que des chantres existaient dans la race grecque longtemps avant la guerre de Troiè^ tïî'aîs elles se rapportent ou à des chants liturgiques et locaux, comme celles qui concernent Olen, Chrysothémis, Pamphôs, ou aux origines de la musique et de la poésie lyrique, comme celles d'Orphée, de Marsyas, d'Olympos, et comme celle de Thamyris , le seul nom de chantre qui se rencontre dans Flliade. Ce poème ne cite non plus au-, çun nom de poète épique ; le mot^otS^j, aède, n'y est pas [\ avec le sens qu'il eut plus tard ; non plus que le mot etuoç; dans le sens de récit ji^roïqii e . d'épopée. Il n'y a aucun passage duquel on puisse induire que le chant épique constituât, pour celui qui le cultivait, une condition particulière dans la société du temps» Cependant, s'il y eût eu une classe d'aèdes épiques au siège de Troie ou dans les pays grecs qui ont participé à la guerre, Tlliade eût certainement mentionné ce fait : car ces aèdes eussent été les prédécesseurs et les maîtres du poète de l'Iliade et les créateurs du genre.

D'autre part o n avait la notion du chant Jpjçtue, coknmer^ Hélène le déclare elle-même. Les descriptions de combats,^ sont tellement développées dans l'Iliade, les détails qu'on \ y donne des mouvements militaires, des coups qui sont portés, des blessures et de leurs effets immédiats ont une telle précision et une vérité si frappante, qu'il est difficile de croire que ces tableaux ne soient pas originaux et faits d'après nature par un témoi n oculaire et peut-être par quelque acteur du drame. Comme les scènes de chasse sont l'œuvre d'un chasseur, les récits de combats sont l'œuvre d'un guerrier et portent tous les caractères de la spontanéité. Il faut rapprocher de cette réflexion le passage^N célèbre où les envoyés des Grecs trouvent sous sa tent^

Achille tenant une phorminx et chantant les exploits des héros ; et cet autre où le poète nous dépeint Hélène brodant à Taiguille ces mêmes exploits. On demeurera convaincu que les poètes épiques d'alofs étaient les héros euxmêmes, soit à la guerre après les batailles , soit après le retour dans leur patrie. Nous savons qu'un fait tout semblable s'est renouvelé au temps des épopées carlovingiennes, dont les premières ont eu pour éléments les cantilènes chantées par les guerriers au temps même de GharleiTiagne. Dans l'Inde, le chef ârya, le xattriya qui est TàvaÇ de ce pays , était accompagné à la guerre par un homme [sûta) presque de même rang que lui, qui conduisait son char, assistait à ses actions de valeur et les chantait au retour: Tépopée y était donc organisée et faisait partie, comme toute autre fonction, du système des castes. Dans la Grèce héroïque, où rien de pareil n'existait, il fallait bien que les guerriers chantassent leurs exploits : et ce sont ces chants primitifs qui ont dû, comme les cantilènes franques, donner naissance à l'épopée.

c V < ^ Quant à la forme de ce genre de poèmes , Fhistoire de Fépopée française et de celle de l'Inde prouvent de la manière la plus nette qu'elle, s'est dévelûppéô-petr-à peu et qu'elle n'est pas sortie toute faite du cerveau d'un poète : une telle' création contredirait la plus grande loi de la nature, qui exige un temps très long pour amener une forme quelconque à l'existence. La cantilène chez les Francs et l'hymne chez les Indiens, surtout l'hymne où sont décrits et racontés les combats de certains dieux contre des forces ennemies, ont été la première forme de l'épopée. Il y a, parmi les fragments connus sous le nom à' Hymnes homeriquesy des chants qui fbrment une unité parfaite et qui sont comme de petites épopées : qu'on les suppose déve-

loppës par des additions et des épisodes et comprenant une action plus longue et plus variée, ce sera des épopées véritables et complètes. L'I^cmufi ^^donc donné xiaisfiaoÊfi.. à FéDODée p^if„nn diSvPÎnnnpr»ap|, Mtolif^ ^^ P^^ rapplîcaiiQûj^e la, tc^mixéçitative à des événements de l'histoire héroïque»

