‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 104 sur 267 · Liv. V, ch · texte numérisé non relu

Liv. V, ch

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premières (il [)liis d^saslroiise pour Alhônos. Avant de raconter Texpédition do Sirile et les funestes conseils qui l'ont décidée, Thucydide, lldèle à sa nnétliode, décrit le nouveau Itiéàtre des événements: il énunnère les populations anciennes de la Sicile, les grandes immigrations des Sicules, les colonies fondées par les Phéniciens et les Grecs. Il explique ensuite la cause véritable et l'occasion de l'entreprise. Les Athéniens convoitent la possession de cette grande île, et leur prétexte pour y mettre le pied, c'est de secourir la colonie ionienne d'Egeste contre Sélinonte appuyée sur l'alliance de la grande ville dorienne Syracuse. Malgré les efforts du sage Nicias, le brillant et présomptueux Alcibiade emporte les suffrages du peuple. L'expédition est préparée, et Thistorien décrit l'appareil majestueux et le départ de cette flotte, la plus considérable et la plus magnifique qu'on eût vue jusque-là. Mais cet imposant spectacle a pour contre-partie le terrible mouvement populaire provoqué parla mutilation des Hermès. Alcibiade, soupçonné avant son départ, puis accusé directement, échappe à ceux qui doivent le saisir au milieu de son armée. Condamné à mort par contumace, il se venge en donnant aux ennemis de sa patrie deux conseils qui ont préparé les désastres d'Athènes, celui d'envoyer à Syracuse un bon général pour former les troupes siciliennes, et cet autre, plus fatal encore, d'occuper le bourg de Décélie, au cœur de l'Attique. Bientôt le Lacédémonien Gylippe arrive à Syracuse. Au début du livre suivant, nous voyons Décélie prise et fortifiée par les Spartiates, et l'historien nous retrace (ch. 27) les conséquences de cette occupation pour les Athéniens, privés de leurs revenus et de leurs ressources, coupés de leurs communications, harcelés sans cesse par la garnison lacédémonienne.

Mais le VII« livre est, avant tout, le récit dramatique

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des grandes défaites des Athéniens en Sicile, défaites sur terre, défaites sur mer, destruction complète des flottes puissantes d'Athènes, retraite lamentable des vaincus, traqués partout dans les champs de la Sicile, livrés au supplice par les vainqueurs, comme les généraux Nicias et Démosthène, entassés dans les carrières, et après d'horribles souffrances vendus comme esclaves.

Le VIII^ livre, qui commence avec la dix-neuvième année de la guerre, présente d'abord le tableau de la consternation des Athéniens à la nouvelle de ces désastres si peu prévus :

Longtemps, dit Thucydide, on refusa de croire, même sur le témoignage formel de combattants de haute distinction qui avaient échappé à la déroute, que la destruction de l'armée fût aussi complète. Mais quand la nouvelle fut confirmée, on s^irrita contre les orateurs dont les voix réunies avaient inspiré tant d'ardeur pour l'expédition, comme si le peuple lui-même ne l'avait pas votée... On n'avait de toute part que des sujets de douleur... D'un côté chacun avait à gémir sur ses pertes particulières, et la république avait perdu cette multitude d'hoplites et de cavaliers, cettejeunesse florissante, derrière laquelle on ne voyait rien pour la remplacer ; d'autre part on ne voyait plus dans les chantiers de vaisseaux en état de tenir lamer, plus d'argent dans le trésor, plus de matelots pour la flotte, et, dans une telle situation, on perdait toute espérance de salut. On s'imaginait que les ennemis de Sicile allaieut à l'instant voguer vers le Pirée, surtout enhardis par une telle victoire ; en même temps ceux de la Grèce attaqueraient en force et par terre et par mer, et avec eux les alliés soulevés contre la répubhque. On décida cependant qu'il fallait résister, autant que le permettraient les ressources qu'on avait encore, équiper même une flotte, se procurer, comme on le pourrait, des bois de construction et de l'argent, surveiller avec soin les alliés et surtout l'Eubée, et faire des réductions sur les dépenses intérieures. On résolut même d'établir un conseil de vieillards qui proposeraient toutes les mesures commandées par les circoostances présentes.

