V. TKAGEDIK, COMÉDIK
I. Leurs origines. — Tout le théâtre grec est issu du culte de Bacchus et, durant toute son Kîstotf é^^^sfï'^st^^n rapport avec le culte de ce dieu. C'est donc dans la fête de Bacchus qu*on doit chercher les origines du drame ; les détaïTs de cette fête, d'où le drame est sorti, sont donnés par l*archéologie et interprétés par l'histoire comparée des religions* Il est à remarquer que presque tous ces détails sont exprimés par des mots qui ne sont pas grecs et dont la philologie comparée peut seule nous fournir le sensi Enfin, comnle les religions helléniques tirent leui'
origine d'Asie et remontent au berceau de la race aryen ne, c'est dans les plus anciens monuments de cette race qu'on peut espérer découvrir la vraie signification des premières traditions helléniques.
Tout le monde sait que Bacchus ou Dionysos, comme dieu des vendanges, est la représentation idéale du vin (Cf. Honière, Hym,, vi); dans sonsens religieux, c'est laforce vivifiante contenue dans la liqueur sacrée, et c'est à ce titre que les phallophories se célébraieiTt en son honneur. Toute la légende de Bacchus représente sous une forme mystique l'histoire naturelle de la liqueur sacrée, qui fut le jus fermenté de la vigne chez les Occidentaux et le suc de l'asclépias acide ou sôma chez les Aryas d'Asie. L'interprétation du mythe de Bacchus est tout entière dans le Vôda : son père est Zeus, qui est le ciel ; et sa mère est Sémélé, dont le nom, étranger au grec, n'est probablement que le sanscrit sômalâ ou sômalatâ, la plante sarmenteuse qui fournit le sôma ; daas le mythe grec , SéméJé représente la grappe de raisin ; elle est morte ; d'un coup de foudre Zeus, qui est ici ÏAgni vêdyuta des Hymnes, c'està-dire le feu de la nue, lui déchire le sein et en fait sortir Bacchus. Les nourrices du dieu, qui sont les sarments de la vigne, étaient vieilles et improductives; elles ont été rajeunies par Médée, laquelle symbolise le savoir et Tindustrie humaine ^ L'art grec primitif ne représentait que la tète de Bacchus, qui croit en effet à la partie supérieure de la plante ; elle était magnifique , grave , sereine, respirant la puissance; son visage était frais et ouvert; une mitre retenait les boucles de ses cheveux; sa barbe tombait en riches sinuosités. Quand on le représenta
1. Pour toute la légende de Dionysos, voyez le poème de Nonnos, intitulé Dionysiaccii Cf. Sect. X de cette Histoire.
tout entier, on le peignit vêtu d'un costume oriental et majestueux ; ses vêtements avaient la couleur jaune des vins de Grèce et d'Asie; il tenait le rhyton d'une main et de l'autre un pampre ; sous ses pieds était cette' chaussure élevée que l'on appelait cothurne (xoôopvo;) * et qui figurait sans doute le cep de vigne sur lequel poussent chaque année les sarments. Plus tard, au temps de Praxitèle, le grand dieu de la sainte liqueur, ayant perdu sa signification mystique, ne fut plus qu'un adolescent aux formes féminines, au visage délirant, couronné de pampre, avec des cheveux ondoyants ou ajustés comme ceux des femmes ; il était nu, couvert seulement d'une nébride ; et de sa main il agitait en dansant le thyrse de férule (vapôr,î) surmonté d'une pomme de pin.
La fête de Dionysos se composait de deux parties : Tune grave, qui prit le dessus dans les cérémonies d'hiver nommées lénéennes^ l'autre légère et grotesque, qui se déve* loppa surtout aux grandes dionysiaques y c'est-à-dire à la célébration des vendanges.
La fête sérieuse avait un caractère liturgique, et cette signification mystique dont la théorie védique du sôma et la légende de Sémélé nous donnent l'explication. Son moment principal était le sacrifice du bouc, ofl'ert sur l'autel des parfums appelé thijmélé, avec la libation àwvin nouveau. Ce sacrifice, représenté sur une gemme antique, se trouve déjà dans le Vêda avec son interprétation ; il est faux de dire que le bouc était offert à Bacchus parce que cet animal ronge les vignes ; non seulement cette interprétation est ridicule, puisque la chèvre habite les montagnes et que la vigne croît sur les coteaux et dans les plaines, mais
J. K(56opvoî est poiit-ètrc pour Hôoopvo;, qui clcvc le pitMl. I. 13
jamais les races aryennes n'ont institué dans leur religion des sacrifices de vengeance. Au contraire le respect de la vie est leur sentiment religieux par excellence ; et c'est précisément pour cela que le bouc fut offert à Dionysos. En effet, comme il fallait un vase pour transporter à travers les collines et pour conserver la liqueur de vie, Toutre (àŒico<;) était une des conditions essentielles du saint-sacrifice ; et comme pour faire une outre il fallait tuer un bouc, le meurtre de cet animal était expié par l'offrande qui en était faite au dieu même de la liqueur sacrée. Son immolation était accompagnée d'un hymne qui portait le nom étranger de dithyrambe; ce mot était aussi un surnom de Bacchus.
