‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 30 sur 45 · LYRIQUES ÉOLIENS · texte numérisé non relu

LYRIQUES ÉOLIENS

Les Grecs regardaient la po ésie Lyri que comme originaire de Lesbos et née dansTa race éolienne. Quoiqu'elle ait dû réellement sa naissance à une suitede causes agissant depuis longtemps et dont les premiers effets sont insaisissables, on peut cependant dater son apparition de Tépoque où le vieux système des tétrachordes fut remplacé par Toclave, et l'ancienne chélys par la lyre complète des temps civilisés. Or ce fut, paraît-il, à Ledbos que s'opéra cette révolution : de là elle se propagea dans toute la Grèce, soit que Terpandre, qui en était Tauteur, ait fait réellement les voyages qu'on lui attribue, soit que son invention ait cheminé d'elle-même à travers les pays où la tradition le conduit. Jusqu'au temps où ce musicien vécut, avait régné l'usage des instruments à quatre cordes, qui retenait la pensée musicale dans un cadre beaucoup trop étroit pour la poésie. La tradition éolienne en faisait remonter l'origine à Orphée lui-même, dont on racontait que la tête et la lyre, descendant l'Hèbre en chantant, avaient traversé la mer et s'étaient arrêtées au rivage d'Antissa; Les Lesbiens avaient enseveli cette tête harmonieuse et suspendu la lyre dans leur temple d'Apollon ; parmi eux s'étaient formés de nombreux musiciens, réunis en une véritable école et possédant un enseignement traditionnel. D'un autre côté, le mode musical cultivé dans Lesbos et chez les autres Éoliens les rattachait à la Lydie et à la Phrygie et, parles Gorybantes, à l'Asie centrale. Enfin le système généalogique des Grecs faisait descendre les Éoliens d'^olos, fils d'Hellen , qui lui-même était fils de Deu-

ns SECTION TROISIÈME

calion le Thessalien ; Deucalion était fils de Promélhée. Ces deux derniers personnages appartiennent à la plus ancienne mythologie aryenne ; Hellen et ses fils sont des personnifications de la race grecque et de ses divers rameaux ; mais les traditions lesbiennes indiquent la triple origine des compositions lyriques, origine qui est sémitique par la Lydie et aryenne pour tout le reste.

Terpandre, TipTiavôpo;, dont le nom signifie celu^ qpir éf jouit les hommes , n'était peut-être pas un pojte , quoique l on cite de lui deux ou trois vers d'une authenticité douteuse; mais il faut le considérer comme un des grands içiens de la Grèce : ce n est pas que ses nomes aient pu être des compositions musicales compliquées ; mais la possession d'un instrument donnant toute Toctave lui permettait de varier les rhythmes et les intonations. Les noms de trochaïques et A'orthiens que Ton donne à quelques-uns de ses airs en indiquent le caractère ; il en est de même de ses airs spondaïques ; les premiers avaient un mouvement rapide, qui s'accommodait du mode lydien et du mode phrygien particulièrement usités dans Lesbos ; les autres, à cause du caractère grave du spondée et de son emploi dans certaines cérémonies religieuses (<ncov§ii), étaient probablement dans le mode dorien : cette variété eût été impossible à atteindre , si l'auteur n'eût eu à sa disposition que les anciens tétrachordes.

Terpandre est, par l'époque où il fleurit, sur la limite de l'histoire ; on raconte qu'il avait fait des airs pour certains passages d'Homère , ce qui n'est nullement vraisemblable, puisque la cantilène épique ne peut pas donner lieu à des airs de musique. Mais ce que Terpandre fit pour les rhapsodes prouve que la poésie lyrique n'avait pas encore

r>*HOMÈRÊ AUX GUERRES MÉDIQUES HÔ

de son temps une existence bien définie. Les disciples et les successeurs immédiats de Terpandre furent des musiciens et non des poètes. Mais aussitôt que le genre lyrique fut né, les poètes qui composaient les paroles des odes furent en même temps les musiciens qui en composaient la musique. De ce jour les vers proprement dits furent remplacés par les rhythmes, et la strophe succéda aux tirades épiques des rhapsodes,

