‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 35 sur 45 · VI, HISTOIRE · texte numérisé non relu

VI, HISTOIRE

Gomme toutes les autres parties de Fart d'écrire, l'histoire en Grèce s'est formée peu h peu ; à mesure qu'on

remonte vers ses commencements, elle se présente sous une forme de plus en plus rudimentaire , et il arrive un moment où Ton ne peut plus l'apercevoir, parce que le germe d'où elle est sortie , pareil à celui d'une plante , se perd dans une petitesse infinie. Quoique l'épopée joue dans l'âge féodal un rôle analogue à celui de l'histoire dans les temps postérieurs , l'histoire n'est pas née de l'épopée , de même que la prose n'est pas née de la poésie. L'épopée et la poésie continuaient de se produire quand parurent en prose les premiers écrits d'où l'histoire a tire son origine. Ces écrits ne furent probablement d'abord que des contrats et des traités d alliance, des chartes publiques ou privées. Le progrès des institutions libérales et du commerce dans les cités ioniennes exigea bientôt que les droits de chacun fussent consignés dans des écrits authentiques, et qu'un compte exact fût tenu des relations des peuplades entre elles et du mouvement intérieur de leurs affaires. Ce besoin conduisit les premiers prosateurs à parcourir les temps qui les avaient précédés et à remonter aux origines des cités et de leurs colonies. C'est à des Ioniens en effet qu'appartiennent les plus anciennes tentatives dans le domaine de l'histoire, vers l'époque où les Doriens leur fournissaient les premiers éléments de la poésie dramatique et où Phérécyde de Syros s'essayait en prose dans un autre genre.

Les créateurs de l'histoire ne portèrent pas le nom d'historiens, mais celui dejÀngdai^iÊSUfèàes; on opposait en grec les deux mots ^q^q; et [xuôo;, le premier pour désigner le récit de fait^j|;éâlft»> ^^ second pour désigner la^J^Jal^ et les récits héroïques de l'ancienne poésie. Quoique un seul logographe appartienne au sixième siècle, nous parlerons des autres dès à présent, parce que Te premier grand

historien , Hérodote , représente presque à lui seul la période des guerres médiques. Gadmos, KàSfjio;, de Milet, est le plus ancien logographe dont le nom soit cité. Il ne nous reste rien de son histoire de la fondation de Milet, KT(<jt<; MiXt!tou, dont le texte fut perdu de très bonne heure. Nous savons' seulement qu'il remontait dans le passé jusqu'aux origines fabuleuses de cette ville célèbre. Gomme lui, Acu- SILAOS, 'AxouafXaoc, d'Argos, quoique Dorien de naissance, écrivit en ionien vulgaire une sorte d'exposé en prose des anciennes légendes et des mythes héroïques, où étaient contenues les origines des peuples et des familles de la Grèce.

Ge ne fut qu'avec H]fenAT| j| p, ^E xarcatTog. que l'histoire s'engagea dans ses vé ritables voies . Au moment où les Ioniens songeaient à se soulever contre Darius , il avait déjà assez d'autorité et de science pour les dissuader en plein conseil de cette entreprise, en leur proposant des raisons tirées de l'histoire, de la politique et de la géographie. Il avait beaucoup voyagé sur terre et sur mer. Faisant marcher de front la géographie et l'histoire , il composa , avec ses recherches et ses observations personnelles , son Tour du monde, Dsoto^og y^ç. où il décrivait les côtes de la Méditerranée et celles de l'Asie jusqu'au voisinage de l'Inde. Il refit en outre, mais dans un autre esprit, l'œuvre généalogique d'Acusilaos. Enfin il corrigea la carte de la Terre qu'avait dressée Anaximandre. Ses fragments et ceux des anciens historiens grecs ont été réunis dans la grande collection de M. Didot.

Les nombreux fragments qui nous restent deJPHÉRÉcrpE, 4>epÊX'j8Ti(;, de Lérps, petite île voisine de Milet, nous permettent d^apprécier son œuvre. Presque étrangère à la géographie, elle se composait principalement de récits

mythologiques et de généalogies. Établi à Athènes vers Tépoque des guerres médiques, il donna une histoire légendaire de cette ville ; de sorte qu'il pourrait être à bon droit considéré comme un mythographe plutôt que comme un historien.

Lampsaque , colonie de Milet , fut la patrie de Gharjjjj^ Xàpwv, continuateur d'Hécatée. Le rôle de cet écrivain fut important dans le développement du genre historique. Car ayant assisté aux guerres des Perses , il fut conduit à s'occuper des peuples que le Grand Roi tenait sous son sceptre et qui avaient participé aux expéditions contre les Grecs. Il écrivit des histoires séparées de chacun d'eux, les conduisant jusqu'au moment où ils sont précipités tous ensemble sur la Grèce par Darius et par Xercès. Charon fut ainsi le véritable prédécesseur d'Hérodote.

Une importance plus grande encore peut-être appartiendrait à HELLAjjjjjftgpi^XXàvtxoî, de Mitylèné, si nous possédions ses Carnéoniques et ses Prêtresses de Héra d'Argos, sans compter le grand nombre d'écrits qu'il avait composés sur plusieurs légendes locales d'un certain intérêt historique. Quand on disait ironiquement qu'Acusilaos avait mis Hésiode en prose , on ne faisait point le procès au genre qu'il inaugurait, mais à son absence de jugement. Les ouvrages d'Hellanicos, au contraire, acquirent une grande autorité, parce qu'il y faisait preuve dune critique sévère et judicieuse. La guerre des Perses, qu'il avait vue dans sa jeunesse, le poussa, comme beaucoup d'autres, à s'enquérir de l'histoire des peuples d'Asie; il écrivit même sur l'Egypte et raconta le premier un voyage qu'il fit en Libye à l'oracle de Jupiter Ammon.

Xajsibûs, Eàveo(;, de Sardes, en Lydie, écrivît à la même époque des pages très savantes sur l'Asie Mineure , sur son

sol et sur les races d'hommes qui la peuplaient ; ses écrits fournirent de précieux matériaux aux géographes des temps postérieurs.

On voit par ce qui précède que les ouvrages des logographes sont comme autant de chroniques et de mémoires à consulter, desquels il ne restait plus qu'à faire sortir une histoire régulière, composée selon les règles de l'art. Les derniers de ceux que nous avons nommés appartiennent déjà au siècle où cette histoire fut faite ; mais par leur esprit, par leur manière d'écrire et par la nature de leurs sujets ils appartiennent à la période primitive et non à celle qu'Hérodote inaugura. Il se produisit toutefois parmi eux un progrès par lequel ils s'acheminaient peu à peu vers les formes définitives du genre historique. De Cadmos à Hérodote la différence est grande ; mais entre Gharon et Hérodote la distance est plus f etite et peut aisément se franchir. Tout était donc prêt, à l'époque des guerres médiques, pour qu'un homme d'un génie supérieur imprimât les formes d'un art idéal aux matériaux que les logographes avaient accumulés.

SECTION QUATRIÈME Période des guerres médiques (520-459).

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