II. ïambes, etc
jyiamô(?,ia(jL6o<;, est un pied de vers composé d'une brèv e et d*une lyn^pe : par extension, les Grecs nommèrent de ce nom tout vers dont l'ïambe était l' éléme n t métrique fondamental. On considère Archiloque comme l'inventeur de ce pied , mais c'est à tort ; car le motWSo; n'a peut-être pas son étymologie dans la langue grecque , et dans ce cas il est antérieur au septième siècle. De toutes les formes du langage mesuré , l'ïambe est celle qui s'accommode le mieux au jjii)^ff"^ ^^ <iuî convient le mieux pour exprimer le s choses o rdinaires de la vie. La suite l'a bien fait voir : au septième siècle j Archiloque et après lui Simonide
d*Amorgos en ont fait Finstrument de la vengeance et de
la^tire. Anv pjppjg^^jijvanffi il a Ptp prPRqu^.fiftiil^^Q|^
pa roles poètes dramatic^ ues pour la partie, de&^ca ffédîe o-et des ^yynédies qui n'était pas acco mpagnée de miisiquej i. Cet emploi du vers ïambîqué'TaTmîs chez les Grecsau même rang que Vépo s ou vers hexamètre , et lui a donné plus d'importance que Yslàgjos ou vers ptntamètre n a jamais pu en acquérir.
Le vers ïam bique s'est employé soit seul, soit combiné alternativement avec un graiid vers, dont il est alors précédé : TensemjDlç d'ua^gxaai^xçxs et H*u n vers ïambi juj ^ i* portait le nom djgogjjj^ èirgiSog. On en trouve des exemples dans les fragments d*Archiloque et, en latin, dans les ^épodes d'Horace. Cette combinaison n*a pas eu chez les Grecs un très grand succès , probablement parce que la grande différence qui existe entre les deux vers , dont les pieds sont composés d'éléments hétérogènes, choquait des esprits qui cherchaient en toutes choses Tharmonie,
^RffîtfMffii 'Ap;^t>nyn^ — Ce poète, né dans File de |^^, vivait, selon Gicéron, à Tépoque de Jftomiilus. D'autres le font descendre jusqu'à l'époque de ^apho. 11 est probable que la vérité est entre ces deux extrêmes et qu'Archiloque florissait vers le temps de Tyrté e, peut-être môme un peu après lui. Ses ouvrages et sa vie ont beaucoup exercé la sagacité des érudits dans les derniers siècles de la Grèce, sans que l'on ait pu suffisamment éclaircir les faits. Presque tout ce qu'on en raconte se rapporte à ses relations avec L ycambès : ce Grec de Paros avait une fille nommée Néobulé ouNéobulie qu'il promit en mariage au poète et qu'ensuite il maria avec un autre homme. Archiloque s'en vengea en composant contre le père et contre ses filles
des ïambes diffamatoires qui devinrent célèbres dans toute la Grèce. Archiloque n'avait pas inventé ce vers pour la circonstance; mais ce vers s'y prétait mieux que tout ^utre* Selon Aristote, le poème homérique intitulé Margites * contenait déjà des vers ïambiques et on en rapportait l'invention fortuite à une femme d'Eleusis du nom d'Iambé : celle-ci était servante de Métaneira, femme d'Hippothoôn , lors du séjour que Gérés à la recherche de Proserpine fit chez ce prince ; cette lambé était Thrace d'origine. Gette légende montre qu'il faut chercher au delà des temps historiques les commencements de Tiambe. Archiloque, dans ses satires, combina ce vers avec des rhythmes lyriques qu'il est impossible de scander et qui ne sont soumis à aucune mesure. Ses é^odes n'étaient pas seulement des distiques composés d'un hexamètre et d'un vers ïambique, mais aussi des semiélèges de son jîivention, formés d'un hexamètre suivi d'un demi-pentamètre dactylique.