Alcée, 'AXxato;, appartient à Thistoire : c'était urt homme p olitiqu e non moins qu'un poèt^ ; né d*une famille aristocratique, il fut engagé dans cette lutte, alors géné^ raie dans le monde grec, qui devait substituer aux anciens nobles des tyrans populaires et, çà et là, aboutir à la simple démocratie. Lesbos fut successivement gouvernée parles tyrans Mélanchrôs, Myrsile et Pittacos. Le premier fut tué par Pittacos et par les deux frères d'Alcée , Kikis et Antiménidas. A cette époque les Éoliens disputaient par terre et par mer aux Athéniens la possession de la Troade ; Pittacos les commandait ; ils furent battus et Alcée prit avec eux la fuite en abandonnant son bouclier. Comme un des chefs du parti aristocratique, le poète succomba dans sa lutte contre les tyrans et fut chassé de Mitylène ; son frère Antiménidas, compris dans le même exil, alla servir dans Tarmée de Nabuchodonosor, roi de Babylone ; luimême erra longtemps en Orient, vit TÉgypte, et essaya de rentrer dans Le|bAs^lQj^i^^p*^ .te;fia§<»rrEkteC.Q»i^gU^t Jté ""^"amg ,ff.f,UJHyi?^i<<^ «i( Mit.y^M^ Mais Pittacos ne voulut pas recevoir les bannis, attachés aux préjugés aristocratiques, avant qu'ils eussent fait leur soumission et renoncé à de prétendus droits que la violence seule pouvait défendre : ils y renoncèrent et Alc?e d'^\ii vittix' rentra dans sa patrie.'

/ Comme poète, Alcée a mis la lyre au service de la poli- /lique ; il a aussi chanté Tamour et les festins ; enfin il a /composé des chants en Thonneur des dieux. Ses œuvres ( existaient encore au onzième siècle de notre ère ; elles furent brûlées avec celles de Sapho et des autres lyriques à Rome et à Constantinople , Tan 1073, sous le pontificat de Grégoire VIL II nous en reste environ qualcÊ^ïingts f ragments , dont beaucoup ne sont que de deux ou de trois mots et dont le plus long n'a que vingt lignes très courtes, et beaucoup moins si Ton dispose le rhythme autrement. Voici quelques-uns de ces morceaux.

Fragments politiques :

i° « Maintenant, qu'on s'enivre, qu'on boive

à outrance : Myrsilos est mort »

2<» « Mélanchrôs est digne des hommages de la ville... »

C'est en parlant de Pittacos qu'il vante ainsi par ironie le tyran tué par ses frères : ironie injuste^ car on connaît la sagesse et le désintéressement de Pittacos. Ailleurs il dit :

3<» « Cet ennemi de la patrie, ce Pittacos, les Lesbiens fen foule et à renfort d'éloges l'ont fait tyran de cette bonne ville poursuivie par le sort... »

4<» «i.. Alcée est sauvé, mais non pas son bouclier : les Athéniens l'ont suspendu dans le temple de Minerve... »

Ce passage est tiré d'une ode où le poète avait raconté sa fuite et vanté sa honte, à la façon d^Archiloque.

Fragments descriptifs :

i® «... La longue voie resplendit sous l'airain ; tous les toits sont garnis de casques brillants au-dessus desquels se balancent les aigrettes de crin, ornement des têtes des guerriers; on ne voit que brillantes cnémides tout ornées de lames d'airain, fprle défense contre les flèches ; .

que cuirasses de lin nouveau, creux boucliers, glaives chalcidiens, et baudriers et tuniques militaires. On ne peut plus se faire d'illusion ; car c'est pour cela jnême que nous sommes ici... »

2° «... De ce côté roule une vague, de ce côté une autre ; et nous dans la tempête, nous sommes portés sur le noir vaisseau ; l'ouragan brise nos cordages. Le pied du màt tient bon encore ; mais la voile est déchirée ; elle pend en lambeaux ; le navire chasse sur son ancre... voici pourtant venir une vague égale à la première ; elle nous prépare bien des maux. »

Ce fragment faisait partie d'une ode alcaïque où la république de Mitylène était représentée sous la figure d'un navire : c'est cette ode qu'Horace a imitée dans celle qui commence par ces mots :

G navis, réfèrent in mare le novi Fluctus I

Fragments bachiques et erotiques :

