I. ÉLÉGIE
On se ferait une fausse idée de Télégie , si Ton en jugeait par les vers que Boileau lui a consacrés dans son Art poétique ; toutes les idées, tous les sentiments , toutes les situations peuvent être abordés par les poètes élégiaques. Plusieurs œuvres de poètes grecs élégîaques ne diffèrent pas beaucoup, quant au fond, des Œuvres et Jours attribués à Hésiode; d'autres sont comme des hymnes de guerre ; fojt jgeu expriment des passions ajaûureyses ou des sentiments de tristesse et de rejgjet : la
saiegt^guère , et la rêverie ne s'accorde point avec le génif actif et le sentiment de l'énergie personnelle qui caractérisent ce peuple entre tous. De plus, l a péri ode^ de la civilisation grecque où fleurit l'élégie n'est pas l'âge du déftôttsa^llfijjQ^t étÏÏe'iE:j^^ celui df>|ft | iy ft^fition
I et de r açti vité féco nde : leurec n'oublie pas son passé, mais il ne s'en souvient que pour rivaliser avec lui en améliorant sa vie et en perfectionnant ses ouvrages. C \lÉMSi9^> sj J uxQ j ' est u n e forme de verg^c'est le vers pentamètre, composé de deux hémistiches égaux, de deux pieds et demi chacun, et soumis à certaines règles prosodiques que nous n'avons pas à exposer ici. Tout morceau I de poésie contenant ]*^|^,qs est une g/go^^^^ quel que soït \ d^aiÛeiiTs J^^ Quant à l'origine du
vers élégiaque, on peut le considérer comme issu d u^yers^ héroïque^u ETToc; dont on a retranché deux syllabes, celle du milieu et celle de la fin. Il faut observer cependant que le moteXeYo<;n'a pas sa racine dans la langue grecque,
puîgqu il n'est pas possible de le dériver du verbe Xl^w; il a pu être usité d'abord dans la musique et, dans ce cas, provenir de la même source que èXa^uc et èXiYov. Quoi qu'il en soit, ce vers n'a donné lieu àdes poèmes suivis et à un genre littéraire nouveau qu'à partir d u septièm e siècl^i II a réyn<^ prftfiqiie seul durant le sixième^ Depuis
Jors il n'a plus cessé à être 'en usage, et des Grecs il est passé aux Latins , dont quelques-uns l'ont employé presque constamment.
GA]^lflûSf KaXXTvoc. — Ce poète d^Epl^^sf* passe pour le plus ancien auteur d'élégies. Il vivait vers Tannée îiA, dans un pays ionien où la civilisation, par son contact avec l'Asie, était pliisj^yqjifi^qtf'fip. Q\^s^ ftt où les idées, les mœurs et la richesse tenaient quelque chose des peuples orientaux . L'histoire raconte les guerres qui vinrent jusqu'à ces rivages de l'intérieur et du nord de l'Asie Mineure : la ville de Sardes les attirait par les richesses qu'y apportaient depuis tant de siècles les caravanes de la Haute Asie. C'est pour une de ces guerres que fut composée par Callinos l'élégie dont il nous resk..viagk^eJ^tta^5&e^â,ç^^f^Éé^^ StoJ^ée : ce fragment, dont la fin n'est peut-être pas authentique, est rempli d'ardeur guerrière et d'élévation morale :
M Jusqu'à quand serez-vous au repos? Quand aurez-vous lo courage vaillant, 6 jeunes gens? Ne rougissez-vous pas en face des voisins de cette extrême indolence? Vous vous croyez en paix : mais la guerre tient tout le pays... et qu'en mourant il frappe un dernier coup. Car il est glorieux , il est beau pour un homme de se battre contre l'ennemi pour sa terre natale, pour ses enfants, pour sa jeune femme. Quant à la mort, elle viendra quand les Parques l'auront filée. Ainsi , que chacun marche devant soi, dressant sa lance et couvrant sous le bouclier un cœur raillant, au moment même de la mêlée. Car il n'est dans la des-
linée d'aucun homme d'échapper à la mort , fût-il issu d'ancêtres immortels. Bien souvent un homme fuit devant les blessures et les coups des javelots , il revient et trouve la moT\ 4ans sa maison; mais le peuple n*a pour Ijii ni amour ni regrets. L'autre, s'il meurt, est pleuré des petits et jies grands; car tout le peuple regrette l'homme au cœur vaillant , quand il meurl ; s'il vit, il est estimé comme un demi-dieu; ils le regardent comme une citadelle, car il fait l'œuvre de plusieurs, quoiqu'il soit seul. »
Les vers que nous venons de traduire .sont des distiques composés d'hexamètres et de pentamètres alternativement.
