‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 29 sur 45 · MUSIQUE DES GRECS J · texte numérisé non relu

MUSIQUE DES GRECS J

Nous allons exposer, au moyen de la notation moderne, les principaux éléments de la musique des Grecs, tels qu'ils furent adoptés dans la pratique ordinaire de la poésie lyrique et de Tinstrumentation *.

1. Ouvrages principaux concernant la musique des anciens Grecs : Acu>pT;Tix6v jJLéva, méthode suivie duns l'Église d'Orient.

Le son parcourt, entre le grave et l'aigu, un intervalle que la voix ou la corde peut monter ou descendre d'une manière continue, sans qu'il y ait aucune note distincte, aucun point fixe. Cet effet se produit quand on raccourcit sans s'arrêter la partie résonnante d'une corde tendue. Dans cette série indistincte il est possible de fixer certains sons ou notes, entre lesquels on établit ainsi des intervalles définis. Les anciens ont distingué de très bonne heure les intervalles d'un ton, d'un demi-ton, d'un tiers et d'un quart de ton; puis les consonnances mélodiques, qui portent la voix à parcourir dans un certain ordre la série des tons et des demi-tons, en établissant la première note sur un point quelconque de la série indistincte. Il existe une consonance fixe, déterminée physiquement par le rapport du simple au double dans le nombre des vibrations, c'est l'octave. L'intervalle de seconde {ut, ré) est également fixe; et, celui-ci étant retranché, il reste pour compléter l'octave deux quartes , de composition différente quoique formant en somme deux intervalles égaux. Ces trois in- Aristide Quintilien.

Tables d'Alypius.

Porphyre.

Euclide.

Ptolémée, Hv. II.

Plutarque, de Musica.

Boulanger, édition 1603.

Gaudence.

Bacchius Tancien.

Bryenne.

Burette.

Henri Martin (Comm. sur le Timée).

L'Hagiopolite.

Vincent, manuscrits grecs.

Gevaert, Hist, de la musiq, dans l'antiquité,

Bourgault-Ducoudray, divers écrits.

lervalles, pris ensemble et composés exclusivement de cinq Ions et de deux demi-tons , forment ce que Ton nomme la gamme diatonique. Tous les modes fondamentaux de la musique grecque sont contenus dans cette gamme.

I. TÉTRACHORDES. — L'intervalle de quarte étant invariable est commun à tous les systèmes musicaux et leur sert de base. Les musiciens gréco-asiatiques observèrent de bonne heure que sur Téchelle diatonique les mêmes séries mélodiques, consistant en quatre notes semblablement disposées, se reproduisent indéfiniment, par exemple :

1® ut ré mi fa; sol la si ut ; etc.

2° ré mi fa sol; la si ut ré; etc.

3° mi fa sol la; si ut ré mi; etc.

Ces séries sont caractérisées et diffèrent les unes des autres par la place du demi-ton, qui est au troisième rang dans la première série, au second dans la deuxième, au premier dans la troisième.

Telle est Torigine du tétrachorde, lequel répond , dans Thistoire de la musique, à la longue période qui a précédé Tin vention des instruments à sept cordes ou à sept notes fixes.

Quand on fait entendre consécutivement deux tétrachordes superposés, on observe trois cas parfaitement distincts: 1** ils peuvent être séparés par un intervalle d'un ton, comme fa sol dans ut ré mi fa, sol ta si ut; et dans ce cas la dernière note reproduit à laigu la première ; 2** ils peuvent se suivre immédiatement, comme si ut ré mi, mi fa sol la, et alors il faut ajouter à l*aigu Un ton la siy pour obtenir la note qui reproduit la première et continue la série des tétrachordes ; 3° enfin onpeut Concevoir que Faddition d'un ton doive ge faire au graVe avant la

D'HOMÈRE AUX fiUERRES MÉDIQUES 171

première &érie, par exemple en plaçant un sol avant la série la si ut ré, ré mi fa sol. De quelque manière que Ton complète la série, on obtient Y octave; et comme la huitième note reproduit la première, c'est en réalité une série de sept notes se reproduisant elle-même indéfiniment ; un instrument rendant ces sept notes exprime, la totalité de la gamme diatonique. Composer Toctave avec deux tétrachordes , plus un ton, voilà ce que Ton appela mettre sept cordes à la lyre. L'emploi d'instruments à sept notes fît une révolution dans Tart musical, puisqu'il le fît sortir de la longue enfance où le retenait T usage des tétrachordes.

IL Modes, xovo;,àp(xov(a*. — Les modes étaient primitivement des tétrachordes et ne renfermaient que quatre notes ; mais lorsqu'on eut découvert loctave et sa composition , la note additionnelle les transforma en de véritables pentachordes. Chez les Grecs et aujourd'hui encore dans l'Église chrétienne, on solfie les tons ou modes en descendant cinq notes consécutives de la gamme diatonique. Toute note, prise au hasard dans l'octave, peut servir de base à une série, être prise pour note du ton et constituer un mode. Dans les séries ainsi constituées, il y a toujours au moins un des intervalles qui est d'un demi-ton, à savoir de Yut au si et du fa au mi ; seulement la place de ce demiton n'est pas la môme dans les divers pentachordes, puisqu'elle est fixe dans l'octave. Les modes diffèrent entre eux par la place que le demi-ton y occupe ; et le caractère moral de chacun d'eux vient uniquement de cette même cause.

