‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 40 sur 45 · I. TRAGEDIE · texte numérisé non relu

I. TRAGEDIE

L'organisation matérielle du théâtre était à peu près complète au milieu du cinquième siècle. La seule modification importante qu'elle subit encore fut l'introduction d'un troisième acteur ou tritagoniste, exigée, dit-on, pour la première fois par Sophocle~efatioptée par Eschyle., qui vivait encore» Ce dernier avait dû composer la plupart de ses pièces de telle sorte qu'il n'y eût sur la scène que deux personnages parlants ; il en résultait une certaine raideur dans l'action et l'impossibilité d'exprimer des

sentiments moyens entre ceux des deux personnages aux prises sur la scène. Le troisième acteur put remplir de tels rôles, adoucir les situations, leur donner un aspect plus humain et permettre au poète d'exprimer d'une manière plus analytique et plus complète les sentiments de rame.

La même époque vit établir une institution nouvelle, essentiellement démocratique, le^^t^g^y oix ^aisse d es théâtres , aux frais de laquelle les assistants eurent ieurs places payées dans les représentations dramatiques. Si cellesci n'avaient eu pour objet que les plaisirs du peuple, l'établissement d'une telle caisse eût été à la fois ridicule et impossible. Mais comme elles faisaient partie de fêles religieuses et annuelles, au lustre desquelles il fallait pourvoir comme on pourvoyait à l'éclat des temples et des processions, le but de cette création était religieux avant tout; il avait en outre l'avantage d'ouvrir à toutes les classes de la société l'accès des théâtres , où elles venaient entendre les plus belles œuvres de la poésie. Les plaisirs que l'on y goûtait étaient les plus relevés que l'esprit de l'homme puisse se procurer à lui-même ; mais le vrai rôle du poète, comme le déclare Aristophane, était d'instruire le peuple et d'élever sa pensée vers l'idéal. Du reste, cette caisse ne couvrait pas seulement les frais des représentations dramatiques ; elle payait aussi les dépenses des autres fêtes. Combien cela ressemble peu à la prodigalité I

La constitution esthétique des tragédies subit, d'Eschyle à Sophocle, une modification profonde : o n cessa de faj pp. d os trilobé s, et toutes les pièces présentées à la fois par un poète furent indégendantes les unes^ des autre s. Chacune d'elles forma donc un tout complet, une action par-

faite, à laquelle durent s'appliquer les lois de composition qui régissaient auparavant les trilogies. L'action tragique perdit en étendue, mais elle gagna en perfection. Car pour appliquer à une matière plus restreinte les lois qui avaient été créées pour les actions trilogiques, il fallut multiplier les détails, varier les situations, inventer Fin* trigue et produire, par un grand nombre de scènes courtes et rapides, le même effet que Ton avait obtenu par les grandes proportions. Cette diminution dans la longueur du drame eut l'avantage de concentrer l'attention du spectateur sur un temps plus court, sans la fatiguer, et d'ob* tenir finalement un effet plus énergique.

Ce fut du reste la tendance de cette époque de renoncer aux grandes masses et d appliquer les efforts de l'art à des matières de dimension restreinte. L'œil et l'esprit en saisissaient plus aisément l'ensemble et pouvaient mieux en étudier les détails. D'ailleurs, à l'époque de Périclès, un Athénien était un homme si occupé, que bien peu de personnes sans doute avaient assez de loisir pour entendre une trilogie jusqu'à la fin; ces immenses compositions auraient fait déserter le théâtre ; chaque temps amène ses besoins; les poètes comprirent que le drame ne devait plus excéder les dimensions d'une pièce ordinaire. On les augmenta pourtant un peu, de manière à gagner la place nécessaire pour quelques scènes.

Par le même motif, les poètes diminuèrent le nombre et l'étendue des chœurs, afin que le temps qui leur était accordé fût en grande partie rempli par l'action. Quand on comparé la plus simple des pièces de Sophocle à la plus compliquée des pièces d'Eschyle, on voit aussitôt que, si l'éte^ndue des chœurs a diminué dans l'intervalle de temps qui les sépare, le nombre et la variété des scènes

se sont accrus dans la même proportion. En sonime la durée totale des représentations et le nombre des pièces représentées n'ayant pas changé, la durée de chacune d elles devait rester la même- Mais le chant des chœurs, qui était lent, prenait beaucoup de temps; il suffisait de les réduire un peu pour gagner le temps nécessaire à plusieurs scènes. C'est ce qui eut lieu.

Le nombre des poètes tragiques qui se distinguèrent dans la seconde moitié du cinquième siècle fut plus grand qu'on ne le suppose. Car, outre Sophocle et Euripide, dont nous traiterons en détail, et sans compter cette multiplicité de poètes sans nom dont parle Aristophane dans ses •Grenouilles y on peut citer :

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