La fête grotesque était libre et populaire : c*était le retour des vendanges. Ici se développait ce cortège nommé Mease (6(a(io<;) dont les personnages, s avançant dans un ordre déterminé, représentaient un olympe terrestre séparé de celui de Jupiter. En tête figurait l'obèse Silène (2:£iXt,v(5(;), c'est-à-dire l'outre pleine de vin, porté sur un c\ne ou sur un chariot. Il était suivi des Satyres, gardiens (1(3 s troupeaux de chèvres, gens aux oreilles pointues et à la courte queue, et des Pans, pileurs de raisins et buveurs (le vin (les Panas, broyeurs de sôma, dans les Hymnes). Derrière ce premier groupe s'avançait celui de Kômos, appelé Kâmos en dorien et Kâma en sanscrit ; personnification des désirs et de cette exubérance de vie et de sentiment qu'engendre le vin, il est souvent, sur les vases peints, associé avec Érôs, l'Amour, ou remplacé par lui. V^enaîent ensuite les Ménades vendangeuses, dont les ardeurs s'exaltent jusqu*au délire ; portées sur la mer par un taureau bachique ou par des panthères marines, elles représentent sous une forme mystique les bouillons de la liqueur fer-
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mentant dans le vase (appelé samudra) et, au moral, les fureurs de Tàme dans Tivresse. Enfin apparaissent les Centaures amoureux du vin, les Gandharvas des Hymnes, coursiers divins qui développent sur terre tous les parfums et qui s'en repaissent chaque jour.
La couleur liturgique de cette partie de la fête de Bacchus est encore très visible ; mais elle ne tarda pas à disparaître presque entièrement, quand la puissante imagination et la liberté naturelle des peuples grecs eurent fait un divertissement populaire, d'une cérémonie primitivement symbolique. Gômos prit le dessus; on le vit s'avancer en délire par les sentiers des collines, conduit par des jeunes gens couronnés de feuillage et portant des flambeaux, par des joueuses de flûte marchant et sautant en cadence, tandis que defiphlyaques et d'autres personnages bouff'ons, portant robes et culottes, chantaient et lançaient des railleries et des quolibets. Toute cette bande joyeuse, qui venait de broyer le raisin au milieu des vignes et qui en portait la trace sur les mains, les jambes et les visages, n'épargnait à ceux qu'elle rencontrait en chemin ni les sanglantes ironies ni les propos obscènes. La journée se terminait par le repas des vendanges, où la gaieté folâtre, les jeux désordonnés et les chants lubriques se prolongeaient jusque dans la nuit. Ce festin s'appelait aussi cômos.
ÎL CoMMENCBMÉNts DE LA TRAGÉDIE. — Le chaut liturgique de Timmolation du bouc et les gais propos du cômos, tels sont le point de départ de la tragédie et de la comédie. Celui qui le premier détacha de la cérémonie sacrée le chant du bouc, tpay^iSia, et représenta librement les dithyrambes, fut le premier auteur de tlragédies ; et Celui qui
donna au chant du cômos la forme régulière d'une action poétique, 8pâ|jLa, fitla première comédie. Gomment et quand s'opéra cette métamorphose, c'est ce que personne ne peut dire ; car ces transformations se font toujours avec une lenteur extrême , et les noms des hommes par qui el]es se réalisent ne laissent aucun souvenir. Le premier nom qui sort de Foubli appartient toujours à un homme qui trouve les éléments du genre assez développés pour eur donner une forme définitive, quoique encore imparfaite. Tels furent Thespis et Susarion.
