‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 110 sur 267 · La Bruyère, ch. t. Des ouvrages de l'esprit · texte numérisé non relu

La Bruyère, ch. t. Des ouvrages de l'esprit

parallèle affecte la forme d'une transparente allusion. 11 est direct et nu dans un admirable passage du discours des envoyés corinthiens à Sparte, et cet hommage aux grandes qualités d'Athènes, comparées aux modestes vertus de Sparte, est d'autant plus piquant, qu'il semble un aveu arraché à des ennemis par la force de la vérité * :

Les Athéniens, avides de nouveautés, sont prompts à concevoir et à réaliser par l'action ce qu'ils ont conçu; vous autres, vous défendez vos possessions et n'imaginez rien au delà, et vous n'allez pas même dans l'exécution jusqu'au nécessaire. Les Athéniens osent au delà de leurs forces, ils s'exposent contre toute prudence, au sein des périls ils sont pleins d'espoir; mais votre caractère est de rester dans vos entreprises au-dessous de votre puissance, de manquer de confiance même quand la raison garantit vos mesures, et de croire que vous ne sortirez jamais du danger. Ils sont résolus, et vous temporiseurs; ils aiment à se répandre au dehors, et vous à rester dans vos foyers, car ils croient qu'ils gagneront en sortant de chez eux, vous croyez, en vous éloignant, compromettre même ce que vous possédez. Vainqueurs de leurs ennemis, les Athéniens vont à tout; vaincus, ils n'ont point d'abattement. Ils sacrifient leur corps à la patrie comme un bien totalement étranger, mais leur intelligence est une propriété qu'ils emploient à travailler pour elle. N'emportent-ils pas ce qu'ils ont conçu, ils se croient dépouillés d'un bien à eux. Une fois maîtres de ce qu'ils poursuivaient, ils le mépriesnt en comparaison de ce que leur réservent les entreprises à venir. Leur arrive- t-il de manquer une affaire, ils forment une autre espérance et compensent leur échec; car seuls, ce qu'ils ont conçu ils l'ont en même temps qu'ils l'espèrent, tant est rapide l'exécution de leurs desseins ! Et tout cela se fait au milieu des travaux, des dangers et des fatigues qui remplissent leur existence entière. Ils jouissent peu des biens présents, parce qu'ils sont sans cesse occupés d'acquérir; pour eux il n'y a d'autres fêtes que l'accomplissement de leur tâche, et une inaction paisible ne leur

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