Archiloque composa aussi des élégies, un poème intitulé le Naufrage, Naudi^'^^» sur la mort malheureuse de son beau-frère, un Télèphe , enfin des lôbaques^ espèce d'hym-
1. Rien de définitif n'a encora été dit sur le Margitès. Il n'est guère possible de douter de son antiquité, attestée par un critique aussi judicieux qu' Aristote. Le mélange de vers épiques et de. vers ïambiques qu'il présentait n'est pas une difficulté sérieuse, puisque le mot ïambe remonte à une époque anté-hellénique. Il en est de même du mot lyre, qui se Toit dans les deux ou trois Ters qui nous restent du poème ; ce mot n'a pas son origine en grec. Le nom de Margitès paraît étranger et semble aryen par sa racine. Qu'on ait eu de très bonne heure l'idée de composer des poèmes satiriques, c'^est ce que démontre l'hymne du Rig-Vèda, où les brahmanes sont représentés par des grenouilles babillardes. Le poème a donc pu être fort ancien, même sous la forme qu'il avait au temps d' Aristote. Quant à l'idée de ce philosophe qu'il ait pu être le point de départ de la comédie, nous verrons plus bas qu'elle est tout à fait fausse.
1» vO . , SECTION TROISIÈME
nés en l'honneur de Bacchus. Toutes ces œuvres étaient
déjà perdues au temps d*Eustathe. Il nous en reste une
(centaine de fragments dont le plus longTTifqïïeTirx versT Ces' ôrecs tenaient "en^hàutè estime la poésie d'Archiloque, laTorine brève et mprd^ante . de§ê§^jysj^^ ^^is les
poètes d'un génie sérieux et les critiques de quelque moralité blâmaient sa méchanceté sans mesure , son bjuvardage excgs sif/ ses""pens? es1j^ son injust ice à Fégard
"des personnes qu'il n aimait pas. On raconte qu'étant allé à Sparte, il fut chassé de cette ville, pour avoir jeté son bouclier et pour s'en être vanté dans ces vers que nous avons : .
« Un Saïen se pare maintenant du bouclier que j'ai laissé intact et sans le vouloir dans les broussailles. Mais j'ai échappé à la mort : qu'il aille où il voudra ; j'en achèterai un autre qui le vaudra bien. »
r Les méchancetés d'Archilogue tournèrent mal pour lui, fcomme le fait entendre Pindare ; il péri t assassin é. D'après •la légende, sa renommée était si^rande, que, son meurtrier s'étant présenté à Delphes , l'oracle le repoussa en lui disant : « Tu as tué un serviteur des Muses, sors de ce temple. »
Nous ne possédons presque rien d'Archiloque qui mérite d'être cité. Voici un fragment d'élégie :
« Allons, parcours avec une coupe les bancs du vaisseau rapide ; tire à boire du creux de les tonneaux ; verse nous un vin rubicond, car nous ne pourrons rester à jeun dans cette prison. »
Voici encore un petit tableau dont le dessin n'est pas mauvais:
« Je n*aime pas un grand général qui danse en marchant, fler
D'HOxMÈRE AUX GUERRES MÉDIQUES 1^
de ses cheveux frisés et fraîchement rasé ; j'aime qu'il soit petit, les jambes un peu torses, solidement établi sur ses pieds, plein de cœur et fécond en ressources. »
Il est difficile de dire quelle a pu être Tinfluence d'Archiloque sur la .marche de la poésie grecque. Car si le Mar^ gitès était antérieur à Archiloque , comme on est porté à l'admettre, ce poème contenait déjà en partie les qualités satiriques qui firent la fortune du poète de Paros et montrait une première fois l'application de Tiambe à ce genre de poésie. Mais la vie d' Archiloque, la personnalité de ses sentiments , la virulence de ses expressions , sans doute aussi la nouveauté de son langage qui avait quelque chose de familier, de populaire et de singulièrement animé , purent engager la poésie dans des voies nouvelles , la dégager des formes solennelles qu'elle avait eues jusque-là, et préparer l'avènement définitif dtt«lMywRbe dans les compo-' sitions dramatiqueswii^
SiMOTyj)||jg'^j|][^^jltp^ 2t|jLwv(ÔTri<;. — Les éditeurs publient souvent sous le nom du grand Simonide de Géos des iambes qui viennent d'un autre Simonide, contemporain d' Archiloque et né dans File d^ACQÛCSA^* Celui-ci appartient à cette famille de poètes qui ont, à toutes les époques de l'histoire, pris les femmes pour objet de leurs railleries et de leurs malédictions. Parmi les divers fragments de ce poète , il \ nous reste une pièce de cent dix-huit vers sur les femmes; I on pourrait la rattacher au passage de la Théogonie traitant du même sujet, si Ton était certain que le poète ionien d'Amorgos ait connu les œuvres de la muse béotienne. On peut aussi bien admettre que l'idée de comparer, comme le fait Simonide, les différents caractères humains à des caractères d'animaux ou d'objets naturels était en circu-
lation dans le monde gréco-asiatique : car cette pensée avait déjà inspiré beaucoup de comparaisons à des poètes qui ne se connaissaient pas entre eux et avait fait naître en Orient Tapologue et la fable, genre adopté par les Grecs à l'époque où nous sommes parvenus *.