' Quand fut composée l'Odyssée, tous les éléments de Tépopée hellénique avaient grandi. Par son sujet ce poème se rapporte aux années qui ont suivi la pxisfi..de Troie. Maïs par le lointain où le poète semble voir les événements, il se rapporte à un temps bien postérieur. Dans l'intervalle le chant épique a pris une place déterminée dans la société grecque. Ce ne sont plus les guerriers qui chantent : de tous les héros de l'Odyssée, pas un seul ne tient la cithare. Les £érfe5 sont jggy^LOJit, et dans le poème, et dansy la société du temps. Il y a des écoles de poésie et de chant, des maîtres et des élèves : Tauteur loue quelquesuns d'entre eux de n'avoir pas eu de gyécgnteur, preuve à qu'il en existait au temps du poète.

i.pfi n^dfi^ <gqyp,t d^fi homTT^^f^^^'vr^^^p^^' aucun .d£ux^ n'appartient à la classe des seigneurs , et leurs chants ont j dès lors un caràctèryjjyjjJigyuSfB. Ils vivent ordinairement à la cour dés pfîrices qui sont les fils ou les descendants des anciens héros, et ils y remplissent un rôle analogue à celui des sûtas de l'Inde dont nous avons parlé plus haut ; seulement leur condition est moins relevée. Ils mangent à part et non à la table des princes ; ils sont nourris et entretenus par eux, mais au prix de leur liberté, qui ne va même pas jusqu'à choisir à leur gré le sujet des chants dont ils égayent les festins. Du reste ils sont honorés; on les épargne comme étrangers aux querelles que les rois ont entre eux ; et comme leur art et leurs connaissances

les mettent moralement fort au-dessus de beaucoup de ces princes et les distinguent de la foule populaire d'où ils sont sortis, on va quelquefois jusqu'à les considérer comme de race divine et comme inspirés par les Muses et par Apollon ; on trouve dans TOdyssée l'exemple d'un aèjlft,mis par un prince auprès de s a femme comme gaç- I dien et comme directeur spirituel pour le temps que doit durer la guerre.

Ce que chantent les aèdes, c'est les aventurefi.d6& dieux et des héros ; et cela dans ce mètre héroïque nommé iîitoç 'dont l'Iliade et l'Odyssée sont les principaux exemples. Le mot est employé en ce sens dans ce dernier poème ; d'après lui , les euea n'étaient que des fra gmen ts ; et ils ne pouvaient guère être autre chose puisque les aèdes, chantant dans les festins et dans d'autres assemblées , ne -.disposaient jamais que d'un temps très limité. L'Odyssée ne cite du reste ni un grand poème, ni ua grand poète. Les deux aèdes cités sont fictifs : Phémiosy chantre d'Ithaque, n'est pas nommé dans l'Iliade, et nous avons vu que la classe des aèdes n'existait pas à l'époque de ce dernier poème; de. plus son nom est métaphorique et dérive de «prîixT), qui signifiait alors tradition, renommée. Démodocos fait partie d'un épisode où tout est imaginaire, où tous les noms, y compris le sien , ont une signification accommodée au caractère et au rôle des personnages, et qui paraît être une peinture idéale de la société du temps ; c'est l'épisode d'Alcinoos et des Phéaciens. Quant au fait célèbre d'un aède laissé comme surveillant et comme directeur de conscience auprès de Clytemnestre par Agamemnon, non seulement il n'est pas confirmé par l'Iliade, mais il paraît avoir été inventé par l'auteur de l'Odyssée et reporté par lui à ces temps antérieurs, pour rehausser,

comme il cherche toujours à le faire, la condition et le rôle des aèdes.

II. Les rhapsodes. — Il ne paraît pas y avpix: w d'interragtion pnfr^ y^^,4^ (^^des et celui de^jAamorfgj^ *

quoique ce mot ne se trouve pas dans TOdyssée ni, à plus forte raison , dans Tlliade , et que le mot pàirto) , cou- / dre, n'y soit jamais employé pour signifier « réunir des ^ fragments épiques. » Mais Texemple de ce qui s'est passé chez d'autres peuples prouve que les premiers chants héroïques ont été se répétant de bouche en bouche et sont devenus le point de départ et l'élément de grands poèmes composés plus tard. De plus ils ont donné lieu à un véritable enseignement et à la création spontanée d'écoles de poésie, où les œuvres des maîtres et les règles d'art qu'ils avaient découvertes servaient de guides aux nouvelles générations de poètes. Le rhapsode est donc un poète scolas- \ tique transmettant à ses contemporains les chants qu'il ay reçus de ses devanciers : c'est là son rôle ; mais son nom indique qu'il s'occupe aussi de rattacher ces chants les uns aux autres, de leur donner l'unité et de remplir par conséquent les vides qu'ils laissaient entre eux. Ce travail \ des rhapsodes, qui étaient en même temps aèdes, pairtwv j eitiiov àotiSo( (Pind.), fut l'origine des jooémes épiques. Il/ est cependant à remarquer que les mots ito(7)(xa, ito(Ti(Ttç,A uotTfjTiîç, ne se rencontrent ni dans l'Iliade ni même dans' rOdyssée pour signifier « poème, poésie, poète ». Mais, quoique le mot soit postérieur aux temps épiques, les aèdes de l'Odyssée et l'auteur de ce poème sont sans contredit des rhapsodes, même quand l'auteur les loue de ne pas avoir eu.de maîtres.