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IJiliii, fl;iiis l;i If'iTciir subite; qui frappait Uis esprits, on était pirl, oorniiH', il arrive louj(>ur.s dans los démocraties, à mf^ttrc lOrdni dans Loulos les parties du f^ouverneine.nt.

Les efforts des Athéniens pour échapper aux conséquences du désastre de Sicile, leurs nouvelles défaites en lonie et dans la mer Ef^ée, l'empire passant aux Lacédémoniens qui ne craignent pas de faire alliance avec le grand-roi, la politique habile du satrape Tissapherne qui suit les conseils d'Alcihiade et s'attache à ne pas laisser consommer la ruine d'Athènes, les négociations d'Alcihiade avec l'armée athénienne de Samos, les révolutions successives d'Athènes, qui, sous la pression de ses malheurs et de l'armée, détruit son gouvernement démagogique, établit une sorte de conseil aristocratique et prépare le retour d'Alcihiade, enlin l'institution d'un gouvernement des Cinq-Mille, dont la sagesse est louée par Thucydide et qui sut tenir un juste tempérament entre la puissance des riches et celle du peuple, tels sont les événements qui se pressent dans le huitième et dernier livre. Les Cinq- Mille rappellent Alcibiade; la victoire des Athéniens à Sestos suit de près ce décret. Ici s'arrête le récit de l'historien : c'est le milieu de la vingt-unième année de la guerre ; il en reste encore six pour que la prise d'Athènes termine cette lutte acharnée.

Caractères de Thistoire de Thucydide. 1° Caractère politique, ses discours. — L'analyse que nous venons d'achever et les citations que nous y avons jointes, permettent déjà d'apprécier les caractères de l'histoire de Thucydide. Attentif et scrupuleux dans ses re cherches, exact dans ses récits, plein du respect de son œuvre et de ses lecteurs, Thucydide juge les hommes avec modération, mais avec fermeté. Évidemment, comme tous les esprits supérieurs de l'antiquité,

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comme Hérodote, comme Xénophon, comme Platon, comme AristoLe, il n'est pas l'admirateur de ce gouvernement démagogique qui, par suite de funestes concessions, a corrompu et dénaturé la sage démocratie de Solon. Moins la violence et l'exagération d'une œuvre théâtrale qui grossit les traits pour exciter le rire, il est d'accord avec Aristophane dans ses jugements sur les hommes. Nous avons cité un beau portrait de Périclès ; quoique Gléon, au rapport de plusieurs anciens, ait provoqué son exil, il juge ce démagogue avec calme et avec hiesure. Il n'est pas moins équitable quand il parle de son vainqueur Brasidas, dont il reconnaît noblement les talents militaires, quand il apprécie Nicias, Démosthène, Alcibiade, Antiphon. On sent partout une âme honnête, impartiale, élevée au dessus des passions des partis, indulgente même pour les traîtres comme Alcibiade, parce que les crimes de ces horribles temps lui ont appris à ne pas trop estimer les hommes.

Les discours. — Le caractère politique- de l'œuvre de Thucydide se montre surtout dans une partie importante de son histoire qui plus d'une fois a été critiquée par les modernes, dans les discours étendus qu'il fait tenir à ses personnages, magistrats, négociateurs, généraux. Ces discours, a-t-on dit, sont artificiels ; c'est Thucydide qui parle par la bouche de Périclès, d'Archidamus, roi de Sparte, de Nicias, d'Alcibiade, d'Hermocrate le Syracusain. L'historien tient si peu à la vérité de ses harangues, qu'elles sont quelquefois impersonnelles : ainsi, au livre premier*, quand les députés de Gorcyre et ceux de Corinthe viennent plaider à Athènes la cause de leur patrie, Thucydide ne désigne point en particulier l'orateur de chaque

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