1° « Jupiter nous inonde ; une tourmente d'hiver est

dans le ciel ; les cours d'eau sont glacés

Élouffe l'hiver en le couvrant de feu ; verse à flots dans ks coupes un vin savoureux ; et couvre la tête d'une coiffure moelleuse... » (Voy. Horace, Od. I, ix.) . 2° « Buvons I Pourquoi attendre les flambeaux? Le jour suffit encore. Verse à pleines coupes. Le fils de Zeus et de Sémélé a donné le vin aux hommes pour chasser les soucis. Verse une fois, verse encore ; qu'une coupe soit chassée par une autre »

y» Alcée rappelle à la fois Archiloque et Mimnerme, le pre- /niier par la violence de ses invectives, le second parla vfacilité de ses mœurs. Ces deux traits, qui ne sont point en désaccord, caractérisent les périodes de révolution et d'instabilité des États et -les luttes des partis; ils se retrouvaient fréquemment chez les poètes des cités de l'Asie I, 11

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Mineure et des îles, car, outre les agitations politiques qu'elles éprouvèrent durant ce siècle, elles furent encore exposées à des intrigues asiatiques qui abaissèrent les courages dans les colonies grecques, et aux envahissements précoces d'un luxe qui leur venait du dehors et auquel elles n étaient pas préparées.

/^\lcée créa une forme de rliythme qui porte son nom et yjui fut une des plus imitées par les Grecs et par les Latins. Elle dut cette fortitrië'^'"i5âf1&'(î1frfé et surtout à ce fait que, rigoureusement divisée en pieds et par conséquent en vers, elle put conserver une couleur prosodique dans un temps où la musique s'était séparée de la poésie. 11 en fut de même des autres rhythmes grecs imités par Horace ; et c'est pour une raison contraire que Pindare à ses yeux est inimitable. Du reste le rhythme alcaïque n'est pas le \ seul dont le poète Alcée fit usage ; il paraît même assez ' rarement dans les fragments qui nous restent de lui. Quant à sa langue, c'est le dialecte éolien, assez profondément modifié par les relations que les peuples des îles entretenaient depuis longtemps avec les Grecs des autres races. (^Les od es d' Alcé e ont été souvent imitées par Horace: parmi les plus beaux morcaux du poète latin s'en trouvent plusieurs qui n'étaient guère que d es traductions du ^r ec ; c'est ce qu'indiquent clairement des vers ou des passages entiers que l'on retrouve textuellement dans les fragments d'Alcée.

Sapho, SaTc^ co. — Alcée connaissait Sagho^c[uiajy;^

^f*'^ ^ftnrinfî lui ? V*^^^^^ orphique d'A ntissa e t à la ville de

Mitji^; elle était plus jeune que lui de' quelques années;

comme lui elle entra dans la conjuration aristocratique

\ ourdie contre Pitt aqos; elle fut exilée et se retira en Sicile^

ail elJe mourut; d'autres disent qu'elle mourut à Mit^ène. ta légende que Ton raconte d'une Sapho, amante dédaignée de P haon, et qui se précipita dans la mer du promontoire de Leucad e, se rapporte à une autre femme du même nom, Lesbienne^d'Erès e, courtisane fameuse et qui XtSULpluaJaJMl. Il n'y a rien dans l'histoire de la grande Sapho qui ait trait à cette aventure ; de plus nous possédons aujourd'hui les portraits antiques dftr^ ^gj>l^^rfljit[g|g. Sapho était entourée d'une troupe de jeunes filles, formant autour d'elle une école de poésie et de musiqu e, que l'on peut considérer comme une sorte de dédoublement de l'école d'Antissa. Ces jeunes filles chantaient à l'unisson avec un accompagnement de cithar e donnant l'harmonie (àvxfcptovov). Sapho passa chez les Grecs pour avoir inventé le mode mixolydien qui repose sur le si; il est au moins probable que ce mode, le plus pathétique de tous, appartient à l'école de Sapho; il devint le mode éolien par excellence. Cette harmonie fut sans doute appliquée au rhythme lyrique qui se compose de trois lignes égales ( -v>, - -, - v^ «, - ^, - ^) suivies d'une fin de vers héroïque (- ^ Kj, --; ) ce rhythme saphique, pouvant comme celui d'Alcée être scandé suivant des règles de prosodie, fut un de ceux que les poètes romains imitèrent le plus souvent, parce qu'il peut à la rigueur se passer de la musique ; citons comme exemple l'ode d'Horace :

Jam satis terris uivis

Les odes de Sapho avaient le plus ordinairement pour ( sujet Aj2])jElAiUft^U£^2|jnours : tout ce qui dans l'ordre •du sentiment et dans la nature se rapporte à cette divinité paraît avoir été la matière presque unique des chants des Lesbiennes. On se ferait au reste une très fausse idée si