■■- Homère, "OjjnQpoç, est représenté par la tradition comme

le plus célèbre des rhapsodes. Son histoire, racontée dans plusieurs Vies, dont la plus célèbre est cçUe que Ton a attribuée à Hérodote, est une suite d'aventures évidemment imaginées pour rendre compte de la possibilité .des deux épopées placées sous son nom, et pour expliquer les descriptions qui s*y rencontrent. Mais les contradictions que nous avons indiquées et qui mettent entre ces poèmes un intervalle de deux cents lieues et de deux cents ans , réduisent à rien ces prétendues histoires d'Homère et en relèguent les événements parmi les fables ; il n'est pas jusqu'au nom de Mélésigènes qui ne doive être traité de la sorte, car il indique seulement que dans l'Iliade cette portion de la côte d'Asie est décrite avec exactitude et par un homme qui lavait habitée. Quant au nom d'Homère , qui a été pour les Grecs l'occasion d'une fable pareille à beaucoup d'autres, il ne^peut guère avoir pour origine que la préposition aryenne sam représentée en grec par ôji (ôfAoç, ô'fxotoc) et la racine ri qui, dans sa forme causative, devient ar; il peut signifier arrangeur , et personnifier en quelque sorte l'art de la composition épique et la fonction ordinaire des rhapsodes.

Si l'on applique ces réflexions à l'étude des deux épopées attribuées à Homère, on remarque entre elles un véritable contraste quant à l'art de la composition. En prenant l'Iliade telle que nous l'avons, c'est-à-dire après les remaniements successifs qu'elle a subis, on constate par la simple lecture qu'elle suit exactement la marche des faits sans jamais intervertir par le récit la date d'aucun d'entre eux.

Elle appartient à cette classe de poèmes qu'on peut appeler épopées dro it es ou chr onologiques. Elle commence court à la querelle d'Achille et d'Açamemnon, et

entre dans les faits sans aucune introduction poétique ; elle finit coujt» non après l'apaisement de la colère d'Achille, mais un peu plus tard après les funérailles d'Hector. ^On^ dirait qu'elle faisait partie d'une épopée beaucoup plus longue, embra^sant^dajis^son déve çhrpjxplpçi-

q ue tout le ^^ ^le t royen, et qu'on l'en aurait détachée par^ une double coupure. Il en résulte que le cadre de l'Iliade a une grandeur arbitraire et que ses limites eussent pu être plus étendues et embrasser un plus long espace de temps dans la série des événements. Ce cadre est lui-même rempli d'une façon arbitraire et contient, sous forme de récits, un assez grand nombre d'épisodes qui n'ont avec le récit principal qu'un rapport très éloigné ; ces épisodes eussent pu être multiplies pour la même raison qui a fait admettre dans l'Iliade ceux qui s'y trouvent; et l'unité de l'œuvre n'y eût rien perdu. En effet, cette o^gité n'est pas une unité }lû6i^^^> c'est-à-dire une unité de composition : c'est la marche des faits qui la donne ; c'est une unité chronologique que l'histoire suffit à produire. D'ailleurs ici l'invention poétique ne joue presque aucun rôle : les faits, les personnages, les caractères, les lieux, tout est donné par la tradition et la réalité : c'est cela même qui constitue la v raie i^f tJ fy flié tllîifiJ^'"^^^ ^^ c® chafm^jparticulier qu'ont toujours les œuvres primitives, où la personne et l'art de l'auteur ne se font point sentir. Quant à l'art de la composition, il est à peu près nul dans ce poème où tous les récits sont exposés selon l'ordre des faits et non pour leur plus grand effet poétique. 11 n'y a donc aucune raison d'art à.^Q|ip.Qser à ceux. qui, oient q,ue l'Iliade soit l' œ ^^yrg^djn seulhomme : car un si mple trav^ail d(^ j]|(]|^|j^n) ][|ip pt ^^gft];;;^ grainatio n, entre des fragments épiques provenant des premiers chantres d'épopées, a suffi pour produire l'unité de

riliade. Or nous verrons plus loin que ce travail a été fait

à différentes époques de Thistoire grecque.

