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le naturel, la litnpidilé, la douceur, la délicatesse, la grâce. Nous retrouverons dans tous les ouvrages de Xénophou ce (±arine qui lui a valu chez les anciens le nom (Vabeille aituiue.
Examen des Helléniques. — Mais on chercherai! vai[ieinent dans les Hf^llim/qm-s Tintérôt soutenu et puissant de VAnahaHc. Cet ouvrag^i, divisé aussi en sept livres, embrasse près de quarante années de l'histoire de la Grèce, depuis le gouvernement des Quatre-Cents, en 408, jusqu'à la bataille de Manlinée (30^). Cette période comprend, entre autre^^ événements considérables, la prise d'Athènes, le honteux traité d'Antalcidas, la courte et brillante puissance de Thèbes, qui doit à deux grands hommes, Épaminondas et Péiopidas, l'hégémonie de la Grèce. Mais Xénophon ne l'a pas embrassée d'une vue d'ensemble, il n'en a pas cherché le caractère général : on n'apprend pas avec lui à connaître les causes et les conséquences des faits, à juger les hommes, comme on l'apprend si bien avec Thucydide.
La composition, si nette et si forte chez Thucydide, manque aussi dans Xénophon. Sans doute, il n'est d'abord que le continuateur de l'historien dont il avait été peut-être déjà l'éditeur. Son récit se rattache à celui de Thucydide par une simple transition : « Or, peu de jours après cet événement, arriva d'Athènes Thymocharès avec quelques vaisseaux. » Mais lorsque Xénophon a dépassé le terme que Thucydide avait fixé lui-même à son histoire, c'est à-dire la prise du Pirée. Il devait, ce semble, marquer par un repos la fin de ce premier sujet; il devait annoncer et introduire celui qu'il va traiter pour son compte personnel. Cependant aucune division, aucune observation de l'auteur ne distingue ces deux parties si différentes de son histoire. Il la termine aussi brusquement qu'il l'a commencée. Après le récit de la bataille de Mantinée
OÙ est tombé Épaminondas, Thistorien témoigne que des deux côtés on s'altribua la victoire et que cette grande bataille ne fit qu'ajouter au trouble et à la confusion qui régnaient en Grèce. « Pour moi, ajoutet-il, c'est ici que j'arrête mon histoire ; ce qui suit sera peut-êlre l'objet des travaux d'un autre. » Cette absence de conclusion n'est pas le t'ait d'un historien philosophe ; ce n'est pas ainsi que Thucydide entendait cette étude dont il avait fait une science.
La proportion, cette autre condition de toute œuvre de l'esprit, fait aussi défaut dans les Helléniques. Tantôt c'est une sèche chronique, tantôt c'est une abondance do petits détails et d'anecdotes qui donnent au récit la physionomie d'une morale en action *. On a vu déjà dans YAnahase ce caractère de moraliste : la piété un peu étroite de Xénophon l'entraîne aussi à donner trop de place aux présages, aux interventions miraculeuses. Thucydide avait banni sévèrement de l'histoire le surnaturel : sans être irréligieux, il ne sortait pas du cercle de la science humaine, dans l'explication des événements de l'humanité il se bornait à la recherche des causes venues de l'homme. Xénophon, rigoureux observateur de toutes les pratiques religieuses, Spartiate encore sur ce point plutôt qu'élève de Socrate, nous ramène à la crédulité naïve d'Hérodote.
A côté du moraliste, il y a aussi dans les Helléniques le stratégiste, très curieux d'art militaire, toujours prêt à disserter sur les opérations d'une belle bataille. C'est ainsi qu'il expose en détail la journée de Goronée, où son héros, Agésilas, dut la victoire à son habile tactique -, c'est ainsi qu'à la fln de son histoire il s'arrête longtemps sur l'invasion
1. Voir au livre IV. une longue anecdol.» sur lt> mariage de la fille de Spithridate avec Otvs, roi de Paphlagonic. â. Le récit est littéralement reproduit an 2« ch. de VAgésilofi.
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qui pr6(;(;(le la halaiilc (i(î Manlinéc; et sur atiU' bataille iiiiirue ; et, quoiqu'il ait tu jusque-là le rùle et le nom uiôine d'Eparninondas, l'hahiletr'; du général triomphe de ses préventions contre l'homme, et il développe avec complaisance sa prudence, son ascendant sur les soldats, et la forte discipline qu'il a établie dans son armée.
Ce manque de proportions dans rhisloire de Xénophon s'explique souvent par sa partialit*^. Epaminondas tout le premier en est un exemple éclatant. Il semble que le grand caractère de ce héros si pur eût dû aller au cœur de Thistorien moraliste. Mais Épaminondas est thébain; son génie et ses victoires ont abattu l'empire de Sparte. Xénophon laissera donc dans l'ombre ce personnage qui, pendant neuf ans, a dominé tous les événements ; il ne signalera même pas sa présence au congrès de Sparte, où le héros thébain tint si fièrement tête au roi Agésilas. En racontant la journée de Leuctres, si funeste aux Spartiates, il n'émettra qu'une chose, c'est le nom du général vainqueur. Mais fauthil s'étonner de cet injuste silence, quand Xénophon raconte avec tant de sécheresse et de froideur les malheurs mêmes de son propre pays ? Quatre lignes lui suffisent pour exposer l'entrée de Lysandre à Athènes et la destruction des Longs-Murs :
... On décide d'accepter la paix. Alors Lysandre aborde au Pirée : les exilés rentrent ; on abat les murs au son des flûtes avec une grande ardeur ; on regarde ce jour comme le commencement de la liberté pour la Grèce ^
Xénophon ne paraît pas bien loin de partager cette opinion. Quel contraste entre cette brièveté indifférente et la complaisante abondance de ses récits quand il expose les succès de Sparte et d'Agésilas!
t.. Liv. II. eh. 2,
Son admiration pour les Spartiates va jusqu'à fausser son jugement : il n'a que des éloges pour ce traité d'Antalcidas qui détruisit les résultats des guerres médiques et replaça les villes grecques de TAsie- Mineure sous la domination du roi de Perse \ Ce qu'il relève avec plaisir dans cette paix honteuse, c'est qu'elle consacre l'empire de Lacédémone sur la Grèce. Quelle différence entre ce langage et celui d'un Athénien d'une époque un peu postérieure, Isocrate ! Combien, dans son Panégyrique, il a fait ressortir la honte du traité et l'abaissement de la Grèce qui désormais va mendier l'appui et l'or de celui qu'on appelle le grand roi !
Sparte profite de sa puissance pour raser la ville de Mantinée et pour disperser les habitants en quatre bourgades. Loin de blâmer cette violence, à laquelle les Mantinéens opposèrent une résistance désespérée, Xénophon les trouve fort heureux d'habiter désormais plus près de leurs terres et d'être débarrassés de leur démagogie*. D'ailleurs c'est en barrant le fleuve qui traversait Mantinée et en produisant une inondation que les Lacédémoniens ont pris la ville :
Ce sera, dit Xénophon, une leçon de prudence donnée aux hommes ; ils ne laisseront plus passer un fleuve dans leurs murs.
Il raconte aussi avec beaucoup de calme l'odieuse trahison de Phébidas, qui passe en allié sur le territoire de Thèbes pour aller combattre Olynthe, et qui profite de l'hospitalité accordée à ses troupes pour s'emparer de la Cadmée. Il n'est pas ému de la mauvaise foi des Spartiates qui blâment Phébidas, mais qui, dociles à l'avis d'Agésilas, se résignent sans peine à garder ce bien mal acquis. Cependant, lorsque les