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Ton regardait récole saphique comme une sorte de,£our d'a^piir: et ce serait une plus grande erreur encore d'attribuer le choix de tels sujets êi la Uc^IlÊÊji^s mœurs et à i^égrayation. Aphrgdjt^ ji/e^^pag^ -Un igUfiTftfflt, te j divimtédesjpassjjo^ impures , ^^ ^^ "^:"Ji PBii lA rifiiHf*^'^/ qu' elle ét^ H^ja d or ée pa r la Grèce ou chauj^ggjjjnJe^oètes : mais il y a dans la nature entière une puissance oTaimer gui anime et conserve les générations des êtres, et « à laquelle les dieux mêmes sont soumis » ; elle engendre de grandes et généreuses passions, comme elle peut, en se fourvoyant, conduire au crime, au vice et à la honte, Aptoaditç a été Tufle des priocip^es déités adorées chez les Éoliens; comme toute autre déesse, elle avait pour •^rStresses des femmes et des jeunes filles; quand la poésie se dépouilla de ses formes sacerdotales et que l'ode fut née, les chœurs des femmes de Lesbos eurent naturellement encore pour sujet ordinaire Aphrodite et les amours. C'est de là qu'est venu le caractère particulier des œuvres de l'école de Sapho : nous voyons, en effet, par les fragments qui nous en restent, quej;es (îhants son£\ ple ins de g râce, d'ardeur et de liberté, mais qu'ils ne^ sont jam ais lice n cie ux et qu'ils sont souyejyi,jaîâX6§ ^^ parfois m ême sévères. Il est donc inutile de vouloir exphquer la nature erotique des poésies éoliennes par des raisons tirées des mœurs des femmes de Lesbos ; ces mœurs ne forment point avec celles de l'Ionie un contraste bien sensible : les relations de ces deux races grecques avec l'Asie étaient les mêmes; elles se mêlaient continuellement l'une à l'autre ; elles vivaient dans des conditions presque identiques de climat et sous des constitutions politiques fort analogues. Mais toutes deux prises ensemble contrastaient avec la race dorienne et surtout avec la

société de Sparte. A l'époque de Saplio et d'Alcée, les cités éoliennes et ioniennes avaient encore ces mœurs^atifitûi cratiqu es qui les font ressembler, à beaucoup d'égards, à la rppiihliq^^ e de Venise du temps où le noble Marcello composait pour la haute société du Grand Canal les psaumes qui ont rendu son nom célèbre : les relations sociales y étaient libres et faciles, quelquefois licencieuses, mais toujours empreintes de cette élégance et de cette noblesse de manières qui est propre aux aristocraties. Du reste, le climat des îles et des rivages éoliens est d'une douceur qui tourne à la mollesse et qui engendre aisément la volupté; le canal de Lesbos est éclairé le soir d'une suave lumière et parcouru sans cesse par des brises tièdes que parfument les arbustes odoriférants des montagnes. Les richesses et le luxe de TAsie abondaient sur ces rivages et donnaient aux nobles Grecs de ces contrées ces habitudes de langueur et de poésie passionnée dont nous retrouvons encore quelque chose dans leurs descendants italiens et asiatiques.

Fragments de Sapho :

l» A Aphrodite. « Déesse au trône de mille couleurs, immortelle Aphrodite, fille insidieuse de Jupiter, je t'en supplie, ne dompte pas mon cœur sous les chagrins et les ennuis, ô ma souveraine.

« Mais viens plutôt, si jamais autrefois tu as entendu mes chants, si quittant le palais d'or de ton père, tu es venue

« Ayant attelé ton char : de beaux et rapides passereaux t'empoKaient autour de la sombre terre, agitant leurs ailes moelleuses, descendant du ciel à travers les airs.

« Us arrivent aussitôt. Et toi, ô bienheureuse, souriant de ta bouche immortelle, tu me demandes ce que je souffre, et pourquoi je t'appelle,

« Et ce que désire avant loul mon cœur en délire, et qui je

voudrais enlacer dans les nœuds d'amour : « Qui donc, Sapho,

« le fait injure?