L'Inde nous a laissé dans le Mahâbhârata une épopée présentant tous les caractères que nous venons de remarquer dans riliade, mais avec des dimensions beaucoup plus grandes. Cette immense épopée n'est l'œuvre ni d'un homme, ni d'un siècle; elle a reçu avec le temps des accroissements qui n'en ont pas rompu l'unité, parce que cette unité est chronologique; en remontant dans le passé, on voit ses additions s'en séparer tour à tour, et le nombre de 250,000 vers qu'elle renferme se réduire à quinze ou seize mille. Encore cette épopée primitive se montret-elle non comme l'œuvre d'un seul homme, mais comme composée de fragments épiques provenant des sûtas, qui furent les aèdes ou bardes de l'Inde. Quant à Vyâsa, dont le nom symbolique offre à peu près la même signification que celui d'Homère, on sait qu'il représente le travail de coordination d'où le premier Mahâbhârata est sorti. Les Indiens ont donné le nom de purânas à ces antiques collections de légendes et de récits, et ont distingué les anciens et les nouveaux purânas, dont les premiers répondent à l'Iliade et aux poèmes du même genre, et les seconds aux épopées alexandrines construites sur le modèle de l'Iliade. Celle-ci est donc un purâna.

L'Odyssée est une épopée implexe et une œuvre d'art. Son uiiilé n'a rien de chronologique : le poème commence par des événements venus après d'autres qui sont racontés plus loin ; et ce procédé est employé par le poète dans les parties de son œuvre comme dans l'ensemble. Il y a une mise en scène très soignée, une exposition qui ne le cède point à celles des meilleures tragédies ; les faits sont divisés en séries croisées qui ne se développent ni successive-

ment, ni parallèlement les unes aux autres. C'est de la contexture du poème que ressort son unité de composition; et quoique la durée du drame embrasse plusieurs annéeç et soit beaucoup plus longue que celle de Tlliade, le poète a ménagé certains points d*arrôt ou époques autour desquelles se groupent les séries complexes des événements. Enfin il y a dans TOdyssée un dénouement, lequel n'arrive qu*à la fin et après lequel le lecteur n'a plus rien à attendre. Le tissu du poème ne laisse aucun vide et nous n'y voyons ni épisode inutile, ni ornement superflu. Il est composé comme une œuvre d'architecture grecque et présente l'art hellénique porté déjà à un haut degré de perfection. Il faut ajouter que l'Odyssée n a plus, dans les faits qu'elle raconte, la réalité naïve de l'Iliade : elle est remplie de personnages créés par le poète ou profondément modifiés par lui; hommes, héros, dieux, n'y sont plus tels que dans l'épopée antérieure ; les récits, les tableaux y sont le plus souvent imaginaires; le poème tout entier et ses épisodes sont une peinture idéale de la société du temps.

L'Odyssée répond en beaucoup de choses au Râmâyana des Indiens. J'en compare l'auteur à Vâlmîki : ce ne sont plus de simples aèdes, ce sont des poètes; les critiques indiens ont toujours donné le titre de kavi à leur grand poète épique e|t ont regardé son œuvre comme le type le plus parfait de la classe des kâvyas, c'est-à-dire de ces compositions d'art auxquelles les Grecs donnèrent plus lard le nom dei:ot75îi.axaou ppèmes. Dans le sens rigou-v reux du mot grec, Tlliade n'est pas un poème, l'Odyssée en^ est un : pour passer de la forme droite de la première à la forme implexe de la seconde, il ne suffit pas de quelques années, ni de la vie d'un homme, il faut un long apprentissage public, plusieurs générations de poètes et un per-

fectionnement prolongé de Fart de la composition épique.

On peut donner l e nom d^Homère à rajiteur deXQii3aaé ef

qui certainement ^st Fouvrage a un seul poète; on peut

aussi le mettre en tète de mîa^» in&is avec une valeur

[ symbo li q ue et comme rf jmngjitjouljf^ ]f\ p^BtfMtejjJ^a aèil^n

C et des ftncifttiR ^|f/^p5^odes.