te poète d'Amorgos distingue parmi les femmes un
(certain nombre de caractères qui lui rappellent des animaux connus ou certains éléments naturels. Il en fait rénumération et dessine les traits les plus saillants de chacun d'eux :
« Ce fut sans femme qu'un dieu forma d'abord riiitelligence. Parmi les femmes Tune est née de la truie au poil hérissé ; par elle la maison ressemble a un bourbier, tout y roule à terre en désordre ; elle-même est sale et ne lavé point ses vêtements ; elle s'engraisse assise sur son fumier. »
Il passe ensuite en revue la femme rusée née du renard, la hargneuse, née de la chienne, la paresseuse qui est faite de terre , la femme changeante et d'humeur inconstante issue de la mer , la femme sensuelle et gourmande née de l'âne, la femme voluptueuse et voleuse , fille de la chatte.
w Telle autre est née de la fîère cavale aux longs crins ; elle dédaigne tout travail servile et ne se donne point de mal ;
1. La fable primitive des Hellènes s*est personnifiée dans Ésope (^îjwito^) comme l'épopée dans Homère. Quant au nom, à la patrie, à la vie, à l'existence même de ce grétendujabuliste, ce sont autant de questions non résolues. Au sixième siècle on répétait oralement de courts récits d'une origine inconnue, sous les noms de^bles cypriaques, libyennes, cariennes, phrygiennes, ciliciennes et sybaritiques, mots qui n'en indiquent pas les sources premières. Ésope représente la tradition phrygienne c'est-à-dire aryenne, qui était la plus importante; la plupart de ces traditions semblent avoir constitué une sorte de sagesse populaire chez des peuples qui n'écrivaient pas encore.
elle ne loucherait ni au moulin ni au crible, elle n'ôlerail
pas Tordure de la maison Mais elle se nettoie toute la
journée ; elle se parfume deux fois, trois fois; elle porte une chevelure bien peignée, abondante, ornée de fleurs. Cette femme est un objet charmant pour les autres hommes ; pour le sien c'est un fléau, à moins que ce ne soit un prince ou un monarque qui trouve de l'agrément à ces sortes de choses. »
Le poète parle encore de la femme laide et méchante qui tient du singe , et enfin de celle qui est née de Tabeille, laborieuse, irréprochable, aimée de son mari qu'elle aime ; elle est un bien pour qui la possède. Mais , comme si Tauteur se repentait de ce court éloge , revenant à son idée dominante, il conclut que la femme est le plus grand des fléaux et une entrave indestructible dans laquelle Jupiter nous a enchaînés.
Il faut probablement attribuer au même Simonide un autre fragment de vingt-quatre vers ïambiques, conservé aussi par Stobée ; cette pièce, dont le style n'est pas sans vigueur, roule sur cette pensée qu'il faut savoir supporter nos maux. Il semble par ces deux morceaux que le poète d'Amorgos ait été principalement un mor aliste et un satirique. Il est loin d'avoir égalé en renoinmtJe ÀrcluWllUW : on peut admettre qu'il était loin de l'égaler. Sa critique des femmes exprime-t-elle une vérité générale? on peut au moins en douter. La manière dont il la développe est sèche et froide ; elle n'est rehaussée par aucun trait saillant; le poète ne présente que des esquisses dépourvues de vie et d'agrément ; les passages que nous avons cités sont de beaucoup les meilleurs.