« S'il te fuit, bientôt il te poursuivra ; s'il a refusé tes pré- « seuls, il t'en fera à son tour ; s'il n'aime pas, bientôt il aimera, « quand lu ne le voudrais plus. »

« Viens encore à moi maintenant, délivre-moi de mes peines ; tout ce que souhaite mon cœur, accomplis -le ; combats toimême avec moi. »

2° À UNE BiEiN-AiMÉE. « 11 me parait égal aux dieux l'homme qui est assis devant toi, et qui à tes côtés entend ta voix si douce ;

« Ton sourire fait naître l'amour ; dans ma poitrine il a ravi mon cœur. A peine t'ai-je vue, la voix me manque.

(( Ma langue est enchaînée, un feu léger court sur ma peau, mes yeux n'y voient plus, mes oreilles bourdonnent.

« Une sueur fi'oide m'inonde, un tremblement me saisit tout entière, je suis plus verte que l'herbe, il me semble que je vais mourir »

3° A UNE IGNORANTE. « Morte, tu seras gisante ; et jamais souvenir de loi ne restera, jamais dans l'avenir; car tu n'as point de part aux roses de Piérie. Tu erreras inconnue dans les demeures d'Adès, voltigeant avec les morts obscurs. »

4° « Comment cette villageoise mal vêtue peut-elle charmer ton cœur ? Elle ne sait pas même relever sa guenille sur ses talons. »

5<* « Exhaussez la maison,

hyménée I « Exhaussez-la, architectes.

hyménée !

« Voici venir un gendre pareil à Mars,

hyménée !

« Beaucoup plus haut qu'un homme très grand. »

Le nombre des fragments qui nous restent de Sapho rélève à pr^gj[j|i^lt; la plupart d'entre eux n'ont qu'un fvers; mais leur variété peut donner quelque idée des 'pensées et des rhythmes de l'école de Lesbos. Les deux

premiers sont composés de strophes saphiques et sont demeurés très célèbres : on sait que Boileau a mis le second en vers français : mais la langue française substitue la mesure au rhythme et, supprimant la musique, fait oublier que toutes ces poésies étaient chantées et ne se séparaient point des mélodies dont le poète les avait revêtues en les composant. Ces airs étaient la moitié des œuvres lyriques; tout ce que nous pouvons penser de ceux de Sapho, c'est qu'ils appartenaient pour la plupart à Tharmonie éolienne ou mixolydienne et que, comme plusieurs cantilènes de l'Église catholique et de la Grèce moderne, ils reposaient sur un demi-ton; leur effet devait donc être à la fois passionné et un peu mélancolique , comme celui de beaucoup de chants entendus aujourd'hui dans le Levant.

FiBff^ ^ - "Hpi"^^»- — Anagaray Anactoria, Androméda, Atthis, Cydnôy Damophila, Eunica, Éjjjma^ Gongyla, Mégara, Télésjjgnm : voilà les noms des principales femmes réunies autour de Sapho, fo rmant son jco le, écoutant ses

, leçonj ou parta^ant son amitjé. Aucune parmi elles n^â été aussi célèbre qu^^^jagi?^ à la renommée de laquelle contribuèrent à la fois son talent et sa jeunesse sitôt ravie par la mort. A Fà ge de dix-hu it ^ j ifi^ p l le avait composé le poème de lo^OuenonUle en vers héroïques ; et l'estime que Ton avait pour cette œuvre la faisait placer à côté de celles d'Homère, quoiqu'elle ne renfermât que trois cents

l vers. Cet ouvrage n'appartenait pas à la poésie Ijjjiflltf ;

i il rattache l'école, de Lesbos à la tradition éjîjpe et aux rhapsodes et prouve que, dans cette société d'hommes et

, de femmes poètes, on s'occupait de genres qui n'avaient

\rien de commun avec l'ode. Du reste Érinna avait aussi

/feomposé des odes dans le dialecte éolien ; il est probable (que fl6lis'*ïreir*pbssédons aucun débris. Elles existaient Vncore au temps de Propey pe ! mais elles disparurent vraififtmhlahlftment^ft u yi^ SJ^*'^^ ^ "^ ^C CJ^U gs d'Alcée et de Sapho. Il est possible que Iode éolienne dans le rhythme saphique adressée à Roma soit une œuvre d*Érinna : la Force est une abstraction qui n'était guère faite pour inspirer une Lesbienne de dix -sept ans, si ce n'est la force d'Amour ; mais ce morceau s'applique si bien à la ville de Rome, qu'on ne peut guère y voir autre chose qu'une imitation de l'antique, comme il s'en est fait beaucoup d'autres sous la domination romaine. Le nom même de l'inconnue Mélinno, à qui on l'attribue , a pu , par sa ressemblance avec celui d'Érinna, faire attribuer à l'élève de Sapho une petite composition qui date d^ temps postérieurs.