Tyrtée, TupTaTo;. — Beaucoup de faits relatifs à Tyrtée et racontés par les auteurs anciens peuvent s'expliquer allégoriquem^ nt : on a pu dire qu'il était ^bgjyygUiy^ parce qu'il
j composait des "^'^^jj;^^!.^^ ^f 'jl „If !X Jnf^igi V^ i qu'il fut appelé d'Athènes à Sparte , parce qu'il composa en langue ionienne pour des Doriens , et qu'il le fut par l'ordre de l'oracle à cause qu'il était poète. Mais il est peii d'auteurs ou de personnages antiques dont la vie ne puisse être interprétée de cette manière ; s'il y a une sorte de merveilleux dans la vie de Tyrtée, n'y en a-t-il pas dans celle de Pisistrate lui-même et dans celle d'hommes beaucoup plus récents ? Selon toutes les traditions, Tyrtée était Athénien du H^n]f^ 4.!Aphidné ; il vivait à la ville comme Ygojyfc^SiSJîic ou S'.8a<jxaXo; Ypa^Ajxàxwv, mots qui paraissent signifier maître d école ou maître d écriture : il éta^t^boiteux ou nîal fait ; on le croyait dépourvu d'intelligence. On rapporte que, lors de la seconde guerre de Messénie {683-668), l'oracle ordonna aux Lacédémoniens découragés de faire venir
\ d'Athènes un homme pour les conseiller {<«5^j«:§ouXoç), et que les Athéniens, par dérision, envoyèrent à Sparte Tyrtée (Pausan., Mess., 13). Les conseils de ce poète rétablirent
D'HOMÈRE AUX GUERRES MÉDIQUES Ul
d'abord la bonne harmonie entre les citoyens et leur montrèrent la guerre comme le vrai but qu'ils devaient poursuivre. Devenu citoyen de cette république, il fut apte à remplir les mêmes fondions que les Spartiates et, pendant la seconde guerre de Messénie, il eut un commandement militaire.
La première élégie de Tyrtée fut connue dans l'antiquité sous le nom d'Eunomia ou, peut-être, def^MliUia : il nous en reste trois fragments de cinq, de quatre et de cinq vers. Il la composa quand il avait un commandement militaire ; il y parle comme s'il était, non seulement de la, même cité, mais 4jLJ!ttfîttiy8k^S^ng que les Lacédémoniens. Deux autres fragments de deux et de six vers appartiennent à une autre élégie.
Nous possédons trois élégies de Tyrtée qui paraissent être complètes : l'une conservée par l'orateur Lycurgue (in Leocraiem), les deux autres par Stobée. La plus grande analogie de langue, d'idées et de sentiments rapproche ces morceaux de celui de Callinos que nous avons cité : Tàrdeur guerrière, le mépris de la mort, la passion delà gloire et l'amour de la patrie , voilà ce qui respire dans les élégies de Tyrtée. L'expression est énergique et les images sont d'une réalité qui n'exclut en rien l'idéal. Quant à la langue de Tyrtée, il est ren^arquable qu'il emploie uniquement le dialecte icmien, quoique ses vers aient été composés chez des Dorigijs et pour eux, dans un temps où la langue commune de la Grèce n'était pas encore formée. Ces chants portaient les noms d'gmôgfggj^ ou d'énoplia, mots qui signifient à peu près marcljgjgailitaii^fi • ils étaient accompagnés de l'instrument appelé ^los (voy. l'Index, au mot aùXoç); le^Spartiates les chantaient en marchant au combat et dans les repas publics ou sys-
sities. Cette application que fit Tyyiée de Taulos à des chants guerriers fut cause qu'on le regarda quelquefois comme l'inventeur de cet instrument de musique, qui eu réalité existait depuis longtemps.