III. Suite des temps épiques. — Les ancie ns Grecs a ttrihuaie nt à Homère tout u^vc/^royen, dûj^JJliad^at ru'dyss'^e n^ét^^çuil.qïïa'aeSQRRSS^^ avait Tunité des événements. On lui attribuait en outre une Théba^d e composée de cinq mille vers, où était racontée l'expédition d'Amphiaraos contre Thèbes et toute cette grande légende des Labdacides; un poème des<£Jf^0âa^^ ou de la seconde guerre de Thèbes ; une /^mg d'CEch alie faisant partie de la légende d'Hercule; et en général toutes les œuvres épiques parvenues sans nom d'auteur aux Grecs des temps historiques. Que ces poèmes aient existé, c'est ce dont on ne peut douter, puisque leur réalité est attestée par plus d'un auteur grec et qu'une partie au moins d'entre eux existait encore au temps d'Horace.

/ Homère était considéré comme le fondateur d'une école

/de4Jû^gi^piaue, et parmi ses disciples on nommait un

/ assez graiid nombre d'hommes célèbres, entre autres :

Stasino s, de l'île de Gypre, auteur des Chants cypriens où

étaient racontés les événements antérieurs à la querelle

d'Achille et d'Agamemnon; ^îSSîSSi' ^® Milet, auteur

d'une Fthiopide, poème en ne^ mille vers faisant suite

à l'Iliade et s'étendant jusqu'à la prise d'Ilion; L£f ^&». de

Lesbos, qui vers le commencement du septième siècle avait

composé une Petite Iliade traitant des mêmes événements

que le poème d'Xrctinos ; ^Urja5^ de Trézène, poète des ^e-

taurs, dont Tœuvre, analogue sans doute à l'Odyssée, comprenait cinq chants et racontait le retour des Atrides et des autres héros grecs dans leur patrie; ^dlftûJMiUn} de Gyrène, auteur d'une Tél égon ie faisant suite à TOdyssée et conduisant les faits jusqu'à la fin du Cycle troyen. Nous' n'avons rien à dire de ces poètes ni de leurs ouvrages, puisqu'il ne nous en reste que des noms et de très courts fragments ; mais leur nombre prouve la fécondité de la période épique chez les Grecs ; et les dates approximatives de quelques-uns nous permettent de Croire qu'elle s'étendit jusque dans le voisinage des temps historiques ^

Il est très probable que, durant une grande partie de celte période , les chants épiques se transmiren t par la \ mémoire, s ans cefese ra fraîçhiç MI les récitations scolasti- 7 que ^^s rhapso des. La légende indienne raconte lalnême chose ie l'œuvre de Vâlmîki, apprise par cœur et répétée par ses deux disciples Kuça et Lava, malgré sa grande étendue. Plus tard les chants des aèdes et des poètes purent se fixer par fragments au moyen de l'écriture et ne subirent dès lors que de faibles altérations. Le problème de l'antiquité de l'écriture chez les Grecs n'intéresse que très peu celui de la transmission des épopées : car les chants du Véda étaient certainement écrits lorsque chantèrent les poètes épiques de l'Inde, qui passent néanmoins pour n'avoir confié leurs vers qu'à la mémoire de leurs

i. On peut rapporter à la fin de la périod e épiqu e la Batrackomyomachie ou Comb at de s grenou illes et de^ rats , petit* poSmë Tf'agiîonSiÇïe, arbitrSuSnenfOTlOTîî^à* Pigrès, frère d'Artémise. C*est une petite épopée d*u nxaract ère artifici el, mais qui ne semble pas être

la parodie de la grande épopée. Le s sjcèfi es quelquefois bjiriescmes que l'on trouve déjà dans l'Iliade expliquent assez la naissanc^Tune œuvre factice, faite pour l'amusement des seigneurs féodaux et qui peignait sous des traits biziures leurs occupations guerrières.

8i SECTION DEUXIÈME

disciples. Nous savons aussi qu'il en a été de même chez la plupart des nations de l'Europe moderne, quoique récriture y fût connue depuis bien des siècles ; et nous voyons encore circuler chez nous beaucoup de chants populaires qui ne sont pas encore confiés â l'écriture , malgré rintérêt qui s'y attache et les facilités que donne rimprimerie.