Arion, 'Api'wv. — Quoique Arion semble avoir été contemporain d'Alcée, nous avons parlé d'abord de Sapho, à cause de ses relations avec ce poète, et d'Érinna parce qu'on ne peut guère la séparer de Sapho. Hérodote se trompe quand il attribue à Arion de Méthymne la création du dithyrambe et l'invention môme de Ce mot; car ce moCn'est pas grec. Mais Arion était sans doute le plus habile cithariste de son temps et il organisa à Gorinthe rf>x<^riifinn^HpR ç)nyi,^fi f^jthyfffl^lhW"^^ ^^ Caractère tragiqué des dithyrambes d'Arion, dont parle Suidas, prouve que ce chant subissait déjà la transformation d'où devait naître bientôt la tragédie ; et ce fait ne peut s'expliquer que si l'on suppose une existence déjà ancienne au dithyrambe et une tendance à l'affranchir de ses vieilles formes sacerdotales. Le mouvement en cercle autour de l'autel.

de Bacchus est attribué au musicien de Méthymne ; mais cette ronde bachique n'était qu'une modification de Tan^ tique mouvement choral dont on peut constater l'usage dans les hymnes du Vêda. Du reste le dithyrambe ne fut pas toujours cyclique , à partir de l'époque d'Arion ; car les chœurs tragiques conservèrent le double mouvement de strophe et d'antistrophe, qui est de beaucoup antérieur à ce poète. Mais la transformation que le poète de Méthymne fit subir au rhythme dionysiaque devint assez célèbre pour que, cent cinquante ans plus tard, Pindare ait pu faire honneur à la ville de Gorinthe de l'invention du dithyrambe. [Olympid,^ 13.)

C'est à Gorinthe, en effet, qu'Arion produisit dans le chœur bachique cette altération profonde. 11 passa un temps considérable à la cour de Périandre, fils de Kypsélos, et devint le joèteetle musicien le plus illustre de ce pays. Voici ce qu'Hérodote raconte de lui , d'après la légende corinthienne : « Arion navigua en Sicile et en

Italie. Ayant amassé de grands biens , il voulut retourner à Gorinthe. Prêt à quitter Tarente, il loua un vaisseau corinthien... Mais quand il fut sur le navire, les Gorinthiens résolurent de le jeter à la mer pour s'emparer de ses richesses. Arion, s'étant aperçu de leur dessein, les leur offrit, les conjurant de lui laisser la vie. Mais ils lui ordonnèrent de se tuer lui-même s'il voulait être enterré, ou de se jeter sur-le-champ à la mer. Arion... les supplia de lui permettre de se revêtir de ses plus beaux habits et de chanter sur le tillac une dernière fois. Ils présumèrent qu'ils auraient du plaisir à l'entendre et, dès lors, ils se retirèrent au milieu du vaissseau. Arion se para de ses plus riches habits, prit sa cithare, monta sur la poupe et exécuta un air orthienj puis il se jeta dans la mer. Pendant que

le navire voguait vers Gorinthe, un dauphin reçut Arion sur son dos et le porta à Ténare. Là, ayant mis pied à terre , Arion s'en alla à Gorinthe vêtu comme il était et y raconta son aventure. » Les matelots furent reconnus, et punis. « On voit à Ténare une petite statue de hronze représentant un homme sur un dauphin : c'est une offrande d' Arion. » (Hérod., I, 24.)

Cette légende d'Arion montre en lui un musicien plutôt qu'un poète. De plus, quoique né à Méthymne et Éolien par sa naissance, il a passé hors de ce pays la plus grande partie de sa vie. Entin le dithyrambe, qu'il parait avoir cultivé exclusivement , appartient à peine à l a poésie lyr ique : dans le passé, c'est un hymne ; dans l'avenir, c'est la source d'où sortit la tragédie. Arion ne paraît pas avoir formé une école , comme Sapho ; mais l'usage des rondes dithyrambiques, au moins dans Gorinthe, subsista long^ temps après lui. Quoique ces chœurs fissent partie d'une fête religieuse et qu'ils aient été d'abord institués dans cette ville, il faut voir pourtant dans leur création une influence directe et un développement particulier du génie lyrique des Éoliens; car c'est certainement à Lesbos qu' Arion avait puisé le goût et acquis la connaissance des compositions musicales et des rhythmes.

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