Voici quelques passages des élégies de Tyrtée :
!,.,•... t< Combattons avec courage pour cette terre, mourons
[pour nos enfants, n'épargnons plus nos vies. Jeunes gens, battez- vous demeurant l'un contre l'autre ; que nul ne commence honteu-
[sement à fuir ou à trembler. Faites naître en vos cœurs un grand et
[vaillant courage , et oubliez l'amour de la vie en luttant contre des hommes. Et les vieillards, dont les genoux ne sont plus agiles, ne fuyez pas en abandonnant des vieillards. Car c'est une laide chose que, tombé aux premiers rangs, gise à terre, en avant des jeunes hommes, un vieillard à tête chenue, à barbe blanche, exhalant dans la poussière son âme vaillante, tenant dans ses mains l'organe sanglant de sa virilité... Mais tout sied au jeune homme : tant qu'il possède la belle fleur de la jeunesse, vivant les hommes l'admirent , les femmes le chérissent ; il est beau encore, tombé au premier rang. »
11. « Vous êtes les fils de l'invincible Hercule * : courêige ! Jupiter n'a pas encore détourné sa face. Ne craignez pas le grand nombre des ennemis; n'ayez peur; que le soldat tienne son bouclier dressé contre les premiers rangs. Qu'il prenne en haine sa vie , et que les noires chances de la mort , il les aime comme les clartés du soleil... »
m. « Je ne regarderais pas, j'estimerais pour rien dans un
[homme
1. L'invasion des Dorlcns dans le Péloponèse, pour se couvrir d'une apparence de droit, se qualifiait de Retour des Hérarlides, Les Spartiates étaient Doriens,
D'HOMÉHÊ AUX GÛERRËâ MÉDlQUÉS 143
îa vitesse el la supériorité dans la lutte, eût-il la taille et la force des Cyclopes, plus de légèreté que Borée, plus de
[grâce que Tithon, de plus grandes richesses que Midas et Cinyras, plus de puissance royale que Pélops le Tantalide, un langage plus doux qu'Adraste, eût-il toutes les gloires du monde, s'il n'a pas la vertu guerrière. Un homme n'est pas bon à la guerre , s'il n*ose regarder le meurtre et le sang et s'il ne brûle de se battre face à face avec l'ennemi... »
Les élégies de Tyrtée continuèrent à être chantées par les Spartiates longtemps après sa mort : il y eut même comme des concours institués entre eux et des prix décernés à ceux qui chantaient le mieux ces hymnes de guerre. On attribue à ce poète l'établissement à Sg^Jg,^ t riple ch œur des^v^ , des guerriers et de§^Q|p[ts,
que ces vers, traduits du grec, ont rendu célèbre :
Nous avons été jadis
Jeunes, vaillants et hardis, etc.
On peut consulter sur ce sujet la Vie de Lycurgue , dans Plutarque.
Tyrtée avait aussi composé des anapestes ou petits vers de quatre pieds : il nous en reste six , que Ton écrit quelquefois en trois ou même en deux grands vers. Cette incertitude des règles de métrique auxquelles on croit de^ voir les soumettre prouve que la mesure y joue un rôle moins important que dans l'hexamètre héroïque, dans le pentamètre de l'élégie, et dans l'iambique, qui sont les trois espèces fondamentales de mètres grecs. Les anapestes de Tyrtée sont plutôt soumis au rhythme qu'à la mesure, à la musique qu'à la métrique, et sont un acheminement vers la poésie lyrique qui devait briller un demi-siècle plus tard.
Les poésies de ïyrtée, comme celles des poètes épiques, se conservèrent longtemps dans la seule mémoire des hommes : elles devinrent célèbres dans toute la Grèce et furent recueillies au temps de Pisistrate , comme celles d^Homère et. d'Hésiode.