Toutefois Simonide d'Amorgos avait composé, outre ses ïambes, deux livres d'élégies entièrement perdus, où il avait montré plus de génie poétique que dans ses ïambes.
162 SECTION TUOISIÉMB
C'est à lui auBsi que quelques critiques attribuent l'invention des lettres r, et w.
HiPPÔNAX ET Ananiqs^ 'iTritwva^ , 'Avàvio;. — Le chôU ambe, joAiooêoç, est un vers ïambique dont le dernier pied est un spondée (- -) au lieu d'être un ïambe (w» -); il est donc plus long que lui d'une brève et ne renferme rigoureusement que deux ïambes, l'un au second pied, l'autre au quatrième. Son nom signifie ïambe boiteux; on le nomme aussi ^a^Qw^ mot qui a la même valeur. Hippônax d'Éphèse est considéré comme l'inventeur de ce mètre qu'il appliqua à la satire. Il vivait dans la seconde moitié du sixième siècle ; c'était Tépoque où s'achevait, dans les États ioniens, la lutte de l'aristocratie et du peuple, ou, pour mieux dire, de la féodalité et de l'état constitutionnel. Hi ppôjia x, engagé dans cette lutte., fut frapj^^jE^c Jes tyrans Comas et Athénagoras et s'exila y^^ftpta.k^fll'Kftt da»fi làTp resçLu'île. ,de, Clazomèn e. Il trouva dans ce pays smyr- Ifuen le souvenir de ^imnenn e; mais ce fut Archiloque qu'il prit pour modèle. Caractère violent et irrité par des luttes politiques où il avait eu le dessous , il exhala sa rancune dans ces ïambesjàûitfiux, qui l'ont rendu presque aussi célèbre que le poète dePftcos. Laid, maigre et petit, il fut raillé et peut-être mis en caricature par deux sculpteurs de Chios, Boupalos et Athénis, frères l'un de l'autre et appartenant à une famille d'artistes. On raconte que ces deux jeunes gens ne purent supporter la violence des vers d'Hippônax et qu'ils se pendirent; mais cette histoire semble être renouvelée de celle qu'on racontait des filles de Lycambès, poussées au même désespoir par les satires d'Archiloque. (Voy. Welcker, Hippônax.)
Il ne nous ref-te presque rien d'Hippônax d'Éphèse.
Quelques vers indiquent que ses poésies avaient aussi un caractère moraliste qui les élevait au-dessus des vengeances personnelles.' Mais nous ne pouvons porter aucun jugement sur des œuvres entièrement perdues pour nous. Nous possédons moins de données encore sur Anajyjg, autre poète satirique contemporain et disciple d'Hippônax. Nous n^avons peut-être pas de lui un seul vers. Nous savons seulement qu'il apporta au vers ïambique une modification, sinon absolument nouvelle, du moins constamment admise par lui : il terminale vers par deux spondées; la syllabe du quatrième pied se trouvant déjà longue, il y eut ainsi à la fin du vers d'Ananios cinq syllabes longues consécutives. Le chôliambe d'Hippônax eut des imitateurs chez les Grecs et chez les Latins ; mais le vers d* Ananios s'éloignait trop du type naturel pour avoir un succès durable.
ni. LYRIQUES
/- On appell e tf)o>ij^ o<fg, les œuvres comprises sous le nom de /poé sie lyriq ue : ce mot est la contraction de^.^5?î,mot qui / se rapporte au verbe ^s(§ u), chanter, La forme (poTÎ estposté- \ rieure à la forme non contractée et date de la période comprise entre l'Odyssée et la fin du septième siècle ; le mot est hellénique sous cette forme, il a son explication dans la langue grecque , il répond à une idée grecque et non étrangère. Il faut donc distinguer profondémenlJ^We Xfà^^y hymne. Celui-ci remonte au berceau des peuples indoeuropéens : c'est le chant sacré et liturgiqu e QtUUBUUk ^ touta- la rac e arye nne. L'oae daleTPun^poque bienj;os-\ térieure; elle nTlfticun caractère sacerdotal ; elle appar- j tient à la poésie laïque et elle n'apparaît qu'au çomnierw
cernent des temps historiques de la Grèce, vers le milieu ou la lin du stf,mH|yfflë BlBBTfe. ETTe succède sans interruption à l'épopée "et coïncide par ses commencements avec Télégie, qui lavait pourtant devancée de quelques années. /^ L'ode grecque est caractérisée, entre les genres de poéfeie, par J'absence de vers : on n'a jamais dit en grec les itel^de Pindare, ni môme les v ers de Sapho ou d'Alcée ; Horace affirme que la poésie lyrique n'est pas soumise aux règles de la mesure :
. Numerisque fertur Lege solutis.
