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métier nouveau. Ce fut une spécialité de faire des discours sur commande; ceux qui s'y livrèrent reçurent le nom de logographes (rédacteurs de discours) ^ Quoique le trafic de ces discours ne fût pas légal, comme les rhéteurs consacraient à ce travail leur temps et leur talent, l'équité, plus forte que la loi, introduisit l'habitude d'une rémunération, qui fut, en général, assez large.
D'ailleurs la loi n'interdisait pas l'assistance orale d'un ami, qui venait parler après le plaideur, et compléter sa défense souvent défectueuse. Quelquefois la partie intéressée se bornait à dire quelques mots ; puis son conseil, pour employer une expression moderne, plaidait véritablement la cause. Cet usage s'appliquait surtout à la réplique- et aux causes où la partie était une femme. L'exemple le plus fameux qu'on en puisse citer est celui du Procès sur la Couronne. Gtésiphon, qui seul était mis en cause, parla le premier : mais Démosthène, à qui en réalité s'adressait Taccusation, prononça ensuite avec une force sans égale l'admirable défense dont nous aurons à parler.
Tous les orateurs d'Athènes ont été plus ou moins logographes. Cette coutume a exercé sur l'art oratoire une influence que .nous signalerons. Elle explique aussi la grande place que les traités de rhétorique, notamment le plus profond de tous, celui d'Aristote, ont donnée à l'étude des mœurs. Les logographes devaient approprier les discours qu'on leur demandait à la condition, à la culture intellectuelle, à l'âge du plaideur : le paysan ne devait point parler comme le citadin, le matelot comme l'artisan, le jeune homme comme le vieillard. La connaissance des caractères et
1. Nous avou3 vu déjà ce nom donné aux premiers rédacteurs de chroniques historiques.
2. Deutérologia. Voir M. Egger. Mémoires de littévaLure ancienne, ch. xrv, Si le fi Athéniens ont connu la profession d'avocat.
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des mœurs l'ut donc une partie importante de lart oratoire.
Antiphon. —Le premier par la date des dix orateurs du canon d'Alexandrie est Antiphon, né dans le bourg de llhamnus en Attique (479). 11 lut homme d'État, rhéteur, logographe; il fut aussi, par occasion, orateur, c'est à-dire que, poursuivi pour ses actes politiques, il plaida sa propre cause avec un talent attesté par Thucydide. Le grand historien, qui avait fréquenté l'école d'Antiphon, trace de son ancien maître un portrait remarquable :
Celui qui avait dirigé toute cette grande affaire (rétabliss»menLde l'oligarchie des Quatre-Cents), qui en avait tracé tout le plan et qui s'était occupé surtout de l'exécution, était Antiphon, homme qui ne le cédait en mérite à aucun de ses contemporains et qui excellait tout à la fois à concevoir et à exprimer ses pensées. Il est vrai qu'il ne prononçait pas de discours devant le peuple et ne s'engageait de lui-même dans aucun débat public; car le peuple se défiait de lui à cause de la renommée de son talent. Mais ceux qui avaient une lultf à soutenir et en justice et devant le peuple ne trouvaient pas à Athènes un homme plus capable de les conseiller et de les servir. Lui-même, lorsque les Quatre-Cents renversés étaient poursuivis par la venge;=ince du peuple, accusé comme leur partisan, prononça la défense la plus parfaite qui ait été entendue jusqu'à mon temps dans une cause capitale.
Malgré son éloquencf^, qui arracha des applaudissements même à ses ennemis, il fut condamné. Nous avons vu qu'il avait été un des plus actifs promoteurs de cette oligarchie qui dura seulement quatre mois, mais qui lut comme le prélude de la tyrannie des Trente. Quand le pouvoir des Quatre-Cents était menacé, il fut envoyé à Sparte avec Phrynichos, chef du parti aristocratique et huit autres citoyens
importants d'Athènes. Il s'agissait de négocier un traité qui, pour prix de l'autorité garantie aux Quatre- Cents, aurait ouvert le Pirée à une flotte péloponésienne. L'accusation de haute trahison porta principalement sur ce point. Les autres chefs du gouvernement renversé, accusés avec Anliphon, prirent la fuite. Antiphon seul resta avec un certain Archeptolème et affronta, résolu et calme, la colère de la multitude. Il s'attendait sans doute à sa condamnation; une anecdote significative montre avec quelle hauteur dédaigneuse il Taccueillit. Le poète tragique Agathon, interlocuteur de Socrate et d'Aristophane dans le Banquet de Platon, s'approcha de lui après Farrèt, pour le féhciter de sa défense :
Quand on a lame grande, répondit-il, on tient plus au suffrage fl'un seul homme de valeur qu'à celui d'une foule grossière*.
Antiphon but la cigiie, ses biens furent confisqués, sa maison démolie, sa mémoire flétrie (411). Quelques années plus tard commençaient les représailles des Trente.
En dehors de cette défense personnelle où il se montra grand orateur, Antiphon ne fut que maître de rhétorique et logographe. Au rapport de Quintilien, il est le premier qui ait composé des plaidoyers pour les autres. G^est là peut-être, au jugement de Grote, le célèbre historien de la Grèce ^, une des raisons de cette défiance du peuple, dont parle Thucydide. Dans ces discours récités par un plaideur qui les donnait comme l'expression de ses propres pensées, on voyait une
1. Ethique à Eudémos, III, o. Cet ouvrage longtemps attribué à Aristote, est reconnu comme l'œuvre d'un de ses élèves. 12. Grote, Histoire de laGrèce. Deuxième partie, cli. II.
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sorte de supercherie. Plus l'auteur du discours était liabile, plus les Athéniens redoutaient cet art dont les calci]ls cherchaient à surprendre l(;ur bonne foi. Cette défaveur durait encore au temps de Défuosthène.
Sur les quinze discours qui nous sont restés d'Antiphon, trois appartiennent à ce genre nouveau de plaidoyers faits sur commande. Tous sont relatifs à des causes criminelles : l'un est un réquisitoire contre une belle-mère accusée d'empoisonnement par son beau-fils, le second est une défense dans une ailaire de meurtre, le troisième a le môme caractère.
Les douze autres discours sont de simples exercices d'école. Ils forment trois télralogies comprenant chacune un réquisitoire, un plaidoyer, la réplique des deux parties. Ce recueil, qui était bien plus considérable, formait sans doute comme le complément du traité de rhétorique composé par Antiphon.
Les critiques anciens rapprochent souvent le nom d'Antiphon de celui de Thucydide qui, d'après des témoignages 1res autorisés, a été l'élève du rhéteur homme d'État. Denys d'Halicarnasse les cite comme les maîtres du style ancien et sévère ^ La netteté, la précision, l'exactitude, tels sont les réels caractères de ces œuvres. On chercherait vainement, dans les plaidoyers fictifs composés par Antiphon, de l'ampleur, du mouvement, de la passion. Ces qualités étaient presque nécessairement exclues de discours faits pour être débités par un homme le plus souvent peu instruit et très ordinaire; c'eût été une invraisemblance choquante et nuisible au succès. Quant aux plaidoyers d'école, ce sont, à ce qu'il semble, de simples esquisses, où l'auteur s'attache avant tout au fond des idées, c'est-à-dire à une argumentation serrée, profonde, subtile, également forte quand il traite le contre