JMiMNERME, Mi[xvÊp{xoc. — Selon Suidas, Mimnerme était de Colophon, de Smyrne ou d'Astypalée, et vivait vers la Sr*arympiade , un peu avant les sept Sages. Cependant ses relations avec Solon permettent de le rapprocher de 1 âge de ce législateur. A cette époque l'Ionie faisait partie des provinces maritimes des rois lydiens , et par la commodité de ses ports servait d'entrepôt entre l'Asie et les pays de l'Occident; les richesses et le luxe y avaient pris un développement qu'ils n'avaient pas encore reçu dans la Grèce ; les mœurs y étaient plus douces et les caractères plus amollis, en même temps que les connaissances de toute sorte y étaient plus avancées. Mimnerme avait composé une élégie sur le combat des Smyrniens contre Gygès, ro i de Ly die '. Tl vivAÎh ^"^^^S..M..teflaySiidtf Tf*-,^"^ . et de la conquête de l'Asie Mineiju^^ roi de Pers^.^
. Il nous reste treize fragments de Mimnerme, dont le plus long est de seize vers, et qui en comprennent en tout quatre-vingt-un. Il est difficile de juger un poète sur de si faibles documents. Voici pourtant l e caractère des princ îpaux d'entre. ces fragments : le premier offrç jiui, contraste A entre la jpimPf^gg j|,^,^^^|>f>iigp et la vieilliMmo toifito,>et dé- { Jgisgée ; un second et un troisième , roulant sur cette I même idée, présentent un triste tablea.u de^lajjeiUesse et/ des maux qui l'accompagnent :
1. Son nom écrit Gougou dans les inscriptions de Koyounjik indique qu'à cette époque Tu se prononçait ou.
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« Nous ressemblons aux feuilles que fait naître la saison fleurie du printemps, lorsque croît la lumière du soleil. Comme elles, de courts moments nous jouissons des fleurs de jeunesse sans attribuer aux dieux ni maux ni biens. Mais viennent les Parques noires; Tune tient dans sa main la pénible vieillesse, l'autre la mort. Peu d'instants dure le fruit de jeunesse, autant que sur terre luit le soleil. Quand donc se fait ce triste retour, mieux vaut aussitôt mourir que vivre. Bien des maux alors viennent sur nous : c'est la maison qui dépérit sous l'action douloureuse de la pauvreté; tel autre n'a point d'enfants, et, plein du désir d'en avoir, il s'en va sous terre chez Adès ; un autre souffre d'une maladie qui lui ronge le cœur. Il n'est personne à qui Jupiter n'envoie des maux sans nombre. »
Mi mnerip e, qu i éta it ^{^^,1? e^ ^ T)jiHf|^f;i^q - aim ait un e \ îoiië hse de flûtç ^ i^ jpmpme-jton^^ il composa sous son / nTTm une élégie dont Athénée nous a conservé o^e vers et Strabon six autres vers. Les premiers contiennent une description poétique de la marche et du char du soleil; dans les six autres, l'auteur raconte qu'il est venu de Pylos en Asie, qu'il a séjourné à Golophon et que, de là, il est venu se fixer à Smyrne.
Stobée cite encore un fragment de onze vers, où est décrite la marche d'un chef de Lydiens envahissant les plaines de THermos. Ce morceau faisait probablement partie de l'élégie dont nous avons parlé en commençant.
On voit qu'à l'exception de cette dernière, Mimnerme n'avait guère composé que des ^]^gj|;^g|^||ll^liliailllgs : c'est comme poète ^jjj||ij|j|g qu'il est demeuré célèbre dans l'antiquité ; il passait pour avoir peint l'amour avec plus de vérité qu'Homère ; et nous pouvons le considérer comme ayant appliqué le vers élégiaque à l'expression des sentiments de ce genre et de ceux qui en dérivent. S^CTest donc cleMimnei:uie.qinl faut dater l'^d^ff (1">P f\f^
faitje plus tard duj|gfiM^a.^l!^iii,^ Du reste il composait dans la languejiiuidui'nï, qui est, plus que les autres dialectes, propre à Te^pression des sentiments tendres et yQJuptueux.