C'est ce qu'ont rendu parfaitement clair les derniers travaux relatifs à la musique des Grecs, et en particulier ceux de M. Vincent. Le rhythme, f5u6{jL(5<;, est pour l'ode ce qu'est pour YépoSy Yélège et Yiambe la mesure, [jLsxpov, c'est-à-dire le total des syllabes brèves divisé en un nombre déterminé de pieds, Tt6§e<; ; le pied est étranger à la ^poésie lyrique. Or on ne peut comprendre ce que les Grecs entendaient par rhythme, si Ton ne distingue les deux éléments qui le constituent : l'un est poétique, l'au-v tre est musical ; l'adaptation des paroles et de la mu- ) sique se nomme prosodie, irpodipSCa. Le développement naturel de la pensée engendre des phrases ; la plus simple n'est autre que la proposition réduite à ses éléments logiques et grammaticaux; un ensemble de propositions, subordonnées les unes aux autres et coordonnées grammaticalement sous la raison de l'unité, forme la phrase périodique. Dépourvue de mesure et séparée de toute addition musicale, elle constitue la prose; soumise aux règles de la prosodie, elle prend le nom de période poétique,
On peut remarquer que dans les bons auteurs, quelle que soit d'ailleurs la nature des vers dont ils se servent, la pensée, dans son développement périodique, marche avec la mesure et que le dernier vers finit avec la pensée. Les anciens aèdes , auteurs d'épopées , accompagnaient leurs récitations par quelques notes de musique, qui soutenaient leur voix ; et nous faisons nous-mêmes usage, en parlant, d'une cantilène dont le développement s'adapte très exactement à celui de la phrase , soit en vers soit en prose. Supprimez la mesure des vers et donnez à cette cantilène une valeur musicale, vous ne changez rien au mouvement de la pensée; mais la cantilène, soumise aux lois de la musique, devient aussitôt un air. Cet air commence, marche et se termine avec la pensée, qui se présente ainsi à la fois sous une double forme, la phrase et l'air. L'air, dans son rapport avec la pensée qu'il exprime ou, ce qui est la même chose , avec la phrase , est ce que les Grecs appelaient rhythme. On disait: les rhythmes de Pindare, les rhythmes de Simonide, pour désigner les périodes poético-musicales de ces deux grands auteurs. /L'ode grecque est donc un genre littéraire qui tient le Qiilieu entre la prose et les vers. La musique y joue unv rôle égal aux paroles ; le poète était en même temps mu-/ sicien ; la pensée qu'il concevait se présentait à son esprit sous la double forme d'une phrase et d'un chant, et il n'y avait pas pour lui de séparation possible entre ces deux éléments de sa composition. Il en résulte que l'on ne peut comprendre l'histoire de la poésie lyrique chez les Grecs que si l'on suit en même temps celle de la musique. Si l'ode contribua au progrès des études musicales , elle ne put elle-même se perfectionner que par la création ou par le rapprochement des divers systèmes musicaux : en
effet les modes grecs ne sont pas également propres à exprimer tous les sentiments ni toutes les idées ; les poètes lyriques n'eurent donc toute leur liberté d'action que quand ces modes furent venus se coordonner dans un vaste système. D'un autre côté le monochorde avait pu ") suffire aux premiers aèdes, qui ne lui demandaient qu'une tenue pour les aider dans leur récitation ; la lyre à trois) et plus tard à quatre cordes satisfaisait aux besoins du culte pour les cKanfT naturellement très simples qui accompagnaient les hymnes. Mais à mesure que l'ode, sentant sa force , se porta à rendre tous les sentiments et à exprimer les situations les plus variées, elle eut besoin d'un instrument complet; elle le posséda dans J^|^fij;y^ chor^gu sur lequel purent être exécutés tous les modes fondamentaux de la musique. De plus elle trouva dans la distinction des genres des ressources nouvelles et diverses dont elle profita.