L'usage de représenter les légendes des dieux et des liéros , en donnant leurs costumes et leurs figures à des hommes réels, appartient à tous les peuples aryens et se retrouve dans la haute antiquité de cette race comme il existe encore de nos jours. De bonne heure, chez les Grecs, ou vit Apollon pythien représenté de la sorte par un jeune homme à Delphes ; à Samos le mariage de Zeus et d'Héra l'était par un homme et une femme ; à Eleusis on figurait toute la légende de Dêmêter et de sa fille ; à Athènes la femme de l'archonte-roi se fiançait solennellement à Bacchus, comme depuis on a vu le mariage du doge de Venise avec la mer*. On conçoit que, dans la fête sérieuse de Dionysos, les prêtres d'abord, et plus tard un poète attitré, aient pu par une représentation de ce .genre introduire à côté de la thymélé un homme figurant Bacchus luimême ou quelque autre personnage de la légende du dieu. Le dithyrambe avait reçu d'Arion sa forme définitive; les mouvements du chœur, réglés depuis longtemps par la liturgie, s'étaient traduits dans les rhythmes de la poésie lyrique ; il ne restait donc plus qu'à introduire dans la
1. Nous possédons le rhœiir à quatre voix chauté sur le Buceuaure et composé par le Vénitien Lotti.
cérémonie de Fimmolation du' bouc une action pour les yeux, et la tragédie naissait d'elle-même. C'est ce qui arriva d'abord chez les Doriens de Sicyone, où, vers le temps d'Arion et de Sapho, apparurent les premiers chœurs tragiques ; on y représentait la passion douloureuse de Dionysos et celle d'Adraste. L'histoire cite le nom d'un vieux poète de Sicyone , Fpigène, 'Em^hr^ç, comme ayant fait paraître aux yeux la première action tragique, opafjia, et y ayant introduit des légendes étrangères à celle de Bacchus.
Deux faits doivent être ici remarqués. Premièrement, la tragédie n'a d'abord été qu'un simple chœur. A mesure que nous avancerons dans cette histoire, nous verrons se produire un phénomène très frappant. Dans les anciennes tragédies dont nous ayons quelque idée, le chœur est presque tout, l'action scénique occupe peu de place ; il en est encore ainsi dans plusieurs tragédies d'Eschyle ; peu à peu l'action se développe et l'étendue des chœurs se restreint. Jamais chez les Grecs le chœur n'a disparu de la tragédie; mais quand ce genre passa d'Athènes chez les Latins, le chœur fut supprimé et la représentation se réduisit à l'action scénique ; depuis ce temps les chœurs tragiques n'ont plus reparu au théâtre' qu'à de rares intervalles.
En second lieu, l'origine dorienne de la tragédie et l'union qu'elle conserva toujours avec le culte de Bacchus firent que les chœurs ne cessèrent pas d'être composés en dialecte dorien, quoique les personnages qui y figuraient appartinssent souvent à d'autres dialectes. Au contraire le dialogue adopta le plus souvent le dialecte attique, parce que, si la tragédie naquit chez les Doriens, c'est à Athènes qu'elle, accomplit son évolution.
La tragédie dorienne ne paraît avoir été qu'un simple dithyrambe, où les choristes seuls avaient la parole et qui tout entier était chanté par eux. La race ionienne, qui n'a presque rien inventé, mais qui a donné la vie et la popularité à tant d'inventions étrangères, créa le véritable drame. L athénien Thespis, eicnnc, coupa le chœur en plusieurs fragments, entre lesquels il intercala des tirades parlées et non chantées, dont le débit fut confié à un personnage étranger au chœur et qui reçut le nom de répondant, Otcoxpi-m;;. Cemotindique que le rôle de cet acteur unique était de donner la réplique aux paroles du chœur et de tenir avec lui un dialogue où la légende se trouvait ainsi mise en action. Le récit intercalé au milieu du chant prit luimême le nom d'épisode, èirEi(rtj>8iov ; et il ne restait plus qu'à développer Tépisode en le dédoublant et en le confiant à plusieurs acteurs, pour avoir une tragédie complète. Thespis n'alla jamais au delà de ce premier acteur; mais il aida puissamment à l'évolution du genre tragique par l'invention qu'il fit des masques de toile et en revêtant son acteur de costumes appropriés au rôle. Il est à remarquer que, dans ces transformations, le chœur ne perdait aucun des caractères essentiels que la liturgie et l'art des poètes lyriques lui avaient assignés : en se brisant, il se multipliait, mais chacune de ses parties devenait un chœur complet quant à la musique et à la chorégraphie. L'œuvre dramatique allait donc grandissant par voie de fractionnement et d'intercalation. Ses éléments constitutifs étaient au nombre de trois : la poésie , la musique et la danse; ils étaient étroitement unis entre eux dans les chœurs, ceuxci exécutant en cadence autour de l'autel des mouvements plus ou moins rapides, que soutenaient leurs rhythmes chantés et les instruments qui les accompagnaient,
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Nous n'avons pas de Thespis un seul vers authentique ; nous ne connaissons que les titres de quelques-unes de ses pièces: Phorbas, les Jeunes gens y les Prêtres y Al^ ceste, Penthée. La plupart des sujets qu'il avait traités furent repris par ses successeurs, dont les œuvres firent promptement oublier les siennes ; ses danses seules subsistèrent ; on en exécutait encore quelques-unes plus de tîent ans après, au temps d'Aristophane.
