‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 107 sur 267 · Liv. H, di. 3:;-4î · texte numérisé non relu

Liv. H, di. 3:;-4î

El plus loin :

QuîiikI iioLn; piitrif vous [)araîtra grande, songez que c'-sL par riiilié[)iflilé, par le sentiment flu devoir, par le resp»*(:t d'eux-iiièines dans les flangers, rpj«; ses enfants ont fondé sa puissance. Quand ils échouaient dans une entreprise, ils ne se croyaient point le droit de priver l'Ktat fie leur vertu, mais ils lui payaient par le sncrifice d'eux-mêmes le plus noble des tributs. Tous un commun lui donnaient leur corps, mais chacun d'eux recevait en échange une louange toujours jeune et le plus illustre des tombeaux, non le monument où ils reposent, mais celui où leur gloire habite, éternellement rappelée dans toute occasion nouvelle et de parole et d'action. Car l'homme illustre a pour tombeau la terre tout entière; ce ne sont pas seulement les inscriptions, les colonnes élevées dans sa patrie qui transmettent sa mémoire; même sur la terre étrangère elle vit dans le cœur des hommes, plus solidement gravée que sur la pierre.

Ce fier langage est-il indigne de Périclès? Ces hautes et fortes idées ne sont-elles pas de celles qui remuaient le peuple? Faut-il chercher ailleurs « ces foudres et ces éclairs » dont parle Aristophane?

L'étude des autres discours mènerait aux mêmes conclusions. On y retrouve la profondeur du génie de Périclès, l'énergie de sa parole et cette force qui faisait trembler l'assemblée, suivant l'expression de Cicéron; la seule qualité qui nous manque, c'est cette grâce enchanteresse que signale aussi le critique romain.

Les discours qu'Alcibiade prononce dans Thucydide donnent-ils de cet étrange personnage une idée moins heureuse et moins conforme à l'histoire? Ce n'est pas l'avis d'un savant professeur * dont nous transcrivons ici le jugement :

((. Frivole et 'sérieux, homme de plaisir et homme

1 . M . Jacques Denis, professeur à la faculté des lettres de Caeu.

Thucydide, Valeur histo?'i(/ue de ses discours, Cacn, 1866.

d'affaires, plein de passions mesquines et des plus vastes ambitions, flatteur du peuple et aflectant d'être au-dessus du peuple comme des lois, nous voyons^ cet enfant gâté de la démocratie athénienne vanter ses victoires à Olympie en même temps qu'il conseille l'expédition de Sicile, mêler la plus impertinente vanité aux considérations les plus sérieuses et les plus hautes sur la nécessité pour une ville souveraine d'abdiquer ou de s'agrandir sans cesse, et afficher insolemment son dédain pour ce qui n'est pas aussi noble que lui, devant cette multitude qu'il courtise et dont il capte les suffrages. »

« Nous le voyons une autre fois 2, lui dont toute la vie ne fut qu'un long sophisme, prouver subtilement au Spartiates, par des arguments dignes de Gorgias et d'Euthydème, qu'il aime sa patrie, puisqu'il fait tout pour la reconquérir; et, en témoignage de ce patriotisme dont il se vante, conseiller aux ennemis les plus acharnés de son pays d'envoyer une flotte en Sicile et de fortifier Décélie contre l'Attique. Il n'y a pas jusqu'à l'embrouillement de la pensée trop active d'Alcibiade au début de tous ses discours qu'on ne pourrait retrouver dans l'embarras et l'obscurité de l'exorde des deux harangues que lui fait prononcer Thucydide. Je ne nie pas qu'il soit possible à un habile écrivain d'imiter et de reproduire la nature à ce point. Il y a cependant ici un tel caractère de vérité, et, si on peut le dire, de réalité, que l'historien paraît n'avoir fait que mettre en œuvre d'excellentes notes recueillies par ses amis de Sparte et d'Athènes. »

Il s'en fautdonc que Thucydide, dans ses discours, ait effacé autant qu'on l'a dit la physionomie des personnages. On pourrait soutenir même que le mouvement

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