é C'est dans l'école pythagoricienne, par le travail des ithématiciens, que s'opéra la combinaison des modes itiques et que vinrent se systématiser et se coordonner r une même échelle les éléments dispersés de la musique aes Grecs. Les instruments purent dès lors se fabriquer conformément à la théorie et répondre d'une manière complète aux besoins de la pensée , soit dans les exécu-* tions lyriques, soit au théâtre, soit dans les odéons et les concours. Or ce travail des pythagoriciens ne date que de la fin du sixième siècle : Simonide était déjà vieux quand ces ressources nouvelles furent mises aux mains des poètes ; Pindare put en profiter complètement. (^ Les commencements de la poésie lyrique sont obscurs. On peut cependant affirmer qu'elle est entièrement grecque, quoique des trois modes essentiels de la musique
deux seulement soient d'origine aryenne. Quant au troisième , le lydien , il était depuis longtemps en usage chez les Grecs d'Asie quand Tode commença à paraître. D'un autre côté les traditions rattachent les premiers essais lyriques à deux origines également aryennes : par les récits relatifs à l'école de Lesbos, elles nous conduisent en Thrace et à ces hiérophantes orphiques dont le Vêda nous dévoile le point de départ ; les chants phrygiens et le mode majeur qui leur était consacré fttisaient partie du culte des Gorybantes ou montagnards d'Asie Mineure, dont TAvesta nous fait connaître la première patrie. Il faut donc admettre que par une sécularisation progressive la poésie et la musique des hymnes engendrèrent le chant lyrique. On peut suivre dès ce moment dans l'histoire leurs perfectionnements successifs, qui furent le fruit, non d'une imitation étrangère, mais d'analyses mathématiques et physiques souvent très subtiles. L'influence de l'Asie Mineure et des traditions orphiques se fit sentir longtemps sur les œuvres lyriques nées dans les îles et mênfe dans la Grèce continentale. Lorsque le peuple grec, par ses constitutions originales et par l'effet des guerres étrangères, eut pris définitivement conscience de sa propre valeur, les odes eurent dans toute sa pureté le caractère hellénique. Mais après la conquête d'Alexandre les chants lyriques se touvèrent de nouveau sous l'influence directe de l'Orient et exprimèrent un mélange d'idées venues en partie de la Perse et de l'Inde, quelques-unes aussi des peuples sémites et de l'Egypte ; enfin ils se firent chrétiens» /^ Chaque dialecte eut ses poètes lyriques comme chaque race avait ses modes musicaux de prédilection, dans un temps où les Grecs n'agissaient pas encore en commun et n'avaient ni une langue ni une pensée communes. Le prin-
fe
cipal dialecte, comme le mode musical par excellence, était, suivant Platon, c ^lui de s Doriens, qui demeura la langue des chœurs tragiques. Comme le mode dorien est moralement le plus noble des modes musicaux , le dialecte dorien est aussi le moins capable de se mêler aux autres et de recevoir une influence étrangère. Celui des Éoliens, moitié grec, moitié asiatique, se combina de bonne heure avec les autres dialectes de FAsie Mineure et des lies et ne fut presque jamais employé dans toute sa pureté. Flexible et mou, il s'adapta aisément aux divers modes musicaux, surtout au phrygien, mode favori des Corybantes , au lydien qui est pour ainsi dire ultra-mineur, à Féolien qui se rapproche du dorien. Le dialecte ionien, qui est celui de la prose et dont Tusage général précéda la création de la langue commune, fut employé le dernier dans la poésie lyrique. Enfin, après la fusion des races, les poètes lyriques chantèrent indifféremment dans tous les dialectes, en conservant la tradition qui attribuait à chacun d'eux certains modes musicaux déterminés. Ce fait coïncida avec le rapprochement de ces modes et la construction du système général dans Técole pythagoricienne : il contribua beaucoup à la supériorité de Pindare,