Plusjeune d'une trentaine d'années, Phrynichos, *puvr/04, fils de Polyphradmôn d'Athènes, tout en conservant Tacteur unique de Thespis, multiplia les rôles et leur donna une variété plus grande en introduisant des rôles de femme. On peut admettre que la partie lyrique occupait encore dans ses drames la plus grande place ; mais la variété des rôles conduisait à la pluralité des acteurs et engendrait la nécessité d'en faire paraître plusieurs à la fois. On ne dit pas que Phrynichos ait poussé le drame jusque-là ; mais il est certain que par lui la tragédie fut amenée au point décisif où elle devait faire ce nouveau pas. Tant qu'un seul acteur était en scène, le dialogue ne pouvait avoir lieu qu'entre lui et le chœur, et si le chœur s'abstenait, le drame tournait au monologue. C'est ainsi que nous pouvons nous figurer les tragédies de Phrynichos, contenues encore dans le moule de Thespis, mais sur le point de le briser par la force de leur développement intérieur. Cette puissance d'évolution était encore accrue par la nature des sujets que traitait le poète : les reprt'»sentations étaient devenues déjà si populaires, que le poète crut pouvoir sortir des légendes héroïques et des mythes et mettre en scène des sujets contemporains. Ses Phéniciennes servirent, dit-on, de modèle aux Perses d'Eschyle ; il avait déjà auparavant représenté la Prise de
Milet; et s'il fut blâmé et peut-être même frappé d'une amende pour cette dernière , ce ne fut point à cause de la nouveauté du spectacle, mais parce qu'il avait humilié le peuple d'Athènes en représentant sa défaite.
Ghérilos, XotptXoc, était contemporain de Phrynichos; ses premiers ouvrages datent de 524 et des pièces de lui se jouaient encore au temps de Sophocle. Il ne semble pas pourtant avoir beaucoup contribué aux progrès de la tragédie. Mais son nom, à tort ou à raison, est attaché à un genre particulier de drames, le drame satyrique. Les Satyres avaient tenu de tout temps une place assez importante dans les fêtes de Bacchus et faisaient partie des premiers dithyrambes tragiques, puisque le bouc, Tpayoç, était amemé par eux pour être immolé. Il n'est donc peutêtre pas juste de regarder le drame satyrique comme un démembrement de la tragédie ; il est probablement aussi ancien qu'elle. Mais comme les Satyres paraissaient aussi dans le cortège grotesque du dieu des vendanges, le drame où ils continuèrent de figurer fut comme un moyen terme entre la tragédie et la comédie et participa aux accroissements de l'une et de l'autre. Il est même à remarquer que la présence de ces personnages mythiques, d'où lui est venu son nom, conserva à ce drame une couleur archaïque très prononcée, tandis que les deux genres principaux se rapprochaient de plus en plus de la réalité humaine et suivaient la civilisation.
Dans leur développement historique, la tragédie et la comédie appartiennent d'ailleurs aux Ioniens et surtout à ceux d'Athènes. D'après les grammairiens anciens au contraire, c'est à un Dorien, à Pratinas , llpaTivac, de Phlionte, que revient l'idée première du drame satyrique. Ce Péloponésien vint à Athènes vers la fin du vi« siècle : auteur
de poésies lyîiqfues et de tragédies , il y devint le rival de Chérilos et plus tard d'Eschyle. Il y représentait évidemment la tradition et Tesprit des Doriens : car le drame satyrique, ou, pour mieux dire, le choeur satyrique, était cultivé depuis quelque temps chez les Grecs de cette race et notamment à Phlionte, lorsque Pratinas vint donner des représentations dans Athènes. Il y a donc probablement quelque méprise dans ce que Ton raconte de ce poète et de son rival Chérilos : l'invention du drame satyrique ne peut guère être attribuée à ce dernier, qui était Ionien ; et si elle l'a été à Pratinas par les critiques des temps postérieurs, c'est probablement parce qu'il était Dorien et qu'il apporta dans une ville ionienne une forme de drame usitée dans son pays, mais qui en réalité y était cultivée avant son époque.