' IV. Fixation du texte des épopées. — Rien de plus douteux que Te^ustgjac^ jlluue aQpia4â&a»»3?dft<4^&Hn^re faite pjjjj^jgjjjjgue, le législateur de Sparte. Si elle avait existé, ni Sgion ni Pisistrate h^eussent été obligés de la refaire ; car il est peu probable qu'elle se fût perdue dans l'intervalle de temps qui les sépare. Le premier travail relatif (aux épopées fut cduide^Solon, le plus puissant promoteur de ce progrès en toutes choses qui caractérise le sixième siècle. Toutefois on ne dit pas que Solon ait fait plus que régulariser les récitations des rhapsodes et leur imposer un certain ordre qui pût donner une idée de l'ensemble des poèmes et des événements héroïques. Il faut descen- \ dre jusqu'à Pisistrate , vers le milieu de ce même siècle, /pour rencontrer une œuvre durable. Cet habile adminis- Ltrateur, aidé de son fils Hipparque, réunit autour de lui un certain nombre de savants et de critiques, parmi lesquels on cite Onomacrite d'Athènes, Zopyre d'Héraclée, Orphée de Grotone, et auxquels s'adjoignit peut-être le poète lyrique Simonide de Céos, encore tout jeune. Cicéron, Elien, toute l'antiquité érudite attribue à cette compagnie la première rédaction des épopées homériques; dont la confusion et le désordre étaient extrêmes. L'œuvre /de ces savants, auxquels on a donné le nom de diasçévastes ou dis£ositêurs, consista certainement non pa^euleînent

à recueillir les fragments dispersés des poèmes , maïs en- \ core à les unir les uns aux autres par des vers antiquey que la tradition leur livrait et qui formaient les transitions. Les^plus anciens de ces poèmes durent être ceux où les diascé vast es niire nt l e, j^lus du leur, et ri liade dut être l'objet d'un travail plus difficile que l'Odyssée . Quoi qu'il en soit, il sortit de leurs mains une première édi tion^ complèt e desjjfiiixpoèmes , où Ton put voir une véritable composition de Tlliade et une reconstitution, do. . ,.

Après Tœuvre de Pisistrate , il n'y avait pJus à opérer dans ces deux poèmes que des co^ffiçy^^ps d e dfiinW : c'est à cela que s'attachèrent ceux qui portent le nom de rfîorthountès, qui furent de véritables éditeurs. Tels furent le poète épique d e Colophqn , Apfimaque, et le philosophe Aristote qui, vers 1 an 334, fît, dit-on . pour son disciple Alexandre le Grand la célèbre édition delà çq§§fitte. Il faut citer aussi les éditjftns ^'tftis ^,S^aËi(fefco^ éditions anciennés, dont on nomme plusieurs, celles d' Arg os , de Chios, de Crète^^c^Qypr^ de Marseille et de Siiu^. Ce travail dé correction se prolongea pendant plusieurs siècles, Homère étant devenu l'auteur classique par excellence, la mine d'où les poètes et les artistes tiraient la plupart de leurs sujets, et le centre de l'éducation littéraire des jeunes Grecs. Il est remarquable que la publication du texte d'Homère ne fit point cesser les reptations des rhapsodes. Ceux-ci continuèrent de paraître dans les fêtes publiques de la Grèce , de parcourir les villes pour y déclamer des fragments épiques selon l'ancienne tradition, vêtus de rouge quand ils récitaient l'Iliade et d'une robe de couleur de mer quand ils récitaient l'Odyssée. On trouva dans rion de Platon l'exemple intéressant d'un de ces rhapsodes

homériques et Ton sait qu*il y en avait encore aux temps alexandrins.

C'est dans Alexandrie q^ue les professeurs du Musée mirent la dernière main aux épopées antiques et leur firent subir un dernier remaniement. Voici les noms et les dates des plus célèbres de ces critiques : Aristophane de Byzance florissait vers Tannée 180 avant J.-G., Apollodôre en 150, Apollônios de Rhodes en 160, Zénodote vers le même teiup g ," AaatoBBtf ^^^s Tannée 120. Ce. dernier retraacha des texi'es épiques un grand ^lombr^de vers et des paseages..-axitî^^» corrigea..,i)eauij8J«fuil'«Jc4^ perfec-

tionna les transitions , épura^J^a fori^^S d^iffitel£^f t, \VfT^ , duisit ia division envingt-auatr^hajits. C'est Tœuvre des Alexa!n3rins'que*'no^ ; les éditions antérieures

ont totalement disparu et le travail des diascévastes ne nous est connu que par Thistoire. Il est donc probable que nos éditions modernes, reproductions fidèles des textes d'Alexandrie, diffèrent notablement des chants primitifs des aèdes et de ceux qui les avaient précédés. Quand la critique littéraire aborde les épopées homériques et envisage leur composition, elle doit avant tout tenir compte de ce fait que les poèmes, tels que nous les avons, avaient été remaniés par les Grecs sans interruption pendant près de quatre siècles.

Page 1