/ ' SoLON, SoXtov. — Ce grand homme n'est pas seulement un / poète, un des sages de lajGrèce^^etjjn^mnd £^^^^^ ^-""Sofon est, de tous les Grecs avant Périclès, celui qui a exercé la plus grande influence sur la société , sur l'esprit des lettres et des arts dans Tes siècles qui l'ont suivi. C'est de lui que date l'affranchissement définitif du génie grec : ses efforts ont eu pour conséquence d'accélérer le mouvement des esprits vers la perfection, en les dégageant des entraves qui les retenaient encore, et en les plaçant dans les conditions les plus favorables à la production / d'oeuvres parfaites. Solon fut l'organisateur de la démo- T^iijcatie. L'égalité sociale,' politique, civile, donne à chaque homme le sentiment de sa propre valeur et pousse au développement normal et complet des facultés de Tesprit. La division des Athéniens en quatre classes était fondée sur le cens, principe qui effaçait d'abord les distinctions héréditaires de l'ancienne noblesse. Le grand mouvement commercial de presque tout le monde grec, dont Athènes ne devait pas tarder à devenir le centre, allait faire le reste : car il avait pour conséquence la mobilité des fortunes, ouvrait aux hommes actifs et intelligents des dernières classes l'accès des premières, leur permettait par là de parvenir à toutes les fonctions publiques et achevait de mettre entre les mains de chacun d'eux les moyens de se faire dans la société la place à laquelle par sa valeur personnelle il avait droit d'aspirer. Le principe démocra^ tique étant admis comme le fondement de l'Etat, on vit
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cesser la lutte des montagnards , des gens de la plaine et des hommes de mer, tous ayant désormais les mêmes droits et les mêmes avantages dans la cité. La grande émulation qui en résulta fut encore accrue par les lois concernant les étrangers : car ils purent, comme les aulochthones, à de certaines conditions, acquérir tous les droits des citoyens d'Athènes et faire partie intégrante de la communauté; ainsi on appelait du dehors tous les talents, auxquels on offrait Favantage d'une vie libre et d'une multiplicité de moyens d'action qu'ils n'eussent pas trouvés ailleurs.
Le siècle qui sépare la législature de Solon (598) des guerres médiq^es (502) vit apparaître ou progresser tous les genres littéraires qui exigent le plus d'indépendance et la plus grande liberté d'esprit : la philosophie avec la science, le drame sous ses deux formes, l'histoire ; l'ode et même Télégie prirent durant ce siècle un caractère nouveau, sortirent des luttes de personne ou de parti , pour exprimer les idées générales et les sentiments patriotiques qui conviennent aux démocraties bien constituées. Enfin on peut dater de cette même période la naissance de l'éloquence nationale et politique , et sans doute aussi de Téloquence judiciaire, bien qu'elles n'aient été assujéties à des règles précises que dans le siècle suivant* La culture de l'esprit et la production d'oeuvres d'art, exigeant précisément les qualités qui, au sein des démocraties, font qu'un homme est supérieur à un autre ou peut le devenir, étaient foTt honorées dans Athènes et dans une grande partie de la Grèce. Au temps des épopées, le poète jouissait de quelque considération; mais, né dans le peuple, il devait tout à la munificence des seigneurs à la cour desquels il s'attachait; h mesure que la puissance de ces derniers
avait décliné, la condition des gens de lettres et des artistes s'était élevée; la constitution de Solon, en établissant légalité, les plaça pour ainsi dire au premier rang, de sorte que le peuple vit en eux ses instituteurs et ses vrais conseillers ; un homme ne put plus exercer quelque puissance dans l'État sans avoir reçu l'éducation que les lettres et la musique ([xouŒixTi) pouvaient seules donner.
Solon lui-même fut compté parmi les meilleurs poètes de son temps. Il était né vers 638, à Athènes selon les uns, à Salamine selon les autres; il était fils d'Exèkestidès et descendait, dit-on, de Godrus. Il mourut dans la Liv® ou Lv® Olympiade, peu de temps après Tavènement de Grésus au trône de Lydie. Dans sa jeunesse il se livra au commerce, soit pour réparer sa fortune paternelle, soit pour voir les villes et étudier les mœurs et les usages des différents peuples. Solo ri QPAijp^^a de bqnnç^heure des poé-
^sies élégiaques dans le genre de Mimnerme, mais avec e gaieté Hé tfiste il considéra Vénug. Ba cchu s et les Mi ^g e s comme les d^ yi-
^^nités qui charment et embellissent la vie. Avant de s'occuper des affaires publiques, il avait écrit de s nomes , des discours au peuple (8t)(i.TjY°P^*0> des^iambes, des épodes, ^"exhortations à lui-même; il y ajouta ensuiJLe..§ûgjiÊUX célèbres élégies sur Sala j jiin e et sur le gouvernement d'Athènes. L'ensemble de ses poésies formait un total
d'environ jâutt'^il^^ vers.
