‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 120 sur 267 · ÉLOQUENCE. — ORIGINES. — RHETEURS ET SOPHISTES · texte numérisé non relu

ÉLOQUENCE. — ORIGINES. — RHETEURS ET SOPHISTES

Liens qui unissent les historiens, les orateurs et les philosophes grecs — Toutes les parties du domaine des lettres se rattachent les unes aux autres par des liens étroits. On a \u déjà les nombreux emprunts que le genre dramatique a faits à l'épopée et à la poésie lyrique, et comment ces éléments si divers se sont unis pour former les chefs-d'œuvre de la tragédie grecque. On peut dire que les trois genres principaux entre lesquels se partage la prose, l'histoire, l'éloquence, la philosophie, ont aussi plus d'un caractère commun et qu'ils ont exercé les uns sur les autres une action puissante et réciproque. L'étude des historiens nous Ta montré déjà; leurs écrits, surtout ceux de Thucydide et de Xénophon, ont une partie oratoire qu'il est impossible de négliger. Ces historiens avaient été élèves de quelques-uns des maîtres de rhétorique, à la fois professeui^ et orateurs, que nous allons apprécier. Ni»us avons nommé déjà Anliphon comme le maître de Thucydide, Isocrate comme celui de Xénophon , de Théoponjpe et d'Éphore . Xénophon était aussi l'élève du rhéteur Prodicus. D'autre pari, Thistoire de Thucydide n'a pas peu contribué, nous l'avons dit, à former le génie de Démosthène. Quant aux philosophes, l'influence d'Anaxagore a été grande sur Thucydide comme surPériclès. Nous savons de quelle forte empreinte Xénophon a été marqué par Socrate;

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Je disciple ne s'explique pas sans le maître. Il est certain que les historiens dont nous avons perdu les (euvres, n'avaient pas ôchappé davantage à cette action puissante. Mais c'est sur les orateurs que s'e^t surtout exercée la salutaire discipline de la philosopijie socratique. Gicéron disait << qu'il était sorti orateur non des officines des rhéteurs, mais des jardins de TAcadémie; » nous verrons que les plus puissants orateurs d'Athènes se rattachent plus étroitement et doivent plus aux philosophes qu'aux maîtres qui faisaient profession d'enseigner l'art oratoire.

Origines de l'éloquence. — L'éloquence est originaire d'Athènes. Elle devait naître de cette constitution libre que Solon donna à ses concitoyens et de ces délibérations de la place publique où la parole devint rinstrqment principal du succès et de la puissance. Il est certain que Solon, si grand poète, fut aussi un orateur, et que l'éloquence a été une partie de la force des Pisistrate, des Aristide, des ïhémistocle et des Glisthène.

Périclès. — (juant à Périclès, c'est par la seule parole qu'il a exercé pendant longtemps sur un peuple capricieux et indocile une véritable royauté. L'analyse de l'histoire de Thucydide nous a déjà fait connaître ce grand personnage, qui a mérité de donner son nom au siècle de Sophocle, de Phidias et deZeuxis, et qui, en effet, dans l'admiration des critiques de l'antiquité, marche, pour l'éloquence,, l'égal du grand poète et du grand statuaire. Nous avons pu aussi, grâce à Thucydide, prendre une idée de cette puissance oratoire dont l'historien a reproduit, quoi qu'on en dise, les caractères principaux, c'est-à-dire, au témoignage des anciens, la précision et la finesse pénétrante des pensées, la concision rapide du style, la grandeur aussi, mais

une grandeur calme et sereine, maîtresse d'elle-même quand elle lance ses foudres, comme la majesté de Jupiter Olympien, auquel Aristophane comparait Périclès *. C'est la grandeur qui nait du développement des hautes pensées, toujours digne et réservée, et ne comptant jamais pour le succès sur l'effervescence des passions déchaînées par l'orateur ^. Tel est le Périclès de Thucydide. Il est d'accord aussi avec ce que nous savons de l'attitude de l'orateur à la tribune : presque immobile, les deux mains cachées sous son manteau, il se défendait et les gestes et les jeux ardents de la physionomie ; sa voix ferme et sonore se maintenait dans les notes moyennes et ne se permettait jamais les éclats qui remuent le peuple. Il semble que tout en lui ait été d'accord, la pensée, la parole, l'action; tout donne l'idée d'un grand citoyen, d'un grand politique, élevé au-dessus des passions, dédaignant de les soulever et ne comptant que sur la raison pour maintenir ses concitoyens dans les voies de leur intérêt et de leur grandeur.

Cléon. — Bien différent était le caractère d'un autre orateur, le démagogue Cléon. Fougueux, em-

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