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niSTOTRE DE LA LITTÉRATURE GRECQUE 305
avait accusé Périclès de ses maux et lui avait retiré le commandement, reconnut que sa main était nécessaire au salut de la république. Mais bientôt le grand politiquemourut etl'admirableportraitde Thucydide nous fait déjà prévoir les calamités que prépare au pays la lâche complaisance de ses indignes successeurs, les démagogues :
Puissant par son prestige personnel et par son génie, d'une intégrité reconnue, Périclès contenait la multitude par son simple et libre ascendant ; il n'était pas conduit par elle, il la conduisait. Ne devant pas son autorité à des moyens illégitimes, il ne cherchait pas à caresser le peuple ; il trouvait dans son élévation morale les mayens de le contredire et de braver sa colère. Quand il voyait donc les Athéniens se livrer hors de saison à une présomptueuse arrogance, il parlait, abattait leur audace et les ramenait à la crainte; tombaient-ils mal à propos dans l'abattement, il les relevait et ranimait leur courage. C'était de nom un gouvernement populaire ; de fait c'était le pouvoir du premier citoyen d'Athènes. Mais ceux qui vinrent après lui, plus égaux entre eux, et brûlant tous d'avoir l'autorité suprême, se firent les courtisans du peuple et lui livrèrent les affaires.
La prise de Potidée marque la fin de la seconde année de la guerre, et l'été de la troisième année commence avec l'investissement de Platée par le roi de Sparte, Archidamus.
Le livre III comprend la quatrième, la cinquième et la sixième année de la guerre. Il est riche en sombres tableaux qui font apprécier le caractère sanglant de cette lutte, de plus en plus atroce à mesure que les combattants ont eu plus de liens étroits à briser, plus d'afl'ections à fouler aux pieds. Le siège de Platée, l'acharnementdes Lacédémoniens contre cette cité glorieuse, gardienne dos tombeaux des Grecs morts dans la guerre nationale, la rigueur du blocus, le massacre
irnpiloy;il)Io rjiii suivit la victoire, la destruction complote de la ville, [nontrent assez la violence des haines entre les partis. Plus implacables encore étaient les haines entre les alliés de la veille; témoin la défection de l'île do Lesbos, l'investissement de iMytilène par les Athéniens, la condamnation à mort de tout un peuple, condamnation prononcée par l'assemblée d'Athènes sur la proposition du déma<^ogue Cléon, puis réduite, malgré lui, à l'exécution de mille iMytiléniens et à Tasservissement de tous les autres. Mais un troisième épisode plus lamentable nous donne le spectacle des haines entre concitoyens; c'est l'épisode des horribles déchirements de Corcyre, des luttes entre les grands et le peuple, des perfidies, des parjures, des massacres ou exécutions sommaires auxquels se livrent successivement les partis vainqueurs. Thucydide ne raconte pas froidement ces horreurs. 11 montre l'influence fatale que la guerre civile « cette maîtresse violente » exerça sur les caractères et sur les mœurs, quel bouleversement elle amena dans les idées et dans racception ordinaire des mots :
L'audace irréfléchie fut traitée de courageux dévouement aux amis, la lenteur prévoyante de lâcheté déguisée. L'homme violent était un homme sûr, celui qui le contrariait un homme suspect. Dresser des pièges et réussir, c'était avoir de l'esprit, les prévenir, c'était en avoir davantage. Enfin être le premier à faire du mal à qui pouvait vous nuire, c'était mériter des éloges ; on en méritait aussi pour avoir excité au mal qui n'y songeait pas. Les compagnons de parti étaient préférés aux parents comme plus disposés à tout oser, à ne s'excuser de rien... Ce n'était pas sur les lois divines qu'on appuyait la foi des alUances, c'était sur la complicité des crimes passés.... Se venger valait mieux que n'avoir pas subi d'offenses.
Le quatrième livre (septième, huitième et neuvième
années de la guerre) raconte les opérations militaires des Athéniens sur les côtes du Péloponèse, l'occupation de Pylos, le blocusdes hoplites lacédémoniens dans l'île de Sphactérie, leur résistance opiniâtre, et la victoire inespérée du démagogue Gléon, que les Athéniens avaient chargé malgré lui du commandement.
Les gens sensés s'en étaient réjouis, dit l'historien ; car de deux biens il y en avait un immanquable, ou d'être délivré de Cléon, ce qui semblait le plus probable, ou, si cette espérance était trompée, de s'emparer des Lacédémoniens '.
Le succès d'Athènes est compensé par plusieurs échecs en Béotie (Tanagre, DéHum) et par la prise d'Amphipolis, que Thucydide, prévenu trop tard, ne put défendre contre le fameux général Brasidas.
Au livre V, la mort de Gléon, vaincu en Thrace et tué honteusement dans sa fuite, et celle de Brasidas, succombant à ses blessures au milieu du triomphe de son armée, amènent Tinterruptiou d'hostilités qu'on appelle la paix de Nicias (422, onzième année de la guerre). Cette trêve, au rapport de Thucydide, n'empêcha pas les deux peuples de se faire beaucoup de mal en dehors de leur propre territoire, et, enfin, après un intervalle de dix ans, ils en vinrent à une guerre ouverte. Un des hommes politiques qui y poussèrent le plus vivement, ce fut Alcibiade. Thucydide introduit par un trait piquant ce nouveau personnage « qui n'aurait été encore qu'un jeune homme dans une autre république, mais qui jouissait du respect qu'avaient mérité ses ancêtres^ ».
Avec le VP livre commence une autre période de la guerre, période plus dramatique encore que la