La pièce intitulée Salamine était de cent vers : ce fut son premier acte politique. On raconte (Plutarq., Vie de Solon) que pour échapper à la loi qui interdisait de parler de cette île, depuis l'insuccès de la dernière guerre contre Mégares, Solon contrefît l'insensé et parut un jour sur la
plus de gaieté que ce dernier : il n a jamais pris la vie par j son côté tfiste et «lélajicolijue ; jusque dans sa yieillçsse
place publique déclamant cette élégie, dont Plutarque et Diogène de Laerte nous ont conservé les vers suivants :
« J'arrive en héraut de Taimable Salamine , ayant composé au lieu d'un discours un chant et
des vers Que ne suis-je un homme de Pho-
légandros ou de Sikinos au lieu d'être Athénien ! que n'ai-je changé de patrie! Car bientôt parmi les hommes on entendrait ces mots : « Voilà un
Athénien, de ceux qui ont perdu Salamine
Allons à Salamine, combattons pour cette île . . aimable et chassons un affreux déshonneur. »
Ces neuf vers donnent quelque idée de Télégie de Solon : les historiens ajoutent que, le charme étant rompu, on ne parla plus que d'aller à Salamine, que Solon fut chargé de cette guerre et que Tile fut recouvrée. Le chant sur Salamine est de Tannée 604 ; quand Solon le composa, il avait à peu près trente-quatre ans.
f i£JË5?" fragment de trente-neuf vers, en trois mor- { ceaux, où sont dépeints les maux produits par Fanarchie et par la corruption des,gens avides , paraît dater d'une époque comprise entre Tannée 604 et Tannée 595, où fut promulguée la constitution nouvelle. L'espérance d'un avenir meilleur et la peinture des biens qui naissent d'une bonne constitution de l'État prouvent que la législation de Solon n'existait pas encore, et qu'il n'avait môme pas reçu la mission de la préparer. Le sentiment démocratique se fait déjà remarquer dans ce passage par le blâme qu'il porte contre les hommes au pouvoir et par la triste image qu'il offrait aux Athéniens de la misère du peuple tombé dans Tindigence,
« de ces pauvres qui s'en vont en foule sur une terre étrangère, vendus et chargés de chahies honteuses...
et le mal public atteint chacun chez soi : les portes des cours ne le peuvent arrêter; il s'élance au-dessus des hautes barrières et trouve celui qui s'enfuit jusque dans sa retraite obscure et dans son lit. »
Plus tard, lorsque , après une absence prolongée, il revint dans Athènes qu'il avait mise en possession d'une constitution sage et équitable, il trouva, comme on le sait, la ville de nouveau en proie aux factions. Le peuple, qui n'était pas encore accoutumé à l'exercice de la souveraineté, se livrait aux mains des pJus riches, ou des plus habiles, ou des plus hardis. Les querelles de la plaine, de la montagne et des rivages avaient repris toute leur force ; trois hommes dirigeaient ces partis : Lycurgue, Pisistrate et Mégaclès. C'est à cette période de la vie de Solon qu'on peut le mieux rapporter certains fragments d'élégie cités par Plutarque :
« C'est de la nue que descend la fureur de la neige et de la grêle ; le tonnerre suit l'éclair lumineux ; ce sont les vents qui troublent la mer, si inofFensive quand nul d'eux ne l'agite. Ce sont les grands qui détruisent la cité : et le peuple, par son ignorance, est tombé dans la servitude monarchique »
« J'ai donné au peuple sa juste part de pouvoir, sans lui ôter rien de ses honneurs, sans rien donner de trop à personne.