III. Commencements de la comédie. — Le nom de comédie, xto{x(|)§ta, indique très exactement l'origine de ce genre de drame ; l'opposition entre la fête grave et liturgique , où l'on immolait le bouc en chantant le dithyrambe , et la fête grotesque et populaire du cômos , se retrouve entière entre la tragédie et la comédie. Ce n'est point, comme le croyait Otfried Millier, par suite d'une réflexion et d'un choix théorique que ces deux formes du drame se séparèrent l'une de l'autre : la nature ne procède pas ainsi. On ne vit d'ailleurs la différence des deux genres que quand l'un et l'autre se furent réalisés. La comédie sortit peu à peu du cômos, comme la tragédie du dithyrambe. Le cortège où Kômos s'avançait riant et dansant, et qui se terminait par un festin joyeux, produisait de lui-même ces chants^ itOûigues ou licencieux d'où naquit la comédie. La fête de Bacchus , qui donnait chaque année à ce cortège
roccasîon de se former, fut le point d'origine du drame comique, comme elle Tétait du drame tragique ; le mythe du dieu produisit ce dernier; Faction humaine que ce mythe symbolisait produisit Tautre. Il ne fallut pour cela aucun parti pris, aucun contraste théorique entre le bien et le mal, entre le beau et le laid, puisque ce contraste existait réellement. La liberté qui présida dès le commencement aux représentations comiques fut très grande : car cet art était déjà bien développé lorsque TEtatle prit à son compte et s'empara du droit d'accorder « un chœur de comédie ». Les premiers essais qui le firent sortir du cômos furent dus à l'initiative individuelle; il résulta de longs et nombreux tâtonnements, jusqu'au jour où un homme d'une habileté supérieure mit la comédie sur sa voie définitive.
Ce fut un Dorien, Susaiuon, Soixrapiwv ; il était du petit pays de Trîpodi^os dans la Mégaride, et de là il était venu se fixer en Attique, dans le dôme d'Icare, un peu avant l'époque où Thespis faisait ses premiers essais de tragédie. On ne doit pas s'étonner que le chant de Kômos ait pris naissance parmi les Doriens , puisque c'est chez eux surtout que florissait la culture de la vigne ; mais il ne devint un art et un genre littéraire que parmi les Ioniens, dans un déme attique où la fête des vendanges était la principale fête dé l'année. En quoi consista l'invention de Susarion? C'est ce qu'on ignore; il est probable cependant qu'il réunit dans un certain ordre les principaux éléments du cômos phallophorique, qu'il apporta dans le chant une sorte de régularité et qu'il détacha du groupe des chanteurs un personnage important dont le rôle fut analogue à celui de rôiroxptxTîc de Thespis. Il n'y a pas de raison sérieuse de rapporter à Susarion le char de vendangeurs barbouillés de lie qu'une tradition confuse attribuait au-
trefois à cet auteur tragique. Le nom de trugôdeSf'zp\i'{(\>^6<;, qui. fut donné quelquefois par une sorte de jeu de mots aux chanteurs du cômos, indique seulement que les premiers essais comiques furent faits à la récolte du raisin, c'est-à-dire aux grandes Dionysiaques; de même que Tétymologie du nom de comédie rapportée au mot xwfXT), village, vint d'un autre jeu de mots autorisé par ce fait que le cortège de Kômos se développait le long des coteaux et ne s'arrêtait qu'au village, où le repas bachique était enfin célébré.
Nous ne savons presque rien non plus sur Myllos et sur Chionidês, successeurs immédiats de Susarion, ni sur Magnés, du même dême d'Icare, où il semble que la comédie ait reçu ses premiers développements par une sorte de tradition. Le nom d'EcRHANTiDE , 'ExcpavxiSTjc, est resté un peu plus célèbre; mais il appartient réellement au temps des guerres médiques; si nous le citons ici, c'est parce que le genre tout dorien de ses compositions le rattache au premier âge de la comédie, tandis que son successeur Cratinos appartient au second. A l'époque où Ecphantide amusait les habitants d'Athènes par ses farces mégariennes, un autre rameau de la race dorienne produisait de lui-même, sans aucune influence extérieure, toute une école de poètes comiques. Mais comme ses premiers essais appartiennent au. cinquième siècle, nous en parlerons un peu plus bas.