1. Les modes antiques existent encore aujourd'hui dans les chants populaires, les danses et la musique religieuse de la Grèce. Voy. les Trente Mélodies, publiées par M. Bourgault-Ducoudray.

in SECirON TROISIÈME

Les modernes ne distinguent que deux modes, le majeur et le mineur, qu'ils placent où ils veulent sur la série de la gamme préalablement divisée en demi-tons, et ils opèrent ces transpositions par le moyen des dièzes et des bémols. Notre mode mineur n'existe pas en Orient, Les Grecs reconnaissaient sept modes, auxquels ils donnaient le nom à' harmonies et qui reposaient sur les sept notes de Toctave, prises pour notes du ton. Les trois modes primitifs étaient le dorien, le phrygien et le lydien; lorsque ces harmonies vinrent prendre leur place dans Toctave diatonique, elles se trouvèrent à un ton de distance Tune de Tautre, de cette manière :

mode dorien mi fa sol la si (ut ré mi).

mode phrygien. . . . ré mi fa sol la (si ut ré). mode lydien ut ré mi fa sol (la si ut).

On voit que de ces trois modes le dernier seul est majeur ; de plus le mode lydien servait d'accompagnement au mode dorien.

En complétant pour chacun d'eux Toctave naturelle par l'addition d'un tétrachorde à la base, on obtient trois autres modes subordonnés, d'un caractère différent des modes principaux, ce sont :

le mode hypodorien. ... la si ut ré mi (fa sol la), le mode hypophrygien . . sol la si ut ré (mi fa sol), le mode hypolydien fa sol la si ut (ré mi fa).

Enfin il reste, pour compléter l'ensemble des sept modes musicaux des Grecs, à noter celui qui repose sur le si et qui n'a pas de mode collatéral puisque les six autres sont déjà classés ; c'est le mode mixolydien :

mode mi.\olydien si ut ré mi fa (sol la si).

Il était propre à expri mer les grandes passions et les grandes infortunes.

III. Genres , xpoiro;. — 1° Les sept modes que nous venons d'analyser sont tous compris dans Toctave naturelle ; les notes qui les composent ne subissaient aucune modification essentielle analogue à nos dièzes et à nos bémols ; de plus ils reposaient sur ce principe, que dans Toctave il y a trois consonances immuables, la seconde, la cinquième et la huitième. Ce système formait comme aujourd'hui le genre diatonique^ auquel, par des altérations très petites dans les notes variables, on donnait les caractères de rfwr, de mou ou de moyen. Mais si laltération est au moins égale à un tiers de ton, le genre est changé, c'est le genre chromatique. Dans lusage, le genre chromatique était composé de tons et de demi-tons, mais placés autrement que dans le diatonique. A chacun des modes cités plus haut répondait un mode chromatique, composé aussi de cinq notes, mais dans lequel l'intervalle placé à l'aigu du demiton était réduit lui-môme à un demi- ton par l'abaissement de sa note aiguë. On obtenait par là des séries telles que celles-ci :

INTERVALLES CHROMATIQUES l|44» lif^î^^C.

Dans toutes ces séries, les deux demi-tons se trouvaient à côté l'un de l'autre ^t formaient un groupe de trois notes très rapprochées qui portait le nom de pycnon, ituxv^v. La place du pycnon, dans les séries de cinq notes, constituait les modes du genre chromatique, comme celle du demiton les constitue dans le genre diatonique. En notation moderne il suffît, pour se donner une idée de tous les

114 SECTION TUOlSlfcMK

modes chromatiques, de placer un bémol au sol et au ré de la gamme naturelle.

On voit ainsi que le chromatique dorien doit s'écrire :

chrom. dorien mi fa sol j; la si

chrom. hypodorien . . la si ut ré ^ mi.

On remarquera que l'abaissement du sol et du 7'é donne à volonté raccord mineur fa ut mi et Taccord majeur /a rè]^ mi y etc.; c'est donc avec raison que les Grecs appelaient ce genre coloré, du motypwjxa; car il en est de même de tous les autres modes de ce genre.

2® L'histoire rapporte qu'Olympos le Vieux, dont nous avons parlé ci-dessus, avait ajouté aux deux genres, diatonique et chromatique, un troisième genre auquel fut donné le nom d'enharmonique, evapixovtoic. Il ressemble au chromatique et en procède directement ; il faut seulement concevoir que le sol et le ré de la gamme sont abaissés au point de se confondre respectivement avec le fa et avec Vut ; ces deux dernières notes sont alors abaissées d'un quart de ton [que nous marquons ainsi *] ; et les sept tons de la gamme se trouvent ainsi complétés. On obtient alors une octave que voici, en descendant :

PYCNON PYCNON

Oct. hypodorienne enharm.. la fa fa* mi ut ut* si la

Inlervalles 2 4- 4- 2 4- 4- <

Le pycnon enharmonique se compose ainsi de trois notes séparées par deux quarts de ton ; les autres intervalles sont d'un ton et de deux tons. Ce genre ne parait pas avoir été fort en usage dans la pratique ; car , s'il est toujours facile de réaliser sur les instruments des quarts

de ton et des intervalles beaucoup plus petits , il est très difficile d'y accoutumer la voix. Les anciens avaient reconnu que ce genre produit sur la sensibilité des effets d'une puissance extraordinaire et ils le proscrivaient comme trop plaintif, OprjVTixtxov. Cette puissance était due à ce principe que plus les intervalles dans Toctave sont disproportionnés entre eux, plus Teffet musical est considérable *. C'est pourquoi le genre enharmonique avait plus d'action sur l'imagination et les sens que les deux autres ; le chromatique en avait beaucoup encore. Dans le genre diatonique, qui était le plus employé par les poètes lyriques et dans les drames, les modes produisaient des effets très différents suivant la place et le nombre des demitons : ainsi donc, le plus voluptueux était le mode hypolydien, le plus pathétique était le mixolydien ; le mode dorien convenait à l'expression des sentiments religieux ; le mode phrygien était le mode guerrier par excellence.

Page 1