« Les puissants et les riches dignes d'envie, je leur avais enjoint de ne rien posséder injustement
« Si par votre mauvaise nature vous attirez sur vous tant de maux, ne vous en déchargez pas sur les dieux. Car c'est vous-mêmes qui avez grandi ces hommes, en leur livrant vos remparts, et maintenant vous souffrez une dure servitude. Chacun de vous se met à la suite d'un renard, et votre esprit à tous est d'une légèreté extrême : dans un homme vous ne regardez que sa langue et ses belles paroles ; mais ce qu*il fait , vous n'y regardez pas. «
iriIOMÈRE AUX GUERRES MÉDIQUES iH
On sait que ces invectives de Solon n'empêchèrent pas les Athéniens de se donner des maîtres. P^istrate, qui représentait la Moyiiagne et le parti populaire le plus avancé, l'emporta surLycurgue et sur Mégaclès; la garde qu'il se fît donner comme ami et protecteur du peuple lui servit à consolider son pouvoir. Les mécontents partirent pour la Chersonèse sous la conduite du premier Miltiade. Solon, qui vieillissait et qui, après tout, penchait plutôt dans le sens de Pisistrate que vers les deux autres partis, se rapprocha du chef de l'État et crut même devoir le guider par ses conseils. Mais les révolutions continuèrent. Aussi, sur la fin de sa vie^ le grand législateur, qu\\ s'était montré grand poète, devint-il un moraHste exprij/J mant en vers ^ Jes^ réflexio ns que. bji> ay^^eatôaspirées la-^ vue et le maniement des affaires humaines. C'est à cette portion de sa vie qu'on peut le mieux rapporter, s'il est authentique, le fragment de dix-sept vers relatif aux neuf époques de la vie de l'homme et quelques autres fragments d'une moindre étendue.
Il est probable, que Solon- étatt-vîetusc-lorsqu^'il composa \ la grande él ég ie morale que nous possédons de lui et qui, 7 dans l'état où Stobée nous l'a transmise, ne compte pas) moins de soixante-seize vers. C'est un morceau de haute poésie , comparable aux plus belles inspirations morales de la Muse hellénique. En voici le commencement :
« Brillantes filles de Mnémosyne et de Zeus olympien. Muses de Piérie, écoutez ma prière. Faites que des dieux immortels j'obtienne le bonheur et de tous les hommes une bonne et éternelle renommée. Que je sois doux pour mes amis, amer pour mes ennemis, respecté des uns, terrible aux autres. Je désire les richesses, mais je n'en veux pas jouir par l'iniquité : toujours après vient la justico. La richesse qu'ont donnée les dieux osl stable de
la base au sommet. Celle qui n'est estimée que des hommes est un fruit de l'injure et du désordre ; elle est amenée par des actions coupables ; mais elle suit malgré elle. Bientôt s'y mêle le malheur : ses commencements sont petits, comme ceux du feu ; faible d'abord, à la fin il est terrible ; car pour les mortels les fruits de l'injure ne durent pas. En toutes choses Jupiter surveille la fin. Comme un vent printanier dissipe tout à coup les nuages, ébranle dans ses profondeurs stériles la mer aux innombrables flots, dévaste sur la terre couverte de moissons les beaux ouvrages de l'homme, et montre de nouveau le ciel lumineux ; la puissance du soleil resplendit dans sa beauté sur la terre immense et des nuages l'œil n'aperçoit plus rien : telle est la vengeance de Jupiter. Il n'est pas comme un homme mortel qui s'irrite à tout propos. Mais rien ne lui échappe de ce que médite un cœur coupable ; et c'est à la fin qu'il apparaît. Il punit l'un plus tôt, l'autre plus tard. S'ils échappent et si la justice des dieux ne les atteint pas aussitôt, elle finit par venir. Leurs œuvres sont punies, même sur leurs fils innocents et sur leurs descendants. Nous mortels, nous disons : Le sort est le même pour le bon et pour le méchant. Chacun garde pour soi l'attente la plus favorable, jusqu'au jour où le malheur l'atteint; alors il se lamente. Jusque-là, la bouche béante, nous jouissons de nos espérances frivoles »
Ainsi se continuait et s'épurait sans cesse le caractère moral et le sens pratique des œuvres littéraires de la Grèce. On peut constater dans ce morceau l'idée que se faisaient alors de Jupiter les hommes d'un esprit cultivé. Ce dieu patient et suprême n'est plus le prince colère et discuté de l'Iliade ; il est presque devenu une conception philosophique, et c'est désormais dans cette direction que doivent marcher les littérateurs et les artistes athéniens.
