‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 109 sur 267 · Livre I, ch · texte numérisé non relu

Livre I, ch

la décadence des P^tats, qu'a dû méditer Démosthène, en même temps qu'il puisait dans le style de l'historien la sobriété, la plénitude, la logique, la force qui sont, avec la passion, les qualités de son éloquence.

Caractère moral. — La morale ne se sépare guère de la politique : par cela même que Thucydide observe les événements et qu'il en étudie les causes et les conséquences sur ce grand acteur du drame historique, qu'on appelle l'homme, il est un moraliste. Nous avons vu déjà avecquelle vigueursaisissante il a tracé les effets de la guerre civile, le mépris de toutes les lois, le débordement de toutes les passions, le déchaînement de ces haines d'autant plus effrénées et plus atroces qu'elles succèdent à des amitiés plus naturelles et plus étroites. L'influence démoralisatrice de la peste d'Athènes n'est pas marquée avec moins de profondeur : le mépris des lois et des dieux, dont le respect ne défendait pas contre la mort, l'abandon des travaux honnêtes, dont le salaire était si incertain, la convoitise excitée par le spectacle de riches subitement frappés et de pauvres succédant à leur fortune, le goût des jouissances promptes, car les biens et la vie ne sont peut-être que la possession d'un jour, le plaisir et tous les moyens^ légitimes ou non, de Tobtenir, voilà quelques-uns des traits qu'il développe.

Quelques critiques anciens ont parlé de l'athéisme de Thucydide, ce qui veut dire qu'il néglige dans ses récits les cérémonies religieuses, les prédictions des oracles et des devins. Thucydide a été athée, comme Anaxagore qui rejetait les divinités païennes pour s'élever à la conception d'un principe unique et spirituel, comme Socrate dont il a sans doute, avec Xénophon, avec Platon, recueilli et adopté les doctrines. Il ne parle point en effet de Jupiter, de Minerve et d'Apollon, mais il a le sentiment de la divinité, et l'oubli

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(les lois divines est un des malheurs qu'il signale dans ces grandes perturbations sociales dont il a tracé de si énergiques tableaux.

Caractère littéraire. En eflet Thucydide, politique profond, moraliste pénétrant, est en môme temps un peintre de premier ordre. L'analyse que nous avons donnée de son livre et les extraits dont nous Tavons accompagnée suffisent déjà pour faire apprécier ce côté de son talent. Qu'il s'agisse des sanglantes convulsions de Gorcyre, du navrant spectacle de la peste d'Athènes, des lamentables épisodes de la retraite de Sicile, de la consternation des Athéniens à la nouvelle de ces désastres, les peintures de Thucydide ont toujours le même caractère : tout y est précis, ferme, fortement accusé, sobre en même temps et sans aucune exagération de couleurs, sans aucun écart d'imagination. C'est la réalité prise sur le fait; si ces tableaux sont dramatiques, il semble qu'ils ne le doivent qu'à l'exacte et fidèle reproduction de la vérité, assez triste elle-même pour justifier la sombre tristesse du pinceau.

La même précision, la même profondeur, la même force ramassée et rapide font la beauté de ces portraits dont nous avons cité déjà un des plus achevés, celui de Périclès. Le génie de Thucydide aime la forme concise et piquante de l'antithèse , « cette opposition de deux vérités qui se donnent du jour l'une à l'autre^ ; » l'emploi en est continuel dans son style ; il la recherche aussi dans la peinture des caractères. L'éloge d'Athènes par Périclès, dans l'oraison funèbre dont nous avons reproduit plus haut deux éloquents passages, est une comparaison suivie entre la cité brillante et artistique et sa rude et sombre rivale; ici le

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