Solon avait composé des ïambes dont il nous reste
quelques fragments; le plus long, qui est de vingt-sept vers, faisait partie d'une apologie qu'il avait faite de luimême et de ses lois et qu'il avait adressée à son ami Phôcos. En voici quelques vers :
« J'ai arraché de la terre les bornes dressées en beaucoup
de lieux ; elle était esclave, maintenant elle est libre. J'ai ramené dans la divine Athènes beaucoup d'hommes qui avaient été vendus, les uns injustement, d'autres avec justice, ... et qui dans leurs courses errantes avaient déjà oublié
la langue athénienne J'ai su mettre d'accord la
force avec la justice et j'ai accompli ma promesse ; j'ai écrit des lois égales pour le méchant et pour le bon et j'ai fait rendre à chacun bonne justice. »
Enfin, Solon avait écrit différents morceaux de poésie dans des rhythmes qui se rapprochent beaucoup de ceux de la poésie lyrique ; nous en possédons de très courts fragments, sur lesquels on ne saurait fonder aucun jugement. Toutefois la variété des formes employées par ce poète prouve deux choses : qu'il possédait Fart de la composition poétique dans les différents genres alors connus, et que les genres créés et autrefois répartis dans les diverses contrées de la Grèce étaient maintenant répandus dans le monde hellénique et cultivés ailleurs que dans certains centres locaux. Cette diffusion des connaissances littéraires contribua à affranchir la poésie des formes archaïques et hiératiques qu'elle avait encore au septième siècle ; dans Solon cet affranchissement est complet : nous verrons comment d'autres auteurs du même temps ont contribué pour leur part à le consolider. Remarquons que ce mouvement des esprits fit naître le besoin de revenir sur le passé , de réunir les œuvres des anciens poètes et d'en fixer les textes authentiques. C'est Solon qui tenta le premier d'accomplir cette œuvre ; mais il ne réussit qu'à
la préparer ; Texécution en était réservée à ses successeurs, Pisistrate et les Pisistratides. La philosophie , c'est-à-dire la science, commença aussi dès cette époque à être cultivée et à susciter de véritables écoles, qui toutes se firent remarquer par Tindépendance de leurs doctrines. L'histoire naîtra bientôt à son tour et avec elle la prose, qui est le véritable instrument de Tesprit humain mis en possession de lui-même et entré dans la voie des conceptions scientifiques. Quoique beaucoup de pays helléniques aient contribué à ce mouvement de Tesprit grec, les États ioniens se sont pourtant à cette époque montrés plus hardis et plus avancés que les autres ; et Solon, par ses lois et par son propre exemple, fit que, parmi les états ioniens, Athènes allait bientôt prendre le premier rang et marcher en tète de la civilisation. Le sixième siècle continua son œuvre , et le cinquième lacheva.
P,BûQjjDE^*u)xuXt8ïi;. — Il nous reste de ce poète deMilet v inp;t-cina vers en douze fragments dont le plus long en contient huit. G*est peu pour juger un auteur. Voici ce que dit de lui Dion Ghrysostome, après avoir cité la sentence suivante en deux vers :
[rocher,
« Voici encore un mot de Phocylide : Une petite ville sur un
... mais bien ordonnée, vaut mieux que l'extravagante Ninive. »
« Ces vers, écrivait Dion, sont IfiiSh exemple des poésies « de Phocylide ; il n'est pas de ceux qui ont composé des « œuvres poétiques de longue haleine, comme le poète qui « raconte une seule bataille en plus de cinq mille vers ; sa « composition commence et finit en deux ou trois vers, en « tète desquels il inscrit son propre nom, comme atta-
« chant beaucoup de prix à sa pensée... » En effet, parmi les douze fragments de Phocylide, il y en a cinq qui commencent ainsi ; mais un d'entre eux se compose de huit vers, résumant au sujet des femmes les comparaisons satiriques des poètes ses prédécesseurs.
La nature sentençÎÊjî^ç ^çs poésies de cet auteur le rattache pôùf le fond à la classe ^pftpnptpg fffî"f^,ifltHf ^' ^^"^ le plus célèbre estThéû|^^QuantaTS*Wg^^ celle
de Vél^si^i mais cTsRuissi celle du vers épique ou hexamètre. On ne peut donc, ni pour le fond ni pour la forme, classer les ouvrages de Phocylide dans un genre littéraire bien déterminé.
Remarquons en passant la citation que fait cet auteur de la ville de Ninive , comme célèbre par sa magnificence presque insensée. Phocylide florissait avant le milieu du sixième siècle. Ninive avait été détruite en 606 par Cyaxare et sa chute avait dû retentir dans toute l'Asie.